Truc du jour

Bave de crapeau et cuisses de grenouille… qui a peur des amphibiens?

Pour le mois d’octobre, je vous propose une thématique halloweenesque pour la chronique Écologie au jardin : la découverte de bestioles mal aimées, la vérité sur les mythes qui les entourent, ainsi que leur rôle essentiel dans votre jardin. Prêts à braver vos phobies?

Je l’avoue, aujourd’hui, je voulais faire un article sur les araignées, mais je ne suis pas tout à fait prête mentalement… Je vous promets de surmonter mon dégoût pour vous en parler d’ici Halloween… peut-être…!

Pour le moment, j’ai choisi de vous parler d’un animal sans doute moins effrayant, mais qui en répugne plus d’un: les anoures.

Les quoi?

Pourquoi les anoures nous dégoûtent-elles?

Si vous êtes comme moi, vous avez passé votre enfance à courir les sous-bois et les flaques à la recherche de ces mignonnes sautillantes. Vous vous faisiez aussi un plaisir de les rapporter aux adultes qui s’exclamaient d’un grand «OUACH!».

Tête d'une grenouille qui sort de l'eau avec un papillon sur la tête, anoure
Elle s’est même mise belle pour vous 😉 Photo: pexels.com.

En fait, l’histoire des grenouilles et crapauds est fascinante et explique le dégoût qu’ils inspirent aujourd’hui:

Dès l’antiquité, on associe le crapaud à la mort et à la magie. Dans la Bible, il est un présage négatif, notamment lors des plaies d’Égypte et de l’Apocalypse. Au Moyen-Âge, il représente des péchés, en plus d’être l’animal du diable et des sorcières… Et c’est sans parler de l’usage du poison de crapaud dans les potions de magie noire, ou bien pour empoisonner des armes!

Avec un passé aussi lourd, vous imaginez bien que nos pauvres anoures ne s’en tirent pas sans tache à leur réputation!

grenouille léopard verte avec tâches noires
Une espèce d’Amérique commune: la grenouille léopard du nord (Lithobates pipiens). Photo: roy pilcher, .inaturalist.org.

Aujourd’hui, on ne craint plus les potions de sorcières, mais notre cher ami Hollywood s’assure qu’on n’oublie pas ces quelques détails historiques… En ajoutant évidemment bien du crémage sur leur histoire!

Les 5 faits que Hollywood a exagéré à outrance à propos des anoures

  1. Les anoures sont des amphibiens. Elles ont une peau plus ou moins poreuse qui leur permet d’absorber l’humidité et celle-ci doit rester plus ou moins humide. Alors OUI, les amphibiens sont souvent humides, mouillés, gluants… Mais ce n’est PAS de la bave, et ça ne vous collera pas aux doigts. Certaines ont un mucus protecteur un peu plus gluant que d’autres, c’est vrai, mais en aucun cas ce n’est dangereux. D’ailleurs, si vous manipulez des amphibiens, assurez-vous de bien mouiller vos mains d’abord. Sinon, vous pourriez abîmer cette peau fragile, ou même boucher les pores qui leur servent à respirer avec l’huile de votre propre peau. (Eh oui, nous aussi on a une couche protectrice!)
Rainette dans une main
Mignonne rainette crucifère (Pseudacris crucifer) trouvée sur mon terrain. Photo: Audrey Martel.

D’ailleurs, pendant que j’y suis, les amphibiens vivent dans les milieux humides. Quoi de mieux qu’un cimetière? Les pierres rendent ça frais, il y a de l’ombre, et plusieurs recoins où l’eau peut s’accumuler. 

Chères gens du Moyen-Âge: trouver un crapaud à un enterrement, c’est un bon signe. Ça veut dire que l’écosystème du cimetière est en santé. Pas que le diable vous guette…

Sincèrement, 

Les anoures.

Marionette Kermit la grenouille
  1. Les amphibiens ne vivent pas dans les marécages putrides pleins de déchets radioactifs. Ils absorbent ce qui touche leur peau et ne survivent pas longtemps si la qualité de l’eau est mauvaise. Il y a toujours des exceptions, mais en règle générale, un étang ou une forêt en santé aura un bien plus grand nombre d’espèces d’amphibiens qu’un milieu pollué. À cause de ce besoin d’un environnement et d’une eau saine, les amphibiens sont des indicateurs écologiques (ou bio-indicateurs). Concrètement, ces espèces sont un baromètre de la santé d’un milieu; les biologistes peuvent même se servir de leur présence pour leurs études! Alors par pitié, chers réalisateurs de films, arrêtez de mettre des grenouilles pour illustrer un cours d’eau sale.
  2. Les petites bosses sur le dos des crapauds ne donnent pas de verrue. Elles contiennent un liquide (qui ne donne pas de verrue non plus!) qui goûte mauvais. Ainsi, un prédateur recrache son repas, et ne mange plus de crapaud de sa vie (il n’aura pas de verrue dans la bouche…). Les crapauds ne donnent pas de verrue. L’ai-je assez répété?
Crapaud d’Amérique, brun et noir sur un lit d'aiguille de conifères
Crapaud d’Amérique (Anaxyrus americanus). Photo: josh_vandermeulen, inaturalist.org.
  1. Le poison. Je pourrais faire un article entier sur toutes les sortes de poisons que les anoures ont, alors ne m’en voulez pas d’exprimer des généralités ici. À moins de manger l’animal, vous ne pouvez pas vous empoisonner. Peu d’espèces sont assez toxiques pour représenter un danger autrement, mais mentionnons tout de même quelques espèces de dendrobates en Amérique du Sud. Les indigènes recouvrent leurs armes de leur toxine pour chasser. 

Anecdote : j’ai déjà eu vent de chamanes en Afrique qui prenaient une certaine quantité de poison hallucinogène de crapaud pour entrer en transe. Je ne le conseille évidemment pas. Ne léchez pas les amphibiens, ça risque de leur déplaire!

  1. Leur langue est longue, oui, mais on ne se fera pas une tyrolienne France-Canada avec. C’est une langue! Elle sert à chasser la nourriture et est un peu collante au bout: ça, c’est pour les gobeurs d’insectes. Mais saviez-vous que certains anoures (les plus grosses) se nourrissent de souris ou même d’oiseaux? Il le faut bien, sinon, elles ne seraient jamais rassasiées! D’ailleurs, celles-là n’ont souvent pas la longue langue clichée qu’on voit dans les films.
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Cette langue est même bifide (séparée en deux).

Le rôle des anoures au jardin

Je ne vous apprendrai pas grand-chose en vous disant qu’elles mangent les indésirables! Insectes (volants ou vivants dans le sol) et petits mammifères (comme des souris) sont au menu.

Il n’est pas rare que j’en trouve dans mon jardin, après tout, on arrose un coin de terre relativement meuble, protégée des rayons du soleil, et qui regorge d’insectes…c’est un paradis pour les anoures que vous avez dans vos plates-bandes et potagers! 

Le rôle des anoures… ailleurs

Comme c’est un animal fascinant, accessible et qui réagit très rapidement aux variations de son environnement, on utilise les grenouilles pour plusieurs aspects de notre vie qui nous touche de près ou de loin. Je vous mentionne quelques usages en rafale:

  • On les mange dans certaines régions du monde (Pas les toxiques, hein!)
  • On s’en sert pour les dissections à l’école (après tout, un médecin doit bien commencer sa formation quelque part)
  • On se fie à leur présence pour identifier la santé d’un milieu (bio-indicateur)
  • On les utilise pour les études dans plein d’autres domaines (embryologie, toxicité, clonage…)
  • Les différentes toxines sont très utilisées pour la fabrication de médicaments
  • Certaines toxines permettent aux indigènes de chasser plus efficacement
  • Et plus encore!

La prochaine fois que vous tomberez nez à nez avec une grenouille, laissez-la faire sa vie! Elle n’est pas dangereuse, elle vous rend service et, en plus, qui sait, elle deviendra peut-être un prince un jour!

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À propos Audrey Martel

Audrey Martel est une biologiste diplômée de l'Université de Montréal. Après plus de dix ans dans le domaine de l’animation scientifique, notamment pour Parc Canada et le zoo de Granby, elle a rejoint Conservation de la nature Canada afin de relever de nouveaux défis en rédaction scientifique. En 2022, elle a décidé de se lancer à temps plein dans la rédaction scientifique en tant que pigiste. Elle se passionne pour les plantes et champignons comestibles, le comportement animal, les liens entre les espèces dans les écosystèmes, et la sensibilisation à la protection de la nature.

14 comments on “Bave de crapeau et cuisses de grenouille… qui a peur des amphibiens?

  1. Bien ecrit,ca part bien ma journée! Merci,

  2. Très bien écrit, et fort intéressant. Comme tout ce qu’on lit ici.

  3. Marie-Hélène Arel

    J’ai plusieurs occupants de ces espèces , je demeure près d’un marécage , donc j’en déduis que mon jardin est en bonne saté

  4. Sylvie Gendreau

    Merci pour toutes ces belles informations ecrites avec un ton humoristique dynamique. Un bel exemple, en plus, à faire lire à mes élèves de 3e secondaire.

  5. Ces charmantes petites bêtes sont utiles. Merci pour cet article qui nous parle de biologie et d’écologie. Pas très enseigné dans nos écoles. Dommage

  6. Oh ! Merci pour ce texte qui m’a fait sourire !
    On les aime bien ces anoures.
    Mal connues, différentes de leur apparence, les magnifiques araignées sont énormes en octobre (chez moi du moins, zone 5, pas eu de gel encore!)!!
    Ma façon d’apprivoiser l’araignée (pcq avant eu des enfants, fallait que je trouve une façon afin qu’ils les regardent d’un autre oeil) : défi de photo (elles ont des lignes, points ou couleurs incroyables! ).
    😉

  7. Merci, très sympathique cet article! ?

  8. Julien Cr

    Comme les français mangent des cuisses de grenouilles, les anglais nous appellent les « froggies » 🙂

  9. Normand Beaudoin

    Des articles comme ça devraient faire partie des cours des enfant à l’école. et on devrait trouver le moyen pour ne pas les oublier en grandissant.

  10. Daniel Fantino

    Grenouilles et petits crapauds aussi. Lorsque je marche, elles ont la bonne idée de sauter. Ce qui m´évite de leur marcher dessus. Idem avec le tracteur de pelouse, sauf qu´en ne faisant
    qu´un bond ou deux, lorsque je repasse, je perd un temps fou à les retrouver pour ne pas les ….
    Les mulots ont l´intelligence de partir au loin. Donc mon petit bassin d´eau en plastique est un milieu sain ? Dois je en nettoyer le fond où laisser les feuilles pourries s´y accumuler ? Les grenouilles s´enterrent pour l´hiver, mais dans le sol ou sous l´eau ? J´ai aussi de mignones grenouilles arboricoles. Petites mais pas aussi minuscules que votre crucifere. Leurs pattes ventouses adhèrent même aux vitres. Avec
    l´éclairage du solarium qui attire les insectes nocturnes, c´est un vrai festin pour elles. Qui dit grenouilles, dit également couleuvre, qui me font sursauter à chaque fois que j´en vois une. Bel article amusant et anti mythes.

    • Audrey Martel

      Pour un bassin avec un fond qui n’est pas naturel, je recommande de retirer les feuilles. Il n’y a pas de microorganismes dans le fond pour les décomposer alors ça risque de simplement altérer la qualité de l’eau. Vos grenouilles ne peuvent d’ailleurs pas hiberner dedans car elles s’enfouissent dans la vase au fond. N’ayez crainte, elles trouveron un endroit où passer l’hiver toutes seules et reviendront profiter de votre oasis l’été prochain 🙂

  11. En région Marseillaise, un de nos ami d’enfance, s’amuser à les mettre dans ça bouche et effectivement, il grandi pour autant en bonne santé: )

  12. Manon (de Lanaudière)

    Un texte très intéressant tout en humour…. Et parfait pour les enfants du primaire! Cet été, j’ai croisé un de ces anoures… énorme! J’ai dû le prendre dans mes mains gantées pour le remettre au bord de l’eau… il n’était pas question de le laisser entrer dans mon cabanon… allez! Va jouer dehors!
    Merci! J’ai adoré cet article! ?

  13. Renelle Séguin

    Très intéressant, mais si vous présentez ce texte à des élèves du primaire, svp, le titre devrait être corrigé: je n’ai jamais vu le mot crapaud écrit avec EAU. J’ai pourtant consulté Larousse et le Petit Robert. Sans rancune, Mme Martel. Une leçon de biologie pourrait aussi comporter une leçon d’orthographe. Renelle.

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