Insectes nuisibles Truc du jour

La tipule: gros moustique ou ravageur?

Tipule des prairies, tipule européenne, cousin, faucheux, Tipula paludosa ou «beurk, c’est ben laid cette affaire-là». 

Elle a plusieurs noms, cette grosse mouche aux allures de moustique! 

Tout d’abord, je tiens à en rassurer plusieurs: cet insecte ne pique pas. Pourtant, plusieurs prennent cette pauvre tipule pour un gigantesque moustique qui peut nous vider de notre sang…

Le Tipula paludosa adulte ne se nourrit pas!

OK, je l’avoue, avant mes études en biologie, j’avais cette bestiole en horreur moi aussi!

Inoffensive pour les humains, mais pour les plantes?

Je pourrais mettre fin à ce blogue maintenant, ayant réglé le problème des frayeurs estivales à la vue de cette grosse mouche… Mais la réalité est que cet insecte inoffensif pour les humains cache un autre défaut: la tipule est parfois responsable du jaunissement de votre pelouse, ou même, de dommages dans les champs.

Pelouse endommagée par un grand nombre de larves de tipules.
Pelouse endommagée par un grand nombre de larves de tipules. Photo: Alec Kowalewski, Oregon State

La larve de la tipule se nourrit de racines de graminées, de tiges au niveau du sol et de jeunes feuilles. Bien cachée sous terre, elle est active dès la fin septembre, passe l’hiver sous terre, et recommence à dévorer votre beau tapis vert dès son réveil au printemps lorsque la température atteint 5 °C.

Dit de cette manière, c’est assez inquiétant! Cependant, seules les invasions majeures causent de réels dommages. S’il n’y a que quelques larves, vous ne remarquerez même pas leur présence.

Photo: Élisabeth Taschereau

D’ailleurs, regardez le joli minois de ce bébé mouche: il mérite bien que vous partagiez quelques racines de votre pelouse avec lui, non? (Bien que, pour être honnête, ce soit plutôt les parties anales de la larve qu’on voit ici, pas son visage!)

Larves à surveiller

Larves de tipules.
La larve de Tipula paludosa vit dans les cinq premiers centimètres du sol et mesure de 3 à 40 mm. Ressemblant à un ver et assez coriace, elle a reçu le nom « leatherjacket » (veste en cuir) en anglais. Photo: Jonathan Roy (MAPAQ)

Bien que les dommages puissent être réels, il existe quelques moyens naturels de prévenir la ponte des adultes chez vous.

Sachez tout d’abord que la tipule aime les endroits humides. Si vous arrosez souvent votre pelouse, c’est une invitation pour elle, tout comme les sols mal drainés et les cuvettes qui retiennent l’eau de pluie. Essayez donc de régler le problème d’humidité avant de dépenser une fortune en insecticides aux résultats moyens; ce sera plus permanent, moins couteux et vraiment mieux à long terme pour votre pelouse.

Problème dans les cultures aussi

Le problème est plus difficile à contrôler dans les champs. En effet, comme la tipule se nourrit de graminées, les céréales sont aussi vulnérables que le gazon; blé, orge, maïs, riz, etc. sont au menu. 

Originaire d’Europe, cet insecte est maintenant également un ravageur important dans les cultures au Québec. 

Dommages de tipules dans un champ d’orge et dans un de canola.
Dommage dans un champ d’orge (à gauche) et de canola (à droite). Photo: Jonathan Roy (MAPAQ)

Sur le vieux continent, il semble y avoir un patron avec des émergences tous les cinq à sept ans, contrairement au Québec, où il n’y a pas de tels cycles. L’application d’insecticide n’est pas très efficace pour ce qui est des larves, et comme les adultes ne se nourrissent pas, ils ne sont pas de bons candidats aux poisons non plus.

Heureusement, cet insecte est la proie de plusieurs prédateurs: musaraignes, grenouilles, chauves-souris et plusieurs espèces d’oiseaux s’en délectent. Les études suivent l’évolution de cet insecte et espèrent qu’un équilibre naturel s’installera. Après tout, la première mention de Tipula paludosa au Québec ne remonte qu’à 1955; laissons encore du temps à la nature pour l’intégrer dans son cycle, elle fait généralement bien les choses!

Audrey Martel est une biologiste diplômée de l’Université de Montréal. Après plus de dix ans dans le domaine de l’animation scientifique, notamment pour Parcs Canada et le zoo de Granby, elle a rejoint Conservation de la nature Canada afin de relever de nouveaux défis en rédaction scientifique. Elle s’est ensuite intéressée au marketing et a rejoint Leo Studio. Pleine de vie et toujours partante pour un fou rire, ou la découverte d’une nouvelle plante comestible, elle n’a pas laissé de côté son amour pour la nature et rédige en parallèle des articles pour Nature sauvage et le Jardinier paresseux.

18 comments on “La tipule: gros moustique ou ravageur?

  1. Très intéressant ! Merci!

  2. Bon à savoir ?

  3. Bon à savoir ! (sans le « ? »)

  4. Thérèse Reeves

    Merci
    Bien intéressant comme vos chroniques récentes !

  5. Gilles Durand

    Bonjour,
    Selon moi, le faucheux n’est pas l’un des noms du Tipule, mais celui de l’0pilion, une variété d’araignées à longues pattes et au corps grêle. Mais peut-être qu’au Québec… c’est différent de la France.
    Bonne journée

  6. Michèle Bédard

    Merci Audrey. J’aime le ton et l’humour de votre écriture. J’y retrouve avec plaisir celui du jardinier paresseux.

    • Moi aussi, je pense qu’il ya une belle affinité d’humour avec notre bien-aimé Jardinier Paresseux! Bel article Audrey Martel!

  7. Julien Cr

    très intéressant, enfin j’apprends comment s’appelle cette bête 🙂 merci

  8. Quelle coïncidence!! Nous en avons de plus en plus chez nous depuis les deux dernières années. Merci pour l’information

  9. Rachel Lamontagne

    ?Très drôle la photo du joli minois!

  10. Steve Gagnon

    Est-ce que les larves sont sensibles au Btg ?

  11. nicole st-pierre

    on a toujours pensé que c’était une espèce de gros maringouin plutôt que d’une mouche…bien contente de savoir que ça ne pique pas, mais je vais surveiller les larves

  12. Daniel Fantino

    J´ai des adultes chez moi, souvent empêtrés dans des toiles d´araignées. Fait un peu pitié avec ses pattes trop longues. Ne me dérange pas contrairement au mignon scarabée japonais. Beau texte sympathique. Merci

  13. S.LaFerrière

    Bonjour! ceci nous encourage à éviter les paniques inutiles ! Pour ce qui est du nom «faucheux», dans mon coin, c’est un insecte très gracile, à longues pattes mais doté d’un très petit corps rond, sans grandes ailes. Un de ces jours, ce serait chouette de retracer cette bestiole dans vos chroniques! Bonne continuité!

  14. Merci beaucoup! Je suis contente d’avoir appris de quoi il s’agit. J’ai une petite cour urbaine très humide, mais je remarque cette insecte plutôt a l’intérieur les soirs et le lendemain je le trouve morte près d’une fenêtre… probablement sa cycle de vie étant terminée. Elle n’était jamais dérangeante chez moi. La photo de son arrière m’a fait sourire aussi! 😉

  15. Est-ce que quand il commence à faire froid elle me son tipule ?

  16. André-Jean Lanthier

    Tu viens de faire ma journée! ?

  17. Les larves de tipule ont ravagé complètement une partie de mon gazon. La nuit les larves sortent de la terre en grand nombre des centaines. Même si je les ramasses pendant plusieurs heures par plusieurs nuits consécutives, le lendemain il en avait autant. La capacité de reproduction des tipules est impressionnante, de 200 à 300 œufs qui se transforme en petite larve qui commence à manger le gazon dès le début avant l’hiver. Au printemps les larves continuent de grossir et font des dommages apparents. À là mi septembre les tipules sortent de leur enveloppe et s’accouplent pour de nouveau pondre. A cette période il est préférable de garder là gazon plus long et le plus dense possible pour les empêcher de pondre dans le sol.

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