Sol Terres et terreaux Truc du jour

Le sol, toujours le sol!

Ces derniers temps, on entend beaucoup parler du sol vivant et de son importance. Mais, que veut-on dire exactement par cette expression?

Le sol vivant, c’est comme la grosse nouveauté, le nouveau mot à la mode. Cependant, il n’y a rien de nouveau dans ce concept. On sait depuis belle lurette que le sol contient de la vie et qu’elle est essentielle. En fait, le sol est considéré comme un des habitats microbiens les plus complexes qui soient.

Vivant? Comme quoi?

Les collemboles sont de minuscules arthropodes, pratiquement invisibles à l’œil nu. Photo: Philippe Garcelon sur Wikimédia Commons.

On estime que près du quart des espèces vivantes décrites à ce jour se trouvent dans le sol! Si ce n’est pas de la vie, ça! Eh oui! Cette poignée de terre que tu tiens dans tes mains, ce n’est pas seulement des grains de sable, des grains de limon ou des mottes d’argile et des petits morceaux de feuilles mortes. C’est aussi de minuscules champignons, des bactéries, des algues, des nématodes, des insectes, des acariens, des collemboles. Bref, un paquet d’organismes pratiquement invisibles à l’œil nu. Puis, on ajoute à ce cocktail les vers de terre et les autres plus grosses bestioles qui vivent dans le sol. Et tout ça, ça se trouve dans les 15 premiers cm d’épaisseur du sol.

Les corps de métier du sol vivant

La complexité du sol tient au fait que ce sont les activités et les interactions entre les différents organismes vivants qui en assurent le bon fonctionnement et qui augmentent la fertilité des sols. Dans le sol, il y a des décomposeurs, qui fragmentent la matière organique. Puis, il y a des ingénieurs qui fabriquent des regroupements logiques de particules. Les chimistes, eux, raboutent des petits morceaux d’azote avec des petits bouts d’hydrogène, soudent le phosphore ou le potassium avec de l’oxygène. On obtient ainsi les formules gagnantes pour être absorbées par les racines des plantes. Enfin, il y a des inspecteurs, des contrôleurs, des gardes du corps, des tunneliers, des démolisseurs, etc. Le sol, c’est carrément une microsociété!

Pourquoi se soucier de la vie dans le sol?

Très souvent, le manque de vie dans le sol peut expliquer pourquoi vos plantes sont si peu vigoureuses ou quatre fois moins fournies que celles de votre ami.e à qui vous avez donné des divisions de vos propres plantes. Je dis bien PEUT, car il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer pourquoi une plante ne donne pas le meilleur d’elle-même. Un manque d’eau, un pH trop acide, un mauvais ensoleillement, etc. Parfois, c’est même de l’ordre de l’alignement des étoiles et des forces mystiques (je blague, mais pas tout à fait: parfois, les piètres performances d’une plante sont inexplicables)!

Bref, si le sol est heureux, vos plantes seront heureuses.

Comment rendre son sol vivant?

Bien sûr, la vie dans le sol, ça se cultive. Tous les apports de compost ou de fumier décomposé fournissent des matériaux de construction aux microorganismes du sol. Ça les tient occupés et ça leur permet de proliférer.

Bien sûr, tous les «cides» (insecticide, fongicide, herbicide, algicide) auront un impact négatif sur les petits habitants du sol. Il est préférable de s’abstenir d’appliquer ces produits.

À vendre! Ill.: Public Domain Vectors.

C’est aussi le temps de mettre vos rotoculteurs sur les petites annonces, car le travail intense du sol bouleverse le microhabitat et tout est à reconstruire… De nombreuses études démontrent la chute de la biomasse dans les sols travaillés en profondeur. Au lieu de retourner complètement le sol, on optera pour un léger travail du sol en surface (dans les 7 premiers cm de sol).

En général, les jardiniers qui partent d’un sol sur le respirateur artificiel affirment qu’il faut entre 5 et 7 ans de travail léger, d’amendements, d’incorporation d’engrais verts et de bons soins pour ramener un sol à un état de bonne fertilité pour les plantes. Autrement dit, la vie du sol, il faut la maintenir et en prendre soin chaque année. Il faut redonner au sol toute la nourriture qui a été puisée par les plantes.

Bien sûr, le sol étant complexe dans sa composition, chaque action aura un impact différent pour l’une ou l’autre des catégories de microorganismes du sol. Je ne peux que vous encourager à approfondir le sujet, car le sol, on ne le dira jamais assez, c’est la base du jardinage. Les bonnes lectures sont nombreuses. Pour ma part, les livres de Soltner demeurent ma référence favorite.

J’espère ne pas vous avoir trop endormi avec mon petit éloge du sol vivant. Je sais que la chimie n’est pas la matière favorite de la plupart de nos lecteurs. Et prêcher pour ce que l’on ne voit pas à l’œil nu n’est pas toujours facile. Mais, la science le confirme. Prenez soin de votre sol et votre sol prendra soin de vos plantes!

Julie Boudreau est horticultrice, diplômée de l’ITA de Saint-Hyacinthe. Elle œuvre dans le domaine l’horticulture depuis plus de 25 ans. Elle a publié une dizaine de livres et participé à de nombreuses émissions de télévision et de radio. Elle est enseignante au Centre de formation horticole de Laval. Passionnée de son métier, Julie Boudreau se consacre à promouvoir le jardinage, le design de jardin, la botanique et l'écologie, sous toutes ses formes. Un peu grano, écolo depuis toujours, gourmande et essayeuse, Julie est une épicurieuse avec un fort penchant pour tout ce qui se prononce en latin.

21 comments on “Le sol, toujours le sol!

  1. Nathalie Mongeau

    Comment composter le plus efficacement? J’ai un tres grand jardin alors je composte en tas. Trop vieille pour la fourche, je brasse ce tas avec une petite pelle mécanique (très amusant). Je laisse toujours un grand trou pour y déposer mes debris végétaux – vert en été – feuilles l’automne. Je brasse cela avec du compost immature et et remet cela sur le tas, en refaisant un trou pour les prochains. Aux deux semaines, je brasse tout le tas. En août, je réserve la moitié de ce tas auquel je n’ajoute plus de matière, en continuant a le brasser aux deux semaines. Mon tas est a l’ombre de grands arbres. S’il devient trop sec je l’arrose. L’automne j’ajoute au tas actif des tonnes de feuilles toujours en brassant tout. Devrais-je laisser travailler la matière en l’enterrant sous une couche de compost immature pendant un certain temps avant de brasser? Le compost est très beau a la fin mais je prend la temperature du tas et ça ne chauffe pas vraiment! Donc graines de mauvaises herbes… ma méthode est correcte?

    • François B.

      Bonjour Nathalie
      Si vous voulez que votre tas chauffe, vous devrez être attentive aux proportions de matières vertes, azotées, et matières brunes, carbonées. Avec les bonnes proportions, votre tas va chauffé rapidement. J’ai réussi à atteint 150 degrés Fahrenheit cette année et en moins de 24 heures. Votre tas ne doit pas non plus s’assécher complètement. Et c’est une bonne idée d’y ajouter une pelletée de compost déjà prêt car vous y introduisez ainsi des microbes et bactéries qui s’installeront dans votre nouveau tas. Si vous avez beaucoup de feuilles mortes en automne, pour pourriez faire un tas exclusivement de feuilles et vous auriez un tas qui composte à froid, mais qui sera prêt dans seulement 2 ans environ. Mais du composte de feuilles mortes, c’est super bon pour le sol. Pensez seulement à comment mère nature composte en forêt.

  2. Solange Desormeaux

    Votre article est très intéressant et agréable à lire. Pour la première fois, j’ai « cultivé » un plan de tomate dans un bac avec un très bon résultat cet été. Dois-je me débarrasser de la terre utilisée ou puis-je y ajouter de l’engrais (fumier de poule en granules) le printemps prochain? Au plaisir de vous lire!

    • Bonjour Solange
      Si vous avez eu un bon résultat, sans maladie ni insecte nuisible, vous devriez garder votre terreau et ajouter des éléments pour l’enrichir le printemps prochain. Les tomates sont des plantes très gourmandes. Si vous n’y ajoutez rien, votre plant sera probablement en carence. J’ai fait l’expérience de plants de tomates en Smart Pot cette année et j’ai été très agréablement surpris du résultat. J’ai pris le terreau de l’année dernière et j’y ai ajouté du composte et des engrais bio.
      Fumier de poule en granules très bon, riche en azote, mais faites attention aux quantités car vous pouvez « brûler » vos plants. Ne jamais utiliser de fumier de poule frais car danger de maladie pour l’humain. Faites le composter au moins un an.

  3. Petite fleur

    Bonjour Julie, j’aime votre style, continuez de nous écrire car nous vous lisons !

  4. Jacinthe

    Vraiment intéressant cet éloge aux travailleurs de la terre! À voir les extraordinaires résultats de mon potager, je crois que mes invisibles travailleurs sont sont efficaces et comblés! Merci de vos articles! PS N’hésitez pas à parler chimie, vraiment instructif!

  5. Je savais que le sol grouille de vie mais votre article l’explique très bien. Merci 🙂

  6. Diane Chevalier

    Bonjour,
    Je lis votre blogue de façon régulière. Merci pour toutes ces informations pertinentes.
    Est-ce que vous pourriez le rendre sécuritaire ? Lorsque je veux l’ouvrir je dois l’ouvrir sur un site non protégé. Merci de voir à cette demande.

    • Bonjour Diane,
      Il faudrait peut-être vérifier la configuration de votre fureteur. Le site est bien sécurisé pour moi, utilisant Firefox ou Brave.

  7. Bonjour Julie
    Merci pour l’article…tellement instructif!
    Petite question: doit-on stériliser la terre de jardin qui sert à empoter des plants de fines herbes et autres que je rentre dans la maison à la fin de l’été? C’est ce que mon voisin me suggère de faire!!!!
    ( chauffer la terre dans un four 350* 1heure)

  8. Lise Tétreau

    Bonjour Julie,
    Je ne crois pas que ces informations puissent nous endormir.
    Au contraire , mieux comprendre toute la chimie, biologie, botanique, etc, des sols et des plantes nous permet de mieux prendre soin de nos potagers et jardins.
    On n’aura jamais trop d’informations pertinentes qui nous permettent d’apprendre , donc de mieux travailler et entretenir nos espaces.
    Merci de nous informer, et de nous former!

  9. Bonjour Julie et jardiniers
    Très bon article, il bousculé un peu mon plan de rotoculteur le gazon du devant de la maison pour en faire un jardin de fleur.
    Mon plan était de rotoculteur cet automne pour déchiqueter le gazon et le laisser sur place et faire le jardin au printemps en le allant de feuilles déchiqueté.
    Suis je dans le champs?
    Merci

    Jacques

  10. Christian+Annick

    Bonjour Julie – et tous les autres sur le blogue! Nous en sommes à notre 4e année d’amendements, plantations et cultures légumières dans un potager que nous avons créé sur un terrain complètement nu et dont la composition nous était totalement inconnue. Les résultats sont encourageants mais il faut être patient !

    Cette année, j’en suis à l’étape de semer des engrais verts parce que ma terre est riche, mais lourde ( il y a une bonne part d’argile). On m’a conseillé de semer du seigle d’automne pour le structurer mais cet engrais à la réputation d’être difficile à enfouir et de survivre à l’hiver. Pour l’enfouir efficacement, il me faudra retourner en profondeur et donc, détruire la faune souterraine que Julie a décrit dans son article.

    Avez-vous des conseils? Est-ce le bon engrais pour structurer le sol?

    Merci d’avance. Christian

  11. Maryse Provençal

    Bonjour Julie et bienvenue sur le blogue du Jardinier paresseux ?

    Pendant longtemps, j’ajoutais du compost à mes plates-bandes à chaque année. Puis, il y a environ 3 ans, mes plantes ont commencé à perdre de la vitalité. J’ai lu sur ce blogue que le compost qu’on achète aujourd’hui contient de la tourbe et que par conséquent, ce n’est pas un compost à proprement parler. Il peut améliorer la texture du sol mais ne suffit plus à fournir les nutriments dont mes plantes ont besoin. Et je ne produis pas assez de compost maison de qualité pour mes besoins. Je me suis donc tournée vers des engrais de fumier de poule en granules (Acti-sol).

    Est-ce que j’arrête de mettre du compost commercial pour ne mettre que cet engrais? Je n’ai pas de problème de sol trop lourd. Et je ne sais pas où trouver du compost sans mousse de tourbe.

    • François B.

      Salut Maryse
      L’article de m. Hodgson du 20 avril 2022 parle du composte commercial Bionik.
      Du vrai composte à 100%.
      Pas de mousse de tourbe ou autre.
      Que du composte marin et forestier à 100%
      Je l’ai essayé cette année et WOW!
      Mon jardin a littéralement explosé.
      J’en ai mis une ou deux poignées par trou de plantation et mes plantes gourmandes comme mes tomates et mes poivrons/piments n’ont jamais été aussi productifs.
      Définitivement un article à lire, et un composte à essayer.

      • Maryse Provençal

        Merci François! Je vais regarder ça. Habituellement j’achète en vrac car c’est franchement grand ici. Mais si un compost de qualité en demande moins, c’est très intéressant.

  12. Pingback: La deuxième année, rien n’a poussé… L’histoire de presque tous les potagers! - Jardinier paresseux

  13. François B

    Bonjour Jacques
    Si vous partez de zéro et que votre sol est TRÈS pauvre ou très dur ou lourd, vous pourriez y passer le rotoculteur une fois et y ajouter un amendement immédiatement, et ne plus le faire par la suite.
    Je ne sais pas à quel point les fleurs sont gourmandes comparativement à certains légumes.
    Charles Dowding, un anglais, pratique le NO-DIG depuis longtemps et il a des résultats spectaculaires.
    Vous pouvez le suivre sur YouTube, en cherchant NO DIG.
    Il ne creuse pour ainsi dire JAMAIS.
    Allez le voir, très intéressant.

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