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Bonnes nouvelles au sujet des papillons monarques!

Depuis plusieurs années, les médias avertissent les jardiniers amateurs qu’un de leurs papillons favoris, le monarque (Danaus plexippus), est en grave déclin. D’après eux, il pourrait même être menacé d’extinction si rien n’est fait pour l’aider. Différents facteurs interviennent, notamment :

  • La déforestation des forêts d’hivernage au Mexique;
  • Les perturbations de leur migration causées par le changement climatique;
  • L’utilisation d’insecticides sur les cultures, entraînant l’empoisonnement accidentel des monarques qui sont de passage;
  • La diminution de la population d’asclépiades (Asclepias spp.), seule source de nourriture des larves de monarque, le long de leurs couloirs migratoires.

Ainsi, les pratiques agricoles continuent de s’intensifier en Amérique du Nord. Même les terres marginales sont de plus en plus souvent absorbées par les vastes monocultures des agriculteurs. Évidemment, cela laisse moins d’espace pour les plantes indigènes, dont les asclépiades. 

Aussi, les asclépiades sont considérées comme des mauvaises herbes par les agriculteurs et les herbicides continuent d’être utilisés pour contrôler leur population. Pour cette raison, les monarques seraient confrontés à la perte d’une source vitale de nourriture.

En raison de ces facteurs et d’autres, les médias ont fait la promotion de l’idée de cultiver des asclépiades dans les jardins familiaux. Cela répliquerait l’environnement des champs où elles poussaient jusqu’à récemment. Ainsi, les chenilles de monarques pourraient bien se nourrir.

Un sujet que je trouve passionnant

Vous avez peut-être remarqué que j’ai écrit à plusieurs occasions au sujet des difficultés des papillons monarques dans ce blogue. D’ailleurs, en voici 4 exemples: Nouvelles fraîches sur les papillons monarquesLes papillons monarques sont de retour!Il faut plus que des asclépiades pour sauver les monarques! et Les monarques débarquent en Europe!

Enfant regardant une chenille de monarque se transformer en chrysalide.
Regarder une chenille de monarque se métamorphoser en chrysalide, puis en papillon, est un merveilleux projet pour faire développer le fascination de la nature aux enfants. Photo: lucidwaters, depositphotos

J’avoue être moi-même un amoureux sérieux des monarques. J’en avais élevé et étudié dans mon enfance en déplaçant des chenilles sauvages sur des plantes d’asclépiades que j’avais cultivées dans ma propre cour. Ainsi, j’ai pu assister aux métamorphoses étape par étape.

Il vaut certainement la peine de faire des efforts pour sauver les monarques s’il s’avère qu’ils ont vraiment besoin de notre aide. Ce sont de grands papillons très colorés et attrayants avec des ailes orange veinées de noir et un corps noir, le tout ponctué avec des taches blanches.

Chaque année, ils voyagent de leur havre d’hiver dans les montagnes du centre du Mexique et de la Californie à leurs repaires d’été à travers les États-Unis et le sud du Canada, une distance d’environ 4 800 km dans certains cas. Leur schéma migratoire est considéré comme celui étant le plus évolué de tous les papillons connus.

C’est une évolution qu’il serait triste de perdre!

Les nouvelles de cette année sont excellentes!

Mais les nouvelles sur les papillons monarques ne sont pas toutes aussi catastrophiques qu’on nous l’a laissé entendre. En fait, certains rapports récents sur les monarques sont carrément positifs! Voici deux rapports pour 2022 qui suggèrent que le monarque se porte plutôt bien, merci.

Les papillons prospèrent en Amérique du Nord

Papillons monarques visitant des fleurs.
Apparemment, les choses vont mieux que prévu dans le monde du papillon monarque! Photo: Iprising, depositphotos.

Le rapport porte un titre très encourageant: Monarch butterfly populations are thriving in North America (Les populations de papillons monarques prospèrent en Amérique du Nord). Il provient de recherches de l’Université de Géorgie publiées dans Global Change Biology. Ce rapport suggère que, même s’il peut y avoir une certaine diminution de la population dans les colonies d’hiver, celle-ci est plus que compensée par la croissance de la population pendant l’été. 

Andy Davis, auteur correspondant de l’étude et assistant-chercheur à l’école d’écologie Odum de l’UGA, le souligne. «Il y a la perception dans les médias que les populations de monarques sont en grande difficulté. Mais nous avons constaté que ce n’est pas du tout le cas. Cela va à l’encontre de ce que tout le monde pense, mais nous nous sommes rendus compte qu’ils s’en sortent plutôt bien. En fait, les monarques sont l’une des espèces de papillon les plus répandues en Amérique du Nord!»

L’étude a compilé 135 000 observations de monarques entre 1993 et 2018. Elles provenaient du dénombrement annuel des papillons de la North American Butterfly Association. Ce dénombrement couvre toute l’aire de reproduction dans l’est et l’ouest de l’Amérique du Nord. Et on y constate qu’il y a bien eu une baisse sur certains sites. C’est particulièrement le cas dans le nord-est des États-Unis et dans certaines parties du Midwest. Cependant, les chiffres dans d’autres régions, notamment le sud-est et le nord-ouest des États-Unis, n’ont pas changé ou sont même en augmentation. Il en résulte une tendance globale légèrement positive dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce.

Parmi les facteurs qui semblent aider, les températures annuelles ont généralement été bénéfiques pour les monarques. Ils aident à compenser les impacts négatifs de l’utilisation de l’herbicide glyphosate. Et l’utilisation agricole de cet herbicide semble se stabiliser. De plus, les papillons semblent se reproduire en plus grand nombre lorsque moins d’entre eux arrivent dans leur habitat estival. Appelé compensation reproductive dépendante de la densité, ce facteur compense les effets de la mortalité et de la reproduction en route.

Le rapport met quand même en garde contre la complaisance, suggérant que l’accélération du changement climatique pourrait entraîner des menaces croissantes. De plus, il est possible que l’augmentation des monarques d’été dans certaines régions reflète le remplacement des populations migratrices par des populations résidentes. Cela pourrait être particulièrement le cas en Californie et dans le Sud.

Cependant, le rapport est rassurant dans la mesure où il ne trouve aucun signe d’une tendance omniprésente à la baisse dans l’abondance estivale des monarques.

Et maintenant, des nouvelles du centre du Mexique…

Monarques en hivernation dans la réserve de biosphère du papillon monarque, Michoacán, Mexique.
Monarques par millions dans la Réserve de biosphère du papillon monarque, Michoacán, Mexique. Photo: naticastillog, depositphotos

Le nombre de papillons monarques au Mexique augmente de 35% (Monarch butterfly numbers in Mexico rise by 35%) dixit le rapport. Des experts mexicains ont déclaré en mai 2022 que 35% de papillons monarques supplémentaires sont arrivés cette année pour passer l’hiver dans les forêts des sommets par rapport à la saison précédente. Les experts disent que l’augmentation peut refléter la capacité des papillons à s’adapter à des épisodes de chaleur ou de sécheresse plus extrêmes en faisant varier la date à laquelle ils quittent le Mexique.

La commission gouvernementale pour les aires naturelles protégées a déclaré que la population de papillons couvrait 2,84 ha cette année, contre 2,1 ha l’année dernière.

Le nombre annuel de papillons n’est pas calcué par un dénombrement du nombre de papillons individuels, mais plutôt par le nombre d’hectares qu’ils couvrent lorsqu’ils s’agglutinent sur des branches d’arbres.

Chaque année, les monarques retournent aux États-Unis et au Canada lors d’une migration annuelle. La perte des asclépiades dont ils se nourrissent au nord de la frontière et la déforestation dans les réserves de papillons du Mexique menacent cette migration.

Gloria Tavera, directrice régionale de la Commission mexicaine des aires protégées nationales, a déclaré que l’exploitation forestière dans l’aire d’hivernage des papillons a augmenté d’environ 4,5% cette année pour atteindre 13,9 ha. Cependant, moins d’arbres ont été perdus à cause des incendies, de la sécheresse et des maladies et ravageurs des plantes. Ainsi, la perte globale d’arbres au cours de la saison 2021-22 était d’environ 18,8 ha, contre 20,6 ha au cours de la saison 2020-21.

Une excellente source d’information sur la science horticole

Je tiens à remercier Rebecca Last-Guenette pour les informations ci-dessus, car elles proviennent de son excellent bulletin scientifique sur le jardinage Gardening Science Newsletter que je reçois tous les mois. Le bulletin est en anglais, mais avec une introduction en français, une langue que Mme Last-Guenette, anglophone, manie quand même bien. 

Peut-être devriez-vous vous inscrire aussi! Il suffit d’écrire à Mme Last-Guenette à rebguenette@gmail.com et de lui demander de vous y inscrire. Le service est gratuit. Et si vous ne lisez pas l’anglais, sachez qu’il existe une multitude de logiciels gratuits qui peuvent faire la traduction!

15 comments on “Bonnes nouvelles au sujet des papillons monarques!

  1. Louise L

    Le monarque, quel magnifique papillon! Il y a quelques années, lorsque je vous ai lu sur ce sujet, j’ai laissé pousser les asclépiades dans mon jardin. Merci de m’avoir sensibilisée! Grâce à vous, je peux en admirer de plus en plus dans mon environnement. Un pur bonheur! Passez une très belle journée! ?

  2. Johanne Girard

    Je vois moins de monarques ces dernières années dans mon grand pré, même si je laisse pousser les asclépiades communes et même si j’ai planté des asclépiades tubéreuses autour de la maison grâce à vos conseils. Mais tant mieux si les colonies sont nombreuses et se portent bien: les monarques finiront bien par revenir me voir!

  3. Anonyme

    la coopérative Monark qui regroupe les cultivateur d`asclépiades à aussi pour objectif de favoriser la croissance du papillon Monarques

  4. Dominique Arama

    Merci pour ces excellentes nouvelles!
    Pourriez-vous me dire si l’asclépiade est une plante qui forme des drageons et risque de devenir envahissantes? Ma cour n’est pas très grande… et pas très ensoleillée non plus, malheureusement.

  5. J’ai une place parfaite pour y planter une douzaine d’Asclépiades.

  6. Oui, excellente nouvelle qui fait du bien !
    Pour D. Arama: tapez votre terme sur le site pour trouver la réponse. Notre Jardinier adoré ne répond plus aux questions: il doit se reposer en priorité & essayer de devenir « paresseux »… Mais ce n’est pas dans son ADN !!!

  7. Danielle Brossard

    Réponse à Dominique Arama.
    J’ai planté plusieurs asclépiades tubéreuses dans mon jardin pour attirer les papillons monarques. C’est l’une de mes plus belles vivaces. Couleur de la fleur orangé vif et lumineux, feuillage intéressant, forme arrondie et compact qui ne nécessite aucun tuteur. Et lorsque la fleur monte en graines à la fin de l’été, elle atteint son apogée en grâce et en beauté. On dirait de petites montgolfières d’un blanc laiteux transparent chargées de graines qui s’envolent à la moindre petite brise. Mais là est la surprise au printemps venu. Vous aurez une marmaille de petits tout autour de la plante mère. Alors, pour éviter une surpopulation de plants, cette année je compte tailler les fleurs avant qu’elles ne poussent en graines et tant pis pour les petites montgolfières! Elle semble se multiplier par ses graines car je ne lui vois pas de drageons. Par contre c’est une plante de soleil.

  8. Merci beaucoup de cette précieuse information. En vous souhaitant que votre santé soit en amélioration. Bonne chance.

  9. Dominique Arama

    Merci pour votre réponse tout en poésie qui me donne envie de m’y essayer. S’agit de trouver le petit coin ensoleillé qu’il lui faudra. Je tenterai aussi te contrôler la multiplication par les graines.

  10. Guy Beaulieu

    L’asclépiade se propage aussi par drageons

  11. Mais elle est facile à contrôler car elle s’enlève facilement.

  12. L’asclepiade syriaca est envahissante.
    La tuberosa pas du tout, même très lente.
    La incarnata n’´est pas très envahissante .

  13. Lise Blais

    Cher Larry, vous m’épaterez toujours, je vous fais de gros gros câlins !

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