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Les fourmis: plus souvent des amies que des ennemies

Je suis inondé de questions sur les fourmis ces jours-ci, généralement de personnes pensant que les fourmis sont le pire des fléaux. J’ai donc pensé bon republier cet article du 10 juillet 2019 pour calmer un peu la panique.

Par Larry Hodgson

Si vous jardinez, il est certain vous rencontrez des fourmis. Elles sont partout! Différentes espèces sont présentes sur tous les continents (sauf l’Antarctique) et dans tous les environnements terrestres. Si certaines personnes sont horrifiées par leur présence et veulent les éliminer à tout prix, le jardinier sage apprendra à les tolérer et même à les accepter, réagissant seulement quand elles causent un véritable problème. 

En effet, il est important de comprendre que les fourmis sont à la fois bénéfiques et nuisibles… et que pour la plupart, c’est le côté bénéfique qui prime.

Leurs bons côtés

Prédatrices d’autres insectes

Peu de jardiniers se doutent de l’effet majeur que les fourmis peuvent avoir sur d’autres parasites du jardin. Très souvent, ce sont les fourmis qui les gardent sous contrôle. Les fourmis limitent le développement de nombreux indésirables — altises, perce-oreilles, limaces, etc. Les fourmis chassent activement de petits ravageurs et mangent aussi leurs œufs. Certaines plantes (la pivoine est la plus connue de ce groupe) offrent même du nectar et d’autres ressources aux fourmis, car leur présence rebute les insectes qui peuvent leur nuire. D’ailleurs, autrefois les agriculteurs encourageaient la présence de fourmilières dans leurs champs comme protection contre les vrais ravageurs.

Les fourmis servent de nourriture aux animaux bénéfiques

Le pic flamboyant (Colaptes auratus) est particulièrement friand de fourmis. Video: Pets, Animals, Travel, Docs, & Rare Musical Stuff, www.youtube.com

Contre leur gré, bien sûr, les fourmis nourrissent beaucoup d’animaux utiles. Toutes sortes d’oiseaux insectivores, dont les pics, les gélinottes et les trogolodytes, se nourrissent en partie de fourmis. C’est aussi le cas de nombreux autres animaux: crapauds, lézards, musaraignes, etc. Ces insectivores mangent aussi les insectes nuisibles et normalement vous voudrez donc encourager leur présence. Une façon de le faire est de tolérer la présence de fourmis sur votre terrain. 

Détritivores

Si vous prenez la peine d’observer les fourmis, vous les verrez transporter toutes sortes de déchets vers leurs nids: pétales de fleurs tombés, insectes et animaux morts, etc. En fait, elles nettoient nos jardins, comme autant de mini aspirateurs! Les fourmis charpentières vont encore plus loin et font décomposer le bois mort (souches, racines, etc.), non seulement en y creusant des tunnels, mais aussi en transportant des champignons et des bactéries qui continuent la dégradation du vieux bois, libérant l’espace pour d’autres cultures. 

Des aératrices hors pair

Tunnels de fourmis dans le sol
En creusant leurs tunnels, les fourmis aèrent le sol. Photo: colleen721, DeviantArt

En dessous des fourmilières que vous voyez, il y a toute une série de tunnels et de galeries que vous ne voyez pas, mais qui sont utiles aux plantes. Votre terrain en est sans doute miné! Ces tunnels permettent la circulation d’air au niveau des racines et aussi la pénétration de l’eau et sont donc utiles à vos plantations.

Après les fleurs, le pot

Oui, les fourmis sont très utiles dans nos jardins, mais elles nous causent aussi parfois des ennuis.

À l’intérieur

Fourmis dans la maison
Personne ne veut de fourmis dans sa maison. Photo: http://www.consumerreports.org

D’abord, tirons les choses au clair: si les fourmis peuvent être bénéfiques en plein air, elles ne le sont pas dans nos demeures. Si des fourmis pénètrent chez vous, vous avez tout à fait raison de vouloir les en chasser. Surtout s’il s’agit de fourmis charpentières. Elles sont une vraie peste dans la maison, car elles ne voient pas la différence entre une vieille souche à décomposer et le bois qui tient votre maison debout. Là, un exterminateur peut être nécessaire.

Fourmis éleveuses de pucerons

Fourmis élevant des pucerons.
Certaines fourmis élèvent et entretiennent les pucerons. Photo: http://www.planetnatural.com

Aussi, si les fourmis protègent nos plantes contre certains insectes, parfois elles en protègent et même en élèvent d’autres. C’est le cas des insectes suceurs comme les pucerons et les cochenilles. Ces insectes sécrètent un liquide sucré appelé miellat que les fourmis adorent. Elles vont jusqu’à masser les insectes suceurs pour stimuler une plus grande production de miellat. Elles défendent ces insectes contre leurs prédateurs (coccinelles, chrysopes, larves de syrphes, etc.) et peuvent même les transporter d’une plante à une autre pour commencer une nouvelle colonie. 

Curieusement, si les fourmis protègent certains pucerons et cochenilles, elles n’hésitent pas à en consommer d’autres. 

Il y a au moins un avantage relié à cet élevage: la présence de fourmis peut vous indiquer qu’il y a un problème. Si vous voyez une procession de fourmis qui montent dans un arbre ou un arbuste, ne tuez pas les fourmis: elles ne sont pas le problème! Mais cette action indique la présence d’insectes suceurs que vous aurez peut-être besoin de contrôler. 

Fourmis piqueuses

fourmi du feu, le dard en l'air.
Notez le dard à extrémité de l’abdomen de cette fourmi du feu. Photo: http://www.npr.org

Et il y a aussi le cas des fourmis piqueuses. Ce sont espèces que vous ne voudriez surtout pas avoir dans vos jardins. Et cela, à cause de leur nature agressive et de leur piqûre douloureuse. Oui, contrairement à la plupart des fourmis, elles disposent d’un dard. C’est un outil qu’elles n’hésitent pas à utiliser sur les humains comme sur les animaux domestiques. Tondre la pelouse, désherber le potager ou étendre le linge près d’un de leurs nids devient presque impossible. Et on ne peut pas non plus laisser les enfants jouer à proximité.

Fourmi rouge d’Europe
Fourmi rouge d’Europe… mais photographiée à Vancouver, Canada, où elle est maintenant bien établie. Photo: Sean McCann, http://www.flickr.com

La fourmi piqueuse la plus connue est la fourmi rouge (Myrmica rubra), courante presque partout en Europe, dont en France, en Belgique et en Suisse. Et elle est maintenant solidement établie en Amérique du Nord aussi, notamment en Nouvelle-Écosse, apportée accidentellement au Nouveau Monde il y a plus de 50 ans. Elle est désormais présente, mais très localisée, au Québec (près de Gatineau), au Nouveau-Brunswick, en Colombie-Britannique et en Ontario ainsi que dans 15 états américains. Sa piqûre est douloureuse, mais pas toxique.

fourmi du feu
La fourmi du feu est minuscule, mais très agressive et dangereuse. Photo: Scott Bauer, Wikimedia Commons

Mais on ne peut pas en dire autant de la fourmi du feu (Solenopsis invicta). Sa piqûre est tellement douloureuse qu’elle fut utilisée autrefois par certaines tribus d’Amérique du Sud pour torturer à mort leurs ennemis. Elle est très agressive envers les humains et quand elle pique, elle injecte un venin irritant provoquant des rougeurs cutanées et une sensation de brûlure intense… d’où, d’ailleurs, le nom fourmi du feu. Parfois, les personnes atteintes finissent à l’hôpital et celles qui y sont allergiques peuvent même en mourir.

Distribution du fourmis du feu.
La fourmi du feu devient peu à peu un fléau planétaire. Ill.:: James Wetterer, Wikimedia Commons

Cette fourmi sud-américaine a été introduite par accident aux États-Unis dans les années 1930 et s’étend rapidement dans le sud de ce pays, mais est limitée dans son expansion vers le nord par une intolérance aux hivers froids, heureusement pour les jardiniers canadiens. On la trouve maintenant aussi en Asie (Hong Kong est aux prises avec une infestation majeure), en Australie et dans les Caraïbes, apparemment introduite à partir des États-Unis. On considère la fourmi du feu comme une des pires espèces envahissantes de la planète.

À cause de leur dangerosité, ces deux fourmis piqueuses n’ont pas leur place dans nos jardins. Les deux font toutefois souvent des nids multiples et couvrent alors de vastes superficies, donc vous aurez plusieurs nids à contrôler. Dans ces cas, le meilleur traitement consiste à utiliser les services d’un exterminateur.

Contrôler des fourmis de tous les jours 

Mettant de côté les fourmis piqueuses et les fourmis charpentières qui se trouvent dans la maison, deux cas où les services d’un exterminateur sont souvent nécessaires, il vaut mieux apprendre à accepter les fourmis communes que vous trouvez sur votre terrain. Comme vous avez vu au début du texte, elles sont plus souvent bénéfiques que nuisibles. Vivre et laisser vivre, voilà l’attitude à adopter. 

Traitement au bore

Dans les rares cas où les fourmis vous posent vraiment des problèmes et qu’il vous faut éliminer une fourmilière, sachez que vous trouverez dans toute quincaillerie plusieurs produits anti-fourmis que vous pouvez utiliser. La plupart sont à base de bore, un élément naturel qui est toxique seulement à fortes doses. Or, les appâts à base de bore ne contiennent qu’une faible dose. Ainsi, la fourmi travailleuse qui ramasse l’appât contenant le bore n’est pas empoisonnée. Mais à force d’être nourrie par ce poison faible qui lui est apporté, la reine finit par succomber à une dose mortelle et alors la colonie disparaît. 

Le moraux ressemble à une poudre blanche.
Le borax ressemble au sucre à glacer et les fourmis ne voient pas la différence. Photo: indiamart.com

Si vous préférez une recette maison, mélangez 5 ml de borax (produit nettoyant vendu dans les supermarchés et grandes surfaces) ou d’acide borique (aseptisant vendu en pharmacie) à une quantité égale de sucre à glacer. Versez le mélange dans un contenant afin que l’appât soit à l’abri de la pluie (une canette de soda ou de bière vide, par exemple) et placez-le près du nid à éliminer. Les fourmis trouveront le sucre et le rapporteront à leur reine sans remarquer la présence de bore.

Ces traitements au bore prennent trois à quatre semaines pour venir à bout d’une colonie, donc il faut s’armer de patience. 

Nématodes bénéfiques

Nematodes anti-fourmis dans un emballage rond.
Nematodes anti-fourmis. Photo: Premier Tech Home & Garden

Vous pouvez aussi contrôler les fourmis avec des nématodes, disponibles commercialement. Vous en traitez le sol et les nématodes, des vers microscopiques, s’attaquent aux larves et aux œufs des fourmis, ce qui met alors graduellement fin à la colonie. Cela peut prendre quelques semaines et une deuxième application peut être nécessaire. 


Les fourmis: parfois des amies, parfois des ennemies, mais rarement a-t-on besoin de les contrôler.

Journaliste et blogueur horticole, auteur de 65 livres de jardinage, conférencier et vulgarisateur hors pair, le jardinier paresseux, Larry Hodgson, nous a quitté en octobre 2022. Reconnu pour sa grande générosité, sa rigueur et son sens de l'humour, il a touché plusieurs générations de jardiniers amateurs et professionnels pendant 40 ans de carrière. Grâce à son fils, Mathieu Hodgson, et une équipe de collaborateurs, le blogue jardinierparesseux.com continuera sa mission de démystifier le jardinage et le rendre plus accessible à tous. Le blogue le jardinier paresseux offre plus de 2800 billets aux amateurs de jardinage, toujours dans le but de démystifier le jardinage et le rendre plus facile aux participants. Si vous avez une question sur le jardinage, entrez-la dans Recherche: la réponse s’y trouve probablement déjà.

15 comments on “Les fourmis: plus souvent des amies que des ennemies

  1. Denise B. , Québec, QC

    Merci pour ces précisions, j’ai des nids plus ou moins gros sur mon terrain et même dans un secteur
    des courges, elles n’ont pas aimé que je les dérange lors de la plantation des plants et du boyau suintant…
    Il doit y avoir de nombreux tunnels sur cette butte car j’en retrouve à des endroits différents.

  2. Michèle

    Merci beaucoup vos conseils sont très appréciés et j’ai toujours hâte de lire votre article chaque matin…

  3. Bien sûr, il y a différentes fourmis au jardin, la plupart du temps elles passent inaperçues, sauf celles qui viennent « téter » les pucerons qu’elles élèvent, en particulier sur les rosiers et les artichauts. mais ce n’est pas bien grave.
    Les plus ennuyeuses, ces sont de minuscules fourmis noires qui escaladent mes mains et mes bras, quand je repique des plants dans certains endroits précis du jardin. Elles piquent cruellement et elles font mal ! Alors je me dépêche de faire mon travail et je fais retraite rapidement. À mon tour de les torturer quand j’arrose mes plantations! Mais là non plus, ça ne dire pas longtemps. On se supporte !

  4. Karine, l'amie des fourmies

    Bravo pour votre article ! Moi, je les aiment bien quand elles restent à l’extérieur. J’en ai beaucoup et j’ai même été ‘attaqué’ alors que je voulais planter quelque chose, elles ont monté très rapidement sur mes bras et me piquaient… J’ai repoussé à plus tard ma plantation … hehe Elles ont gagné! Elles m’apportent aussi du plaisir, le pic flamboyant vient prendre des “bains” de gravier-sable-foumis écrasées laissés en bordure de mon entree de garage (contient de l’acide formique, un élément qui le soulagerait des parasites logés dans ses plumes). Un beau spectacle.
    Vive les fourmis ! .. À l’extérieur …

  5. J’ai transplanté mes tomates sur une plate bande envahie par un nid de fourmis.Ne feront t’elles pas de tort aux racines des tomates puisqu’à l’endroit où il y a des nids dans mon jardin le pelouse ne pousse plus ?

  6. Maryse Provençal

    J’ai deux nids de fourmis en plein centre de 2 plants. J’ai pu déplacer un des deux mais l’autre est un genévrier rampant. J’ai essayé de les noyer mais sans succès. Le mélange sucre et borax serait ma meilleure solution?

  7. SuzanneMacDonald+

    Est-il possible que les fourmis viennent chercher leurs fourmis mortes???

  8. Les fourmis mange t’elle les graines qu’on sème?

  9. Huguette St-Germain

    Je viens régulièrement à bout des nids de fourmis qui apparaissent à divers endroits partout sur le gazon et dans mes plates-bandes en les arrosant copieusement de marc de café. Une fois ou deux, maximum, et le problème est réglé !

  10. basilic

    BONJOUR, cette exposé sur les fourmis est vraiment bien , je ne vèrrais plus ces insectes du méme oeil.. MERCI MERCI BASILIC

  11. Bravo pour vos astuces….pour en revenir aux lys et son ravageur orange le criocere j’ai reussi à les détruire en 1 mois de surveillance matinale (8h). Crioceres et larves. Mes lys sont sauvées pour cette année.A voir l’an prochain ?…… Je vous tiendrai au courant. Et merci

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