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J’ai tué mon romarin: une véritable histoire de crime et de confession

Le jardinier paresseux révèle son côté sombre dans cette triste histoire sur la façon dont l’inattention et la négligence ont conduit à la mort tragique d’une plante adorée.

Par Larry Hodgson

Oui, j’ai tué mon romarin chéri, Rosi. Salvia rosmarinus, alias Rosmarinus officinalis, si vous préférez. C’est une mort toute récente, plus tôt ce printemps.

Nous étions ensemble depuis 13 ans, une relation fidèle et aimante. Je l’ai arrosé, fertilisé, taillé jusqu’à ce qu’il ressemble à un bonsaï tordu. Et il a donné abondamment de ses feuilles en forme d’aiguilles au parfum délicieusement coniférien. Je doute que je puisse un jour manger à nouveau de l’agneau sans fondre en larmes. Quelle tragédie!

Pas la plante la plus facile à maintenir!

Je dois dire, cependant, que Rosi ne m’a jamais facilité la tâche.

Dans les premières années, le garder en vie était tout un combat.

Pas en plein air, toutefois, où il passait l’été; il était toujours très bien sur ma terrasse au plein soleil. D’ailleurs, peu de plantes en pot nécessitent moins de soins! Je n’avais qu’à arroser quand le sol commençait à être sérieusement sec au toucher. Et pas seulement l’été. Il adorait passer ses automnes aussi en plein air, même par les journées frisquettes. On sentait très bien que le grand air lui plaisait sérieusement. 

Mais à l’intérieur, quelle bataille! Il boudait si je l’arrosais trop, et aussi si je ne l’arrosais pas assez. Jamais il n’a semblé content.

Il était évident que Rosi détestait les conditions de culture que je lui offrais. Pourtant j’ai tout essayé! 

Par exemple, devenant ma fenêtre la plus ensoleillée, mais aussi la plus chaude, il a fait, «Merci, mais non merci!» 

Quant à la fenêtre de sous-sol où il faisait frais, mais vraiment pas très ensoleillé, il semblait peut-être un peu plus ouvert… mais seulement au début. Dès le mois de février, seulement au milieu du long hiver québécois, il commençait à montrer son mécontentement. 

J’ai ensuite essayé des «conditions intérieures moyennes». Soit, températures intérieures normales et éclairage assez faible. Et, comme je m’y attendais, cela ne lui convenait pas. 

De toute évidence, conserver un romarin dans une maison moyenne pendant les longs mois d’hiver n’allait jamais être une sinécure!

Feuilles couvertes de poudre blanche: une occurrence annuelle

Feuilles de romarin couvertes de blanc.
Lorsque les feuilles de romarin se couvrent de poudre blanche, ce n’est pas bon signe: le blanc a frappé! Photo: Scot Nelson, Flickr

Le principal symptôme de l’extrême mécontentement de Rosi face aux conditions hivernales à l’intérieur était le blanc, souvent appelé oïdium*, cette maladie fongique si courante chez les plantes stressées.

*En fait, le champignon qui infeste si couramment les romarins relève du genre Erysiphe, pas du genre Oidium.

Oui, chaque année, en février, après qu’il ait passé plusieurs mois à avoir l’air raisonnablement bien, l’accumulation semaine après semaine de chaleur excessive et de lumière insuffisante finissait toujours par se faire sentir. Un genre de duvet blanchâtre se formait inévitablement sur les feuilles: le blanc.

J’avais beau réagir rapidement et vaporiser les feuilles d’huile de neem (j’avais besoin d’un fongicide bio, car nous consommions des feuilles de romarin), il était trop tard. La maladie arrêtait de se propager après la pulvérisation, mais le mal était déjà fait. Les feuilles infectées ne se rétablissaient jamais et tombaient rapidement, laissant le beau Rosi dans un état lamentable, paraissant à moitié mort.

D’ailleurs, sa situation paraissait si désespérée que je craignais de le perdre, mais à mesure que la lumière plus intense et les jours plus longs du printemps commençaient à l’atteindre, il réagissait peu à peu plus positivement et commençait à se rétablir. Dès le début de l’été, dehors, il était en pleine croissance de nouveau. Un peu crochu, peut-être, mais néanmoins vigoureux. Pour reculer de nouveau de façon dramatique au milieu de l’hiver suivant. Chaque fois, j’ai eu peur de le perdre, mais il s’en est toujours remis.

Eurêka!

J’ai finalement trouvé l’endroit qui réunissait les bonnes conditions, cependant. Mais j’ai mis quand même 5 ans à comprendre la situation.

Voyez-vous, Rosi vient des pourtours de la Méditerranée. Il est habitué aux longs étés chauds et secs, mais aussi aux hivers frais à froids et un peu plus pluvieux. Oui, il tolère même le gel: jusqu’à -7 °C. Certains disent même jusqu’à -12 °C* tant que la baisse ne dure pas trop longtemps.

*Là où j’habite, les températures hivernales descendent jusqu’à -35 °C. Aucun romarin ne pourrait survivre à l’hiver en plein air dans mon patelin!

Alors … Quel endroit magique ais-je fini par trouver qui ressemblait assez à Marseille pour contenter mon romarin adulé mais tatillon?

Bureau de l’auteur montrant les longues fenêtres donnant sur une couche froide.
Ma couche froide est placée devant les fenêtres de mon bureau au sous-sol. Ainsi, j’y ai facilement accès par les fenêtres, même en hiver. Photo: jardinierparesseux.com

Eh bien, la couche froide, bien sûr! Je l’ai installée devant les fenêtres de mon bureau au sous-sol il y a bien des années pour hiverner des bulbes, faire germer les semences récalcitrantes, acclimater les semis, etc. Ainsi, je peux voir et avoir accès à mes plantes même quand la couche est couverte de neige. Je peux même les arroser quand elles commencent à se réveiller à la fin de février et en mars. Et tout cela, en restant moi-même au chaud. 

Mais j’ai longtemps eu peur de mettre Rosi là-dedans. J’ai un thermomètre sans fil à minima et maxima sur mon bureau, mais dont le capteur est placé dans la couche froide. Il est en place depuis plusieurs années et je savais donc que la température hivernale minimale dans la couche était sous zéro. Et je ne voulais pas risquer que Rosi souffre le moindrement.

Mais à force de passer près de le perdre tous les hivers de toute façon, j’ai enfin osé essayer. Et à ma grande surprise, il s’est montré plus solide que je ne l’aurais pensé. Il adorait son hiver froid, y compris les températures nocturnes glaciales. 

Essai et erreur

Couche froide dans la neige.
Ma couche froide en hiver: un froid glacial à l’extérieur, mais relativement doux (-3, -4, -5 °C, etc.) à l’intérieur. Photo: jardinierparesseux.com

La première année, j’ai surveillé étroitement la température, rentrant Rosi dans mon bureau les nuits particulièrement froides. Mais peu à peu, j’ai découvert que ce n’était pas nécessaire. Il n’a jamais fait moins que -5,8 °C dans la couche froide et on m’a assuré que le romarin pouvait tolérer au moins -7 °C. J’ai donc testé cette prétention en laissant Rosi à des températures de plus en plus basses. Et elles ne l’ont jamais dérangé. 

Une fois que j’ai commencé à mettre Rosi dans la couche froide, il s’est mis à traverser l’hiver en parfaite forme. Il ne perdait même plus une feuille! Et le blanc était maintenant chose du passé!

Au lieu de s’accrocher à peine à la vie et d’avoir l’air à moitié mort au printemps, Rosi s’est développé, devenant dense, haut et large. Finie la petite fine herbe maigrichonne, il est devenu un arbuste robuste! Et aussi, il a commencé à fleurir, avec de jolies fleurs bleu lavande pâle au printemps! Quelle joie!

Une fin tragique

Cette belle histoire d’amour a pris abruptement fin ce printemps.

J’ouvre habituellement un ou deux des panneaux vitrés de ma couche froide lorsque les jours sont au-dessus du point de congélation (à partir d’avril où j’habite), puis je les referme la nuit. Cela empêche les températures de trop monter lors des journées ensoleillées. Au fur et à mesure que le printemps avance et que les nuits se réchauffent, je peux laisser les fenêtres ouvertes de plus en plus longtemps, éventuellement même la nuit. Au bout de quelques semaines, la couche froide était donc ouverte à l’air ambiant en permanence, à moins qu’un gel tardif majeur ne soit annoncé.

Mais ma situation a changé cette année par rapport aux années précédentes. Je suis désormais handicapé par des problèmes pulmonaires qui m’imposent de sérieuses restrictions physiques. Je ne peux plus ouvrir et fermer un panneau vitré lourd (pour moi) comme je le faisais auparavant. D’ailleurs, le simple fait de sortir de la maison pour aller à la couche froide afin d’ouvrir le panneau, puis de revenir à l’intérieur par la suite est une entreprise majeure qui nécessite de longues minutes et une planification minutieuse.

Alors, j’ai pensé demander à ma femme d’ouvrir les panneaux pour moi. Seulement… je ne l’ai pas fait. Je ne voulais pas la déranger avec tout le charivari d’ouvertures et de fermetures de panneaux que j’avais l’habitude de m’imposer.

Au lieu de cela, j’ai tout simplement pris l’habitude d’arroser plus, sachant que plus de chaleur causera plus d’évapotranspiration. Donc, que Rosi allait sécher plus rapidement à la chaleur qu’à la fraîcheur. De plus, auparavant, je n’avais jamais vu une température supérieure à 35 °C à l’intérieur de la couche froide fermée. Et Rosi vient de la Méditerranée, n’est-ce pas? Il peut sûrement supporter une telle chaleur! Après tout, 35 °C n’est pas si extrême.

Mais je n’avais pas prévu l’arrivée d’une canicule printanière. Nous ne les avons tout simplement pas ici. . . ou, du moins, nous n’avions pas l’habitude d’en avoir. Mais du 11 au 13 mai 2022, nous avons eu 3 journées consécutives avec des températures extérieures autour de 28 °C. Une chaleur étouffante pour nous! Pourtant, je n’ai pas pensé un instant à ce que pauvre Rosi pouvait sentir. Je le croyais presque à l’épreuve de la chaleur!

Romarin sec dans une couche froide, vue à travers la fenêtre d’un bureau.
Aucun romarin ne devrait avoir l’air aussi brun! Il y avait clairement quelque chose qui n’allait pas du tout! Photo: jardinierparesseux.com

À un moment donné, assis devant mon ordinateur comme d’habitude, il m’est arrivé de jeter un coup d’œil sur la couche froide. Horreur! Rosi n’allait manifestement pas bien! Même de loin, je pouvais voir que sa couleur était terrible! J’ai vérifié le thermomètre à mes côtés: il indiquait 47 °C! Et je n’avais pas arrosé depuis 4 jours! Aïe! Je me suis dirigé vers la couche froide dans le but d’ouvrir quelques fenêtres pour laisser dissiper la chaleur… et pour lui donner un bon coup d’eau.

Mais la sonnette retentit juste à ce moment-là! 

Arriver à la porte d’entrée en temps opportun est un défi majeur pour moi, mais j’ai forcé mon corps très réticent à monter l’escalier et à avancer, cherchant désespérément mon souffle, vers la porte aussi vite que je pouvais. Et dans ma hâte, j’ai complètement oublié le pauvre Rosi! Oui, je l’ai laissé continuer de cuire dans la chaleur et l’humidité extrêmes!

Il s’est avéré que ce n’était qu’une livraison. Et que le colis avait été déjà déposé sur le seuil de la porte, sans besoin de signature. Aucune trace du livreur! Alors, je me suis écrasé sur le canapé pour reprendre mon souffle … et je ne suis pas retourné à mon bureau ce jour-là.

Triste lendemain

Brun et croquant ne sont pas des adjectifs que l’on veut entendre appliqués à son romarin préféré. Photo: jardinierparesseux.com

Le lendemain, quand je me suis assis à mon bureau et que j’ai levé les yeux dans la direction de Rosi, j’ai été horrifié! Il se tenait là, toujours aussi grand et feuillu… mais ses aiguilles étaient brun-grisâtre. Pas une trace de vert. Je me précipitai lentement et saisis une de ses branches. Un bruit de craquement éclata! Les aiguilles elles-mêmes étaient très sèches, faciles à casser en deux. Il n’avait pas flétri le moins du monde, pourtant. Au lieu de cela, il était comme figé, séché de part en part!

J’ai fait de mon mieux pour le réanimer. J’ai demandé à ma femme d’ouvrir les panneaux de la couche froide afin de laisser entrer de l’air froid. (La vague de chaleur avait pris fin et il faisait de nouveau assez frais.) Ensuite, j’ai récupéré le corps de Rosi pour le rentrer dans mon bureau.

Je lui ai donné un long bain d’eau tiède avant de le remettre dans la couche froide maintenant très fraîche. Et par la suite, j’ai essayé de le garder humide. Mais en vain. Les jours passèrent, puis les semaines. Aujourd’hui, j’ai dû me l’avouer. . . et maintenant à vous aussi: Rosi est parti vers ce grand jardin de fines herbes dans le ciel!

Quand même, un romarin n’est qu’une plante. Je peux facilement en acheter un autre. (D’ailleurs, je pense acheter un romarin à port retombant cette fois-ci.) Mais je m’en veux beaucoup de ne pas avoir donné à Rosi les soins qu’il méritait. 

Et au moins, je vais essayer de transformer cette triste histoire en une leçon pour les autres jardiniers. Comme, pour commencer, de ne pas me mettre sur un piédestal. J’écris peut-être beaucoup sur l’horticulture, mais je suis tout aussi susceptible de faire une gaffe de jardinage que n’importe qui d’autre!

Et apprenez bien cette leçon: si une sonnette retentit alors qu’une plante a besoin de vous, donnez la priorité à la plante!

116 comments on “J’ai tué mon romarin: une véritable histoire de crime et de confession

  1. MarieHélène

    La perte de notre mobilité nous offre des deuils de toutes sortes. Je compatis… Depuis ma vingtaine, j’ai dû choisir mes dépenses d’énergies au quotidien, je comprends bien votre état et je vous offre mes sympathies pour votre Rosi 😉 C’est une étrange chose que la perte de nos habitudes, de notre mobilité. C’est dur … mais ça nous rends plus compatissants.

  2. P.O.D.

    Les plantes nous aident dans « l’art de vivre » et le votre est un subtil mélange de «lâcher-prise » et «tenir bon ».

  3. Toujours un plaisir de vous lire ! C’est vrai que le romarin c’est une plante qui peut être parfois compliqué, beaucoup plus que les thyms et sarriettes par exemple. Si vous voulez une idée pour un remplacent, mon romarin préféré est le Rosmarinus tomentosus, il existe même des variétés à port retombant, mais je ne sais pas si elles se trouvent en Amérique du Nord ?

    Pour les plantes en pot pour éviter les erreurs d’arrosages, les oyas me semblent efficaces, ça fait 1 an que j’en ai une couple et pour le moment je suis satisfait des résultats !

  4. Pierre Piché

    Mon cher Larry,

    Avec un petit jeu de mots, permettez-moi de vous changer un peu les idées suite à la perte de votre romarin. Personnellement, je ne bois jamais d’alcool sous toutes ses formes. Non seulement je déteste le goût, mais je ne supporte aucune boisson alcoolisée.

    Mais pour les personnes qui ont des problèmes rénaux, pourquoi ne pas boire un peu de «rhum à rein»?

    Bon jardinage 🧑‍🌾

  5. Louise L.

    Pauvre Rosi, vraiment pas de chance! Mais avouez qu’avoir un compagnon aussi capricieux, ça prenait de la sacrée patience! À votre place, je me dirais que vous en avez vraiment beaucoup fait pour le garder en vie et en bonne santé. Rien n’est éternel! Heureusement, une nouveauté dans votre décor vous offrira de nouveaux défis. Prenez soin de vous et du prochain p’tit nouveau!

  6. Lise Blais

    Faire vivre un romarin pendant tout ce temps relève de l’exploit, félicitations !!!! Et courage !
    Je souffre aussi de Mpoc alors je vous comprends fort bien .

  7. merci pour cette histoire M. Hodgson, difficile de perdre une plante qu’on a tant soignée !
    J’aime lire vos articles, récents (ça fait plaisir d’avoir de vos nouvelles à travers vos histoires) et anciens (quelle richesse d’informations, merci pour vos partages)
    Une pensée pour Rosi, et un bisou (si vous permettez ?) depuis le Lubéron provençal, où les lavandes ne sont pas encore en fleurs, les soirs modérément frais, et les journées déjà bien chaudes !
    Dans la maison où nous séjournons, sur un plateau à altitude modérée, le pied romarin est à l’ouest/nord ouest contre le mur de la maison. Il a la chaleur de la journée, mais avec peu de soleil, il a l’air assez ancien. Le sol est déjà très sec en cette fin de printemps. Je suppose que la fraîcheur de la nuit tempère la sécheresse du sol ?

  8. Denise B. , Québec, QC

    Bonjour cher mentor. À chaque année, je me fais une jardinière de fines herbes. Pour 2022, j’ai décidé de l’accrocher à une rampe du patio. J’y ai planté un petit plant de romarin, d’autres fines herbes vont l’accompagner. Il est à la mi-ombre et probablement le pied un peu trop humide. Dois-je attendre plus de chaleur pour évaluer sa condition ou le transplanter au plus vite dans un pot en solitaire et le placer plus au soleil? Merci de l’information et Portez-vous bien 🤔😊

  9. Hirondelle

    Bonjour M Hodgson, je veux simplement vous dire que je suis bien peinée d’apprendre que vous avez une maladie pulmonaire. J’espère que vous recevez autant de soin que vous en avez donné aux autres et aux plantes dans votre vie ! Merci pour l’histoire du romarin, cela m’explique bien des choses ! Hirondelle

  10. Jocelyne

    Merci pour cette histoire d’amour avec votre romarin ! J’aime bien vos leçons car on peut en tirer plusieurs. Pour moi qui adores les plantes et les fleurs mais qui ne réussit pas trop, j’élimine donc d’emblée cette idée de rentrer mon romarin ! Désormais, je me contente des plantes pour les nulles. Si j’arrive à ne pas les tuer, je pourrais avancer d’un autre pas ! 🙂

  11. Denise B. , Québec, QC

    Merci, je vais le déplacer même s’il semble bien se comporter pour le moment.

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