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Comment cultiver votre propre gingembre

Photo: mkqayyum@gmail.com, depositphotos

Par Larry Hodgson

Le gingembre (Zingiber officinale) est bien connu comme épice tropicale. On l’apprécie pour son goût piquant et rafraîchissant et son arôme fort agréable. 

Le gingembre est un «cultigène», une plante qui n’a jamais été découverte à l’état sauvage. On pense que c’est un hybride naturel originaire de quelque part en Asie du Sud-Est: peut-être l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines ou la Nouvelle-Guinée. Et il est cultivé dans ces régions comme épice et plante médicinale depuis au moins 7000 ans, transporté d’île en île par bateau. Aujourd’hui, le gingembre est cultivé dans les régions tropicales du monde entier, le plus gros producteur étant l’Inde.

Gingembre d’une ferme de gingembre montrant des rhizomes fraîchement déterrés.
Le gingembre tel qu’il est cultivé sous les tropiques. Photo: indiamart.com

Comme tant d’autres plantes de la famille des Zingibéracées, le gingembre est une plante herbacée qui pousse dans la forêt tropicale humide (la jungle). Il produit une tige annuelle (en fait une pseudo-tige constituée des bases enroulées de ses feuilles) qui porte des feuilles étroites lancéolées, le tout à partir d’un rhizome épais poussant latéralement sous le sol ou partiellement enterré.

Deux inflorescences de gingembre avec une fleur épanouie.
Les tiges florales sont portées sur des tiges séparées, mais sont rarement vues. Photo: SKsiddhartthan, Wikimedia Commons

Le gingembre fleurit rarement en dehors des tropiques chauds, alors peu de gens ont déjà vu ses inflorescences coniques de fleurs violet sombre et jaune qui ressemblent beaucoup à de minuscules orchidées. Les fleurs sont stériles et ne produisent pas de graines.

Vous ne pensiez probablement pas pouvoir cultiver une plante aussi tropicale que le gingembre dans un climat tempéré, mais en fait vous le pouvez. C’est même assez facile… mais vous aurez besoin d’espace, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur.

Démarrer le gingembre à la maison

On ne cultive pas le gingembre à partir de graines, car il n’en produit pas, mais plutôt à partir de sections de rhizomes. Ces rhizomes sont récoltés sur des plantes cultivées l’année précédente.

Rhizomes de gingembre avec des pousses qui commencent à se former.
Recherchez les rhizomes qui commencent à germer, comme ceux-ci. Notez les yeux qui commencent à enfler. Photo: Tachjang, depositphotos

Pour faire pousser du gingembre, vous devez d’abord trouver des rhizomes viables. Cependant, les rhizomes de votre supermarché local ont souvent été irradiés pour empêcher la germination. Ils vous seront donc inutiles. Cependant, si vous voyez un rhizome qui commence à produire de petites excroissances crème ou verdâtres (on les appelle des yeux), c’est qu’il est bien vivant! Sinon, recherchez des rhizomes de gingembre bio, généralement disponibles dans les magasins d’aliments naturels. Ils n’ont pas été traités et germent facilement.

Préférez un rhizome à plusieurs yeux: vous en obtiendrez une plus grosse récolte!

Rhizome coupé, montrant l’œil.
Coupez le rhizome en sections, chacune portant un œil. Photo: dearplants.com

Commencez à cultiver du gingembre à l’intérieur à la fin de l’hiver ou au début du printemps. Pour stimuler une reprise plus rapide, faites tremper le rhizome dans de l’eau tiède toute une nuit avant de le planter. Vous pouvez planter le rhizome entier tel quel, mais pour une plus grande récolte, coupez le rhizome en sections d’environ 2 à 3 cm de long, chacune avec un œil viable.

Remplissez un pot d’environ 15 cm aux trois quarts de terreau humide (un terreau d’empotage ou pour plantes d’intérieur conviendra bien). Ensuite, placez une section de rhizome sur le terreau, l’œil ou les yeux pointant vers le haut. Ajoutez suffisamment de terreau pour le recouvrir et arrosez doucement.

Placez le rhizome dans un endroit chaud (22 à 25 °C). Si votre aire de culture a tendance à être fraîche, envisagez de placer le pot sur un tapis chauffant, au moins jusqu’à ce que l’air se réchauffe avec l’arrivée du printemps.

Mini-serre en plastique
Une mini-serre aidera à garder les rhizomes humides et plus uniformément chauds. Photo: EarlyGrow

Il est préférable de cultiver les sections de rhizome à l’étouffée, soit sous un dôme en plastique transparent ou dans un sac en plastique, et ce, afin de maintenir une humidité élevée et une température chaude et assez stable. Placez l’ensemble sous un bon éclairage, mais sans plus qu’un ensoleillement indirect, au moins à ce stade de croissance, sinon les plantes pourraient surchauffer dans leur «mini-serre».

Aucun arrosage ne sera probablement nécessaire pendant des semaines, car non seulement le gingembre est souvent très lent à démarrer, mais sa mini-serre empêche presque toute évaporation. Ainsi, peu d’eau est perdue et l’arrosage n’est pas très nécessaire.

Pousse de gingembre émergeant du sol.
Il faut être patient: les pousses peuvent être lentes à émerger. Photo: albertvieille.com

Après environ 3 à 8 semaines, des pousses vertes commenceront à sortir du sol, signe que le rhizome est bien enraciné. Lorsque les pousses commencent à s’allonger en pseudo-tiges vertes, et avant qu’elles ne commencent à pousser contre le couvercle, retirez la mini-serre. À partir de ce moment, les plantes seront exposées à l’air plus sec et subiront une forte évaporation. Alors, vous devrez arroser davantage, soit assez pour garder le sol légèrement humide. Vous pouvez également maintenant déplacer les plantes en plein soleil pour une croissance plus courte et plus dense.

Des pseudo-tiges tubulaires aux feuilles longues et étroites se formeront. Elles atteindront 60 à 100 cm de hauteur avant la fin de l’été. La plante aime une humidité élevée, sinon les bords des feuilles peuvent s’enrouler ou se dessécher. Il peut être utile d’utiliser un humidificateur en début de saison, car les systèmes de chauffage de nos maisons assèchent l’air.

Vous devez garder la plante au chaud tout au long de la saison de croissance. Si possible, évitez les températures inférieures à 16 °C.

Vous pouvez fertiliser votre gingembre régulièrement, mais peu à la fois, et ce, du printemps à la fin de l’été, car c’est une plante «gourmande». Utilisez à cet effet l’engrais biologique de votre choix, en suivant le mode d’emploi imprimé sur l’emballage.

À l’intérieur ou à l’extérieur?

Gingembre cultivé comme plante d’intérieur dans un cache-pot blanc.
Cultivé à l’intérieur, où la lumière est faible, le gingembre peut devenir grêle et nécessiter un tuteur. Photo: jozefhipp, vsco.co

Vous n’êtes pas obligé de mettre le gingembre à l’extérieur pour l’été. Il poussera parfaitement bien à l’intérieur tant que vous pourrez lui fournir un éclairage fort. D’accord, il survivra à l’ombre à l’intérieur, mais si vous voulez récolter des rhizomes d’une certaine taille, le soleil est important. Vous aurez à le rempoter dans un pot plus grand quand vous remarquerez que son terreau commence à s’assécher rapidement, même après un arrosage abondant.

Gingembre cultivé à l’extérieur dans un pot.
Le gingembre se cultive souvent mieux en pot, même en plein air. Photo: fromsoiltosoul.ca

Pour la culture en extérieur, une fois que le sol s’est bien réchauffé, commencez à acclimater la plante aux conditions extérieures en la plaçant à l’ombre pendant 2 ou 3 jours, puis à l’ombre partielle pendant 2 ou 3 autres jours. Un emplacement bien clair, mais protégé du soleil direct, conviendrait parfaitement. Il tolère toutefois le plein soleil dans les régions tempérées. 

Vous pouvez planter votre gingembre en pleine terre même dans un climat tempéré, mais il est souvent plus pratique de le cultiver en pot. Si c’est le cas, vous aurez besoin d’un pot assez grand, disons un bac de 30 cm ou plus, car les petits pots sèchent trop rapidement.

Tout au long de l’été, continuez simplement l’arrosage, vous assurant de bien arroser dès que le terreau commence à s’assécher, et la fertilisation.

Notez que la culture en plein air ne sera pas possible dans les régions où les étés sont frais. S’il vous faut une serre pour cultiver des tomates et des poivrons dans votre patelin, le gingembre n’y sera pas très heureux sans une protection similaire!

Bien sûr, dans les climats tropicaux, vous pouvez planter le gingembre à l’extérieur de façon permanente. Ainsi, il se répandra lentement et formera une grosse touffe avec le temps. Vous pourrez alors récolter des rhizomes quand bon vous semblera.

La récolte

Jeunes rhizomes de gingembre au moment de la récolte.
Vous pouvez obtenir une assez bonne récolte à partir de seulement quelques plantes.

Au début de l’automne, lorsque la température nocturne commence à baisser vers 10 °C, il sera temps de récolter les rhizomes de gingembre. Ils seront toujours courts, dodus et jaunâtres avec des écailles rouges, pas longs et beiges comme le rhizome d’origine. C’est parce qu’ils n’arrivent pas à atteindre leur pleine maturité dans un climat tempéré. Cependant, le goût sera toujours excellent et la texture encore supérieure: plus lisse et plus douce. Et vous n’aurez pas à les peler, car leur épiderme sera encore mince.

Un peu comme les pommes de terre nouvelles qu’il faut consommer sans trop tarder, les rhizomes immatures ne se conservent pas bien: peut-être 2 semaines au réfrigérateur. Ou congelez-les et ils se conserveront 6 mois et plus.

La prochaine génération

Vous pouvez garder un rhizome ou deux en croissance pendant l’hiver si vous le souhaitez, de préférence à l’étouffée sous une lampe de culture… et à l’intérieur, bien sûr! Ou encore, essayez de les conserver au sec, à la manière de bulbes de glaïeuls ou de dahlia. Mais cette technique est assez difficile à réussir, étant donné l’immaturité du rhizome sous les climats tempérés. Il ne se conserve pas aussi bien que les rhizomes produits sous les tropiques. 

Beaucoup de gens trouvent plus avantageux de démarrer de nouvelles plantes au printemps à partir des rhizomes plus gros achetés en magasin. 

Qu’en est-il du gingembre sauvage?

Gingembre sauvage dans une forêt.
Le gingembre sauvage (Asarum canadense) n’est pas apparenté au vrai gingembre (Zingiber officinale). Photo: Michael Wolf, Wikimedia Commons

La plante appelée gingembre sauvage ou asaret du Canada (Asarum canadense), indigène dans l’est de l’Amérique du Nord, n’est pas un vrai gingembre. Elle n’est même pas apparentée au gingembre, étant d’une famille différente, les Aristolochiacées. D’ailleurs, ses feuilles en forme de cœur et son port bas ne présentent aucune similitude avec le vrai gingembre. Cependant, son rhizome a un goût similaire et est parfois utilisé pour aromatiser les aliments et dans les traitements médicinaux. Ce couvre-sol à feuilles caduques pousse normalement dans la forêt dense et est très résistant au froid (zones de rusticité 3 à 8). Vous pouvez facilement le naturaliser dans une forêt, mais certainement pas le cultiver à l’intérieur comme son homonyme tropical!

Le gingembre: tellement savoureux, tellement piquant, tellement aromatique… et pas si difficile à cultiver!

À propos Larry Hodgson

Journaliste et blogueur horticole, auteur de 65 livres de jardinage, conférencier et vulgarisateur hors pair, le jardinier paresseux, Larry Hodgson, nous a quitté en octobre 2022. Reconnu pour sa grande générosité, sa rigueur et son sens de l'humour, il a touché plusieurs générations de jardiniers amateurs et professionnels pendant 40 ans de carrière. Grâce à son fils, Mathieu Hodgson, et une équipe de collaborateurs, le blogue jardinierparesseux.com continuera sa mission de démystifier le jardinage et le rendre plus accessible à tous. Le blogue le jardinier paresseux offre plus de 2800 billets aux amateurs de jardinage, toujours dans le but de démystifier le jardinage et le rendre plus facile aux participants. Si vous avez une question sur le jardinage, entrez-la dans Recherche: la réponse s’y trouve probablement déjà.

14 comments on “Comment cultiver votre propre gingembre

  1. J’ai lu que le feuilage du gingembre eet aussi comestible

  2. Helene Lambert

    Bonjour, nous cultivons le gingembre depuis quelques années et nous apprécions vraiment de pouvoir le consommer en hiver. C’est très productif et on le congèle.

  3. Diane Montpetit

    Il n’y a pas que les humains qui aiment le gingembre … L’an passé j’ai planté du gingembre sauvage dans ma cour et une certaine petite bête s’en est régalée. Marmotte, moufette, écureuil, je ne sais pas qui, mais mon prochain essai ne sortira pas de la maison. Un beau bonjour à vous, Monsieur Hodgson!
    ;))

  4. Un article que j’ai bien lu et qui m’intéresse , c’est une plante que j’aimerais faire poussé depuis quelques années et cette article m’a décidé à en faire cette année , merci pour cette article .

  5. Denise Morin

    Je me suis procuré mes rhizomes aujourd’hui à l’épicerie dans la section biologique, ils n’ont pas d’yeux, j’espère que ça va marcher quand même…

  6. Super intéressant, suggestion pour un prochain article. Comment cultiver le curcuma?

  7. Ping : Comment faire pousser du gingembre ? Nos astuces simples et accessibles. - Roses News

  8. Pierre Valois

    Merci M Hodgson, merci pour votre marche à suivre, nous avons une serre 4saisons où pousse déjà agrumes figuier manguiers etc, nous essayons suite à vos précieux conseils de partir quelques racines de gingembre. Nous sommes à Cleveland en Estrie, salutations

  9. Karine

    Bonjour,
    J’ai suivi votre méthode et j’ai maintenant des toutes petites pousses vertes, comme sur votre photo.
    C’est un premier essai et je suis super contente 🙂
    Pour info, nickel avec le gingembre bio et loupé avec le gingembre non bio.
    A bientôt.

  10. Bonjour,
    Chez moi en Bretagne je cultive le gingembre en pot dans ma serre dès le début du mois de mai, puis je le rentre début octobre quand les nuits commencent à fraichir. Je place les pots derrière une baie vitrée, j’arrête les arrosages, et vers la mi novembre quand le feuillage est sec je récolte les tubercules qui une fois séchés se conservent tout l’hiver. On peut ensuite les remettre à germer au printemps et répéter l’opération.
    Merci pour votre blog très instructif !

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