Annuelles Plantes insectivores

Plantes collantes qui attrapent les insectes nuisibles

Par Larry Hodgson

Cela fait presque 30 ans que j’ai cultivé des Cuphea llavea pour la première fois. J’avais fait venir des semences du semencier Chiltern Seeds en Angleterre* dans mon élan printanier habituel où j’essaie des dizaines de plantes nouvelles pour moi.

*Oui, on peut acheter des semences à l’étranger!

Fleur de «oreilles de souris» ou «cuphéa à face de chauve-souris».
Vous pouvez appeler cette plante «oreilles de souris» ou «cuphéa à face de chauve-souris». Photo: hort.extension.wisc.edu

On l’appelle «oreilles de souris» à cause des fleurs tubulaires à deux pétales arrondis dressés rouge vif. La gorge de la fleur est toutefois violet profond, presque noire, une couleur qui déborde sur la base des pétales, donnant un effet assez unique censé ressembler à la tête d’une chauve-souris, d’où l’autre nom commun: «cuphéa face de chauve-souris».

Cuphea lavea ‘Flamenco Samba’ aux fleurs semi-doubles. Photo: Proven Winners

Il existe plusieurs cultivars de C. llavea de différentes couleurs qui, pour cette raison, n’apparaîtront pas comme des chauves-souris. Les séries Sriracha et Flamenco (on voit ‘Flamenco Samba’ ci-dessus), entre autres, sont semi-doubles avec des fleurs aux pétales supplémentaires et ne ressemblent plus à une souris, à moins que vous acceptiez qu’une souris puisse avoir 6 oreilles!

Cultivé comme une annuelle dans les climats tempérés, le cuphéa à face de chauve-souris est en fait un sous-arbuste originaire du Mexique.

Vue latérale des fleurs, de la tige et des feuilles du cuphéa à face de chauve-souris.
Les tiges, les feuilles et même le tube de la fleur sont collants. Photo: JLPC, Wikimedia Commons

J’ai démarré les graines sous des lumières fluorescentes dans mon sous-sol, comme je le fais avec la plupart des semences, et elles ont germé prestement et ont poussé rapidement. C’est vraiment une annuelle facile! Mais après quelque temps, j’ai remarqué quelque chose d’étrange: il y avait de minuscules mouches noires collées à ses tiges. 

C’est que je luttais à ce moment contre une invasion de mouches du terreau et, à ma grande surprise, les petits parasites ont fini prisonniers sur les tiges et les feuilles nettement gluantes de mes semis de cuphea. Les mouches semblaient incapables de se libérer et moururent assez rapidement. Je ne sais pas si la plante dégage une odeur particulière qui attire les mouches ou si elles atterrissent sur les tiges et les feuilles par accident, mais cela a certainement résolu mon problème d’invasion de mouches du terreau!

J’ai appris plus tard que le cuphéa à face de chauve-souris est considéré comme une «plante protocarnivore». Il s’agit d’une plante qui piège et tue les insectes, mais qui n’a pas encore évolué vers la capacité de digérer directement les nutriments qu’ils contiennent comme une plante pleinement carnivore. Au lieu de cela, l’insecte tombe au sol une fois mort et les microbes du sol le décomposent. C’est ça qui libère les minéraux que la plante peut alors absorber. 

Plante de cuphéa à face de chauve-souris en pleine floraison dans un récipient.
Le cuphéa à face de chauve-souris fait tout un spectacle dans le jardin et offre en même temps une solution aux problèmes d’insectes volants. Photo: PantherMediaSeller, depositphotos

Finalement, bien sûr, j’ai planté mes petits cuphéas si visqueux dans le jardin où ils ont fleuri abondamment tout l’été, au grand plaisir des colibris qui ne pouvaient tout simplement pas en avoir assez. Que de nectar! Mais aucune fourmi n’a pu grimper sur la tige pour voler le nectar: elle était tellement collante qu’elle agissait comme barrière. Les fourmis qui ont osé essayer de monter sont demeurées collées à la base de la plante. 

Apparemment, c’est aussi une excellente plante si vous cherchez à piéger les pucerons et les aleurodes, ainsi que d’autres petits ravageurs des plantes. Je ne peux pas le confirmer, toutefois, car les seuls insectes que j’ai vu collés sur cette plante au jardin étaient des fourmis (très peu) et des mouches du terreau, qui sont très courantes en plein air aussi.

Je me souviens avoir pensé: «Une plante qui piège les insectes? Quel bel outil de jardinage! Quelqu’un devrait commercialiser cet attrait!» Mais, pour autant que je sache, personne ne l’a fait. C’est même plutôt le contraire! Les hybrideurs travaillent dur pour développer un Cuphea llavea non collant, car les insectes morts fixés à la tige d’une plante entraveraient la vente!

Colibri visitant des fleurs de cuphéa à face de chauve-souris.
Les colibris et les insectes pollinisateurs visitent la fleur de face, là où il n’y a pas de colle, donc ne sont pas piégés par les tiges et les feuilles gluantes. Photo: hort.extension.wisc.edu

Au cours des années suivantes, j’ai semé des graines de cuphéa à face de chauve-souris chaque fois que des mouches du terreau sont apparues… et lorsque vous cultivez littéralement des centaines de plantes d’intérieur, ainsi qu’un nombre incalculable de semis chaque printemps, il est certain que des mouches du terreau vont apparaître chez vous assez souvent!

Chiltern Seeds semble avoir cessé d’offrir du cuphéa à face de chauve-souris, bien que d’autres semenciers le fassent encore et que des plants soient offerts au printemps sous la marque Proven Winners, du moins au Canada et aux États-Unis. Cependant, Chiltern Seeds offre maintenant un cuphéa encore plus collant: le cuphéa visqueux (C. viscosissima). Le nom viscosissima signifie… le plus visqueux! Vous ne pouvez pas battre ça!

Encore mieux

Mais plus tard, j’ai trouvé encore mieux quand il s’agit de lutter contre les mouches du terreau à l’intérieur: les grassettes (Pinguicula spp.).

Grassette avec des mouches du terreau collées à ses feuilles.
Les grassettes (Pinguicula spp.) sont excellentes pour attraper les mouches du terreau. Photo: Alvin Kho, Flickr

Les grassettes sont de véritables plantes carnivores (leurs feuilles dégagent des enzymes qui dissolvent les insectes sur place) avec de curieuses feuilles acaules à la texture à la fois collante et huileuse formant une rosette dense et basse. Elles sont d’un vert lime surprenant, une teinte qui semble attirer de nombreux insectes et certainement des mouches du terreau. Et contrairement au cuphéa à face de chauve-souris, une annuelle que vous devez redémarrer à partir de graines souvent, vous pouvez cultiver des grassettes tropicales ou subtropicales à l’intérieur toute l’année.

Grassette mexicaine en fleur (fleurs rose vif) dans un pot.
Grassette mexicaine (P. moranensis). Photo: Flickr.com.

Et les grassettes sont très attrayantes aussi, ressemblant beaucoup à une petite violette africaine. La plupart, comme la grassette mexicaine (P. moranensis), l’espèce la plus populaire et peut-être aussi la plus facile à cultiver, offrent de belles fleurs violettes ou magenta pendant une très longue saison.

Grâce aux grassettes, je trouve que je peux étouffer une infestation de mouches du terreau dans l’œuf… et la garder étouffée. En fait, en général, je ne réalise même pas que mes plantes ont des mouches jusqu’à ce que quelques-unes se collent sur les feuilles de la grassette. Et avec les grassettes pour les consommer, l’infestation s’arrête alors bien rapidement.

Idéalement, vous placeriez une grassette parmi chaque groupe de plantes d’intérieur à titre de prévention contre les mouches du terreau. Aussi, placez-en parmi les semis que vous démarrez à l’intérieur au printemps.

J’ai écrit davantage sur les grassettes dans l’article Cultivez un piège collant vivant! que vous voudrez peut-être consulter.

À l’extérieur aussi?

Il faut se demander si la culture de plantes qui attrapent les insectes nuisibles ne peut pas être efficace à l’extérieur aussi, du moins à un certain degré.

Il existe, après tout, des grassettes résistantes aux hivers froids que vous pouvez cultiver dans les climats tempérés. La grassette commune (P. vulgaris), notamment, est une plante de distribution circumboréale, trouvée dans tout le nord de l’Eurasie et de l’Amérique du Nord, y compris au Groenland. Elle est notamment présente dans tous les territoires et provinces du Canada et dans le nord de la France. Mais les grassettes aiment un environnement marécageux, pas une chose à laquelle tous les jardiniers ont accès.

Puis-je suggérer, à l’essai toujours, de cultiver l’un des silènes attrape-mouche (Silene spp.), car une dizaine de plantes dans ce genre ont des tiges et feuilles qui attrapent les petits insectes?

Le silène attrape-mouche (S. muscipula) porte même le nom attrape-mouche, car muscipula veut dire «qui piège des mouches». Et effectivement, des mouches de toutes sortes ainsi que d’autres petits insectes volants finissent leur vie collés sur ses tiges et feuilles. Par contre, S. muscipula est peu cultivé.

Fleurs de silène armérie
Le silène armérie ou silène à bouquet (Silene armeria) a des tiges collantes qui attrapent les insectes. Photo: RukiMedia, depositphotos

L’espèce la plus connue et la plus facilement disponible dans le commerce est le silène armérie ou silène à bouquet (Silene armeria). Il est originaire d’Europe, mais bien établi comme plante adventice des jardins dans de nombreux pays, y compris au Canada et aux États-Unis. En effet, cette espèce, en plus d’être vendue en pépinière, est souvent incluse dans les mélanges de semences de fleurs sauvages, car elle fleurit si bien dans un pré fleuri. Ou essayez son équivalent nord-américain: le silène muflier (S. antirrhina).

La plupart des silènes attrape-mouches sont des vivaces assez faciles à cultiver.

Parmi les autres plantes pièges à insectes que vous pourriez essayer dans votre jardin en plein air, citons:

  • Lychnide visqueuse ou attrape-mouche (Viscaria vulgaris, anc. Lychnis viscaria),
  • Plumbago ou dentelaire du Cap (Plumbago auriculata, anc. P. capensis)
  • Potentille âcre (Drymocallis argutaa anc. Potentilla arguta).
  • Potentille glanduleuse (Drymocallis glandulosa, anc. Potentilla glandulosa)
  • Primevère glutineuse (Primula glutinosa)
  • Sauge glutineuse (Salvia glutinosa)
  • Saxifrage de l’ombre (Saxifraga umbrosa)
  • Tabac (Ncotiana tabacum)
  • Tabac gluant (Nicotiana glutinosa)

Et même le tabac insecticide (Nicotiana insecticida), tout nouvellement identifié. Lisez davantage sur sa découverte dans le billet 8 plantes nouvelles nommées par les jardins de Kew-en-2021.

Qui sait, vous pourrez peut-être créer un jardin si rempli de plantes attrape-mouches que les méchants insectes reculeront d’horreur à la seule pensée de le visiter!

Illustration du haut: creazilla.com, pngset.com & depositphotos, montage: jardinierparesseux.com

23 comments on “Plantes collantes qui attrapent les insectes nuisibles

  1. Diane Rousseau

    Bonjour Larry. Croyez-vous qu’on pourrait y trouver une piste de solution au scarabée japonais? Salutations

    • Sylvie Archambault

      La personne qui va trouver la solution pour se débarrasser des @$%?&* scarabées japonais va devenir assurément riche et célèbre car cette bestiole est une vraie plaie dans nos jardin !

  2. Bonjour, vous parlez de fourmis dans votre article qui ne peuvent atteindre la fleur pour voler leur nectar. Les fourmis sont sur toutes les fleurs de mes pivoines, est-ce pour cette raison ? On m’avait dit qu’elles aidaient à faire ouvrir les pétales, c’est pour cette raison que je les tolère. Si jamais vous faites un article sur le sujet, j’apprécierais. Merci et bonne journée

  3. Linda Pilon

    Merci 🤩. Très intéressant comme toujours!

  4. Ou trouve t on des frais de de grasse tte?

  5. Daniel Bordeleau

    Moi aussi, mon principal problème, ce sont les scarabées japonais.

  6. Diane Potvin

    Oui oui piéger les scarabées japonais , nous sommes sur une bonne piste?

  7. Silene armeria se ressème facilement, en tout cas dans mon jardin. On peut aussi récolter les graines et les répandre dans les endroits un peu sauvages pour un peu de couleur. Très jolie plante qui remplit bien les vides entre les vivaces. Même si la plante se ressème, je récolte des semences chaque année. Si quelqu’un ici en veut, je serai heureuse de vous en envoyer. Jardinier paresseux, svp m’indiquer s’il est possible de laisser mon adresse courriel. 🙂

    Concernant les insectes ravageurs (scarabée japonais et autres), est-ce qu’il y aurait possiblement des cycles d’infestation? Pendant environ quatre ans, mon jardin a été infesté par le ravageur du rosier : il y en avait partout,…lilas japonais, pommiers, rosiers, raisins … partout. Devant ce désastre qui se répétait, j’ai arraché mes quatre plants de vigne à raisin, et finalement le lilas japonais…Puis, ces insectes ont disparu. Et ça dure depuis plusieurs années. L’été dernier, j’en ai vu peut-être 3 ou 4 sur la renouée polymorphe. J’espère que ce sera la même chose pour le scarabée japonais.

    • Moi je suis intéressée. Comment procéder ?

    • Daniel Fantino

      Très bel article, merci. Plusieurs commentaires sur le scarabée Japonais. Existe t il un programme gouvernemental d´échange d´insectes entre pays ? Culture d´insectes prédateurs ici ou dans les pays
      d´origines où ils sont nombreux ? Pensons à l´agrile du frêne qui risque de décimer l´espèce… Le hic des plantes collantes est qu´elles capturent les bons comme les mauvais. Idem pour les pièges créés par les humains.

      • Jean Denis Brisson

        Les programme d’échanges existent entre institutions surtout gouvernementales; les compagnies aux poches profondes peuvent aussi appliquer … mais il faut des enceintes sécurisées d’où ne s’échapperont pas les organismes à l’étude, ce qui restreint presque les recherches aux universités et gouvernements provinciaux et le fédéral. En général lorsqu’un organisme est noté comme un candidat potentiel pour l’importation, il faut de 5 à 6 ans avant son relâcher à la condition que l’organisme n’interfère pas sur les organismes indigènes qui doivent êtres testés en enceintes.

    • Josée Lévesque

      Cynthia, j’aimerais en avoir quelques une de tes semences pour les essayer dans mes jardins. Et avoir plus d’information sur celles que tu as. J’habite à Gatineau Québec, Canada et j’aimerais savoir si cette plante pousserais dans mes jardins.

      • Bonjour Josée, Contacte-moi à l’adresse que j’ai déjà indiquée (rawcynthia@hotmail.com).

  8. ryndam1962

    bonjour seriez vous gentil de pouvoir nous vendre quelques graines de cette plante je serait acheteuse merci

  9. Jocelyne Gagnon

    Bonjour ,est ce que cela pourrait aider contre les «  »chers perce-oreille » »

  10. Line Desgagné

    Est-ce que l’on peut savoir où commander les semences des ces plantes qui attrapent les insectes nuisibles svp ?

  11. Jean Denis Brisson

    J’ai vu plusieurs demandes d’informations à propos du scarabée japonais – il y a un article par Larry sur le sujet – https://jardinierparesseux.com/2018/07/07/enfin-un-predateur-des-scarabees-japonais/

  12. Jean Denis Brisson

    Au cours de ma longue carrière de scientiste (elle a commencé en 1972), je fus amené à travailler sur la résistance des tomates aux maladies virales. En plus de la transmission mécanique, il y a celle par les aleurodes et les pucerons qui sont très efficaces. J’ai pu rencontrer le prof. Henri Laterrot (INRA, Avignon) co-auteur d’un livre sur les maladies des tomates – https://www.lalibrairie.com/livres/les-maladies-de-la-tomate–identifier-connaitre-maitriser_0-570777_9782759203284.html.
    Le but des travaux avec Roger Doucet (MAPAQ) était de transférer de la résistance à partir de plantes du genre Solanum (= Lycopersicon en partie) porteuses de poils collants à partir de Solanum habrochaites (= S. agrimonifolium, S. hirsutum) – https://www.hrseeds.com/wild-hairy-tomato. Les aleurodes élevés sur les plants résistants ne transmettaient pas les deux principales maladies. J. D. Brisson. 1992. Non-dissémination de la mosaïque de la tomate et du concombre par l’aleurode commun des serres. Phytoma (France) No 437 : 52-57.

  13. Bonjour à tous, Ce message est pour ceux et celles qui désirent des semences de Silene armeria. La meilleure façon de procéder est peut-être que vous me fassiez parvenir une enveloppe préaffranchie? Vous pouvez communiquer avec moi à rawcynthia@hotmail.com pour plus d’infos. Au plaisir!! 🙂

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