Nouveautés horticoles Truc du jour

8 nouvelles plantes nommées par les jardins de Kew en 2021

Un rappel de la nécessité de trouver et de nommer des espèces inconnues pour les protéger avant qu’elles ne disparaissent!

Par Martin CheekTuula Niskanen et Heather McLeod

En 2021, les scientifiques des Jardins botaniques royaux de Kew et leurs partenaires du monde entier ont nommé environ 205 plantes et champignons d’Afrique, d’Asie, d’Australie, des Amériques et d’Europe.

L’identification des plantes reste un gros problème sous les tropiques et des milliers d’espèces restent sans nom scientifique.

C’est un problème, car tant qu’une espèce n’a pas de nom scientifique, l’évaluation de son risque d’extinction est presque impossible, ce qui rend la protection contre l’extinction et la recherche sur ses propriétés incroyablement difficiles.

Malheureusement, plusieurs espèces de la liste de 2021 sont déjà considérées comme à risque d’extinction en raison des menaces croissantes pesant sur leur habitat naturel. Trois seraient d’ailleurs déjà éteintes à l’état sauvage.

Certaines de ces nouvelles espèces pour la science pourraient être importantes pour les humains et la planète, fournissant des revenus vitaux aux communautés locales, offrant le potentiel d’être développées dans le futur en aliment ou en médicament, ou simplement en maintenant l’habitat qui les entoure en bon état.

Cette liste est un autre rappel que c’est notre dernière chance de trouver des espèces inconnues, de les nommer et, espérons-le, de les protéger avant qu’elles ne disparaissent à l’échelle planétaire.

Des plantes à découvrir!

D’une orchidée fantôme qui pousse dans l’obscurité presque totale à un tabac tueur d’insectes, voici 8 plantes particulièrement remarquables.

1. Le tabac tueur 

Nicotiana insecticida
Nicotiana insecticida Photo: © Maarten Christenhusz/RBG Kew.

7 espèces de tabac (Nicotiana) nouvelles pour la science ont été décrites en 2021 par le scientifique de Kew Mark Chase et ses collaborateurs de l’Université Curtin et de l’Université de Vienne.

Mouches prises sur une plante de Nicotiana insecticida
Les insectes luttent inutilement pour se libérer des poils collants du tabac tueur. Photo: © Maarten Christenhusz/RBG Kew.

L’une des espèces, Nicotiana insecticida, a des glandes collantes couvrant toutes ses surfaces qui piègent et tuent régulièrement les petits insectes tels que les moucherons et les pucerons.

C’est la première fois qu’un tabac sauvage capable de piéger et tuer des insectes est signalé.

Les graines de N. insecticida ont été récoltées à un relais routier sur la North West Coastal Highway en Australie-Occidentale et sont désormais cultivées dans des serres de Kew.

2. Orchidée fantôme

Fleur de Didymoplexis stella-silvae (blanche).
Orchidée fantôme (Didymoplexis stella-silvae). Photo: © Johan Hermans/RBG Kew

Les scientifiques de Kew Johan Hermans et Phill Cribb ont décrit 16 nouvelles espèces d’orchidées, toutes originaires de Madagascar, en collaboration avec Landy Rajaovelona et des chercheurs malgaches du Kew Madagascar Conservation Centre.

L’une d’entre elles est une fascinante orchidée fantôme, Didymoplexis stella-silvae, nommée par Hermans comme «l’étoile de la forêt» (le sens de stella-silvae), car elle pousse dans l’obscurité presque totale et a des fleurs en forme d’étoile.

L’orchidée n’a pas de feuilles et dépend entièrement des champignons pour son énergie.

Ses fleurs d’un blanc éclatant ne s’ouvrent qu’immédiatement après la pluie avant de disparaître 24 heures plus tard.

Malheureusement, trois de ces 16 nouvelles espèces d’orchidées étaient déjà considérées comme éteintes à l’état sauvage avant d’être officiellement publiées dans des articles scientifiques, en raison de la destruction de leur habitat.

Cela comprend une orchidée arboricole, Aerangis bovicornu, probablement éradiquée en raison du défrichement de son habitat forestier pour la culture et la production d’huile de géranium, qui est très demandée en Europe pour l’aromathérapie; Habenaria crocodilium, trouvé pour la première fois près d’un enclos de crocodiles que l’on pense maintenant perdu à cause d’une crue éclair provoquée par le changement climatique; et une troisième, probablement éteinte à l’état sauvage, Bulbophyllum cochinealloides, dont ce qui serait le dernier spécimen au monde est actuellement cultivé en serre en Europe.

3. Un joli Barleria lavande

Baleria thunbergiiflora aux fleurs de couleur lavande.
Barleria thunbergiiflora. Photo: © David Goyder/RBG Kew.

Un joli Barleria nouveau pour la science, à fleurs lavande, B. thunbergiiflora, a été nommé botaniquement en 2021 après avoir été collecté par le scientifique de Kew David Goyder lors d’une expédition de la National Geographic Society en Angola.

La National Geographic Society soutient des expéditions scientifiques dans des régions isolées et biologiquement inconnues du monde pour découvrir de nouvelles espèces spectaculaires telles que cette jolie fleur tropicale.

Iain Darbyshire de Kew et ses collègues de Namibie et des États-Unis ont nommé la plante d’après la plante à fleurs Thunbergia grandiflora après avoir remarqué une ressemblance dans leurs fleurs.

Ce barleria ne pousse que dans trois sites dans les prés de haute altitude du Kalahari, un désert de sable qui s’étend du nord de la province du Cap, en Afrique du Sud, vers l’équateur.

L’espèce était l’une des 6 nouvelles espèces de Barleria publiées en 2021 en Angola et en Namibie.

4. Une jolie primevère du Cap déjà menacée d’extinction 

Fleur violet pâle de Streptocarpus malachiticola poussant sur un rocher
Primevère du Cap (Streptocarpus malachiticola). Photo: © Julie Lebrun

5 espèces de primevères du Cap (Streptocarpus) nouvelles pour la science, de la République démocratique du Congo, ont été nommées botaniquement en 2021.

Les Streptocarpus sont couramment cultivés dans le monde entier comme plantes d’intérieur, mais dans la nature, beaucoup d’espèces sont très localisées, ce qui les rend vulnérables à l’extinction, surtout si elles poussent sur des terres convoitées par les humains pour le développement.

C’est le cas de l’une des 5 nouvelles espèces, Streptocarpus malachiticola, originaire du Katanga au Congo.

La signification latine de son nom signifie «qui pousse sur la malachite». La malachite est un minerai de cuivre et elle est régulièrement extraite des mines de cette région du pays, la principale province minière du Congo.

Avec des prix mondiaux du cuivre à un niveau record en raison de la demande pour le câblage électrique (la construction d’un véhicule électrique nécessite jusqu’à 80 kg de cuivre!), cela signifie malheureusement que l’espèce, limitée à trois emplacements seulement, est classée en danger sur la Liste rouge mondiale des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

5. Fleur feu d’artifice

Ardisia pyrotechnica aux petites fleurs blanches.
Fleur feu d’artifice (Ardisia pyrotechnica). Photo: © Shuichiro Tagane.

Avec ses fleurs comme un feu d’artifice qui explose, cette nouvelle espèce a été nommée Ardisia pyrotechnica par un groupe de scientifiques malaisiens et japonais en collaboration avec Tim Utteridge de Kew.

La plante spectaculaire, membre de la famille des primevères, a été trouvée dans la forêt de Bornéo et peut atteindre quatre mètres de haut.

Malheureusement, A. pyrotechnica est déjà classée en danger critique d’extinction selon les critères de l’UICN, car seulement une poignée de plantes ont été trouvées, et ce, que dans deux endroits qui sont menacés par les plantations de palmier à huile.

Environ 700 espèces d’Ardisia sont connues dans les forêts tropicales et subtropicales, dont beaucoup sont rares et menacées d’extinction, et de nouvelles découvertes sont faites presque chaque année.

6. Pervenche bolivienne

Fleurs jaunes en forme de moulinet de Philibertia woodii.
Philibertia woodii. Photo: © Fernando Zuloaga

Philibertia woodii appartient à la famille des Apocynacées et est proche parent de la pervenche. Il porte des fleurs jaunes attrayantes et inhabituelles. On le trouve dans les vallées andines en Bolivie.

Il a été collecté dans la nature et désigné nouveau pour la science par le botaniste argentin Hector Keller et par David Goyder de Kew.

La nouvelle plante à fleurs jaunes porte des fruits en forme d’œuf ressemblant à des kiwis qui sont comestibles lorsqu’ils sont rôtis. Ses fleurs saisissantes et attrayantes sont populaires auprès des papillons.

De nombreuses espèces de la famille des Apocynacées sont médicinales. Par exemple, des médicaments anticancéreux ont été développés à partir de composés chimiques identifiés dans la pervenche de Madagascar.

On espère que les composés de cette espèce seront analysés pour découvrir leur potentiel pharmaceutique.

Keller et Goyder ont nommé l’espèce en l’honneur du botaniste John Wood pour honorer l’engagement de ce dernier à former des botanistes boliviens et à soutenir les expéditions botaniques en Bolivie pendant de nombreuses décennies.

7. Lys vaudou

Énorme fleur rosacée de Pseudohydrosme ebo.
Lys vaudou Pseudohydrosme ebo. Photo: © Xander van der Burgt/RBG Kew

Cette espèce extrêmement rare, Pseudohydrosme ebo, est limitée à un petit coin de la vaste et incroyablement diversifiée forêt d’Ebo au Cameroun, qui abrite le peuple Banen, des gorilles menacés, des chimpanzés, des éléphants de forêt et 75 espèces de plantes menacées, dont huit sont uniques à la forêt.

Le lis vaudou fleurit à partir d’un tubercule souterrain après l’assèchement de ses feuilles. L’épi peut atteindre 30 cm de hauteur.

C’est le seul membre du genre au Cameroun. Toutes les autres espèces sont trouvées au Gabon voisin.

8. Peint par Marianne North en 1876, mais seulement nommé en 2021

Baies bleu vif d’une espèce de Chassalia.
Baies bleu vif de Chassalia northiana. Photo: © YW bas.

14 espèces de Chassilia nouvelles pour la science ont été trouvées dans la forêt tropicale de Bornéo. Il s’agit d’arbustes à fruits bleus de la famille du caféier, les Rubiacées. Elles ont été identifiées, nommées et publiées en 2021 par des scientifiques de Kew et de l’Université Queen Mary de Londres.

Incroyablement, l’une d’entre elles est considérée comme la première espèce de Chassilia de Bornéo à jamais avoir été illustrée — dans une peinture à l’huile de 1876 de l’éminente artiste victorienne Marianne North.

Au moment où elle a préparé son tableau, Marianne séjournait à Kuching sur la rivière Sarawak avec le Rajah et la Rani de Sarawak.

Peinture de plantes de forêt tropicale.
Le tableau des plantes de la forêt de Matang, Sarawak, Bornéo que Marianne North a peint, incluant l’arbuste à fruits bleus qui nous intéresse. Photo: © RBG Kew

Aujourd’hui, le tableau est conservé avec plus de 800 autres tableaux de North dans la Marianne North Gallery aux Jardins botaniques royaux de Kew.

A notre connaissance, le premier spécimen d’herbier (un spécimen d’herbier est nécessaire à l’identification de l’espèce) de cette plante n’a été collecté qu’en 1973, près de 100 ans plus tard.

Le chercheur principal de l’étude, Tianyi Yu, a nommé l’espèce Chassalia northiana en l’honneur de North, seulement la cinquième espèce végétale à porter son nom.

12 des 14 nouvelles espèces ont une petite aire de répartition géographique à Bornéo, ce qui signifie qu’elles sont potentiellement menacées par le défrichement de leur habitat, mais heureusement, plusieurs de ces zones sont déjà protégées en tant que parcs nationaux.

En revanche, les deux autres espèces sont répandues à Bornéo et sont donc peu susceptibles d’être menacées.

Nouveauté 2022: l’arbre Uvariopsis dicaprio

Uvariopsis dicaprio aux fleurs jaune-vert.
L’arbre de la forêt d’Ebo nommé en l’honneur de Leonardo DiCaprio: Uvariopsis dicaprio. Photo: © Lorna Mackinnon/RBG Kew

Un arbre tropical de la forêt d’Ebo au Cameroun est le premier ajout à la nouvelle liste d’espèces de Kew de 2022 et sa description a été publié dans la revue scientifique Peer J le 6 janvier 2022.


Leonardo DiCaprio. Photo: Georges Biard, Wikimedia Commons

Membre de la famille de l’ylang-ylang, les Anonacées, la nouvelle espèce pour la science, Uvariopsis dicaprio, a été nommée d’après l’acteur et environnementaliste Leonardo DiCaprio par un groupe de scientifiques internationaux de Kew et de l’Herbier national du Cameroun.

L’arbre, récolté par la scientifique de Kew Lorna MacKinnon, mesure quatre mètres de haut avec des grappes de grandes fleurs jaune-vert vif sur le tronc.

Les scientifiques ont choisi de nommer le nouvel arbre en l’honneur de DiCaprio après qu’il ait joué un rôle important dans les efforts de lobbying visant à révoquer une concession d’exploitation forestière pour la précieuse forêt d’Ebo en février 2020 sur les médias sociaux.

L’annulation de la concession en août 2020 par le président du Cameroun a donné espoir que les nombreuses espèces uniques et menacées de la forêt échapperaient à l’extinction à laquelle elles auraient autrement été confrontées.

La forêt d’Ebo est l’une des plus grandes forêts tropicales intactes du Cameroun, abritant une faune et une flore incroyables, mais était auparavant relativement inconnue de la science botanique.

Les scientifiques de Kew et leurs partenaires de l’Herbier national du Cameroun ont documenté l’incroyable éventail d’espèces végétales de la forêt d’Ebo et collecté des données, soutenant la San Diego Zoo Wildlife Alliance qui mène des efforts avec les communautés locales pour protéger la forêt depuis près de vingt ans.

Malheureusement, U. dicaprio est déjà évalué dans le document comme étant en danger critique d’extinction, car l’habitat forestier dans lequel il se trouve reste non protégé, ce qui signifie que les menaces d’exploitation forestière et de conversion de l’habitat en plantations subsistent. L’exploitation minière est une menace supplémentaire.

Cette espèce d’arbre nouvellement nommée fait partie du projet ZTIPS (Zones tropicales importantes pour les plantes) du Cameroun développé avec l’Herbier national du Cameroun et soutenu par Players of People’s Postcode Lottery.

Texte et photos tirés d’un communiqué de presse des Jardins botaniques royaux de Kew.

8 comments on “8 nouvelles plantes nommées par les jardins de Kew en 2021

  1. Encore un autre article extrêmement intéressant. Vos écrits demeurent pour moi une source d’apprentissage constant. Vous rendez le vaste monde horticole accessible à tous!

  2. « Nicotiana insecticida, a des glandes collantes couvrant toutes ses surfaces qui piègent et tuent régulièrement les petits insectes tels que les moucherons et les pucerons. »

    Les feuilles et les tiges du tabac cultivé (Nicotinia tabacum et autres variétés) sont visqueuses au toucher.
    Ayant parfois participé à la récolte ou à l’ébourgeonnage du tabac, j’avais remarqué cette propriété : à la fin du travail, on a quelque peine à se débarrasser les mains de cette substance collante. D’ailleurs il arrivait parfois que l’on observe, mais pas systématiquement, des moucherons ou autres minuscules insectes collés sur les plantes

    Cet tabac insecticide a développé cette viscosité jusqu’à en faire un piège à insectes.

    Très intéressant article sur « l’actualité botanique ». L’occasion également de découvrir l’engagement « environnementaliste » de Leonardo Di Caprio.

  3. 68fan4ever

    Excellent article, très didactique comme d habitude. Bravo et merci

  4. Lise Blais

    D’une tristesse infinie pour toutes les espèces menacées qu’elles soient de toutes natures …..

  5. passionnant

  6. Jean Denis Brisson

    Au cours de ma longue carrière de scientiste (elle a commencé en 1972), j’ai eu la chance de pouvoir utiliser la richesse collection de plantes et des bibliothèques de Kew Gardens
    (J. D. Brisson & R. L. Peterson. 1977. The scanning electron microscopy and X-ray microanalysis in the study of seeds: A bibliography covering the period 1967-1976, pp. 697-712 in: Scanning Electron Microscopy, vol. II. Proceedings of the workshop on other biological applications of the SEM/STEM (Om Johari & R. P. Becker, eds.), IIT Research, Chicago, Illinois). Le MEB de graines a fait l’objet de magnifiques livres des chercheurs de Kew – https://www.amazon.ca/-/fr/Rob-Kesseler/dp/1554075580 ; https://cmc.marmot.org/Record/.b27175509 ; https://www.kew.org/read-and-watch/in-pictures-stunning-seeds-up-close.

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