Annuelles Fleurs coupées Truc du jour

Le gerbera: une marguerite géante à apprivoiser

Le gerbera vient dans une vaste gamme de couleurs. Photo: bolina, depositphotos

Par Larry Hodgson

Le genre Gerbera comprend environ 30 espèces dispersées en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie. Il s’agit de plantes herbacées (sans bois), vivaces dans leur pays d’origine, mais incapables de supporter les hivers froids du Canada (elles ne sont rustiques que dans les zones de rusticité 8 à 11) et cultivées chez nous comme plantes cadeaux ou comme annuelles. En Europe, certaines lignées sont toutefois assez résistantes au froid pour se cultiver comme vivaces dans les emplacements protégés, surtout si on les recouvre abondamment de paillis pour l’hiver. 

Inflorescence de gerbera montrant les fleurs fertiles du disque.
L’inflorescence est composée de nombreuses petites fleurs. Photo: Vanessa Pike-Russell, Flickr

Les gerberas sont des Astéracées (anciennement appelées Composées) qui ont des fleurs rappelant celles des marguerites. En fait, cependant, la «fleur» du gerbera n’est pas véritablement une fleur. C’est une inflorescence composée de centaines de très petites fleurs. Celles du disque central sont fertiles et produisent des graines. Celles de l’extérieur, appelées rayons, ressemblent à des pétales. Elles sont stériles et servent à attirer les pollinisateurs par leurs couleurs vives. Elles sont aussi utilisées comme plate-forme d’atterrissage par ces mêmes pollinisateurs. 

Chez le gerbera, il y a d’habitude deux rangées de rayons, contrairement à la rangée simple des vraies marguerites (Leucanthemum).

Les gerberas hybrides ont une inflorescence de 7,5 à 10 cm de diamètre, selon le cultivar.

Histoire

Gerbera sauvage à fleurs orange.
Les gerberas modernes dérivent surtout de l’espèce Gerbera jamesonii. Photo: Dinesh Valke, Flickr

Les gerberas vendus en pépinière sont généralement des hybrides (G. × hybrida) dérivés en grande partie de l’espèce G. jamesonii, à fleurs orange. 

Le nom Gerbera honore le botaniste allemand Traugott Gerber, un ami de Linné, tandis que le nom jamesonii honore Robert Jameson, un Écossais qui fonda une exploitation aurifère dans la région de Barberton en Afrique du Sud en 1884. Remarquant de jolies «marguerites» près de la mine, ce dernier commença à les cultiver autour de sa maison à Durban, puis offrit des plantes au Jardin botanique de Durban. 

Éventuellement, des plants de cette «marguerite de Jameson» arrivèrent au Jardin botanique Kew en Angleterre où les taxonomistes découvrirent que c’était une espèce jusqu’alors inconnue et lui donnèrent le nom jamesonii en l’honneur de son découvreur.

Gerbera à fleurs doubles.
Gerbera à fleurs doubles. Photo: possum, depositphotos

À partir du début du XXe siècle, G. jamesonii fut découvert par les horticulteurs de l’Europe où l’on avait rarement vu des marguerites d’une autre couleur que le blanc. Ils ont vite fait de le croiser avec une autre découverte, G. viridifolia, aux fleurs crème, mauves et pourpres et, éventuellement, avec d’autres espèces, ce qui a donné le gerbera hybride (G. × hybrida) que nous connaissons aujourd’hui, aux fleurs produites dans une vaste gamme de couleurs: blanc, jaune, orange, rouge, rose et plusieurs bicolores. Les fleurs peuvent être simples, semi-doubles, doubles ou à fleurs d’araignée (ces dernières aux rayons très étroits). 

Aujourd’hui, la popularité du gerbera est telle que c’est la cinquième fleur coupée la plus populaire au monde après la rose, l’œillet, le chrysanthème et la tulipe.

Petit gerbera en pot.
Gerbera cultivé en pot. Photo: Madllen, depositphotos

Le gerbera pousse en rosette basse, avec des feuilles vert foncé longues et fortement lobées, rappelant des feuilles de pissenlit. Les plantes atteignent habituellement environ 45 cm de hauteur et un diamètre de 30 cm, mais il y a des variétés naines de moindre dimension.

Les tiges florales épaisses et duveteuses, sans feuille, s’élèvent souvent plusieurs à la fois directement du cœur de la rosette et la floraison peut continuer sans arrêt pendant plusieurs mois, surtout si vous supprimez les fleurs fanées. 

Dans le langage des fleurs, la signification du gerbera est l’amour profond et les tendres pensées.

Utilisation des gerberas

À travers le monde, les gerberas sont surtout vendus comme fleurs coupées. Visitez n’importe quelle boutique de fleuriste et vous en verrez toujours, car ils sont offerts à l’année.

Ils sont de plus en plus utilisés comme plantes cadeaux aussi, offerts en pot à toutes les occasions. Les gerberas vendus à cette fin font rarement long feu, cependant: ils sont incapables de tolérer l’air sec et chaud et la faible luminosité de nos maisons et succombent après seulement quelques semaines. Pour les faire durer, il faut leur donner emplacement frais (moins de 15 °C) et une bonne humidité.

Plate-bande avec gerberas de couleurs différentes.
Les gerberas deviennent de plus en plus populaires comme annuelles pour la plate-bande. Photo: HONParks, Wikimedia Commons

Leur troisième utilisation — celle de fleur annuelle pour le jardin extérieur — est moins connue des jardiniers, mais gagne en popularité, surtout auprès des gens qui recherchent de bonnes fleurs coupées. 

En pleine terre, les gerberas fleurissent longtemps et abondamment, tout l’été et une bonne partie de l’automne si l’été est relativement frais. Dans ces circonstances, ils n’arrêtent que lorsque le froid les emporte enfin. Dans les régions où les étés sont très chauds, pensez les placer à l’abri du soleil brûlant de l’après-midi et les pailler abondamment. Souvent, sous ce climat, la floraison s’arrête l’été pour reprendre à l’automne.

À la fin de la saison, vous pouvez aussi tenter de «sauver» les gerberas poussant en plein air, surtout ceux qui sont déjà cultivés en pot et donc faciles à rentrer. Faites-le assez tard à l’automne, juste avant les premiers gels. Nettoyez bien les plantes pour réprimer tout insecte qui pourrait s’y cacher (lisez à cette fin Rentrez les plantes… mais sans insectes). Dans la maison, gardez les gerberas au frais (7 à 10 °C si possible) et à peine humides. Il leur faut un maximum de soleil ou une place sous une lampe de culture et aussi une bonne circulation d’air.

Culture au jardin

Gerberas plantés dans un jardinière en béton.
Gerberas plantés dans un jardinière en béton. Photo: hgic.clemson.edu

Plantez vos gerberas achetés en caissette ou en pot individuel en pleine terre à la fin du printemps, quand il n’y a plus de risque de gel. Utilisez à cet effet un sol riche, bien drainé et plutôt acide. L’emplacement idéal est au plein soleil la plupart du temps, mais, tel que mentionné, ombragé l’après-midi. Évitez toutefois les emplacements très chauds, comme près d’un mur de briques. 

Le gerbera préfère un sol moyennement humide: arrosez bien, mais laissez presque sécher avant d’arroser de nouveau. Pas au point que le feuillage fane, mais il ne faut pas que le sol demeure toujours détrempé non plus. Arrosez la plante sans mouiller le feuillage, si possible, car cela peut favoriser l’apparition de maladies foliaires, notamment le blanc. Si vous n’avez pas le choix de mouiller le feuillage, arrosez au moins dans la matinée pour que le feuillage puisse s’assécher avant la nuit.

Si vous jugez que votre sol n’est pas assez riche, fertilisez aux deux semaines avec un engrais soluble tout usage contenant un peu de fer et de manganèse, car la plante est fragile aux carences en ces deux éléments. 

Comme la production de fleurs chez le gerbera est stimulée quand le soleil direct atteint le centre de la plante, supprimez toute feuille qui jette ombrage sur cette partie de la plante.

Vos propres semis?

Tête florale de gerbera montrant les graines munies d'aigrettes.
Les graines de gerbera sont munies d’aigrettes qui permettent leur dispersion par le vent. Quand vous achetez les semences, les aigrettes ont souvent été enlevées. Photo: Dinesh Valke, Wikimedia Commons

En théorie, on peut produire des gerberas soi-même par semences. En pratique, les semis sont capricieux et assez difficiles à réussir. Mais vous pouvez essayer quand même. Et beaucoup de semenciers offrent des sachets de semences.

D’abord, il faut commencer très tôt, dès le mois de janvier, si l’on veut des fleurs au début de la saison de jardinage. Deuxièmement, dans les régions tempérées, le soleil hivernal est trop faible pour ces semis. Il faut donc utiliser une lampe fluorescente ou DEL, réglée par minuterie pour fonctionner 14 heures par jour, dès le début de leur culture. Si ces deux contraintes ne vous rebutent pas, voici comment faire:

Semez les graines dans un terreau stérile et léger, déjà humide, mais pas détrempé. Pressez-les doucement dans le terreau, mais sans les couvrir, car elles ont besoin de lumière pour germer. Vaporisez légèrement à l’eau tiède pour humidifier les graines et démarrer la germination. 

Plateau de semis avec dôme et tapis chauffant.
Un plateau pour semis avec dôme et tapis chauffant. Photo; amazon.com

Recouvrez le plateau d’un dôme de plastique transparent et placez le tout à 45 cm de la lampe de culture. Il faut une certaine chaleur pour stimuler la germination (21 à 24 °C): il peut donc être utile de placer le plateau sur un tapis chauffant. Vérifiez l’état du terreau quotidiennement, le vaporisant d’eau tiède au besoin: le terreau doit rester légèrement humide, jamais sec, mais jamais détrempé non plus.

Quand les graines germent, 2 à 4 semaines plus tard (vous ne verrez au début que de petits points verts dans le plateau), enlevez le tapis chauffant. Environ une semaine après la germination, enlevez peu à peu le dôme sur 3 ou 4 jours pour augmenter la circulation d’air et acclimater les semis aux conditions ambiantes. 

À partir de ce moment, il faut laisser le terreau s’assécher un peu avant d’arroser. Cela est contraire aux habitudes des jardiniers (la plupart des semis aiment un terreau qui demeure humide en tout temps), mais le gerbera est une exception à la règle: il faut que de l’oxygène se rende aux racines, ce qui est impossible dans un terreau toujours humide.

Semis de gerbera dans des alvéoles.
Semis de gerbera qui commencent à prende du galon. Photo: houzz.com

Dès que les feuilles des semis commencent à se toucher, il est temps de les repiquer dans des contenants plus gros. Commencez à fertiliser au moment du repiquage, avec un engrais soluble tout usage dilué au quart de la dose recommandée. Continuez d’éclairer vos plantes pendant 14 heures par jour, jamais plus. Quand la durée naturelle du jour dépasse 12 heures, soit à partir de la fin de mars, placez vos semis près d’une fenêtre ensoleillée. 

Quand il n’y a plus de risque de gel, acclimatez vos semis, désormais de jeunes plants, aux conditions extérieures, puis transplantez-les en pleine terre. Un bel été de floraison suivra.


Le gerbera: pas nécessairement une plante pour le débutant, mais c’est une belle «marguerite» qu’il vaut la peine d’apprendre à apprivoiser.

Journaliste et blogueur horticole, auteur de plus de 60 livres de jardinage, le jardinier paresseux, Larry Hodgson, vit et jardine à Québec. Le blogue le jardinier paresseux offre plus de 2 500 billets aux amateurs de jardinage, toujours dans le but de démystifier le jardinage et le rendre plus facile aux participants. Si vous avez une question sur le jardinage, entrez-la dans Recherche: la réponse s’y trouve probablement déjà.

7 comments on “Le gerbera: une marguerite géante à apprivoiser

  1. Merci pour l’info. Personnellement, j’en récupère quelque-un l’automne que je guarde dans mon garage partiellement chauffé. Cela me permet de les conserver d’une été à l’autre. Il est aussi possible de les multiplier en les divisants en utilisant un couteau lorsque des nouvelles rosettes se forment près du plant mère.

  2. J’ai un gerbera à l’intérieur depuis l’automne et deux belles fleurs depuis les derniers 10jours

  3. J’en ai un dans la maison depuis plus de quatre ans que j’avais eu en cadeau à la fête des mères 🥰

  4. Gilles bergeron

    3 plants en pot dans la maison en hiver et en fleurs en été depuis 3 ans

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