Fleurs coupées

Drôles de protubérances sur une feuille

Par Larry Hodgson

Question : Il y a plusieurs mois, j’ai reçu un bouquet de fleurs et lorsque les fleurs ont été fanées, il y avait une branche verte qui est restée parfaitement en forme. Je l’ai conservée dans un petit vase dans l’eau avec espoir qu’il y aurait des racines un jour, mais ce n’est pas le cas. Cependant, de petites protubérances sont apparues sur le feuillage que j’ai tenté de semer sans résultat. J’aimerais connaître le nom de cette plante. Et quelle est l’utilité de ces petites protubérances?

Diane Gaulin

Réponse : Votre branche est celle d’un fragon (Ruscus spp.), probablement l’espèce appelée plante aux langues (R. hypophyllum), originaire du pourtour de la Méditerranée, bien que le fragon petit houx (R. aculeatus), aux «feuilles» plus étroites et piquantes, soit aussi utilisé dans les arrangements floraux. Les anglophones les appellent «Israeli ruscus» (R. hypophyllum), car les tiges sont surtout produites en Israël alors que les tiges de «Italian ruscus» (R. aculeatus) sont surtout produites en Italie. Ces tiges sont vendues aux fleuristes à travers le monde.

La plante derrière la tige verte

Les fleurs apparaissent au centre de ce qui semble être une feuille. Photo: Krzysztof Ziarnek, Kenraiz, Wikimedia Commons

Le fragon est une plante herbacée pérenne (une vivace), mais une plante bien curieuse, car ce que l’on prend pour des feuilles ne sont pas des feuilles, mais des tiges aplaties appelées cladodes. (Les véritables feuilles sont minuscules et rarement remarquées.) La plante fait sa photosynthèse par ces cladodes. Quand la plante fleurit, les petites fleurs sortent directement de la «feuille» (cladode), soit sur le dessus ou le dessous. Et d’ailleurs, les petites protubérances que vous voyez sont de petites grappes de fleurs, pas des bulbes ni des graines. Cela explique votre incapacité à les semer avec succès.

Fruits de la plante aux langues (Ruscus hypophyllum). Photo: Andrew Karpov, Wikimedia Commons

En plein air, s’il y a une pollinisation croisée (les plantes sont généralement dioïques : les fleurs mâles et femelles sont portées sur des plantes différentes), les fleurs donnent de jolis fruits rouges, mais qui sont toxiques pour les humains. Ainsi, le fruit semble pousser directement d’une feuille! 

Les graines dans les fruits pourraient servir pour un semis. Sinon, on multiplie habituellement cette vivace drageonnante par division. 

Même si les tiges vertes durent des mois dans l’eau, elles ne s’enracinent pas. Ainsi, le bouturage n’est pas possible.

Comment cultiver un fragon

La plante aux langues (R. hypophyllum) est utilisée comme vivace d’ombre dans les régions au climat relativement doux. Photo: James Steakley, Wikimedia Commons

Les jardiniers canadiens (sauf ceux des régions les plus chaudes de la Colombie-Britannique) ne peuvent pas cultiver des fragons en pleine terre : leur rusticité est trop limitée. La plante aux langues (R. hypophyllum) convient aux zones de rusticité 8B à 10. Le fragon petit houx (R. aculeatus), un peu plus rustique, aux zones 7B à 9.

En Europe, le fragon petit houx (R. aculeatus), surtout, se cultive assez facilement presque partout sauf en altitude et est souvent utilisé comme vivace ou couvre-sol à feuillage persistant pour les emplacements mi-ombragés ou ombragés. On en fait même de petites haies. C’est une plante de culture facile qui tolère toutefois mieux les sols secs que les sols très humides. Souvent, on utilise les tiges, alors pimentées de fruits rouges, comme décorations de Noël.

Les fragons (ici R. hypophyllum) peuvent théoriquement servir de plantes d’intérieur… à condition de pouvoir trouver une plante et pas seulement une tige! Photo: Daderot, Wikimedia Commons

Théoriquement, on pourrait aussi cultiver cette plante comme plante d’intérieur… à condition de trouver une plante, donc avec des racines, pas seulement une tige prélevée d’un bouquet de fleuriste. Mais, au Canada du moins, cette plante n’est tout simplement pas disponible.

Journaliste et blogueur horticole, auteur de plus de 60 livres de jardinage, conférencier très en demande et jardinier passionné, le jardinier paresseux, Larry Hodgson, vit et jardine à Québec. Le blogue le jardinier paresseux offre plus de 2 000 billets aux amateurs de jardinage, toujours dans le but de démystifier le jardinage et le rendre plus facile aux participants. Si vous avez une question sur le jardinage, entrez-la dans Recherche: la réponse s’y trouve probablement déjà.

5 comments on “Drôles de protubérances sur une feuille

  1. Daniel Fantino

    Merci à madame Gaulin de nous faire découvrir cette plante étrange.

  2. christian

    C’est une plante médicinale (circulation entre autre)
    pour info voire mon maitre ( https://www.altheaprovence.com/fragon-petit-houx-ruscus-aculeatus/)

  3. Merci à notre jardinier paresseux et à Mme Gaulin pour cette question. J’en ai une tige à la maison et j’ai essayé de la faire  » raciner » à partir de la fleur! Je sais maintenant pourquoi je n’ai pas réussi.

  4. Toujours très intéressant.
    Ce mode de reproduction rappelle un peu celui du kalankoé de Daigremont (Kalankoe Daigremontiana) : de petites plantules comportant deux minuscules feuilles se forment tout autour d’es feuilles. Ces plantules tombent et s’enracinent donnant un nouveau sujet.

    La plante fleurit généralement en fin de vie, mais parfois, lorsque les fleurs sont fanées, un bouquet de de petites plantes se forme en haut de la hampe florale..
    Dans les pays tropicaux cette plante est invasive. Comme elle ne résiste pas au gel, il n’y a aucun risque au Canada ! ,

  5. Merci pour les explications. J’avais fait la même chose que Mme Gaulin et j’attendais les racines depuis des mois. Dans le cas de mes branches conservées, les protubérances sont sous ce que je croyais des feuilles. Me voilà renseignée.

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