Grimpantes Plantes envahissantes

Une grimpante à identifier

Igname de Chine couvert de buibilles.

Par Larry Hodgson

Question : Il y a quelques années, j’ai planté cette grimpante dans mon jardin à Montréal. À ma grande surprise, elle revient chaque année. Cette année, elle a fait des petits fruits, mais comme je ne connais pas le nom de cette grimpante, j’aimerais savoir si elle est comestible.

Patricia David

Réponse : Oui, elle est comestible et est même un légume populaire dans certaines régions. Voici un portrait de ce légume peu connu. 

Il s’agit d’une igname de Chine (Dioscorea polystachya, anciennement Dioscorea batatas). Les petits «fruits» sur la tige sont en fait des bulbilles, soit de petits tubercules qui rappellent des tubercules de pomme de terre. Pour cette raison, on les appelle parfois pommes en l’air, mais ce nom porte a confusion, car la véritable pomme en l’air est plutôt l’igname bulbifère (Dioscorea bulbifera), une igname tropicale. Il existe des cultivars d’igname de Chine aux bulbilles de plusieurs tailles en Orient, mais les lignées disponibles en Occident semblent surtout offrir des bulbilles plutôt rondes d’eviron 1 cm de diamètre.

Les bulbilles ne sont pas présentes en nombre signifiant tous les ans, du moins dans les régions septentrionales, mais seulement quand l’été est exceptionnellement chaud.

Un légume pérenne, mais peu connu

Section de tubercule d’igname de Chine.
Section de tubercule d’igname de Chine. Photo: Wikimedia Commons

De toute façon, la récolte principale chez ce légume vivace cher aux permaculteurs n’est pas celle des bulbilles, souvent jugées trop petites pour être utiles, mais plutôt celle de son tubercule fusiforme souterrain. Sous les climats tropicaux, il peut atteindre 1 m de longueur et peser jusqu’à 30 kg! En climat tempéré, une longueur de 20 à 30 cm et un poids de moins d’un kilogramme sont plus probables. Le tubercule est souvent produit à une bonne profondeur dans le sol (50 cm et même plus) et son extraction nécessite alors un certain effort, d’autant plus qu’il se casse facilement.

On le récolte normalement tard à l’automne quand la partie aérienne de la plante commence à dépérir. Il peut falloir de 2 à 4 ans de culture ou plus pour obtenir un tubercule de dimensions intéressantes là où les étés sont courts. 

Tororo udon, un mets japonais à base de igname de Chine râpée. Wikimedia Commons

Le tubercule des autres ignames est toxique sans cuisson, mais celui de l’igname de Chine est une exception : il peut se consommer cru ou cuit. Sous une peau de couleur brun pâle, la chair farineuse blanche, au goût plutôt insipide, se consomme de différentes façons : râpée, bouillie, en purée, en frite et même en croustille. Riche en amidon et en vitamines C et B, elle est pauvre en matières grasses. 

En Chine et ailleurs en Orient, où elle est indigène, elle est aussi utilisée à des fins médicinales, même si les études occidentales ne lui ont trouvé aucune valeur thérapeutique.

Apparence

Feuille d'igname de Chine.
Le feuillage est très attrayant. Photo: James H. Miller, USDA Forest Service, Bugwood.org, Wikimedia Common

C’est une plante grimpante attrayante aux tiges volubiles (qui s’enroulent en spirale autour de leur support) et elle se hisse sur les treillis et tuteurs ainsi que sur des arbustes, pouvant atteindre une hauteur de 1 à 5 m. Les feuilles de 3 à 11 cm de long sont cordiformes et pointues, vert foncé luisant, et portent des nervures parallèles saillantes, un trait assez inhabituel chez une plante de climat tempéré. Elles créent un bel effet et on peut ainsi utiliser la plante comme grimpante ornementale. Des grappes de minuscules fleurs jaunâtres paraissent à l’aisselle des feuilles lors des années les plus chaudes. Elles seraient insignifiantes si elles ne sentaient pas la cannelle. 

Multiplication

Tiges d'igname de Chine avec fleurs séchées et bulbilles.
Tiges avec fleurs séchées et bulbilles. Photo: Patricia David

Aucune semence n’est habituellement produite : la plante est dioïque (les fleurs mâles et femelles sont produites sur des plantes différentes) et habituellement, on ne trouve que des plantes mâles en culture. Si vous voyez des «semences d’igname de Chine» offertes, il s’agira de bulbilles, pas de véritables graines. 

La plante se multiplie surtout par bulbilles récoltées à l’automne et plantées aussitôt ou, si on les conserve au frais pendant l’hiver, au printemps. Aussi, à la récolte, habituellement on coupe et replante l’extrémité supérieure du tubercule qui alors s’enracine pour faire une nouvelle plante. Il est aussi possible de faire des boutures de tige.

Culture

Champ de culture d’igname de Chine.
Champ de culture d’igname de Chine au Japon. Photo: Hasec, Wikimedia Commons

Cette plante est la plus rustique des ignames, adaptée aux climats tempérés à subtropicaux (la plupart des autres nécessitent des conditions tropicales). On dit que l’igname de Chine est rustique jusqu’à -18°C, donc dans les zones de rusticité 6 à 10, mais elle semble très bien survivre en zone 5 au Québec et même chez moi en zone 4 dans un emplacement assez protégé. Par contre, elle produit très peu de bulbilles chez moi, peut-être 5 ou 6 après 20 ans de culture. Sans doute qu’il ne fait pas assez chaud dans mon jardin pour stimuler la formation de bulbilles. 

L’igname de Chine s’adapte au soleil ou à la mi-ombre, même l’ombre, dans un sol riche et profond, humide mais bien drainé. Un bon paillis hivernal serait nécessaire dans les régions plus froides. Commercialement, les «semences» sont offertes au printemps ou à l’automne. Il suffit de les planter à une profondeur de 8-12 cm. 

Si vous les plantez à l’automne en climat froid, il peut être nécessaire de couvrir la zone de plantation d’un bon paillis. Sinon, le froid peut les tuer. D’ailleurs, c’est ce qui arrive aux bulbilles qui tombent au sol sans autre protection dans ce climat.

Envahissante

Bulbilles d'igname de Chine.
À cause de ses bulbilles, l’igname de Chine peut devenir envahissante. Photo: James H. Miller, USDA Forest Service, Bugwood.org, Wikimedia Commons

Cette plante s’est montrée envahissante sous des climats tempérés doux, car les bulbilles sont facilement transportées par les petits animaux et les courants d’eau (elles flottent) et s’établissent dans les milieux naturels. Même si cela est moins probable là où les hivers sont froids, étant donné l’incapacité des bulbilles non enterrées de tolérer le gel, il reste que, avec notre climat qui se réchauffe, il serait sage, si vous introduisez ce légume vivace dans votre potager, de vous assurer de récolter toutes les bulbilles que la plante produit pour éviter tout risque de dispersion.

Légalité

J’étais surpris de découvrir que la distribution de ce légume est illégale au Canada. Du moins théoriquement, car je vois des semences offertes en vente sur Internet et on peut aussi trouver les bulbilles à la fin de l’automne dans certaines épiceries asiatiques. 

Voici ce que la page de l’Agence canadienne d’inspection des aliments dit à son sujet : 

L’igname de Chine est réglementée comme étant un organisme nuisible en vertu de la Loi sur la protection des végétaux. L’importation et la circulation sur le territoire canadien de plantes réglementées et de leurs parties servant à la multiplication sont interdites.

Cette plante s’est montrée très envahissante dans le sud-est des États-Unis, mais seulement deux états la bannissent : l’Alabama et la Floride.

En Europe, sa culture semble légale partout et elle fait même partie du répertoire des légumes de permaculture préconisés par plusieurs organisations de jardinage urbain.


L’igname de Chine : une plante grimpante fort originale et ornementale et un légume nutritif, mais sa capacité de devenir sérieusement envahissante devrait vous y faire penser à deux fois avant de la planter, même là où sa distribution est légale.

Journaliste et blogueur horticole, auteur de plus de 60 livres de jardinage, conférencier très en demande et jardinier passionné, le jardinier paresseux, Larry Hodgson, vit et jardine à Québec. Le blogue le jardinier paresseux offre plus de 2 000 billets aux amateurs de jardinage, toujours dans le but de démystifier le jardinage et le rendre plus facile aux participants. Si vous avez une question sur le jardinage, entrez-la dans Recherche: la réponse s’y trouve probablement déjà.

12 comments on “Une grimpante à identifier

  1. Vous avez un savoir encyclopédique !

  2. Vraiment très intéressant!

  3. M Hodgson, vous êtes le premier que je lis le matin. On est toujours sûr d’apprendre quelque chose. Merci.

  4. Jocelyne Coderre

    Merci pour cette description très intéressante. On en apprend toujours avec vous, lâchez-pas !

  5. Vraiment intéressant. Merci pour toutes ces nouvelles connaissances.

  6. Lise Jolicoeur

    Que de bonnes informations. Bravo et merci

  7. Merci beaucoup pour toutes ses renseignements et ont apprend en tout temps et a tous âges

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