Aménagement paysager Paillis Truc du jour

La toile géotextile couvre-parterre fonctionne-t-elle vraiment dans la plate-bande?

Rouleau de géotextile

Par Larry Hodgson

Question : Ma copine et moi ne partageons pas le même point de vue sur l’utilisation de la toile géotextile dans la réalisation de nos plates-bandes. Je ne suis pas un fervent, parce que j’ai l’impression qu’elle empêchera les plants de prospérer. J’ai l’impression qu’une bonne couche de paillis ainsi qu’un bon désherbage sont suffisants pour contrôler les mauvaises herbes. Qu’en pensez-vous? 

Jérôme Garneau

Réponse : Je suis d’accord avec vous… mais comment convaincre votre copine? 

D’abord, définissons le sujet : la toile géotextile («landscape fabric» ou «weed barrier» en anglais) est généralement vendue en rouleau. C’est une toile ou un feutre fait de plastique tissé ou non tissé généralement noir ou gris, normalement très durable (10 ans et plus). Elle est perméable, et de ce fait, laisse pénétrer l’air et l’eau, mais étant noire, ne laisse pas filtrer les rayons solaires. 

On commence en recouvrant la surface à planter de géotextile. Ill.: freepik & jardinierparesseux.com

Typiquement, on l’applique sur la surface d’une plate-bande pour contrôler les mauvaises herbes. La technique est la suivante : on recouvre la plate-bande au complet de toile géotextile, coupant l’excès pour qu’elle épouse la forme du jardin, fixant la toile au sol régulièrement avec des piquets pour qu’elle reste en place. 

On replie les panneaux de géotextile pour faire un trou de plantation.
On coupe des «X» dans le géotextile aux emplacements où on veut faire une plantation et on replie les panneaux ainsi produits pour dégager le trou de plantation. Ill.: ZooFari, Wikimedia Commons & jardinierparesseux.com

Pour planter (typiquement, on utilise, dans ce genre de parterre, des arbustes ou des vivaces de longue vie; jamais des plantes, comme des annuelles ou des légumes, qu’il faut remplacer souvent), il faut couper un «x» dans le feutre. On replie alors les panneaux triangulaires de géotextile formés par la coupure pour dégager un trou de plantation.

Préparation d'un trou de plantation dans un jardin couvert de géotextile.
On procède à la plantation de la plante choisie das le carré dégagé. Ill.: pikpng.com, pngfind.com, seekpng.com & jardinierparesseux.com

Ensuite, on plante dans le trou et replace les panneaux vers la base de la plante. Il ne reste qu’à répéter pour les autres plantes. 

Application de paillis sur une géotextile.
Pour terminer, on replie les panneaux autour de la plante et on couvre le géotextile de paillis. Ill.: pikpng.com, pngfind.com, seekpng.com & jardinierparesseux.com

À la fin, puisqu’un parterre couvert de tissu noir n’est pas très attrayant, on le recouvre d’un paillis épais qui le cachera à la vue. Le choix de paillis vous appartient : souvent, les gens utilisent des morceaux d’écorce ou un paillis de cèdre (thuya) teint de diverses couleurs, parfois des pierres ornementales ou un paillis de caoutchouc.

Et voilà, vous aurez une magnifique plate-bande presque sans entretien, puisque le géotextile empêchera les mauvaises herbes et graines de mauvaises herbes emprisonnées sous la toile de se développer. Extraordinaire! 

Sauf que ce système ne fonctionne pas très longtemps comme cela.

De piètres résultats

Premièrement, les plantes semblent détester les géotextiles. Les vivaces poussent vigoureusement au début, mais après un an ou deux, paraissent affaiblies. Plusieurs, sinon la majorité, meurent. Évidemment, dans les vides laissés par leur dégradation ou leur disparition, des mauvaises herbes s’installent.  Les arbustes et les arbres persistent plus longtemps, mais peu à peu leur développement ralentit. Vous finissez souvent avec un spécimen chétif avec beaucoup de branches mortes. 

Que se passe-t-il? Plusieurs choses!

D’abord, la flore du sol, des microbes bénéfiques présents dans tout bon sol et qui participent à la minéralisation et à l’humification de la matière organique morte, comme les algues, les champignons et les bactéries, mais aussi de petits animaux comme les insectes, d’autres arthropodes et les vers de terre, s’appauvrit. Plusieurs espèces meurent ou déménagent, car le sol est désormais moins oxygéné et nettement plus sec. (Oui, la toile est perméable et laisse théoriquement pénétrer l’air et l’eau de pluie, mais en fait, beaucoup moins des deux ressources s’infiltrent que la normale.) Aussi, désormais, il n’y a presque plus de matière organique qui pénètre le sol et c’est la matière organique qui nourrit la flore. L’activité bénéfique de la flore du sol (aérer le sol et l’enrichir en matière organique) ralentit.

Cette combinaison de limitations — moins d’air, moins d’eau, moins de matière organique et moins de microbes bénéfiques — nuit aussi, bien sûr, aux racines des végétaux. La vigueur des végétaux baisse, notamment chez les plantes qui aiment un sol riche et humide… soit la majorité des plantes.

Aussi, les plantes ne peuvent plus prendre de l’expansion, limitées par la toile géotextile qui fait désormais barrière à leur croissance latérale. Pour les plantes qui normalement s’étendent en largueur avec le temps en se divisant au pied, comme la majorité des vivaces, le dépérissement s’accélère. 

Et la situation ne s’améliore pas avec le temps, car des particules de terre et des feuilles mortes apportées par le vent tombent sur le paillis, sont entrainées vers le bas par la pluie et l’arrosage et s’accumulent sur la surface de la toile. Il est vraiment surprenant de voir à quelle vitesse, alors, une nouvelle couche de terre commence à se former par-dessus la toile. En 2 ou 3 ans, il peut facilement y en avoir un centimètre ou plus. 

Les particules de terre, surtout, commencent peu à peu à boucher les pores dans la toile couvre-parterre, réduisant encore davantage la circulation d’eau, d’air et de matière organique aux racines. Mais ce n’est pas cela qui frappe, mais plutôt le retour des mauvaises herbes.

Mauvaises herbes sortant du paillis.
Avec le temps, des mauvaises herbes s’installent, s’enracinent dans le géotextile et sont presque impossibles à extraire. Photo: Leon Brooks, pixnio.com

En effet, de nouvelles mauvaises herbes, venues par des graines apportées par le vent ou par des rhizomes vagabonds des surfaces végétalisées voisines, s’installent dans la nouvelle couche de terre au-dessus de la toile, puis s’enracinent dans la toile. Oui, leurs racines la pénètrent. Ainsi, elles deviennent presque inextirpables. 

Ainsi, si au début (pendant un an ou deux), la toile géotextile réprime les mauvaises herbes, elles reviennent avec le temps… et sont plus difficiles que jamais à contrôler!

Si vous décidez d’arracher le géotextile (et peu de gens tolèrent le gâchis qu’il crée plus d’une décennie), vous découvrirez que c’est très difficile à faire, car les racines des plantes encore en vie se sont enracinées dans la toile par le fond alors que les mauvaises herbes la tiennent en place par le haut.

Et que faire avec la toile arrachée? Le géotextile est fait de plastique, donc théoriquement recyclable, mais comme il est désormais rempli de racines et de terre, même son recyclage n’est plus possible. Il ira directement à la poubelle… ou plutôt au centre de récupération des déchets le plus près.

Autres utilisations

Évidemment, ces commentaires ne s’appliquent que lorsqu’on utilise la toile géotextile comme couvre-parterre, soit en conjonction avec les plantes. Ce produit a plusieurs autres utilisations dans l’aménagement — sous un sentier, sous la toile d’un jardin d’eau, sous un patio surélevé, comme filtre pour un drain, etc., toutes des situations où vous ne voudriez jamais voir pousser des plantes —, et peut donc être très utile, mais je déconseille son utilisation comme barrière anti-mauvaise herbe à la surface de votre parterre ou dans toute circonstance qui implique des végétaux.

Conclusion

Dans mon livre Les 1500 trucs du jardinier paresseux, j’ai émis un avis et je pense qu’il est toujours valable : les géotextiles et les plantes sont incompatibles !

Journaliste et blogueur horticole, auteur de plus de 60 livres de jardinage, conférencier très en demande et jardinier passionné, le jardinier paresseux, Larry Hodgson, vit et jardine à Québec. Le blogue le jardinier paresseux offre plus de 2 000 billets aux amateurs de jardinage, toujours dans le but de démystifier le jardinage et le rendre plus facile aux participants. Si vous avez une question sur le jardinage, entrez-la dans Recherche: la réponse s’y trouve probablement déjà.

46 comments on “La toile géotextile couvre-parterre fonctionne-t-elle vraiment dans la plate-bande?

  1. Danièle Lapointe

    Instructif, merci

    • Sylvie Bourbonnais

      Sous une fenêtre du sous-sol exposée au sud-est, il est très difficile de faire pousser quelque chose. Nous voulons mettre une bande remplie de pierres de rivières sur une longueur de 8 pieds par 16 pouces. Est-ce une mauvaise idée de placer un géotextile en -dessous? Merci.

  2. Jean Lacombe

    Merci et bonne entrevue radio a radio can Estrie

  3. Bon à savoir. Merci!

  4. Ghislain Gauthier

    Tout à fait d’accord avec vous. Autrefois j’en mettais dans mes allées de jardin, mais quand il fallait les enlever à l’automne, il y avait plusieurs mauvaises herbes qui s’étaient enracinées au travers ! Maintenant dans mes allées, je met des bandes de vieux tapis. les mauvaises herbes ne peuvent pousser dedans et j’ai juste à les faire sécher à l’automne pour les remiser pour l’an prochain.

  5. je n’utilise plus de géo depuis des années. une bonne couche de paillis tous les printemps ou selon certaines plates bandes des couvre sol qui se remplissent sont mes choix. L’ an prochain je vais essayer le paillis de coco-terro.

  6. Thérèse Houde

    Très bon conseil, pas recyclable c’est une source de pollution importante. Vive le papier et le carton.

  7. Très intéressant. Merci! Personnellement, j’utilise des cartons comme couvre-sol.

  8. Pierrette

    Tellement bien expliqué…ai appris ma leçon pour la vie! Merci

    • Yolaine Caron

      J’ai planté des hostas dans une grande plate-bande de gazon puis, au lieu d’enlever tout le gazon, j’ai acheté une toile géotextile biodégradable à base de maïs afin de recouvrir ce gazon avant de mettre un paillis. Bonne ou mauvaise idée??? Un thumb up ou down serait apprécié ☺️. Merci à vous!

      • Thérèse

        Je crois que ce geotextile biodégradable est assez dispendieux n’est-ce pas?

      • 👍La différence est que votre produit est biodégradable: ça change tout!

      • Yolaine Caron

        Merci Monsieur Hodgson pour votre réponse sur la toile biodégradable. Je m’étais posée la question quand j’ai vu dans un de vos blogues que des produits à base de gluten de maïs peuvent être utilisés pour détruire les plantes adventices. Merci encore et belle journée à vous!

  9. Carole Gauthier

    C’est exactement ce qui m’est arrivé. J’ai dû tout arracher, j’avais une plate-bande de mauvaises herbes!
    Je déteste le géotextile

  10. ghislain quesnel

    Parfaitement d’accord j’ai utiliser pour mes 3 plants de bleuet que j’ai depuis 2008, j’ai changer 3 fois la 3 fois une de trop je met seulement du paillis plus facile a gerer les mauvaise herbes. Je n’ai pas jeter au poubelle j’ai garder je l’utilise alentour de mes plants de melon ou autre je ne met pas de paillis le plant finis par cacher la toile quand la saison fini je le rentre pour l’an prochain.

  11. Micheline Guillemette

    Micheline G. ici aussi nous avons des différents sur l’usage de la toile, mon conjoint en mettrait partout, nous sommes vieillissants et le désherbage devient limitant. Vote logique Larry me rencontre dans mes idées.
    Merci pour vos commentaires fort justifiés .

  12. Josée LH

    Intéressant, mais le terrain de notre maison étant envahi de liseron, j’ai l’impression d’avoir guerre d’autre choix que de mettre de la toile. Et malgré tout, celui-ci sort par les trous mais fini par s’affaiblir.

  13. Cela me rassure de lire cet article, enfin un peu seulement, car dans la région ou je vie (grande productrice de vin de pays), les vignes sont entourées de bâches en plastiques noires qui avec le temps finissent en lambeau dans le fleuve qui se jette dans la méditerranée.
    Ma tristesse quant à cette société de l’avidité, du pillage et de la glorification du vive est abyssale.
    Il est de plus en plus évidant que ce monde est géré par des voyous.

    Et surtout pas un mots sur les produits chimiques à base de métaux lourds qui sont lâchés au dessus des nuages depuis les années 90, en France, tous les étés, pour faire pleuvoir.
     » mais non c’est pas moi, c’est les autres ! »

  14. «La toile géotextile est une invention diabolique!» C’est ce que j’ai déclaré après avoir passé des jours et des jours à quatre pattes pour réussir à extirper par à-coups ce «cadeau» de l’ex-proprio, sur une surface d’environ 1000 pieds carrés! La toile était enchevêtrée de mauvaises herbes, comme vous l’expliquez si bien. Et 20 ans plus tard, le sol s’est métamorphosé. Merci pour avoir si bien démontré à quel point cette pratique d’en installer est nocive pour l’environnement!

  15. …. LA GLORIFICATION DU VICE ! par tout les moyens…

  16. Nathalie Tremblay

    Je pensais mettre du paillis d’ardoise dans mon parterre. Qu’en pensez-vous?

    • Si c’est strictement pour couvrir le sol des arbres et arbustes, plantes où on ne manipule pas le sol, ça peut aller, mais les paillis de pierres finissent inévitablement par se mélanger au sol des vivaces et annuelles, plantes qu’on divise, replante, etc., et cela est très dérangeant.

  17. Merci pour cet article très pertinent.
    Petite rectification. Le géotextile feutré est semi-perméable, c’est-à-dire, la pluie ne fera que ruisseler dessus, sauf dans le cas des « smartpot » où l’eau sera retenue jusqu’à saturation. Il est conçu justement, entre autres, pour empêcher l’eau d’entrer dans les fondations granulaires et donc pas très bon pour les plantes 😉

  18. Josée LH@
    « Intéressant, mais le terrain de notre maison étant envahi de liseron, j’ai l’impression d’avoir guerre d’autre choix que de mettre de la toile. Et malgré tout, celui-ci sort par les trous mais fini par s’affaiblir. »

    Je suis également envahi de liseron, que j’essaie d’arracher depuis des décennies.
    J’ai tenté cet hiver une expérience en couvrant un bout de sol envahi de liseron des champs(convolvulus arvensis) avec du vieux linoléum (face noire à l’extérieur, excellent désherbant gratuit et non polluant, le vieux tapis n’est pas mal non plus), que j’ai laissé jusqu’au mois de mai. Les résultats ont l’air satisfaisants.
    Je vais essayer à l’automne cette fois sur un terrain envahi de liseron des haies ( calystegia sepium), car je suis vraiment gâté (sans parler des indestructibles et proliférants oxalis) !

  19. A l’amie de Jerome Garneau pour apporter encore de l’eau au moulin de Larry. Voici un avant après d’une amie Coach jardin. Voici le lien
    https://lesjardinsdemalorie.be/avant-apres-le-talus-de-graminees-chez-fabrizio-angela/

  20. Je suis curieux, le verger permaculturel de M. Sobkowiak utilise du géotextile pour ses arbres, arbustes et plantes vivaces. Pourtant, le tout me semble en bonne santé, les plantes comme le sol. Y-a-t-il différents types de géotextile, de façon de l’installer et de façons d’éviter les effets néfastes qui viennent avec ? Trouver une façon d’ajouter de la matière organique, permettre aux vers de terre de faire leurs travail malgré tout et peut être utiliser les systèmes d’irrigation pour s’assurer que le sol ne sèche pas ?

  21. Aussi, parlons nous de toiles de paillage tissées ou de la bâche de géotextile non tissé ? Il semble y avoir une différence importante entre les deux, et pourtant le terme toile géotextile semble s’accorder au deux. Merci

    • Le résultat est le même… à moins que ce ne soit un produit décomposable.

      • Que proposeriez vous pour un projet de verger avec divers arbustes fruitiers sur 10 acres ?

        A l’échelle de 7-8 milles arbustes, je cherche une alternative à faire livrer 10-20 truck de brf par année.

      • Rien ne me vient à l’esprit, sinon des résidus d’un produit local quelconque réduit en miette.

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