Épipactis petit-hellébore albinos

Par Larry Hodgson

Question: Cette plante semble être un hosta blanc. Je me demandais si vous aviez des informations à son sujet. La base de sa tige dans les tons de roses m’intrigue. Elle pousse dans un jardin abandonné. En a-t-on déjà vendu en jardinerie?

Hélène Roussy

Réponse: En fait, cette plante n’est pas un hosta, mais la mutation albinos (achlorophyllienne) d’une orchidée sauvage, soit l’épipactis petit-hellébore (Epipactis helleborine), le sujet d’ailleurs du billet d’hier de ce blogue (L’orchidée mal aimée). À l’occasion, dans la population des épipactis petit-hellébores, il paraît une plante albinos, entièrement sans chlorophylle. 

Chez la plupart des végétaux, un semis albinos ne vit pas longtemps: il germe et vit quelque temps des réserves d’énergie contenues dans la graine, mais, n’ayant pas de cellules vertes photosynthétiques qui permettraient à la plante d’absorber l’énergie solaire et d’ainsi produire des hydrates de carbone, il meurt assez rapidement. 

Chez les orchidées, la plante albinos peut toutefois continuer à vivre, car toutes les orchidées font une association avec différents champignons mycorhiziens (des genres Tuber spp., Helotiales spp., Peziza spp., Leptodontidium spp., etc.) dès la germination et les spécimens albinos peuvent, du moins chez certaines espèces, continuer cette association toute leur vie. Elles sont donc dépendantes des champignons pour leur survie: on les dit mycohétérotrophes. Grâce à ces associations essentiellement parasitiques, les orchidées mycohétérotrophes peuvent absorber les hydrates de carbone nécessaires à leur survie, mais qu’elles n’arrivent pas à produire seules.

Épipactis petit-hellébore normal et forme albinos
Épipactis petit-hellébore normal (chlorophyllien) à gauche; forme albinos à droite.
Photos: Joachim Lutz, Wikimedia Commons & Patrick Roper, geograph.org.uk

La forme normale d’épipactis n’est que partiellement mycohétérotrophe (on la dit mixotrophe). À la germination et pendant la formation du rhizome, elle vit uniquement des hydrates de carbone produits par ses associations fongiques, mais à partir du moment où la plante présente ses premières feuilles vertes, elle peut produire ses propres hydrates de carbone et commence alors à partager ses surplus avec ses champignons mycorhiziens, établissant une symbiose. Cette mixotrophie (énergie venant des champignons ainsi que du soleil) l’aiderait à pousser dans les emplacements très ombragés où il n’y a pas tout à fait assez d’énergie solaire pour une croissance vigoureuse.

Fleur d’un épipactis petit-héllebore albinos. Photo: Mark Lyens, ryenats.org.uk

La variante albinos demeure toujours entièrement dépendante de ses champignons associés, cependant, donc mycohétérotrophe. Elle reste plus chétive que l’épipactis petit-hellébore normal (atteignant rarement plus de 17 cm de hauteur alors que l’espèce atteint de 30 à 80 cm), produit des feuilles plus minces, moins de fleurs (elles sont toujours roses ou blanches contrairement aux fleurs plutôt vertes de l’espèce) et très peu de semences. Aussi, elle semble moins vigoureuse en général et plus sensible aux maladies. Il est aussi possible que sa coloration exceptionnelle attire plus souvent l’attention des herbivores.

Des plantes toujours albinos

Cephalanthère d'Austin à tige et fleurs albinos.
Le cephalanthère d’Austin (Cephalanthera austiniae) est un bon exemple d’orchidée mycohétérotrophe. L’essentiel de la plante est souterrain; seulement la tige florale albinos est visible. Photo: sramey, Wikimedia

Une vie d’albinos semble un choix peu prometteur pour une plante, mais a néanmoins été adoptée par plusieurs végétaux, dont environ 250 espèces d’orchidées. Habituellement, les orchidées mycohétérotrophes (albinos et dépendantes de champignons) vivent discrètement sous terre et ne sont visibles qu’au moment de la floraison, alors qu’une tige florale blanche ou rose surgit subitement pour assurer la production de semences et ainsi une autre génération d’orchidées sans chlorophylle.

Pas en vente

Pour répondre à votre dernière question, quant à savoir si cette plante albinos est vendue en jardinerie, je ne pense pas que l’épipactis petit-hellébore albinos soit commercialisé, ni sous forme de plant, ni sous forme de semis. Il est trop délicat pour cela. Après tout, il faut entretenir à la fois la plante et son ou ses champignons. Mais quand on en trouve un dans la nature — et cela peut arriver dans une forêt, mais aussi, comme vous l’avez noté, dans un jardin! —, on peut au moins s’émerveiller devant cette petite plante blanche si différente de toutes les plantes autour!

6 comments on “Une orchidée albinos

  1. Hélène Paquin

    Bonjour, Sur mon terrain, il y a des orchidées sauvages qui poussent et comme je ne savais pas ce que c’était, j’avais l’habitude de les enlever, croyant que c’était des plantes envahissantes. Maintenant que j’ai lu votre article, je vais les laisser. J’ai toutefois une question, est-ce que je pourrais les enlever et les regrouper toutes en un seul endroit (comme une plate-bande) ou s’il est préférable de les laisser où elles poussent? car elles poussent ici et là. Merci pour votre réponse et pour vos merveilleux articles, toujours très intéressants.

  2. Line Bertrand

    Idem
    Pour moi en plus d’asclépiades sauvages que je laisse pour les monarques que je n’ai jamais vu d’ailleurs
    Je vais en arracher quelques unes car vraiment envahissantes

    • Même expérience que la vôtre! Les « actiides de l’asclépiade » (très jolies!) s’y installent. Jamais vu aucun monarque le faire, par contre.

  3. Très bon article bien documenté !

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