Insectes nuisibles Truc du jour

Quand le charançon noir de la vigne s’invite au jardin

Feuiles de rhododendron endommagées par le charançon noir de la vigne.

Par Larry Hodgson

Voici un ravageur que vous voyez rarement, mais dont les dégâts sont assez évidents : des encoches taillées dans le bord des feuilles de plantes telles que les rhododendrons, les fusains et les bergénias. Contrairement aux dommages causés par les abeilles coupeuses de feuilles (voir Qu’est-ce qui coupe des trous ronds dans les feuilles?), les encoches ne sont pas en demi-lune, mais irrégulières. Sur certaines plantes (les ifs par exemple), la feuille n’est pas seulement entaillée, la pointe de la feuille voire la feuille entière est parfois coupée.

Le coupable est un charançon (Otiorhynchus sulcatus), appelé charançon noir de la vigne, car il s’attaque à la vigne et l’adulte est noir, mais aussi otiorhynque de la vigne. Mais il ne limite pas ses dégâts à la vigne. Au contraire, il a une très large gamme d’hôtes comprenant plusieurs centaines de végétaux. Voici quelques genres sur lesquels il est connu pour se nourrir :

  1. Acer (érable)
  2. Arisaema (arisème)
  3. AsterSymphyotrichum, Eurybia, etc. (aster)
  4. Astilbe (astilbe)
  5. Bergenia (bergénia)
  6. Camellia (camélia)
  7. Cyclamen (cyclamen)
  8. Echinacea (échinacée, rudbeckie pourpre)
  9. Euonymus (fusain)
  10. Fragaria (fraisier)
  11. Heuchera (heuchère)
  12. Hosta (hosta)
  13. Humulus (houblon)
  14. Hydrangea (hydrangée, hortensia)
  15. Impatiens (impatiente)
  16. Kalmia (kalmia)
  17. Lilium (lys)
  18. Mentha (menthe)
  19. Phlox (phlox)
  20. Primula (primevère)
  21. Rhododendron (rhododendron et azalée)
  22. Rubus (framboisier)
  23. Saxifraga (saxifrage)
  24. Solanum (pomme de terre)
  25. Spiraea (spirée)
  26. Syringa (lilas)
  27. Taxus (if)
  28. Tsuga (pruche, tsuga)
  29. Vitis (vigne à raisin)
  30. Wisteria (glycine)

Reconnaître un charançon de la vigne

Charançon noir de la vigne adulte.
Charançon noir de la vigne adulte. Photo : Udo Schmidt, Wikimedia Commons

L’adulte est un coléoptère d’aspect plutôt curieux, avec un museau distinct et un abdomen plutôt ovale, comprenant des élytres (ailes durcies) nettement rainurés et marqués de petits creux. Il mesure environ 7,5 à 11 mm de longueur. L’insecte est noir ou gris ardoise et parsemé de petites marques jaunes. De plus, il a des antennes distinctement articulées (on dit qu’elles sont coudées). Curieusement, les élytres sont fusionnés, donc le charançon ne peut pas voler, bien qu’il marche très vite. Largement nocturne, il est généralement observé sur les feuilles et les tiges.

Tous les spécimens trouvés jusqu’à présent étaient des femelles, ainsi le charançon semble se reproduire uniquement par parthénogenèse.

Larves de charançon noir de la vigne.
Larves de charançon noir de la vigne. Photo : Wikimedia Commons

La larve vit sous terre en se nourrissant des racines des plantes. Sans pattes, en forme de C et de couleur blanc crème, elle mesure jusqu’ à 1 cm de long et a une tête marron clair.

Dégâts causés par le charançon noir de la vigne sur une hydrangée paniculée. Photo: Salix, Wikimedia Commons

Cela dit, vous êtes plus susceptible de reconnaître un charançon noir de la vigne par les dégâts qu’il cause qu’en voyant l’insecte dans l’un ou l’autre des deux stades. Les feuilles entaillées par les adultes sont très évidentes, bien que généralement plus dérangeantes sur le plan esthétique que vraiment nocives pour la plante, car la plupart des feuilles endommagées restent sur la plante et continuent à effectuer de la photosynthèse. Par contre, ils peuvent parfois s’attaquer aux fleurs aussi, les laissant en charpie, ce qui est souvent moins facile à accepter. 

Les dégâts les plus sérieux sont souterrains, causés par les larves quand elles se nourrissent des racines et des radicelles des plantes ou écorchent leur couronne. Elles peuvent carrément cerner les tiges et tuer les racines, affaiblissant leur plante hôte et même, bien qu’assez rarement, la tuer.

Distribution

Originaire d’Europe, ce ravageur est désormais largement répandu dans les zones tempérées du monde entier, notamment en Argentine, au Japon, en Tasmanie et en Nouvelle-Zélande. Il a été vu pour la première fois aux États-Unis au début des années 1830 et a depuis gagné presque tout le continent nord-américain, dont le Québec.

Le charançon se propage souvent non seulement en marchant (et les adultes peuvent parcourir des dizaines de mètres par jour), mais aussi en se fixant sur des véhicules et d’autres équipements. Il est transporté d’un endroit à l’autre sur du matériel de pépinière, car les larves s’hébergent souvent dans des plantes en pot.

Cycle de vie

Tous les charançons noirs de la vigne sont des femelles.
Tous les charançons noirs de la vigne sont des femelles. Photo : Martin Cooper, Wikimedia Commons

Il y a une génération par an.

Les femelles sortent de leurs sites d’hivernage dans le sol au printemps et commencent à se nourrir de feuilles pendant la nuit. Après quelques semaines d’alimentation, elles se mettent à pondre des œufs ronds orange pâle dans le sol ou dans la litière de feuilles à la base d’une plante hôte. Chaque insecte peut pondre jusqu’à 800 œufs au cours de sa vie de 3 ans.

Les larves éclosent en peu de temps et commencent à se nourrir des racines, des radicelles, des tissus de la couronne et du cambium à la base des tiges ligneuses. Ces dommages peuvent mener à des maladies racinaires, notamment la pourriture, plus graves que l’infestation d’origine. Les larves passent par 6 stades, augmentant de taille chaque fois, puis hivernent sous forme de larve à stade avancé ou encore, de pupe blanche. Les pupes deviennent adultes au printemps, puis le cycle se répète.

À l’automne, les charançons pénètrent parfois dans nos maisons, soit en voyageant sur des plantes rentrées pour l’hiver (voir Pour une rentrée sans insectes pour savoir comment éviter cela), soit en cherchant de la chaleur, par des portes ouvertes, des fenêtres ou d’autres ouvertures. Ils peuvent même rentrer sur nos vêtements lorsque nous rentrons du jardin à la fin de l’automne. En fait, ils causent peu de problèmes à l’intérieur, se cachant généralement dans des coins sombres en attendant le printemps, à moins qu’ils ne commencent à se nourrir du feuillage de certaines de nos plantes d’intérieur, mais leur présence est néanmoins gênante : qui veut voir des insectes de cette taille dans la maison? Il est préférable de les prévenir en calfeutrant les fissures par lesquelles ils peuvent rentrer, fissures qui sont quand même leur principale porte d’entrée vers l’intérieur de nos demeures.

Un sosie

Charançon de la racine du fraisier.
Charançon de la racine du fraisier. Photo : Line Sabroe, Wikimedia Commons

Si vous constatez des dommages similaires, mais que le charançon en question est plus petit, plus velu et brun à noir, c’est probablement le charançon de la racine du fraisier ou otiorhynque des fraisiers (Otiorhynchus ovatus), également fort répandu. Il est dommageable pour les fraisiers, comme son nom l’indique, mais aussi pour les framboisiers, les rhododendrons, les thuyas, les vignes à raisin et les menthes, entre autres. Une grande partie des informations sur le charançon noir de la vigne s’applique également à ce ravageur.

Il existe d’ailleurs plusieurs autres charançons aux habitudes similaires.


Comment le contrôler

Dans vos jardins, apprendre à tolérer les dommages modérés du charançon noir de la vigne est beaucoup plus facile que d’essayer de le contrôler. Même parmi les plantes hôtes théoriquement sensibles, certains cultivars subissent moins de dégâts que d’autres et on peut les privilégier afin de réduire la population.

Compte tenu de leurs habitudes nocturnes et de nos habitudes diurnes, on voit rarement les adultes. Essayez de sortir avec une bougie la nuit pour inspecter les plantes présentant des dommages récents aux feuilles. (Évitez toute lumière vive comme celle d’une lampe de poche ou d’un téléphone portable, car cela les fait réagir rapidement et ils se laissent instantanément tomber au sol où ils se cachent.) Vous pouvez ensuite les récolter à la main et les détruire : vous pouvez les laisser tomber dans de l’eau savonneuse, par exemple, ou encore les écraser sous votre chaussure.

Une autre méthode de traitement consiste à placer un drap ou un chiffon blanc (il doit être blanc ou de couleur pâle pour mieux voir les coupables) sous une plante infestée la nuit et à secouer ses branches. Les charançons réagiront en se laissant tomber et vous pourrez alors simplement ramasser le drap et les faire tomber dans de l’eau savonneuse.

Colle Tanglefoot appliquée sur un tronc d’arbre.
Colle Tanglefoot appliquée sur un tronc d’arbre. Photo : amazon.ca

Vous pouvez également piéger les adultes en enveloppant la base des plantes infectées avec une lanière de jute ou d’étoffe ou du ruban adhésif et ensuite la peindre avec du Tanglefoot (un genre de colle horticole) ou une autre colle qui ne sèche pas. Étant donné que les adultes ne peuvent pas voler, mais doivent grimper entre leur source de nourriture (feuilles) la nuit et leurs cachettes dans la terre ou la litière à la base de la plante hôte pendant la journée et vice versa, un tel piège collant peut les arrêter net.

Vous pouvez également essayer de vaporiser les plantes pendant la nuit, quand les charançons sont présents, avec du neem, du savon insecticide ou un autre produit insecticide. Vous aurez certainement besoin de répéter le traitement: une seule vaporisation ne les atteindra pas tous. Des insecticides plus persistants avec une période d’efficacité plus longue étaient autrefois disponibles, mais ont été largement retirés du marché pour des raisons de sécurité. C’est aussi le cas des insecticides systémiques (qui sont absorbés par la plante et la rendent toxique) : impossible d’en trouver de nos jours… et de toute façon, voulez-vous vraiment empoisonner vos plantes afin de contrôler un insecte?

Lorsque les dommages causés par les larves sont sérieux, il peut être nécessaire de traiter avec des nématodes bénéfiques, soit des vers microscopiques parasites d’insectes, généralement des Heterorhabditis spp. ou des Steinernema spp. Ils sont disponibles en ligne et en jardinerie.  Il faut les appliquer en solution, la versant sur le sol pour qu’elle y pénètre bien, et ce, au milieu de l’été ou à l’automne lorsque le sol est à une température appropriée (au moins 16°C). Le sol doit également être humide, mais pas détrempé, avant l’application et le rester pendant les 2 semaines suivant l’application. Suivez les instructions sur l’étiquette du produit pour connaître plus de détails.

Personnellement, j’ai résolu ce qui, à un certain moment, semblait vouloir devenir une infestation de charançons assez grave en enlevant toutes les plantes gravement endommagées, les remplaçant par des plantes que les charançons n’aiment pas. Deux ans plus tard, il n’y avait plus de dégâts à signaler, même sur des plantes qui avaient été légèrement touchées auparavant, et je n’en ai jamais revus chez moi en plus de 20 ans par la suite.

Que voulez-vous? Si vous enlevez la source principale de nourriture d’un insecte, c’est certain qu’il ira ailleurs!

27 comments on “Quand le charançon noir de la vigne s’invite au jardin

  1. Line Courtois

    Quelles sont les plantes que le charançon n’aime pas? Je crois en avoir dans mes plants de piments que je fais pousser en bacs.

    • Souvent, les plantes aux feuilles poilues ou aromatiques.

    • Bonjour, merci pour vos partages c’est vraiment intéressant, vivant, pertinent !
      Cela fait 2 ans depuis notre emménagement que je me bats contre des otiorynques qui infestent mon jardin. Le problème c’est qu’ils sont assurément là depuis longtemps et que des ifs, lauriers cerises et très grands fusains sont très anciens et que je ne peux pas les enlever… Mais je suis désolée de voir mes nouveaux rosiers, hortensias, petits oliviers, groseillier, cassisier, bignone, menthe, fraise etc se font dévorer…. Sur des sujets anciens que faire ?! J’ai 1000m2 de terrain, j’ai passé 2 fois des nématodes mais j’ai l’impression de lutter contre le courant. Ils sont même friands des trèfles de la pelouse c’est pour dire leur capacité d’envahissement !! À par le laurier rose et les plantes exotiques je ne sais pas trop quoi planter qu’ils n’aiment pas, auriez vous une idée plus précise dans ce champ là… Est ce une cause perdue ?

      • Souvent les plantes au feuillage duveteux ou aromatique résistent… mais comme vous avez des plantes matures très infestées, cela aide à maintenir une forte population.

  2. Francoise Wuidart

    Mes concombres et courgettes sont infestés chaque année et je les perd. Les feuilles fanent et la plante dépérit. Je crois que c’est le mildiou. Y a-t-il quelque chose à faire ?
    Merci de tous vos bons conseils.

  3. Je n’ai pas cette vilaine (mais jolie en photo) bestiole parmi les parasites qui prolifèrent au jardin. Par contre j’ai trouvé intéressant la technique d’engluage du papier pour arrêter les fourmis qui grimpent pour exploiter leurs élevages de pucerons.

    Mais je me demande si, sur un tronc à l’écorce subéreuse, comme sur la photo, les bestioles ne peuvent pas passer sous le bande engluée.

    • J’aurais préféré une photo montrant une tige lisse, mais… c’est la seule que je pouvais utilisée. Je pense bien que des fourmis, du moins, passeraient sous la bande.

  4. Hélène Paquin

    Encore une autre bibitte qui s’attaque à nos plantes de jardin. Merci de nous les présenter. On dirait que nous sommes de plus en plus infestés de toutes sortes de bestioles à chaque année. J’imagine qu’elles sont là pour rester. Au moins, avec vos bons conseils, je peux trouver une/des solution(s) afin de les éradiquer.

  5. Jean Denis Brisson

    J’avais rentré une jardinière suspendue de géranium et au cours de l’hiver (à partir de février jusqu’en avril) j’ai commencé à trouver trouvé des adultes sur le plancher. J’ai mis la jardinière dans le fond du bain pour voir combien d’adultes de plus en sortiront: 8 plus dans le fond, incapables de monter sur les bords. Mais j’avais immergé les jardinières dans l’eau pour noyer les éventuelles larves mais je pense bien que les oeufs ont résisté.

  6. Lorraine Pelletier

    Bonjour! j’aimerais savoir la meilleure méthode pour obtenir de beaux bulbes d’oignon…… Les queues sont belles et grosses mais le bulbe ne semble pas grossir…. Merci

  7. Bonsoir, ça pourrait être ce charançon, qui grignote mon potager : je ne vois aucune bestiole, j’en ai vu deux dans mon maïs l’an dernier, et le terrain est plein de framboisiers qui poussent tout seuls. Mais ils font partie des quelques plantes épargnées …

    Les groseilliers, pélargoniums, véronique et autres fleurs sont épargnés. Les premières fleurs de cosmos se sont fait dévorer. J’ai un chou chinois et un œillet d’Inde dont il ne reste plus que le squelette. La menthe, l’origan, les betteraves, les poivrons et les brocolis ont été goutés, mais sans trop de dommages. La bête s’en est même prise à des feuilles plutôt coriaces et velues comme celles des aubergines (même si pas très avancées), des tomates et de la bourrache. Mais le cycle de mon grignoteur doit être fini (?…), mes plants semblent reprendre le dessus. Je croise les doigts.

  8. Jocelyne Coderre

    Quel bon sujet qui arrive à point ! Les feuilles de mes plants d’échinacées se font dévorer et je me posais la question.
    On va sortir la bougie ! Merci beaucoup, je continue toujours d’apprendre, j’adore ça.

  9. Oui, c’est vrai, j’ai vu plein de limaçons au début de l’été, et quelques pucerons et des fourmis. Cette année j’ai truffé mes caisses de plantes aromatiques, thym, romarin, aneth, estragon, origan et menthe, mélisse, ciboulette … je ne sais pas si ça aide un peu contre les ravageurs, mais ça sent vraiment bon cette année.

  10. Roxanne Lemieux

    Merci beaucoup pour votre article. Les spécimens adultes faisaient bien plus que du dégât esthétique sur mes plants et j’ai bien failli perdre quelques vignes, cornouillers et framboisiers,. Ils « mordaient » de nouvelles tiges complètes, et plusieurs feuilles finissaient par faner d’un même coup. Pour notre part, de faire la chasse nocturne aux adultes a été très aidante, bien que non totalement efficace. Nous avons aussi utilisé de la terre diatomée à quelques reprises pour tuer les spécimens qui avaient résisté à la chasse. Je compte étendre des nématodes, de façon préventive. J’ai deux questions pour vous: 1) combien de temps après avoir utilisé la terre diatomée à la base de mes plants puis-je étendre mes nématodes sans les tuer? et 2) les nuits sont fraiches cet été dans notre patelin, mais il fait chaud de jour. Je cherche des nématodes qui seraient viables selon un grand écart de température (Steinernema kraussei, je pense). Où puis-je trouver cela? Les centres jardins de ma région (Qc) n’en vendent pas. Merci encore!

  11. Josee Guillemette

    Bonjour, peut-être pourriez-vous nous aider. Lorsque les petites bibittes ont pris logis dans les murs d’un logement situé à proximité d’un champs de fraises, existe-t-il une solution pour les faire fuir? Merci!

    • Parfois une application de terre de diatomées (espèce de poudre blanche) sur le point d’entrée (fissures, etc.) peut aider.

      • Anonyme

        Merci pour votre réponse, malheureusement la terre diatomée ne semble pas suffisante. Les petites bibittes sont entrées dans les murs, je cherchais un produit peut-être à mettre à l’intérieur qui pourrait les faire ressortir.

      • Je n’ai pas d’autres idées que de contacter un exterminateur.

  12. Josee Guillemette

    Merci, c’est probablement ce qui sera fait!

  13. Josee Guillemette

    Merci, c’est probablement ce que nous alors faire.

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