Insectes bénéfiques

Qu’est-ce qui coupe des trous ronds dans les feuilles?

Feuille de rosier avec trous ronds.

Par Larry Hodgson

Qu’est-ce qui provoque ces trous en demi-lune dans les feuilles de nos plantes de jardin? Des coupures si rondes et si nettes qu’on dirait qu’elles ont été faites avec un poinçon? Quel prédateur cause ce dommage? Et comment l’éliminer? 

C’est ce que la plupart des jardiniers veulent sûrement savoir. Mais quand j’aurai terminé les explications, j’espère que vous aurez changé d’idée, que vous aurez appris à tolérer la coupable.

Un insecte bénéfique

Abeille qui découpe une feuille.
Abeille qui prélève un segment de feuille. Notez que les mégachiles portent le pollen sur des poils sous leur abdomen qui est alors souvent jaune. Photo : Bernhard Plank, Wikimedia Commons

La coupable est une petite abeille, généralement noire avec des bandes velues sur l’abdomen : une mégachile (Megachile spp.). Il en existe plus de 1500 espèces réparties dans presque toutes les régions du monde, habituellement de 5 à 20 mm de longueur. Et, autrement que pour leur tendance à trouer les feuilles, on les considère comme hautement bénéfiques.

Voyez-vous, avec la population des abeilles domestiques (Apis mellifera) qui est en déclin à travers le monde, on cherche d’autres pollinisateurs pour nos plantations. Après tout, nous dit-on, un tiers des plantes que nous consommons dépendent des abeilles domestiques pour leur pollinisation. (Ce chiffre est discutable, mais quand même, on ne peut pas nier que les abeilles sont fort utiles.) Et les mégachiles sont parmi les meilleures abeilles pollinisatrices.

Hôtel pour les mégachiles et les abeilles maçonnes.
Hôtel pour les mégachiles et les abeilles maçonnes. Photo: ThorstenF, pixabay.com

Les abeilles coupeuses de feuilles sont même tellement populaires ces jours-ci qu’on vend des «hôtels d’abeilles» à leur attention (et aussi à l’attention d’autres abeilles solitaires, comme les abeilles maçonnes). On peut aussi s’en fabriquer en perçant des trous de diamètres différents, de 3 à 14 mm, dans l’extrémité d’une bûche, en reliant ensemble des tiges creuses ou au centre mou (celles des graminées, bambous, sureaux, etc.) ou tout simplement en laissant un morceau de bois pourri sur place. Placez votre hôtel dans votre jardin près des plantes à fleurs entre 30 cm et 3 mètres au-dessus du sol. Idéalement, l’endroit serait à l’abri des intempéries et ferait face au sud-est, de façon à se réchauffer tôt dans la matinée, mais sans être exposé au soleil intense pendant les heures les plus chaudes de la journée.

Évidemment, les mégachiles n’habitent pas que les logis fournis par les humains! Elles peuvent nicher dans diverses autres cavités ou creuser leur propre nid dans le sol.

Pourquoi s’attaquent-elles à mes plantes?

Les mégachiles ne s’attaquent pas uniquement aux plantes de jardin. Elles s’en prennent aussi aux plantes dans la nature, notamment aux plantes à feuilles minces et lisses comme celles des azalées, des robiniers, des frênes, des épimèdes, etc. Dans nos jardins, elles semblent préférer les plantes de la famille des rosacées: rosiers, cerisiers, pruniers, aubépines, etc. Et aussi les pétales de plusieurs fleurs.

Mégachile qui apporte un segment de feuille à son nid.
Mégachile qui apporte un segment de feuille à son nid. Photo : Rolf Dietrich Brecher, Wikimedia Commons

La mégachile découpe les feuilles et les pétales non pas dans le but de les manger, mais pour préparer un nid pour sa progéniture. Une fois que le petit nid en est bien tapissé, elle revient le garnir de pollen et de nectar… et ce faisant, assure la pollinisation des fleurs qu’elle visite.

Ensuite, elle pond un seul œuf par cellule, bouche l’entrée pour protéger l’œuf des prédateurs… puis crée une autre cellule à l’extrémité de la première. Il peut y avoir une douzaine de cellules par nid, parfois plus. La larve qui se forme se nourrit du pollen et du nectar laissés par sa maman, mais pas des feuilles, qu’elle ne touche pas. (Une théorie veut que les feuilles placées dans le nid aident à empêcher le nectar et le pollen de sécher.) La larve y reste longtemps : elle ne sort du nid qu’au printemps suivant, car il n’y a qu’une génération par année.

Pas agressives

Les mégachiles ne sont pas agressives. Elles ne piquent presque jamais, seulement lorsqu’elles se sentent agressées. Leur piqure n’est pas très douloureuse et souvent d’ailleurs vous ne la sentez même pas. Comme elles sont solitaires, même si vous marchez sur une abeille coupeuse de feuilles pieds nus, vous ne subirez qu’une seule piqure. Il n’y aura pas d’essaim qui viendra vous attaquer.

Des dégâts esthétiques

Les dommages causés aux plantes par les abeilles coupeuses de feuilles sont strictement esthétiques. La plante n’en souffre pas vraiment, car elle produit toujours plus de feuilles qu’il ne lui en faut pour survivre. De plus, quand les feuilles sont trouées, cela stimule la plante à en produire d’autres. En fait, les feuilles trouées vous dérangent probablement beaucoup plus qu’elles ne dérangent la plante!

De toute façon, l’abeille visite rarement longtemps la même plante. Une journée, parfois deux. Par la suite, elle trouve une autre source de feuilles.

Apprendre à les accepter?

Puisqu’elles sont bénéfiques et non agressives, et que de plus elles ne font que des dégâts esthétiques, ne serait-il pas plus logique d’apprendre à tolérer les abeilles coupeuses de feuilles plutôt que vouloir les éliminer? Je suggère d’appliquer ici la «règle des 15 pas», soit : Avant de traiter, reculez de 15 pas: si le problème n’est plus évident à cette distance, ce n’est pas un problème qu’il vaille la peine de traiter.

Vous tenez à les contrôler?

Bonne chance! Habituellement quand vous voyez les feuilles trouées, il est déjà trop tard pour réagir. L’abeille est déjà partie ailleurs. Mais voici quand même quelques trucs qu’on peut utiliser pour les éloigner.

Fleurs coupées avec un X à travers.
Pas de fleurs, pas d’abeilles!

Évidemment, une excellente façon pour éloigner les mégachiles de votre jardin est d’éliminer toutes les plantes à fleurs voyantes, car si elles utilisent quelques feuilles pour préparer leurs nids, elles ont encore plus besoin de beaucoup de fleurs riches en pollen pour nourrir leurs larves et pour se nourrir. Un jardin sans fleurs n’attirera pas les mégachiles.

Si vous voyez une mégachile en train de couper une feuille, attendez qu’elle parte, puis couvrez la plante touchée d’une étamine ou d’une couverture flottante. Laissez-la en place pendant quelques jours pour éliminer temporairement l’accès au feuillage et aux fleurs et l’abeille partira ailleurs.

Surtout, n’essayez pas d’empoisonner la mégachile en la vaporisant d’un insecticide. Non seulement tuerez-vous un insecte bénéfique, mais vous risquez de tuer aussi d’autres insectes bénéfiques par accident.

La meilleure solution?

Vivre et laisser vivre: voilà la devise d’un bon jardinier paresseux!

Billet adapté d’un article paru dans ce blogue le 26 mai 2016.

60 comments on “Qu’est-ce qui coupe des trous ronds dans les feuilles?

  1. Alain Tal

    Enfin une explication logique. En effet, la tolérance a bien meilleur goût. Et on en a besoin dans nos jardins.

  2. Votre commentaire: « la population des abeilles domestiques (Apis mellifera) qui est en déclin à travers le monde » n’est pas exact (du moins, au Canada). Selon Statistiques Canada, en 2014 (dernières données), il y avait environ 700,000 colonies au Canada, tandis qu’en 1924, on en comptait environ 300,000.

    Même s’il y a eu des hauts et des bas, la tendance a toujours été nettement vers la hausse.

    • Jean Montambeault

      Le déclin dont il est question est récent et bien réel. Une comparaison avec ce qui se passait il y a un siècle ne réveille rien des événements récents.

    • Lucie Corriveau

      Je me demande si la différente des chiffres vient de la provenance. La tendance serait mondiale, alors que vos chiffres sont locaux? De plus, les abeilles domestiques ne sont pas indigènes au Canada, alors il est bien possible qu’il y ait plus d’apiculteurs qu’en 1924?

    • Merci pour cette précision.

    • Line Gravel

      Bizarrement, depuis quelques années, je n’en vois plus. De même que des bourdons. J’en ai vu seulement un l’an passé, c’est vous dire à quel point les statistiques sont fausses.

  3. André Giroux

    Toujours hautement bien préparés et fort instructifs.vos articles. Une mine de renseignements tous plus utiles les uns que les autres. Merci d’être là !

  4. J’adore votre article! Il rejoint beaucoup ce que prône Dave Goulson, c’est à dire favoriser, voire même susciter la présence des insectes dans nos jardins. Les plantes que nous plantons devraient être beaucoup plus pour eux que pour nous. Nous leur offrons un frigidaire et durant ce temps, nos yeux se régalent!

  5. Merci, j’en apprends tellement en vous lisant. Bonne journée.

  6. Jeannette

    Quelle est la différence entre une abeille et une guêpe?

  7. Fabienne Hubert

    Et donc pas d’autres poinçonneur? Pardon aux escargots et chenilles que j’accusais… C’est une merveille vous lire alors que je n’ai qu’un minuscule jardin de ville à Bruxelles.

  8. Juliedanslejardin

    En lisant le titre, j’ai pensé un instant au film « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain »!
    Merci pour votre article, très instructif.

  9. Edith Smeesters

    invitons les insectes chez nous!

  10. Johanne

    Merci, j’en apprends tous les jours en vous lisant. Ravageurs et maladies, les deux sources de stress des jardiniers!

  11. Anonyme

    Voilà ce qui explique mes trous de poinçon dans mes feuilles de marronnier ! Et bien j’ai contribué à un nid douillet pour un bébé abeille c’est parfait. Merci pour toutes vos explications et je garde le 15 pas en tête 😉

  12. Line Bertrand

    Il y a environ 3 ans j’ai installé un hôtel près de mon potager. Je vais voir de temps en temps et je n’ai vraiment jamais vu d’abeilles. Mais des perces-oreilles ça oui. Quelques trous sont bouchés avec ce qui ressemble à de la ouate. À l’automne je l’enlève et le met dans mon hangar.
    Y a t’il un entretien à faire. Peut-être un prochain sujet de chronique.

  13. JACQUELINE DEVILLON

    BONJOUR,
    POURRIEZ-VOUS NOUS PARLER DES OTHIORYNQUES ? EUX AUSSI FONT DES TROUS AU BORD DES FEUILLES .
    AMICALEMENT

    • Un de ses jours, je le fais!

    • Anonyme

      Exactement…ils font le même genre de trous. Ils pondent dans le sol et sortent la nuit, de juin à septembre. Ils se cachent sous les pierres et feuilles mortes pendant la journée. Seule solution, les éliminer manuellement !

  14. Yolaine Caron

    20, 25 ou même 30 ans à vous lire et j’en apprends encore tellement avec vous! J’en ai vu une arrivée près de mon potager avec sa petite feuille et j’ai bloqué son trou 😢 Je craignais une guêpe de terre si près du sol. Maintenant j’accueillerai les prochaines avec bonheur et respect. Merci M. Hodgson!!🌱

  15. Je voudrais vous faire part d’une découverte qui date de l’été passé, et qui correspond peut-être aux habitudes de ce genre d’abeilles.
    En déroulant mon store de bambou est tombé un petit cylindre de la taille d’un crayon de cire. En l’examinant bien, il s’agissait d’un rouleau entièrement composé de feuilles d’arbres, soigneusement enroulées sur elles-mêmes, et fermé à chaque extrémité par un petit cylindre en feuille soigneusement découpée. Comme il était impossible de remettre l’objet en question à sa place, avec mes enfants, nous en avons profité pour nous déniaiser en faisant une petite pratique d’observation.
    En fait, il y a avait 3 ou 4 épaisseurs de ces petits bouchons de feuille à chaque extrémité. Nous nous attendions à trouver des larves à l’intérieur, mais non… Il y a avait du pollen! C’était comme un petit réservoir de pollen – plus exactement, un réservoir compartimenté, car à l’intérieur du cylindre était compartimenté par d’autres petites parois circulaires découpées dans dans feuillages. En tout, 4 réservoirs longs d’environ 1,5 cm.

    Je n’avais jamais vu ça, et à la façon dont étaient soigneusement découpés les petits ronds servant de fermeture à ce garde-manger, j’ai compris que cela correspondait exactement aux trous que j’observais chaque année dans les feuillages (surtout ceux de la clématite) de mon jardin.

    Après coup, j’ai regretté de ne pas être une adepte du téléphone, car je n’ai pas eu le réflexe de prendre des photos… et je le regrette vraiment 🙁

  16. Je ne connaissais pas cette « bestiole », plus utile que nuisible (j’ai dû en voir, sans savoir ce dont il s’agissait).
    Elles figurent peut être parmi les hôtes de mon hospitalier vieux pommier.
    En tout cas, je n’ai jamais observé ce genre de dégât pas vraiment important .
    Bel et intéressant article(comme d’habitude) !.

  17. ryndam1962

    merci j »adore tout ce que vous écrivez

  18. Corinne

    Bonjour, Il y a deux ans, j’ai vu une abeille qui mettait des petits morceaux de feuilles dans le tuyeau d’arrosage que je n’avais pas encore branché. Je me suis vraiment sentie imbécile, parce que je n’ai pas essayé de l’en empêcher (je croyais qu’elle se découragerait), puis j’ai oublié, et quand je me suis servie du tuyeau, la quantité de feuilles, herbes et pollen ont tout bouché le pistolet, sans parler du bébé abeille et tout ce travail patient et méthodique perdus !

  19. Marilyn

    J’en ai vu une découper mes feuilles de pois mange-tout cette année! Les feuilles du bas sont trouées mais sinon ils sont aussi haut que d’habitude.

  20. Veronique Riel

    Un cadeau à chaque lecture!
    Un vrai bonheur de vous lire!!!

  21. Anonyme

    Attention, il se peut aussi que ce soit des othiorinques.

  22. Anonyme

    Merci pour cet article, maintenant je sais qu’il y a un nid souterrain de ces abeilles chez moi.

  23. Bonjour! Très instructifs et à point comme article pour moi… j’avais remarqué ce travail d’artiste sur les feuilles de mon chèvrefeuille de mon jardins à papillons. Et qui boudait les autres plantes. Je fait une recherche internet aujourd’hui et tombe sur cet article que vous avez publié il y a quelques jours.
    Je suis bien heureuse d’apprendre que la plante n’en souffre pas car c’était mon inquétude… alors, venez petites megachilles, le jardins à papillons est pour tous les polinisateurs!!

  24. Bonjour, je remarquais depuis pas mal de jours le manège de 2 ou 3 abeilles qui arrivaient à tour de rôle droit sur une de mes jardinières en plein Paris, s’engouffrant sous les œillets de poètes au pied d’un abricotier qui prend de l’ampleur. Ne connaissant pas le mode de vie des abeilles sur le bout des doigts mais voyant quelques ruches posées sur un toit pas très loin j’avais la crainte qu’une colonie s’installe. Puis j’ai remarqué une chose verte comme accrochée à une abeille. Myope que je suis j’ai cru que c’était des sortes d’ailes. Je me demandais toujours ce qu’elles faisaient, j’ai soulevé les œillets, ne voyait rien de spécial. Alors ce soir je jette un œil sur internet et la première réponse est la votre, Merci car me voilà rassurée et instruite. J’habitais la proche banlieue où j’avais un jardin très habité et instructif mais je n’avais jamais eu à voir ces charmantes coupeuses de feuilles ni des trous dans les feuilles.Mais Paris offre ces surprises:). Du coup je vais suivre avec plaisir votre Blog.

  25. P. Joanis

    La spongieuse européenne fait des découpes similaires. Il y a plein de retailles sous mes chênes.

  26. Ping : Quand le charançon noir de la vigne s’invite au jardin – Jardinier paresseux

  27. Quand je vois quelques bouts de feuilles mangées, je me dis justement qu’un insecte avait faim. Sûrement un moins gros appétit que moi. Donc, il en reste suffisamment pour moi. Lol

  28. Il y en a une à l’oeuvre dans mon jardin et j’ai même pu la voir découper des confetti de fleurs de géranium Rozanne, ce qui est instructif et pas grave, il y a beaucoup de fleurs; mais ensuite j’ai introduit une éphémère qu’elle a tout de suite préférée (elle aime le violet semble-t-il). Là, il y a moins de fleurs en même temps et elle peut littéralement arracher presque tout le pétale et l’apparence en souffre (et moi aussi). Combien de temps ça dure? Est-ce qu’elle risque de s’installer à demeure? Je ne sais pas où est son nid.

    • Cela ne dure jamais très longtemps. Et l’insecte peut venir de loin; des kilomètres, parfois.

      • Francine

        Donc je prends mon mal en patience. Merci! Toujours agréable de vous lire chaque matin.

  29. Jean Denis Brisson

    Il y a un petit guide écrit il a des années et qui est toujours d’actualité sur les insectes pollinisateurs – Brisson, J. D., M. Lajoie, J. Allard & A. Jacob-Remacle. 1994. Les insectes pollinisateurs : des alliés à protéger. Les Éditions Versicolores, Collection Fleurs Plantes & Jardins, Collection No 3, 48 p. – https://www.agrireseau.net/agroenvironnement/documents/79851/les-insectes-pollinisateurs-des-allies-a-proteger-comment-mieux-les-reconnaitre-pour-mieux-les-proteger-52-mo.

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