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Basilics résistants aux maladies: l’aube d’une nouvelle ère

Oui, votre basilic peut à nouveau avoir une belle apparence tout l’été grâce à la résistance améliorée aux maladies des hybrides récents. Ici, la variété résistante Prospera® DMR. Photo: veseys.com

Votre basilic (le basilic commun ou romain, Ocimum basilicum, pour être précis) est-il mort l’été dernier, perdant des feuilles et des tiges et s’asséchant juste au moment où il était presque prêt à être récolté? C’est ce qui est arrivé à des millions de spécimens à travers le monde, victimes de deux maladies pernicieuses généralement mortelles (pour la plante, à tout le moins!) du basilic: la fusariose du basilic et le mildiou du basilic.

Beaucoup de jardiniers ont sûrement cru que ce fiasco était de leur faute: qu’ils ont trop arrosé ou pas assez, pas assez fertilisé, donné un traitement nuisible, etc., mais non. De nos jours, un basilic cultivé en plein air qui dépérit a presque toujours été tué par l’une ou l’autre ou les deux maladies… et il est désormais possible de les prévenir.

Histoire de fond

Les deux maladies semblaient être sorties de nulle part il y a quelques années déjà.

La fusariose du basilic (Fusarium oxysporum basilici ou FW) a gagné l’Europe puis l’Amérique et les autres continents entre 2004 et 2009, alors que le mildiou du basilic (Peronospora belbahrii ou DM) a commencé en Suisse en 2001, puis a gagné la France à partir de 2004 et l’Amérique le reste du monde entre 2008 et le milieu des années 2010. Elles sont courantes presque partout, surtout là où le climat est humide. On présume qu’elles existaient déjà sur une plante sauvage quelque part avant de faire le saut sur le basilic où elles ont trouvé un hôte approprié.

Notez que la plupart des autres espèces de basilic — basilic citron (O. × citriodorum), basilic américain (O. »), etc. — semblent être moyennement à très résistantes aux deux maladies. Moins un basilic ressemble, sent et goutte comme le basilic commun, moins il est sensible aux deux maladies.

3 photos de plants de basilic avec sections brunes est mortes de la fusariose.
Différents stades de la fusariose du basilic. Photo: Debbie Roos, Université d’État de Caroline du Nord

La fusariose du basilic se manifeste par des chancres brun foncé sur la tige qui finissent par l’encercler. Alors la tige fane et s’affaisse et le feuillage noircit. C’est un champignon surtout transmis par le sol et les semences. Il semble qu’elle soit la moins courante des deux maladies dans nos jardins actuellement, car de plus en plus semenciers fournissent maintenant des graines inspectées pour la présence de spores de la maladie. Par contre, si votre sol est contaminé (les spores peuvent survivre à des températures glaciales), elle peut continuer de se manifester année après année.

Basilic avec feuilles jaunes et marques noires suite au mildiou.
Basilic sérieusement endommagé par le mildiou du basilic. Photo: ces.ncsu.edu

Le mildiou du basilic n’est pas un champignon proprement dit, mais un organisme cryptogamique apparenté… et il n’est pas aussi facile à contrôler que la fusariose. Cette maladie est portée par l’eau éclaboussée sur les feuilles de basilic lors de la pluie ou des arrosages et elle est facilement transportée plusieurs kilomètres par le vent. Ses spores peuvent se rendre loin! À en juger par l’état des plantes de basilic en perdition que je vois dans les jardins communautaires locaux chaque été, cette maladie est extrêmement courante.

Feuille de basilic dont le revers est couvert de moisissure grise.
Dessous de feuille montrant la moisissure grise mousseuse typique du mildiou du basilic. Photo: Starr Environmental

Le premier symptôme du mildiou du basilic est un léger jaunissement des cotylédons des semis et des feuilles inférieures des plants plus matures. Ce jaunissement est concentré entre les nervures des feuilles. Plus tard, un duvet gris foncé paraît sous les feuilles qui jaunissent alors davantage, puis des plaques brunes (nécroses) paraissent sur les deux bords des feuilles. Par temps humide, la maladie gagne rapidement le reste de la plante, bien que les feuilles supérieures soient toujours moins touchées que les feuilles inférieures. Le collet et les racines demeurent sains.

Développement de cultivars résistants

3 plants de basilic vert en pots de simili-terre cuite.
‘Rutgers Devotion DMR’* est l’un des quatre nouveaux basilics résistants aux maladies développés par l’université Rutgers. Photo: Université Rutgers

*DMR: résistant au mildiou, de l’anglais «downy mildew resistant».

Des chercheurs ont consacré beaucoup d’efforts au développement de cultivars résistants aux deux maladies. 

Certaines variétés anciennes de basilic commun (O. basilicum) ont une très faible résistance naturelle qui a été renforcée par une hybridation minutieuse: croisement de plantes résistantes, puis sélection parmi les semis de ceux qui montrent la meilleure résistance. Puis on recommence des croisements suivants. Ainsi, de génération en génération (et chez le basilic cultivé en serre, il est possible de produire 3 générations par année), la résistance s’améliore. En moins de 10 ans d’efforts, il a été possible, dans les deux cas, de développer des variétés très résistantes. 

⚠️ Notez que les basilics améliorés ne sont pas des OGM (organismes génétiquement modifiés): il s’agit simplement du même processus ancestral de croisement et de sélection que les humains utilisent depuis la nuit des temps pour domestiquer et améliorer les cultures, mais cela est alors fait en accéléré.  

L’Université Rutgers du Nouveau-Brunswick, New Jersey (auteure de la série d’hybrides Rutgers) et l’Université Cornell d’Ithaca, New York (on leur doit la série Prospera@) ont été à l’avant-garde de ces nouveaux développements en Amérique. En Eurasie, les variétés résistantes ont surtout été développées en Israël. 

Tableau de comparaison de deux maladies du basilic

Voici quelques cultivars ayant au moins une certaine résistance connue aux deux maladies. 

Downy MildewFusarium Wilt
Adi F1VHR
Amazel™HRV
‘Eleonora’IRV
‘Elidia’VIR
‘Everleaf’IRIR
‘Everleaf Emerald Tower’IRIR
‘Gecofure’VHR
‘Newton’VIR
‘Nufar’VHR
‘Poppy Joe’s Basil’VIR
Prospera@ DMRHRIR
Prospera@ Compact DMRHRIR
Prospera@ Italian DMRHRIR
‘Rutgers Devotion DMR’HRHR
‘Rutgers Obsession DMR’HRHR
‘Rutgers Passion DMR’HRHR
‘Rutgers Thunderstruck DMR’HRHR
‘Sweet Aroma 2’ (‘Aroma II’)VIR
‘Sweet Aroma 4’ (‘Aroma IV’)VIR
‘Toscano’IRV

Si une variété ne paraît pas dans le tableau, elle est sans doute vulnérable aux deux maladies. C’est le cas des basilics classiques, comme ‘Grand Vert’ (‘Genovese’), ‘Feuille de laitue’, ‘Marseillais’, ‘Napolitano’, etc.  

Codes de résistance

Haute résistance (HR): variétés de plantes qui freinent fortement la croissance et/ou le développement de l’organisme nuisible sous une pression normale de l’organisme nuisible, en comparaison des variétés vulnérables. Ces variétés peuvent toutefois présenter certains symptômes ou dommages sous une pression intense de l’organisme nuisible.

Résistance intermédiaire (IR): variétés de plantes qui freinent la croissance et le développement de l’organisme nuisible, mais qui peuvent présenter un plus large éventail de symptômes ou de dommages en comparaison des variétés à haute résistance. Les variétés à résistance intermédiaire présenteront tout de même des symptômes ou des dommages moins graves que les variétés vulnérables si elles poussent dans des conditions environnementales et sous une pression de l’organisme nuisible similaires.

Vulnérable (V): incapacité d’une variété de plantes à freiner la croissance et/ou le développement d’un organisme nuisible.

Les codes de résistance sont basés sur les Codes de pathogènes de l’International Seed Federation.

Que faire?

Dans cette situation (2 maladies qui frappent simultanément une même plante), qu’est-ce les basilicophiles peuvent faire? Voici quelques suggestions:

1. Utilisez l’une des variétés de basilic commun résistantes aux maladies énumérées ci-dessus.

Pots de fines herbes diverses sur une tablette de supermarché.
De nos jours, il est préférable d’acheter des semences de basilic plutôt que des plantes. Photo: kiwicare.co.nz

2. Évitez d’acheter des plants de basilic offerts sur le marché s’il ne s’agit pas d’une variété reconnue comme résistante. Ces maladies se répandent à la vitesse d’un éclair en serre et il est presque impossible de correctement stériliser une serre de production contaminée. Il serait donc sage de présumer que les plants de basilics mis en vente sont tous déjà contaminés. D’ailleurs, quand vous savez quoi rechercher, vous trouverez des symptômes mineurs de mildiou, notamment, sur essentiellement tous les plants offerts en magasin. À la place, semez le basilic vous-même: la maladie se répand moins vite dans une maison où l’air est moins humide.

2. Achetez des semences d’un marchand fiable, car les deux maladies sont généralement transmises initialement par des semences contaminées. Certains marchands (RichtersJohnny’s Select Seed) traitent leurs semences à la vapeur chaude pour détruire les maladies.

3. Plantez le basilic au plein soleil en espaçant bien les plants. C’est que les spores s’installent plus efficacement sur des feuilles humides et toute condition qui fait assécher les feuilles plus rapidement (chaleur, bonne aération, etc.) réduira les risques d’infestation.

4. Arrosez vos basilics en humidifiant le sol, mais en évitant de mouiller le feuillage, car les deux maladies prolifèrent quand le feuillage est humide.

5. Détruisez toute plante infestée. Ne les placez pas au composteur, car il ne chauffe peut-être pas assez pour détruire les spores. Les feuilles encore saines des plantes infestées demeurent comestibles, par contre, et vous pouvez les consommer.

6. Faites toujours une rotation de 4 ou 5 ans au potager dans le cas de la fusariose, car les spores peuvent hiverner dans le sol où le basilic a été cultivé les années précédentes. Le mildiou du basilic, par contre, n’hiverne pas au jardin, au moins, pas dans un climat froid, mais plutôt en serre.

Basilic vert à port colonnaire cultivée dans un pot.
Basilic colonnaire ‘Everleaf Emerald Tower’cultivé en pot. Photo: sweetvalleyherbs.ca

7. Préférez la culture du basilic en pot plutôt qu’en pleine terre. En changeant de terreau tous les ans (la terre contaminée peut servir pour la culture de toute autre plante que le basilic) et en stérilisant bien le pot avant de l’utiliser de nouveau (un lavage à l’eau chaude suffira), les risques de propagation de la fusariose par un sol contaminé sont essentiellement éliminés.

8. Il est essentiellement inutile de traiter le basilic aux fongicides couramment disponibles aux jardiniers amateurs, qu’ils soient biologiques ou de synthèse, maison ou commerciaux. Ils se sont montrés peu efficaces pour contrer ou prévenir ces deux maladies.

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Oui, cultiver du basilic sain est plus compliqué qu’auparavant, mais si vous essayez des variétés résistantes aux maladies, vous pouvez quand même vous attendre à avoir un grand succès!

Journaliste et blogueur horticole, auteur de plus de 60 livres de jardinage, conférencier très en demande et jardinier passionné, le jardinier paresseux, Larry Hodgson, vit et jardine à Québec. Le blogue le jardinier paresseux offre plus de 2 000 billets aux amateurs de jardinage, toujours dans le but de démystifier le jardinage et le rendre plus facile aux participants. Si vous avez une question sur le jardinage, entrez-la dans Recherche: la réponse s’y trouve probablement déjà.

4 comments on “Basilics résistants aux maladies: l’aube d’une nouvelle ère

  1. Renée Gagnon

    Oh, je comprends ce qui se passe, maintenant, depuis 2-3 ans avec quelques-un des mes plants de basilic!

  2. Bonjour.

    Je vous remercie de cet article qui me permet de comprendre (à l’instar de l’auteur du précédent commentaire) pourquoi mes basilics dépérissent chaque année plus ou moins rapidement.

    L’année dernière, je me suis tourné pour la première fois vers un semis du cultivar présenté dans mon catalogue sous le nom d « Everleaf Genovese » et qui correspond (peut-être) à l’un des cultivars présentés dans votre tableau des cultivar résistants. J’ai obtenu un bon résultat.

    La semaine dernière, j’ai passé commande de graines d’un cultivar (avec une bonne anticipation, compte de l’expérience du déroulement de l’année 2020 … je me souviens de votre article sur les difficultés de se procurer des graines) identifié (toujours dans mon catalogue) sous le nom de « F1 Prospera » (sans autre précision), avec le commentaire « (…) résiste à l’oïdium et au fusarium (…) ». Je ne vois aucune précision concernant la résistance (éventuelle) au mildiou. Je me demande donc s’il peut s’agir du même cultivar que ceux que vous présentez dans votre tableau comme ayant une haute résistance au mildiou. Il est parfois difficile de « trouver son chemin » dans le choix proposé par les semenciers.

    De nouveau, merci de cet article passionnant.
    Cordialement.
    PS : je commande dans un catalogue Français et je jardine dans le sud de la France.

    • Oui, Prospera est la bonne variété. Il n’y a qu’une lignée portant ce nom. Je pense tout simplement que l’auteur du catalogue a confondu l’oïdium (blanc) et le mildiou, deux maladies différentes. Chez le basilic, c’est le mildiou qui est problématique.

  3. Bonjour, nous cultivons du Basilic depuis deux ans. Chaque fois, ils viennent infestés de pucerons. Existent-ils aussi des sortes qui n’attirent pas les insectes. Merci!

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