Nouvelles espèces nommées par les jardins de Kew en 2020

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Les chercheurs des jardins de Kew parcourent le monde à la recherche de nouvelles plantes. Ill.: vecteezy.com

Les chercheurs des vénérables jardins botaniques royaux de Kew, populairement appelés jardins de Kew, sont occupés à parcourir les forêts, les jungles, les montagnes, les garrigues et les déserts du monde entier à la recherche de nouvelles plantes. En 2020, ils ont publié, avec leurs partenaires, la découverte de 156 espèces végétales et fongiques de partout sur la planète.

En voici quelques-unes.

Un hibiscus superbement découpé découvert en ligne!

Hibiscus hareyae avec grandes fleurs découpées rouges.
Hibiscus hareyae. Photo: Iain Darbyshire/RBG Kew

Ce nouvel hibiscus aux pétales profondément laciniés, Hibiscus hareyae, a en fait été découvert en ligne par le spécialiste australien de l’hibiscus, Lex Thompson. Il étudiait des images en ligne de spécimens d’herbiers historiques lorsqu’il a reconnu qu’un arbuste de la végétation broussailleuse du sud de la Tanzanie était en fait mal identifié. Ce n’était pas l’hibiscus frangé (H. schizopetalus) bien connu et couramment trouvé dans les jardins botaniques du monde entier. Il avait plusieurs caractéristiques physiques très différentes: fleurs moins allongées, feuilles caduques et de forme plus larges, anthères plus nombreuses et un port plus rigidement dressé. Avec une meilleure tolérance aux conditions de sécheresse (il pousse naturellement en milieu semi-aride), il possède également un grand potentiel horticole.

La plante a été nommée en l’honneur du Dr Hareya Fassil qui travaille sur les médicaments traditionnels à base de plantes en Afrique.

L’orchidée la plus laide du monde

Fleur brune et insignifiante de Gastrodia agnicellus
Gastrodia agnicellus: l’orchidée dite la plus laide du monde. Photo: Rick Burian/RBG Kew

Cette petite orchidée, Gastrodia agnicellus, aux fleurs tellement laides, a été trouvée poussant au sol de la forêt à Madagascar. Elle n’a pas besoin de plaire aux insectes avec des fleurs attrayantes, car on croît qu’elle s’autopollinise. Curieuse orchidée terrestre, elle est saprophyte, vivant de champignons dont elle tire toute sa nutrition. En effet, elle n’a pas de feuilles ni aucun autre tissu photosynthétique. Les fleurs sont petites (11 mm) et sont d’un marron très ennuyeux: elles ne correspondent guère à notre image d’une fleur d’orchidée! Après la pollinisation, les tiges deviennent plus hautes, élevant les fruits bien au-dessus du sol forestier pour assurer une meilleure distribution des graines de la taille de poussières.

Une broméliacée de falaise

Acanthostachys calcicola, fleurs rouges
Acanthostachys calcicola. Photo: Gabriel Mendes Marcusso/RBG Kew

Une nouvelle espèce a été ajoutée aux Broméliacées, soit la famille de l’ananas: Acanthostachys calcicola, trouvée poussant sur des falaises calcaires au centre du Brésil par les botanistes brésiliens Pablo Hendrigo Alves de Melo et Gabriel Mendes Marcusso et le scientifique de Kew Alex Munro. Seuls 25 spécimens ont été découverts et ils sont menacés par l’extraction commerciale de calcaire pour la production de ciment. Avec ses bractées qui rougissent intensément lors de la floraison, on pense que cette espèce est pollinisée par un colibri.

Dites allo aux nouveaux aloès

Plante d'Aloès rakotonasoloi, fleurs tubulaires rouges.
Aloe rakotonasoloi. Photo: RBG Kew

Une équipe de botanistes de Kew, dirigée par Solofo Rakotoarisoa, a découvert deux nouvelles espèces d’aloès, Aloe rakotonasoloi et A. vatovavensis, à Madagascar. Comme ils n’étaient pas en fleurs au moment de la découverte, ils ont été cultivés dans la capitale du pays, Antananarivo, jusqu’à ce qu’ils fleurissent, ce qui a permis de confirmer qu’il s’agissait bien de nouvelles espèces. Curieusement, alors que les aloès poussent généralement dans des zones ensoleillées et ouvertes, les deux espèces sont forestières.

Un nouvel arbuste rejoint les Éricacées

Diplycosia puradyatmikai, nouvelle croissance poilue et orangée
Diplycosia puradyatmikai. Photo: Wendy Mustaqim/RBG Kew

Ce nouvel arbuste terrestre aux tiges couvertes de soies brun doré, aux feuilles coriaces arrondies, aux fleurs campanulées roses à rouges et aux baies rouges qui deviennent noires, Diplycosia puradyatmikai, a été découvert dans une forêt de montagne rabougrie près du sommet de la plus haute montagne indonésienne de Nouvelle-Guinée, Mont Jaya, par un groupe de scientifiques d’Indonésie et de Kew dirigés par Wendy A. Mustaqim. L’arbuste de 1,5 m appartient à la famille des Éricacées, celle du rhododendron. Il est particulièrement proche parent de la gaulthérie, aussi appelée thé des bois (Gaultheria spp.).

Une plante rare au potentiel médicinal

Marsdenia chirindensis, grappe de petites fleurs verdâtres à rayures brunes.
Marsdenia chirindensis. Photo: Bart Wursten/RBG Kew

Le scientifique de Kew, David Goyder, a découvert ce nouveau marsdenia (Marsdenia chirindensis) dans la forêt de Chirinda au Zimbabwe, à la frontière avec le Mozambique. On sait qu’il n’existe qu’une ou deux plantes de la nouvelle espèce. Apparenté au populaire stephanotis ou jasmin de Madagascar (anciennement appelée Stephanotis floribunda, mais maintenant Marsdenia floribunda), la nouvelle espèce est l’une des 150 espèces d’un genre largement connu pour ses plantes à valeur médicinale, utilisées notamment dans le traitement de problèmes de santé tels que les flatulences, la gonorrhée, la paralysie, les brûlures et les infections cutanées fongiques. L’efficacité médicinale de cette nouvelle espèce n’a pas encore été testée, mais est potentiellement importante.

De nouvelles orchidées de Nouvelle-Guinée

Dendrobium aurifex avec fleurs orange
Dendrobium aurifex en fleurs à Kew. Photo: Bala Kompalli/RBG Kew

Avec l’aide de ses partenaires Reza Saputra en Indonésie et Jaap Vermeulen aux Pays-Bas, le spécialiste des orchidées de Kew, André Schuiteman, a nommé cette année 19 nouvelles espèces d’orchidées épiphytes de Nouvelle-Guinée, dont Dendrobium aurifex, aux fleurs jaune orangé, qui fleurit avec succès dans les serres de Kew. Toutes ces orchidées sont extrêmement rares et certaines ont en fait été décrites à partir d’un seul spécimen préservé recueilli il y a des années. Il est donc possible que certaines aient déjà disparu. Cela n’est guère surprenant, car 2 plantes sur 5 dans le monde sont actuellement menacées d’extinction.

Un arbuste du désert de sel

Arbuste de Tiganophyton karasense
Tiganophyton karasense. Photo: W. Swanepoel

Un arbuste très étrange, aux feuilles écailleuses bizarres, ne ressemblant à aucune autre plante sur terre, a été découvert dans la région de Karas dans le sud de la Namibie par Wessel Swanepoel en 2010, mais est resté sans nom, car personne ne pouvait le placer dans un genre connu. Eh bien, en vérifiant son ADN, l’expert moléculaire de Kew, Felix Forest, a découvert qu’il appartenait à l’ordre des Brassicales, mais à aucune famille ou genre existant. Il a donc fallu lui créer sa propre famille et son propre genre. Ainsi, Tiganophyton karasense n’est pas seulement une nouvelle espèce, mais appartient à une nouvelle famille monogénérique (une famille composée d’un seul genre), les Tiganophytacées, et à un nouveau genre monospécifique (un genre composé d’une seule espèce), Tiganophyton. Cette situation est presque unique, car, même si quelque 2 000 nouvelles espèces de plantes sont décrites botaniquement chaque année, la création d’une nouvelle famille est rarissime.

La plante pousse dans un désert de sel parfaitement plat et extrêmement chaud, d’où son nom Tiganophyton, dérivé du mot grec «tigani» (poêle à frire) et «phyton» (plante). La région est la plus chaude de toute la Namibie, avec une température diurne moyenne de 36 °C en janvier et février (une poêle à frire naturelle, quoi!). De plus, elle ne reçoit que 10 à 15 cm de pluie par an.

Une ipomée comestible… et attrayante!

Yura, branches arbustives, trompettes rose bonbon
Yura (Ipomoea noemana). Photo: Enoc Jara/RBG Kew

La patate douce (Ipomoea batatas) a peut-être de la concurrence, car sa cousine fraîchement baptisée, I. noemana, produit elle aussi de délicieux tubercules. 

Curieusement, cette «nouvelle» espèce n’est pas vraiment nouvelle, du moins, pour les habitants des Andes péruviens, qui la récoltent depuis des générations, mais était restée inaperçue des botanistes jusqu’à récemment. Les Péruviens du secteur l’appellent «yura» et disent qu’elle est délicieuse. Ses tubercules violets sucrés de 10 cm poussent en haute altitude parmi les cactus. Ils n’ont pas encore été évalués pour leur valeur nutritionnelle et leur potentiel agricole, mais la plante est certainement jolie, avec de belles trompettes rose bonbon.

La plante a été nommée en l’honneur de la philanthrope péruvienne Noema Cano par une équipe de chercheurs de Péru et de Kew dirigée par Enoc Jara, de l’Université nationale de San Marcos à Lima.

Un champignon aéroportuaire

Champignon de l’aéroport d’Heathrow, chapeau brun bombé, pied blanc crème.
Champignon de l’aéroport d’Heathrow (Cortinarius heatherae). Photo: Andy Overall/RBG Kew

Eh bien, les chercheurs de Kew n’ont pas eu à chercher celui-ci bien loin! Le champignon de l’aéroport d’Heathrow (Cortinarius heatherae) a été trouvé sur le terrain de l’aéroport d’Heathrow, situé à peine à 12 km du Jardin, par le mycologue de terrain Andy Overall. Il l’a nommé pour sa femme Heather. C’est un champignon mycorhizien bénéfique qui joue un rôle clé dans le cycle du carbone des terres boisées et qui fournit de l’azote aux arbres tels que les chênes, les pins, les bouleaux et les hêtres. Avec un chapeau brun tout simple et un pied blanc crème, il peut difficilement être distingué des champignons similaires sans une recherche en laboratoire.

Informations adaptées d’un article du Dr Martin Cheek, publié sur le site Web des jardins de Kew

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