Rempotage

Pourquoi démarrer les jeunes plantes d’intérieur dans de petits pots?

Traditionnellement, les jardiniers démarrent les jeunes plantes dans de petits pots, puis les plantent progressivement dans des pots de plus en plus grands. Mais pourquoi? Photo: terracottaworld.co.uk

Question: Je jardine depuis des années et j’ai toujours suivi le conseil de planter mes petites plantes d’intérieur dans un petit pot, puis de les rempoter dans des pots de plus en plus grands au fur et à mesure de leur croissance. Cependant, je ne comprends pas vraiment pourquoi. Qu’y a-t-il de mal à placer une jeune plante — disons une bouture récemment enracinée — directement dans le pot de la taille dont elle aura besoin en tant que plante adulte? D’accord, cela aura l’air un peu fou, mais nous pourrions ainsi nous épargner beaucoup d’efforts, non? 

Et aussi, les plantes poussant à l’état sauvage poussent dans une quantité de terre presque illimitée.

Coco

Réponse: C’est assez difficile à expliquer, mais j’essaierai.

En général, le problème est que trop d’humidité a tendance à s’accumuler dans le terreau qui remplit un grand pot lorsqu’il y a peu de racines pour l’absorber. Il y a alors des racines dans la partie centrale du pot, mais peu ou pas de racines dans le terreau environnant. Et les racines absorbent beaucoup d’eau. Ainsi, la partie centrale du pot sèche rapidement et aura besoin de plus d’eau; sinon, la plante se flétrira. Mais le terreau environnant reste très humide.

Il est vrai qu’il y aura une certaine évaporation de l’eau à partir du terreau au sommet du pot et même un peu par les côtés si le pot en est un qui «respire», comme un pot en terre cuite. Mais même ainsi, sans racines pour aider à le vider, le gros du «terreau environnant» ne se desséchera pas efficacement et des zones de terreau constamment humide auront tendance à se former.

Petite plante dans un grand pot avec peu de racines; des microbes méchants se développent tout autour.
Les microbes responsables de la pourriture se développent dans les conditions anaérobies d’un pot trop grand pour la plante. Ill.: kissclipart.com & lovepik

Dans de telles zones inondées, il y a peu d’espace pour l’air et donc des conditions anaérobies se forment, c’est-à-dire des conditions où il n’y a pas d’oxygène. Cela conduit au développement de microbes qui tolèrent les conditions d’anaérobies, notamment des bactéries et des champignons. Le terreau développera même une odeur fétide en raison de leur action. Ces microbes se trouvent à peu près partout dans l’environnement, donc on ne peut pas les empêcher d’atteindre la plante, mais ne se développeront que dans des conditions de grande humidité et de manque d’oxygène.

Et, tristement pour nous, beaucoup de ces microbes sont les mêmes qui causent la pourriture chez les plantes.

Commencez petit

En démarrant une plante, comme une bouture enracinée ou un semis, dans un petit pot, vous vous assurez que les racines peupleront toute la masse du terreau assez rapidement et la draineront de tout excès d’humidité. Chaque fois que vous arrosez bien, les espaces entre les particules de terreau se rempliront d’eau, chassant l’air vicié, mais ensuite les racines absorbent l’excès d’eau et les espaces se rempliront à nouveau d’air frais, riche en oxygène. Ainsi, le terreau agit un peu comme un poumon: l’air vicié et pauvre en oxygène est d’abord expulsé, puis, quand le terreau commence à s’assécher, l’air frais riche en oxygène revient. Et les racines ont besoin d’oxygène. Cela se répète chaque fois que vous arrosez.

Plante enlevé d'un petit pot et prête pour un pot gros grand.
Lorsque le pot se remplit de racines, déplacez la plante dans un récipient plus grand. Photo: indoorgardening.com

Mais les racines ont aussi besoin d’humidité. Si la plante reste trop longtemps dans un petit pot, ses racines rempliront tout l’espace disponible et absorberont rapidement l’eau appliquée. Bientôt, la plante manquera d’eau et commencera à se flétrir. Vous devez donc arroser de plus en plus fréquemment à mesure que la plante grandit dans son petit pot et cela devient trop exigeant. Il est alors temps de la rempoter dans un pot plus grand, ce qui donne aux racines plus de place pour pousser et ralentit la vitesse à laquelle la plante se flétrit.

Lorsque vous rempotez la plante dans un récipient d’une taille ou deux plus grande, de nouvelles racines poussent rapidement dans le terreau fraîchement ajouté, empêchant la formation de conditions anaérobies et garantissant que les racines recevront l’oxygène dont elles ont besoin. Pourtant, la plante peut également obtenir l’eau dont elle a besoin et ses racines ont de l’espace pour se développer selon sa vitesse de croissance.

Ainsi, à mesure que la plante pousse et a besoin de plus d’espace pour ses racines, vous rempotez dans des pots de plus en plus grands sans risquer de provoquer de la pourriture.

Vous constaterez peut-être qu’une bouture ou un semis a souvent besoin d’être rempoté dans un récipient plus grand deux ou même trois fois au cours de sa première année de vie. Après cela, les choses ralentissent généralement et un rempotage tous les deux ans peut suffire. Les plantes à maturité n’auront pas du tout besoin de pots plus grands, mais vous devrez peut-être les rempoter dans un pot de la même taille afin de changer leur terreau, car il peut devenir contaminé par un excès de minéraux avec le temps.

Fait intéressant, cette méthode, soit de rempoter graduellement dans des pots de plus en plus grands, fonctionne pour à peu près toutes les plantes, des fougères qui aiment l’humidité aux cactus tolérants à l’aridité et pour les pots de tout type (plastique, terre cuite, céramique, etc.).

La vraie situation des plantes sauvages

Cela explique, je l’espère, pourquoi on rempote progressivement dans des pots de plus en plus grands au fil du temps. Mais comment les plantes sauvages peuvent-elles s’adapter à toute cette terre qui les entoure?

Jungle avec sol couvert de végétation.
Dans la nature, de nombreuses plantes germent, mais seules quelques-unes atteignent la maturité. Photo: Cattarauagus. Wikimedia Commons

En fait, la plupart ne le font pas! Dans la nature, du moins dans la plupart des conditions, beaucoup plus de plantes germent que ne survivent réellement jusqu’à l’âge adulte. La plupart meurent et seules les plus fortes survivent. Si le terreau reste humide trop longtemps — disons qu’il pleut sans arrêt pendant des jours —, l’eau commencera à s’accumuler et les plus petites plantes, en particulier, commenceront à pourrir. Ceci est exacerbé dans les terres argileuses, dont les minuscules particules non seulement se remplissent rapidement d’eau, mais ne permettent pas non plus un drainage facile. Dans les terres sablonneuses, où le drainage est excellent, mais qui ne retiennent pas l’eau de pluie, ce seront les jours sans pluie qui tueront les plantes.

(Il y a d’autres concurrences aussi, notamment pour la lumière et pour les minéraux, mais restons avec l’humidité du sol pour compléter notre sujet.)

Finalement, une sorte d’équilibre se crée, où il y a juste assez de plantes pour que la terre reste un peu humide entre les pluies. Une situation environ équivalente à ce qui se passe en pot. Comme la pluie est variable, il y a des changements subtils à nos yeux, mais constants: certaines plantes germent et meurent jeunes; d’autres prospèrent et continuent de croître quelque temps, puis une minorité arrive à maturité. 

Si un gros arbre tombe, par exemple, de nombreuses plantes plus petites germeront pour prendre sa place, mais il sera probablement remplacé, après plusieurs décennies, par un seul grand arbre. Les plantes sauvages luttent constamment pour survivre.

Le terreau à utiliser en pot

Un bon drainage est également essentiel pour la culture en pot. C’est pourquoi les mélanges d’empotage sont composés de particules assez grosses, assurant une bonne circulation de l’air et permettant à l’excès d’eau de s’écouler rapidement. Habituellement, de la perlite et de la vermiculite sont ajoutées pour éviter que le terreau ne se compacte lorsque les particules organiques (tourbe, fibre de coco, écorce, etc.) se décomposent, ce qu’elles font lentement, mais inévitablement.

C’est l’une des raisons pour lesquelles vous obtenez rarement de bons résultats si vous mettez en pot de la terre prise directement dans le jardin. Peu de terres de jardin se drainent aussi parfaitement que les terreaux d’empotage de qualité.

La couche de drainage est non seulement inutile, mais même nuisible. Ill.: ucanr.edu

C’est aussi la raison pour laquelle vous ne devez jamais mettre de «couche de drainage» de gravier ou de tessons au fond d’un pot. Cela enlève simplement l’espace dont les racines des plantes auront besoin pour leur croissance et laisse souvent leurs racines trempées dans un terreau anaérobie, d’où un risque accru de pourriture. De plus, cette couche, malgré son nom, n’améliore nullement le drainage.

Testez avant d’arroser

Bien sûr, les plantes d’intérieur ne peuvent pas compter sur la pluie pour les garder humides: elles ont besoin de votre aide. Et la meilleure façon d’arroser correctement est de tester le terreau avant d’arroser. Enfoncez-y votre index. S’il est sec au toucher, arrosez abondamment; sinon, ne le faites pas.

C’est si simple!

Journaliste et blogueur horticole, auteur de plus de 60 livres de jardinage, conférencier très en demande et jardinier passionné, le jardinier paresseux, Larry Hodgson, vit et jardine à Québec. Le blogue le jardinier paresseux offre plus de 2 000 billets aux amateurs de jardinage, toujours dans le but de démystifier le jardinage et le rendre plus facile aux participants. Si vous avez une question sur le jardinage, entrez-la dans Recherche: la réponse s’y trouve probablement déjà.

11 comments on “Pourquoi démarrer les jeunes plantes d’intérieur dans de petits pots?

  1. Bonjour,
    premières fois que je lis une explication sur ce sujet, très intéressant, merci !

    • Merci pour les explications. si vous me permettez un petit rajout concernant les pots, la racine en se développant, explore son espace, quand elle touche le pot, elle se met à tourner, et ce fait n’occupe que la partie externe du pot. Essayez les pots en geotextile genre smartpots. là, la racine , en touchant le tissu, essaie de le penetrer, un coup traversé, le bout seche, ce qui stimule la sortie de radicelles tout le long de la racine. On se retrouve avec un systeme racine beaucoup mieux développé à la grandeur du pot, et qui va beaucoup mieux respirer que dans un pot de plastique. essayez le pour voir 🙂

      • Très vrai. Mais le coût demeure un problème. Personnellement, j’utilise encore surtout des pots recyclés. Je réserve les smartpots pour les plantes où je cherche un rendement maximal, comme les légumes et les fines herbes.

  2. MarieJosée

    J’ai toujours lu que la couche de drainage était nécessaire au fond du pot. Surprise du contraire. Mais pas fou!

    • En fait, ça fait au moins 40 ans que la couche de drainage est déconseillée, mais on dirait que l’information ne passe pas!

      • Sylvie Doucet

        Oui mais si le pot est sans trou ?? Je pensais qu’on pouvait prendre un ‘ beau pot ‘ style cache pot et mettre roches au fond pour éviter à ce moment que racines est trop d’eau ?

      • Cette fausse information tue probablement plus de plantes d’intérieur que toute autre. Si l’eau finit dans la « couche de drainage » d’un pot sans trou, elle va tout simplement remonter dans le terreau par capillarité et tuer la plante.

  3. Votre explication est vraiment bien documentée.

    J’ai déjà entendu que si on plante une bouture ou une petite plante dans un pot trop grand, cette dernière aura tendance à développer des racines au détriment des tiges et des feuilles. Est-ce exact d’après vous?

    • Normalement, il ne devrait avoir un lien très évident entre un espace spécialement grand pour les racines et le développement des parties vertes, mais dans le vaste monde végétal, il y a peut-être des cas d’exception.

  4. Bonjour, dans un article qui vient de sortir, le terrible Garden Myths dit précisément le contraire : selon « la science », un grand pot tout de suite est préférable. Damned !!!
    https://www.gardenmyths.com/potting-up-correct-pot-size/

    • Oui, j’ai déjà lu ses explications, mais il n’adresse pas exactement le même sujet. Il fait quelques mentions des plantes d’intérieur (discutables, quant à moi), mais, si vous lisez attentivement, vous verrez que son sujet est essentiellement le démarrage de semis de légumes pour la culture éventuelle en plein air, où les plantes sont des annuelles (ou des vivaces tropicales à croissance très active), poussent très rapidement et sont, de toute façon, vite placées en plein air où les conditions font que le terreau s’assèche très rapidement et que le cœur de la bataille est de ne pas laisser les plantes s’assécher. Souvent, il faut arroser les légumes dans un petit pot plusieurs fois par semaine, sinon tous les jours! Donc, un pot de plus grande taille est utile pour prévenir cet assèchement.
      Pour les plantes d’intérieur (pour la plupart des plantes tropicales de longue vie et à croissance lente) manquant constamment de lumière (leur problème principal), la croissance déjà naturellement lente est sérieusement retardée, leur utilisation d’eau aussi et le risque de dommages aux racines dus à un milieu trop humide est très grand. Le terreau dans un grand pot où il y a peu de racines tend à rester très humide, causant des problèmes. Évidemment, un jardinier très attentif pourrait réussir, mais je sais pertinemment que la plupart des «jardiniers d’intérieur» arrosent trop… alors un petit pot donne une meilleure chance aux plantes.

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