Maladies des plantes Noël Plantes d'intérieur

La maladie qui embellit les poinsettias!

À l’origine, le poinsettia fut un grand arbuste peut fourni: on peut difficilement imaginer l’utiliser comme potée fleurie de Noël.

Le poinsettia (Euphorbia pulcherrima) n’a pas toujours été la plante compacte que nous connaissons aujourd’hui. Il est en fait un grand arbuste de 4 m et plus de hauteur et de diamètre, bien trop gros pour entrer dans nos maisons. Ainsi, pendant longtemps, on l’utilisait surtout dans les jardins tropicaux, pas comme plante de maison. Les seuls poinsettias vendus à Noël étaient sous forme de fleurs coupées!

En 1923, cependant, chez un producteur de fleurs coupées de Californie, Ecke Nursery, on a remarqué un poinsettia court et compact, d’à peine 75 cm à maturité. À la différence d’un poinsettia normal, qui produisait de longs entrenoeuds et donc un effet peu feuillu, le nouveau poinsettia — dit «à ramification libre» — produisait des ramifications abondantes et rapprochées, formant ainsi une plante dense et compacte. 

Feuille atteinte de la mosaïque du poinsettia
Feuille montrant les symptômes de la mosaïque du poinsettia (PnMV). Photo: Plant Management Network

Par contre, malgré sa belle forme, le nouveau poinsettia manquait de vigueur et présentait, lorsque moindrement stressé, un feuillage irrégulièrement maculé de jaune, un effet très peu intéressant. De plus, d’autres poinsettias dans la même serre ont commencé à produire des feuilles avec les mêmes symptômes. On a vite présumé que la «ramification libre» était en fait une maladie associée avec la marbrure du feuillage. En effet, des études ont démontré que la marbrure était causée par un virus, qu’on nomma la mosaïque du poinsettia (PnMV). Donc, le poinsettia compact ne semblait plus une bonne chose, mais plutôt un désastre pour l’industrie bourgeonnante du poinsettia. On recommandait de détruire à vue les poinsettias compacts pour que la maladie ne s’étende pas à d’autres poinsettias. 

L’expérience qui a tout changé

Cependant des scientifiques de l’époque expérimentaient avec des contrôles contre différentes mosaïques chez les végétaux et avaient découvert qu’un traitement à la chaleur pouvait détruire le virus. En traitant des poinsettias virosés, on a donc réussi à les débarrasser de la mosaïque et le feuillage était redevenu d’un beau vert, sans marbrure. Mais au grand étonnement des scientifiques, les plantes sont restées compactes et bien ramifiées. Qu’est-ce qui s’était passé, attendu que des études ont démontré que ces poinsettias, pourtant à ramification libre, ne portaient plus le virus? Mystère et boule de gomme!

Poinsettias sans feuilles:  à longues branches (gauche) et court et ramifié (droite).

Puis vint une autre constatation. Quand on greffait un poinsettia normal (un grand poinsettia) sur un poinsettia à ramification libre, le premier se mettait aussi à produire de nombreuses ramifications et à rester compact. Sans trop savoir pourquoi cela arrivait, les producteurs de poinsettias ont commencé à convertir leurs grands poinsettias en petits poinsettias pour le marché de la potée fleurie. L’industrie du poinsettia empoté était née!

Types de ramification chez le poinsettia normal (gauche) et poinsettia à ramification libre (droite). Photo Mike Klopmeyer, Ball FloraPlant

Pendant presque 75 ans, le poinsettia «nain» fait du progrès dans le domaine des plantes de Noël, devenant éventuellement la plante de Noël la plus vendue au monde… sans toujours que l’on comprenne ce qui s’était passé.

Ce n’est qu’en 1996 qu’on a découvert le pot aux roses. D’autres études ont démontré que tous ces poinsettias — maintenant, des dizaines de millions de plantes! — étaient toujours infestés d’une maladie… mais pas d’un virus.

Une infection nanifiante

Poinsettia rouge en pot sur un comptoir
Les poinsettias denses et compacts que nous connaissons tous sont infestés d’un phytoplasme. Photo: gpnmag.com

Aujourd’hui, on sait que ce qui rend les poinsettias plus ramifiés est un phytoplasme, un organisme assez semblable à une bactérie qui vit dans les tissus des plantes infestées.

À l’origine, il avait été transféré de poinsettia en poinsettia en même temps que le virus de la mosaïque, probablement par des insectes comme les pucerons, mais il est resté dans la plante même quand le virus avait été détruit. Du point de vue d’un poinsettia sauvage, ce phytoplasme serait un désastre, car la plante resterait petite et dense et serait vite dominée par les végétaux environnants, créant tellement d’ombre que le petit malade risquerait la mort. 

Pour les producteurs de poinsettias, cependant, ce phytoplasme est une bénédiction: il donne des plantes basses et compactes, mais autrement aussi vigoureuses qu’un poinsettia sans phytoplasme, des plantes facilement acceptées par le public comme plantes de Noël. De plus, on pouvait transmettre ce phytoplasme à tout autre poinsettia par greffage. On l’appelle le phytoplasme PBIP, un nom qui vient de l’anglais «Poinsettia Branch-Inducing Phytoplasm».

Le phytoplasme semble d’ailleurs spécifique au poinsettia: il n’y a pas de risque aux végétaux cultivés à proximté.

Aujourd’hui, tous les poinsettias couramment vendus en pot sont infestés de ce phytoplasme. C’est le premier phytoplasme connu qui a des effets économiquement avantageux.

Une belle maladie

Poinsettia rouge en pot
Ce poinsettia est malade… et tant mieux! Photo: kdhlradio.com

Quand vous contemplez votre magnifique poinsettia, dense et fourni comme on les aime, il est curieux de penser qu’en fait il est malade. Mais ce phytoplasme est une maladie essentiellement bénigne et ne cause pas de tort à la plante autre que de la laisser bien ramifiée. Heureuse maladie!

N.D.L.R. Billet originalement publié le 6 décembre 2015 

Journaliste et blogueur horticole, auteur de plus de 60 livres de jardinage, conférencier très en demande et jardinier passionné, le jardinier paresseux, Larry Hodgson, vit et jardine à Québec. Le blogue le jardinier paresseux offre plus de 2 000 billets aux amateurs de jardinage, toujours dans le but de démystifier le jardinage et le rendre plus facile aux participants. Si vous avez une question sur le jardinage, entrez-la dans Recherche: la réponse s’y trouve probablement déjà.

8 comments on “La maladie qui embellit les poinsettias!

  1. Je resterai toujours surprise des mystères de la nature! Merci du partage!

  2. Bruno Parent

    Le kaki peut-il survivre en Estrie

    • Le vrai (Diospyros kaki), une espèce japonaise, , non, mais il exist une espèce américaine, Diospyros virginiana, appelé plaqueminier de Virginie, qui devrait être assez rustique.

  3. Waow! Vraiment très intéressant! Ce qui amène à la multiplication des poinsettias… Les jolis et nouveaux poinsettias (rose, pêche, vert lime…) sont-ils faciles à multiplier par boutures ?

    PS : S’ils gardaient leur belle couleur, ils seraient bien beaux dans nos jardins pendant l’été …

    • Oui, on peut les bouturer, mais, comme ils ne fleurissent que sous les jours courts et que les jours sont longs l’été, il n’y aura pas de floraison à cette saison: que du feuillage!

  4. Merci pour le partage. D’ailleurs je ne vous ai pas remercié pour votre réponse j’ai bien taillé ma plante comme vous me l’aviez conseillé elle a déjà commencé à faire plein de feuille. Merci beaucoup. Vous me conseillez de pincer les pousses pour qu’elle soit plus fournie? Merci a vous encore vous êtes super

    • Vous pouvez pincer encore, mais pas plus tard que la fin de juillet ou début d’août: à partir de cette date, il faut donc à la plante du temps pour préparer la floraison.

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