Le jardin des plantes toxiques de Montréal: pas si sinistre

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Le Jardin des plantes toxiques dominé par un sumac à vernis (Toxicodendron vernix) décoré de ses meilleures couleurs de l’Halloween. Photo: Jardin botanique de Montréal (Robert Mineau) & pngitem.com

En ce jour de l’Halloween, voici un jardin avec un thème qui peut paraître un peu macabre: le Jardin des plantes toxiques du Jardin botanique de Montréal, un endroit où vous pourriez logiquement vous attendre à trouver à cette saison des goules, des sorcières et des mécréants de toutes sortes. Mais en fait, ce petit coin du vaste Jardin botanique de Montréal, l’un des plus grands jardins botaniques du monde, avec plus de 21 000 espèces, est plutôt… tranquille et sympathique. 

Plan du Jardin botanique de Montréal
Plan du Jardin botanique de Montréal montrant l’emplacement du petit Jardin des plantes toxiques. Jardin botanique de Montréal

Le Jardin des plantes toxiques, lancé en 1940 sous la direction de Henry Teuscher, le premier conservateur du Jardin botanique, est plutôt bien dissimulé, dans un petit carré voisin du jardin des plantes médicinales… un choix logique, car tant de plantes vénéneuses sont utilisées à des fins médicinales (pensez à la digitale pourpre [Digitalis purpurea], source du médicament pour le cœur digitaline, et au pavot à opium [Papaver somniferum], dont on dérive la morphine).

Il y a des pancartes vous avertissant que les plantes sont toxiques. Il ne faut pas y goûter ou toucher et certaines produisent même du pollen allergène, donc il ne faut même pas sentir les fleurs. C’est assez pour donner la chair de poule!

L’objectif du Jardin des plantes toxiques est avant tout de présenter aux visiteurs un échantillon d’espèces indigènes, naturalisées ou cultivées que le visiteur est susceptible de rencontrer dans un jardin ou en milieu naturel.

Il y a une quarantaine de plantes vénéneuses dans le jardin, dont l’herbe à la puce (Toxicodendron radicans), la cicutaire maculée (Cicuta maculata) et le sumac à vernis (Toxicodendron vernix). Certaines présentent une valeur historique… et morbide. Par exemple, condamné à mort par ses compatriotes en 399 avant notre ère, le philosophe grec Socrate a été obligé de se suicider en consommant une boisson de ciguë (Conium maculatum).

Ricin (Ricinus communis à feuilles pourpres
Le ricin (Ricinus communis) est à la fois une annuelle ornementale, une plante médicinale (on en fait l’huile de ricin) et une plante très toxique. Photo: Jardin botanique de Montréal (Michel Tremblay)

D’autres incidents ont fait les manchettes plus récemment. Il y a à peine quelques semaines (septembre 2020), une Québécoise mentalement instable a envoyé une lettre contaminée à la poudre de ricin (Ricinus communis) à la Maison-Blanche pour tenter d’assassiner le président américain Donald Trump.

Une belle visite

Herbe à la puce (Toxicodendron radicans) aux feuilles orange
Herbe à la puce (Toxicodendron radicans) dans ses plus belles couleurs automnales. Photo: Jardin botanique de Montréal (Pascale Maynard

J’ai visité ce jardin plusieurs fois et je ne le trouve pas du tout lugubre. C’est plutôt un petit coin charmant avec des plantes fascinantes que vous ne voyez jamais ailleurs. En effet, la plupart des jardins botaniques ne penseraient jamais cultiver de l’herbe à puce, mais c’est une plante très attrayante, avec de belles feuilles luisantes qui changent en couleurs automnales spectaculaires.

Si vous êtes un botaniste amateur qui souhaite apprendre à identifier des plantes inhabituelles, c’est aussi un endroit idéal pour le faire. Où trouverez-vous une telle gamme de plantes mortelles, presque jamais cultivées ailleurs en un seul endroit?

ciguë (Conium maculatum)
Voilà la ciguë (Conium maculatum), mais elle est très similaire au cerfeuil musqué (Myrrhis odorata), donc attention! Photo: wnmu.edu.

Justement, j’aime regarder les végétaux vénéneux en essayant d’apprendre à les reconnaître, même si je dois admettre que, à mes yeux, la ciguë ressemble drôlement au cerfeuil musqué (Myrrhis odorata) que je grignote tout le temps dans mon propre jardin. (Si vous trouvez une plante qui ressemble au cerfeuil musqué dans la nature, il vaut mieux ne pas y goûter!)

Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum)
Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum), une herbe géante qu’il ne faut même pas toucher, car cela peut provoquer une irritation cutanée sévère. Photo: Daniel Gélinas (Jardin botanique de Montréal)

C’est également un endroit idéal où emmener des enfants. En les surveillant, bien sûr. Ils trouvent les plantes toxiques fascinantes et voudront tout savoir sur la façon effroyable dont les gens meurent empoisonnés. Fournissez autant de détails macabres que possible: ils vont adorer ça! Bien sûr, même si la visite titille le côté morbide de leur nature, elle apprendra aux enfants en même temps à ne pas mettre n’importe quelle plante dans leur bouche. Une bonne leçon!

Autres jardins de plantes toxiques

Le Jardin de plantes toxiques au Jardin botanique de Montréal n’est pas le seul au monde avec thème un peu funèbre.

Porte d'entrée lugubre du Poison Garden, Alnwick
Le Poison Garden du Jardin d’Alnwick: lugubre à souhait! unbelievable-facts.com

Le Poison Garden du Jardin d’Alnwick en Angleterre semble recevoir beaucoup plus de publicité que celui de Montréal. Il fait d’ailleurs activement la promotion de ses plantes mortelles et est devenu un attrait touristique incontournable dans le nord-est de l’Angleterre. On l’appelle fièrement «le jardin le plus dangereux du monde» et il paraît que cela attire les foules! C’est un jardin assez récent, datant seulement de 1996, mais contenant une centaine de plantes vénéneuses. Je n’ai jamais vu ce jardin, mais j’adorerais le visiter.

Poison Garden au chateau de Blarney
Le Poison Garden au chateau de Blarney. Photo: blarneycastle.ie

Il y a aussi un Poison Garden au château de Blarney en Irlande qui contient une foule de plantes toxiques: l’aconit tue-loup, la mandragore, le ricin, le pavot à opium et le cannabis, entre autres. Un panneau d’avertissement indique que les enfants doivent être accompagnés d’un adulte: une sage précaution. Ce jardin aussi est récent (2010) et n’était pas encore installé la seule fois que j’ai visité ce château. (Et non, en passant, je n’ai pas embrassé la pierre de l’éloquence pendant que j’étais à Blarney!)

Jardin botanique de Padoue
Au cœur du Jardin botanique de Padoue. Photo: codiferro.it

Voici un jardin que j’ai pu visiter : le Jardin botanique de Padoue (Orto botanico di Padova en italien), dans le nord-ouest de l’Italie, non loin de Venise. Ce jardin date de 1545 et est surtout connu comme le plus ancien jardin botanique du monde qui se trouve encore dans son emplacement d’origine. C’est un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et fascinant à visiter, avec ses bâtiments du XVIe siècle et une plantation fascinante en quatre quarts de cercle basé sur les «quatre humeurs» (une théorie médicinale de l’époque). Ce jardin est principalement dédié aux plantes médicinales (le but initial des jardins botaniques était de rassembler des plantes médicinales du monde entier) et comprend une section dédiée aux plantes vénéneuses.

Il y a peut-être d’autres jardins de plantes toxiques ailleurs au monde. Si tel est le cas, faites-le-moi savoir et je partagerai cette information.

🎃 Joyeux Halloween… mais ne sucez pas de bonbons à la ciguë!

2 réflexions sur “Le jardin des plantes toxiques de Montréal: pas si sinistre

  1. Jacques Sormany

    La Flore laurentienne de Marie-Victorin et d’autres manuels de botanique de langue française considèrent le Sumac vénéneux comme synonyme de l’Herbe à puce (noms scientifiques: Rhus radicans ou Toxicodendron radicans), l’arbuste R. vernix ou T. vernix étant désigné en français sous le nom de Sumac vernis. Il est cependant encore plus toxique que l’Herbe à puce!
    Toxicodendron peut être considéré comme un sous-genre du genre Rhus, qui comprend aussi le Sumac vinaigrier (R. typhina, plus commun, décoratif et non toxique).
    Jacques Sormany, Saguenay

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