Les orchidées ont-elles besoin de nuits fraîches pour fleurir?

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Le besoin de nuits fraîches pour assurer la floraison des orchidées est souvent un peu exagéré. Ill.: jaycwolfe.com & bellefioriflorist.com

Un semi-mythe que l’on entend sur la culture des orchidées est qu’elles ont besoin d’une température nocturne nettement fraîche pour fleurir. Si ce n’est qu’un semi-mythe, c’est qu’il existe en effet des orchidées (même, beaucoup d’orchidées) qui ont besoin de températures nocturnes vraiment fraîches: pensez aux orchidées rustiques de nos forêts comme les cypripèdes (Cypripedium spp.) qui subissent du gel l’hiver ou aux dendrobiums, dont plusieurs espèces (Dendrobium nobile entre autres) ont réellement besoin de nuits froides pour y parvenir. Cependant, 99% des orchidées vendues aujourd’hui sont des phalaenopsis ou orchidées papillon (Phalaenopsis cvs) et leur besoin de températures nocturnes nettement fraîches est… discutable.

Les choses ont changé

La recommandation officielle que j’ai reçue lorsque j’ai commencé à cultiver des orchidées phalaenopsis dans les années 1980 était qu’elles avaient besoin de jours de 21 à 27 °C et de nuits de 13 à 18 °C, et ce, à partir de l’automne, afin d’amorcer la floraison. (Les baisses de température nocturnes au printemps et en été ont toujours été considérées comme moins vitales pour la floraison.)

La première partie a été assez simple. 21–27 °C: voilà des températures intérieures assez ordinaires. Mais 13–18 °C la nuit? Bon sang! Je jardinais à l’époque dans un appartement sans contrôle de température véritable. J’avais le choix entre «chaud» et «très chaud». Je ne pouvais pas leur donner des nuits aussi fraîches que celles qui étaient recommandées. Alors, je leur ai juste donné les meilleurs soins que je pouvais dans les circonstances en espérant le meilleur. Et deviner quoi? Ils ont fleuri!

La raison en est en partie parce que des plages de températures aussi strictes n’étaient vraiment pas nécessaires pour commencer. (Les premiers orchidophiles étaient probablement un peu trop zélés dans leurs conseils!), mais aussi parce que les phalaenopsis se sont, au fil du temps, adaptés aux «conditions normales d’une maison moderne».

Palaenopsis equistris, une espèce
Certains phalaenopsis sauvages ont vraiment besoin de nuits fraîches, mais pas toutes. Ce mini-phalaenopsis est Palaenopsis equistris, une espèce qui n’a pas besoin de fraîcheur pour fleurir. Photo: Kroton, Wikimedia Commons

Certains phalaenopsis sauvages, prélevés directement dans la nature, peuvent en effet avoir eu des préférences très claires pour une température nocturne basse. Pas toutes les espèces, mais certaines. Cependant, à mesure que les variétés hybrides ont commencé à remplacer les espèces sur le marché, cela devenait de moins en moins vrai. 

En hybridation, on croise deux variétés ou espèces et l’on sème les graines qui en résultent. Parmi les plantes qui se développent, on choisit les meilleurs et on fait d’autres croisements. Évidemment, l’hybrideur recherche plusieurs attraits: fleurs plus grosses, couleurs nouvelles, etc., mais aussi, une plus grande facilité de culture. Donc, les phalaenopsis hybrides qui fleurissaient le mieux ont été conservés et ont servi à d’autres hybridations. Celles dont la floraison n’était pas si satisfaisante furent vite éliminées des programmes. Et c’est ainsi que, progressivement, les phalaenopsis «plus faciles à cultiver» ont commencé à s’approprier le marché. Et l’un des facteurs qui faisaient que ces les orchidées étaient plus faciles à cultiver était une meilleure adaptation aux températures plutôt stables de la vie moderne.

D’ailleurs, cette «acclimatation par sélection» est en fait courante chez les plantes cultivées. En choisissant les sujets les plus accommodants à partir d’une plante même «difficile», puis en utilisant ces plantes plus flexibles pour les croisements futurs, et ce, de génération en génération, les plantes originalement sauvages sont devenues des plantes domestiquées très adaptables: les légumes, les fruitiers et les céréales que nous cultivons. Et il en va de même pour les orchidées.

Même dans les années 1980, la distribution de phalaenopsis plus performants était déjà en cours, car les premiers hybrides de phalaenopsis datent de 1875: il y avait déjà eu 100 ans pour trouver des phalaenopsis mieux acclimatés aux conditions de maison. D’où mon succès avec les phalaenopsis hybrides malgré l’absence de contrôle de la température. C’est encore plus vrai aujourd’hui, 40 ans plus tard. Il est d’ailleurs difficile de trouver à l’époque actuelle un phalaenopsis hybride qui a vraiment besoin d’une température nocturne de 13 °C pour fleurir!

Mais une petite baisse demeure utile…

Phalaenopsis avec thermomètre
Il peut quand même être utile de placer vos phalaenopsis là où ils profitent d’une légère baisse de température la nuit. Photo: poppiesplantofjoy.com & pngplay.com

Cela dit, une petite baisse de température la nuit demeure bénéfique. Quand il fait plus frais la nuit que le jour, cela aide les phalaenopsis à emmagasiner davantage d’énergie en vue de la floraison à venir. Mais il est peu probable qu’ils aient besoin d’une baisse notable. Même une petite 2 ou 3 °C de moins par rapport à la température diurne (quelle qu’elle soit) suffit généralement de nos jours, et de plus, elle est généralement facile à donner.

Pourquoi? Premièrement, pendant la journée, la lumière du soleil touchant aux feuilles les réchauffe, puis, le soir venu et le soleil disparu, elles refroidissent encore. Et cela arrive tout naturellement si la plante est près d’une fenêtre! De plus, quand les nuits sont froides à l’extérieur en automne et en hiver, cela refroidit l’air juste à l’intérieur de la fenêtre, de sorte que les plantes situées sur un rebord de fenêtre bénéficient généralement aussi d’une légère baisse de température, même par une journée grise. Même les plantes qui poussent sous des lampes de culture dans un sous-sol loin de toute lumière naturelle profitent habituellement d’une baisse de température lorsque les lumières sont éteintes la nuit.

C’est pourquoi la plupart des phalaenopsis bénéficient tout naturellement de nuits un peu plus fraîches et que vous n’avez pas à lever le petit doigt pour les leur donner… Et cette baisse est généralement suffisante pour stimuler la floraison.

Cela dit, si votre phalaenopsis pousse vigoureusement, mais ne parvient toujours pas à fleurir, il peut valoir la peine d’essayer de lui trouver un emplacement profitant d’une baisse de température nocturne de 5 °C la nuit. Après tout, votre phalaenopsis est peut-être un petit récalcitrant moins adapté aux conditions modernes!

6 réflexions sur “Les orchidées ont-elles besoin de nuits fraîches pour fleurir?

  1. Manon

    Bonjour M. Hodgson,
    Je sais que le meilleur moment pour rempoter est au printemps mais je crois que mon orchidée a besoin d’être rempotée. Est-ce qu’il est préférable d’attendre?

  2. Manon

    J’ai une autre question pour vous. Mon autre orchidée a produit une deuxième floraison à partir d’une même tige florale que j’avais coupée comme vous l’avez déjà expliqué. Maintenant les fleurs sont fanées, devrais-je couper la tige complètement ou seulement la 2e partie?

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