L’aubergine: une solanacée à découvrir

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Photo: publicdomainpictures.net

L’aubergine (Solanum melongena) est un légume-fruit avec une longue histoire d’utilisation. 

Cette plante n’existe pas à l’état sauvage. Elle fut dérivée d’une plante sauvage originaire de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Inde, la pomme de Sodome (S. incana) et peut-être d’autres espèces apparentées.

La pomme de Sodome (S. incana) serait à l’origine de l’aubergine. Photo: Nepenthes, Wikimedia Commons

Fort épineuse, avec un fruit très amer, cette mauvaise herbe commune dans le secteur est peut-être la haie d’épines mentionnée dans la Bible. Il est difficile d’imaginer que quelqu’un ait pu penser consommer une plante aussi rébarbative, mais ce fut le cas. Sa domestication date de l’époque préhistorique, et a probablement eu lieu en Inde, mais il est possible qu’elle fût aussi domestiquée indépendamment en Chine ou ailleurs dans l’est de l’Asie.

Chose certaine, la culture de l’aubergine était déjà largement répandue en Asie de l’Est et du Sud depuis au moins 500 avant l’ère commune, car on trouve couramment des restes de fruits dans les environs des habitations de l’époque.

Populaire au Moyen-Orient au IXe siècle, elle fut introduite en Afrique par les Arabes et, à partir de là, au XIVe siècle, en Italie. Son nom français dérive d’ailleurs de l’arabe al-bâdindjân, lui-même dérivé d’un mot perse.

Le botaniste flamand Rembert Dodoens dessina une aubergine en 1583 sous le nom de pomme de la folie (mal insana). Ill.: Wikimedia Commons

Les Européens n’ont pas bien reçu ce nouveau légume au début, car ils voyaient bien sa ressemblance avec d’autres plantes de la famille des solanacées réputées pour leur toxicité, comme la morelle douce-amère (S. dulcamara). Ainsi est venue l’idée que manger de l’aubergine rendait fou, d’où son nom italien mala insana, ou pomme de la folie. D’ailleurs, Linné l’a baptisée Solanum melongena, qui semble être une dérivation de mala insana. Pendant longtemps, l’aubergine a été cultivée strictement comme plante ornementale pour ses belles fleurs violettes et ses fruits attrayants.

Ce sont les jardiniers de Louis XIV qui auraient introduit l’aubergine à la table des Européens au XVIe siècle. Avec le temps, le légume a gagné du galon et a commencé à faire partie de recettes plus courantes comme la moussaka et la ratatouille. 

Cependant, les Nord-Américains dédaignaient toujours ce légume nouveau. Il fallut attendre l’influence des immigrants italiens et asiatiques au XXe siècle avant que ce légume ne soit vraiment accepté aux États-Unis et au Canada.

Différentes couleurs et formes

L’aubergine vient en différentes formes et tailles. Photo: Chelsea Kyle, epicurious.com

Même si l’on voit surtout, dans nos régions, des aubergines pourpres en forme de poire et de taille assez grosse, il en existe une vaste gamme de formes et de couleurs. 

Le fruit peut être petit comme un œuf (d’ailleurs, les Américains l’appellent «eggplant» ou plante aux œufs) ou gros comme un melon. En plus de la forme de poire, il peut être rond, ové ou cylindrique. Et la couleur va de blanc à jaune, orange, rose, mauve, pourpre, vert ou bicolore. Enfin, si les gros fruits sont produits individuellement, les petits sont souvent produits en grappe.

Remarquez que l’épiderme diffère aussi. Il peut être amer, notamment chez les cultivars asiatiques, ou même dur et immangeable, chez certains cultivars européens, dans lequel cas on ne consomme que la chair. De plus en plus d’aubergines modernes, cependant, ont une pelure mince et douce qui peut être consommée.

Une culture à la limite du possible

Il peut être nécessaire de cultiver l’aubergine dans une petite serre. Photo: nsteading.com

Le succès de la culture de l’aubergine est limité au Canada, mais elle est plus facile à réussir en Europe. C’est que, encore plus que ses parents, le poivron et la tomate, elle aime la chaleur et les étés canadiens sont souvent un peu frais. Il faut donc disposer d’un emplacement ensoleillé et protégé du vent. D’ailleurs, dans bien des régions canadiennes, mieux vaut la cultiver dans une serre ou autre abri semblable.

Semis d’aubergine. Photo: lespetitespoussent.wordpress.com

Seulement dans les régions aux longs étés chauds peut-on semer l’aubergine en pleine terre. Partout ailleurs, on la sème à l’intérieur 8 à 10 semaines avant la date sans risque de gel. Il vaut mieux semer dans des godets de tourbe, car les semis réagissent parfois mal au choc de la transplantation. 

Ne repiquez pas les plants en pleine terre tant que le sol et l’air ne se sont pas réchauffés, soit quand les nuits commencent à dépasser 20 °C, souvent vers le début de juillet au Canada. Elle adore les étés chauds, tolérant sans broncher des températures de jusqu’à 50 °C, mais l’idéal est entre 26 et 32 °C le jour et 21 à 26 °C la nuit. Selon que vous choisissiez une aubergine hâtive ou tardive, la récolte commencera entre 50 et 90 jours après le repiquage.

L’aubergine étant une solanacée, mieux vaut en tenir compte en faisant sa rotation, évitant de la planter là où il y a eu des tomates, des pommes de terre ou des poivrons dans les 4 années précédentes, car elle partage plusieurs maladies et insectes avec eux. 

Plantez-la dans un sol riche en matière organique et minéraux, bien drainé, mais toujours un peu humide. Ou cultivez-la en pot. Laissez entre 45 et 60 cm entre les plants, selon leur taille éventuelle. Un bon paillis aidera à réduire les besoins en arrosage et à prévenir les mauvaises herbes et les maladies. 

Dans les régions aux étés longs et chauds, typiquement on pince l’extrémité de la plante pour stimuler une meilleure ramification et donc une meilleure production, mais cela retarde la maturation et ne peut pas être recommandé dans les régions aux étés frais où il faut se contenter de moins de fruits.

La fleur de l’aubergine est habituellement pollinisée par des abeilles. Photo: Dinesh Valke, flickr

La pollinisation des aubergines est vibratile: habituellement, une abeille, d’ailleurs généralement un bourdon, atterrit sur la fleur et s’agite pour la faire vibrer, libérant le pollen qui tombe sur le stigmate. La fleur est bisexuée et autofertile. Donc même une plante isolée produira des fruits. À défaut de bourdon, agitez la fleur avec une brosse à dents électrique, de préférence le matin.

Aubergine prête à être récoltée. Photo: plantinstructions.com

La récolte se fait quand le fruit a atteint sa pleine taille et sa coloration finale (qui varieront selon la variété) et est encore lustré, donc avant la maturité complète. Pour être certain, faites une légère pression avec un doigt pour laisser une empreinte qui doit disparaître aussitôt. À ce stade, la chair sera encore juteuse et les graines, en faible nombre et de taille minuscule. Si vous attendez trop longtemps, l’écorce deviendra terne et coriace, les graines nombreuses et grosses et la chair ne sera plus très appétissante.

Bonne chance avec vos aubergines!

7 réflexions sur “L’aubergine: une solanacée à découvrir

  1. Dominic Audy

    Vous êtes comme toujours de très bon conseil. J’ai un assez bon succès avec mes différentes variétés d’aubergines depuis que j’ai décidé de les garder tout l”été en serre, en sacs de 10 ou 15 gallons, beaucoup de compost, du promix, un peu de sable, du paillis de feuilles mortes., engrais d’algues pulvérisé sur les feuilles, ajouter de compost/fumier de poule en mi-saison.

    La différence avec les quelques plants que je fais encore au jardin (mes semis “extras” en fait) est énorme, les plants sont beaucoup plus gros – près du double en fin de saison – et ramifiés, et les feuilles de certaines variétés sont énormes (les plus grosses de ma Ping Tung font 30 cm de largeur déjà, la plante fait un bon mètre de diamètre, et on n’est qu’au début juillet. Les poussées de croissance avec les canicules qu’on a eues sont assez spectaculaires. L’autre avantage majeur c’est que la saison en serre est bien plus longue, depuis la mi-Mai les nuits sont constamment au dessus de 12-13 degrés et j’ai pu les mettre en pots, et ils vont pouvoir faire des fruits acceptables jusqu’assez tard. Plusieurs de mes variétés Japonaises comme la Kamo Nasu (ronde) et Mitoyo Nasu (forme de bourse) et Taïwanaises ont déjà plusieurs fruits en formation, les premiers depuis la St-Jean. .

    Vous avez parfaitement raison, si on a la serre ou la couche froide, c’est une bonne façon de les mettre à profit l’été, avec quelques piments forts aussi. Fini les problèmes d’insectes, il faut juste faire attention à la circulation d’air et se méfier du mildiou.

    Avec la saison allongée je me permet de pincer une fois. Je vais peut être tenter l’expérience sur un plant de rabattre en fin juillet, apparemment ça augmente grandement la récolte de fin de saison (mais encore là ce serait un bénéfice de les faire en serre, on ne peut pas se le permettre au jardin ici, je pense, c’est une pratique de pays chaud).

  2. Hirondelle Varady-Szabo

    Bonjour M. Hodgson, je viens de récolter mes premières aubergines ! Elles sont mauves et lustrées, semblent avoir atteint la bonne grosseur. Par contre, quand je les aie coupés la chair est encore verte. Est-ce un signe qu’elles ne sont pas encore mûres ? Merci 🙂

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