Les ravageurs des groseilliers, gadelliers et cassissiers

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Cassis (noirs) et groseilles à maquereau (vertes et rouges). Photo: http://www.epicurious.com

Je ne cultive plus de groseilliers, gadelliers ou cassissiers. J’ai abandonné il y a des lustres. Je trouvais qu’ils exigeaient trop d’entretien pour les résultats qu’ils donnaient. Non pas que leur culture de base soit compliquée, bien au contraire, mais ils semblaient toujours avoir quelque chose qui les attaquait, ce qui m’obligeait à sortir de mon hamac pour faire des traitements, exactement le genre de dérangement que je déteste! Si je veux des groseilles, des gadelles ou des cassis, je peux soit les récolter dans la nature, car ils sont communs un peu partout, soit les acheter au marché et, dans ce cas, c’est quelqu’un d’autre qui s’occupe de contrôler leurs ennemis.

Donc, mon conseil aux jardiniers paresseux est… ne les cultivez pas.

Cependant, je reçois beaucoup de questions à leur sujet (ce qui n’est pas surprenant puisqu’il y a toujours quelque chose de travers avec ces @#&!!! végétaux). Donc, pour ceux d’entre vous qui sont un peu moins paresseux que moi, voici quelques explications et conseils.

Groseille ou gadelle?

Que vous les appeliez groseilles ou gadelles, c’est le même fruit! Photo: Karelj, Wikimedia Commons

D’abord, clarifions la terminologie. Les Québécois appellent les groseilliers à grappes gadelliers (ou gadeliers) et leurs fruits, des gadelles. Le terme viendrait de la Normandie. Quant à l’arbuste généralement appelé groseillier à maquereau en Europe, il s’appelle tout simplement groseillier de l’autre côté de l’étang. Les deux peuples, toutefois, sont d’accord pour appeler les Ribes à fruits noirs cassissiers.

Un peu de botanique

Les groseilliers, gadelliers et cassissiers sont des arbustes étroitement apparentés. Tous appartiennent au genre Ribes, dont on trouve environ 150 espèces partout dans l’hémisphère Nord et même dans les régions montagneuses d’Amérique du Sud. Ils appartiennent à la famille des Grossulariacées dont ils sont d’ailleurs les seuls membres. Ainsi, les groseilliers et compagnie n’ont pas de proches parents.

Pour quelle raison nos ancêtres ont décidé de donner des noms différents à ces plantes très similaires, personne ne le sait. Voici cependant ce qu’il faut savoir pour les distinguer:

Groseillier à maquereau (Ribes uva-crispa). Notez les fruits individuels. Photo: nightowl, needpix.com
Les groseilliers à maquereau ont des épines. Photo: Langlumé, Wikimedia Commons

Groseilliers/groseilliers à maquereau*: leurs fruits peuvent être de différentes couleurs (verts, blancs, rouges, pourpres, etc.), mais sont toujours plus gros que ceux des autres Ribes et, de plus, sont portés seuls ou à deux. Aussi, leurs tiges sont épineuses, du moins pour les formes sauvages (il existe maintenant quelques groseilliers cultivés sans épine ou presque sans épine). Certaines espèces ont des fruits épineux aussi. Le groseillier à maquereau le plus cultivé est une espèce européenne (R. uva-crispa), mais il en existe des dizaines d’autres.

*Le terme maquereau est d’étymologie inconnue, mais une des théories veut que le terme vienne du latin macula, indiquant un motif en taches disposées en bandes, comme on en voit sur le fruit. Le poisson maquereau aussi porte de telles stries. 

Gadellier ou groseillier à grappes. Photo: http://www.saga.co.uk

Gadelliers/groseilliers à grappes: Surtout R. rubrum, du moins en ce qui concerne les variétés cultivées. Ses fruits sont petits et portés en grappes. Normalement, ils sont rouges, mais il existe des gadelliers/groseilliers à grappes à fruits blancs ou, plus rarement, roses. Leurs tiges sont sans épine.

Cassissier. Photo: http://www.fera.co.uk

Cassissier: il existe plusieurs espèces, mais R. nigrum est la plus cultivée. Les fruits sont petits, noirs et portés en grappe. Il n’y a pas d’épine. 

Cassellier: il s’agit d’un croisement entre un groseillier à maquereau et un cassissier. Les fruits sont gros et pourpre foncé. Botaniquement, on l’appelle R. × nidigrolaria. Les anglophones les appellent jostaberries.

Groseilliers ornementaux: Plusieurs espèces sont cultivées uniquement pour leur beauté. C’est notamment le cas du groseillier à fleurs ou groseillier sanguin, appelé gadellier sanguin en Amérique (R. sanguineum), du groseillier/gadellier alpin (R. alpinum), du groseillier/gadellier doré (R. aureum) et du groseillier/gadelier odorant (R. odoratum). Fait intéressant, les espèces ornementales semblent avoir peu d’ennemis alors que les variétés fructifères en ont beaucoup.

Tous les groseilliers sont des arbustes, pour la plupart de taille assez modeste, avec de petites feuilles en forme de feuille d’érable.

Conditions de culture

Gadellier ou groseillier à grappes. Photo: tcpermaculture.com

N’eût été leurs problèmes de ravageurs, les groseilliers, gadelliers et cassissiers auraient été très faciles à cultiver. Ils prospèrent en plein soleil ou à la mi-ombre et dans la plupart des sols de jardin, sauf les plus secs, bien qu’ils profitent d’applications régulières de compost et d’un bon paillis. Ils sont autofertiles, donc même un arbuste cultivé seul produira des fruits. Leur résistance au froid varie un peu, mais la plupart peuvent être cultivés dans les zones de rusticité 3 à 7 ou 8, donc presque partout en région tempérée, mais ils ne sont pas adaptés au climats tropicaux ou subtropicaux.

La taille est généralement effectuée à la fin de la dormance et consiste à supprimer les branches plus anciennes et moins productives pour donner plus d’espace aux plus jeunes.

Donc… jusqu’à ce point, une culture réellement facile.

⚠️Attention! Certaines espèces, et notamment le cassissier (R. nigrum), sont l’hôte alternatif de la rouille vésiculeuse du pin blanc (Cronartium ribicola) et ne doivent pas être plantées près des pins blancs (Pinus strobusP. monticola et autres). D’ailleurs, leur culture est interdite dans de nombreuses régions d’Amérique du Nord où les pins blancs poussent à l’état sauvage. Cela dit, il existe des cultivars de cassissier qui sont résistants à la rouille, notamment ‘Consort’.

Que de ravageurs!

Et voilà où le bât blesse. Les groseilliers, gadelliers et cassissiers ont plus que leur lot de ravageurs. Voici les deux les plus courants et les plus dévastateurs:

Tenthrède du groseillier (Nematus ribesiiN. leucotrochus et Pristiphora appendiculata): il existe plus d’une espèce, bien que N. ribesii soit la plus répandue et la plus dévastatrice. Il y a deux ou trois générations de cette tenthrède par saison, même quatre dans le sud: une au moment de la feuillaison (printemps), une au début de l’été (généralement la génération la plus dommageable), une au milieu ou à la fin de l’été et parfois une à l’automne.

Les tenthrèdes du groseillier ressemblent à de petites chenilles. Photo: idtools.org

Les larves ressemblent à des chenilles (et d’ailleurs, on les appelle fausses chenilles), mais ce sont les larves d’une mouche à scie, pas celles d’un papillon. Par conséquent, certains traitements qui contrôlent les chenilles, comme le Bti, ne fonctionneront pas sur elles.

Les larves sont petites avec une tête noire et un corps vert au début, développant plus tard des taches noires. Elles se rassemblent généralement en groupe et mangent les feuilles de l’arbuste. Elles mesurent environ 20 mm de long à maturité. Elles mangent rapidement et, si leur nombre est important, elles peuvent complètement défolier l’arbuste en seulement quelques jours. Ensuite, elles tombent au sol, filent des cocons de soie et forment une pupe.

Mouche à scie du groseillier. Photo: gailhampshire, Wikimedia

La mouche à scie adulte, jaunâtre avec des marques sombres, est rarement vue. Elle pond ses œufs blancs sous les feuilles de groseillier, généralement vers la base de l’arbuste. Souvent, les dommages ne sont pas remarqués au début, car l’alimentation commence sur les parties inférieures et intérieures de l’arbuste où les tenthrèdes peuvent manger à l’insu du jardinier.

Le meilleur traitement consiste à les cueillir manuellement, à les faire tomber avec un jet d’eau ou à les pulvériser avec du savon insecticide, du neem ou du pyrèthre.

Étant donné que la tenthrède hiverne sous forme de pupe dans le sol à la base de la plante, le ratissage du sol à l’automne peut les exposer à leurs ennemis. Des poules peuvent être très utiles pour les contrôler à ce stade.

Mouche du groseillier (Epochra canadensis): Les adultes, petites mouches jaunes avec des bandes sombres sur les ailes, émergent lorsque les groseilliers sont en fleurs et percent un trou dans le fruit dans lequel ils pondent un œuf quand le fruit commence à prendre forme. 

Mouche du groseillier Photo: Harvey Schmidt, bugguide.net

Les larves — de petits asticots blanc jaunâtre — se nourrissent à l’intérieur des baies, les évidant. Les fruits touchés portent une tache sombre d’un côté, mûrissent prématurément et la plupart tombent au sol avant le moment de la récolte. L’insecte quitte la baie et réside dans le sol jusqu’au printemps suivant. Il n’y a qu’une génération par an.

Asticot de mouche du groseillier. Photo: K. Grey, Hortsense

Parfois, vous pouvez réussir à piéger les adultes avec un piège collant jaune au moment de la floraison. Vous pouvez essayer de couvrir votre arbuste avec une couverture flottante au moment où les pétales de fleurs tombent, créant ainsi une barrière entre les fruits et les femelles pondeuses. Si vous réagissez trop tard et que les fruits sont déjà atteints, cueillez et détruisez tous les fruits infestés. Un autre traitement possible est d’étaler une bâche sous le buisson à partir de la mi-juin pour empêcher les larves de se convertir en pupe dans le sol en dessous.

Vous pouvez aussi essayer des vaporisations insecticides, mais pas pendant que la plante est en fleur, bien sûr, sinon vous risquez de tuer les abeilles et autres pollinisateurs. Attendez plutôt que les pétales des fleurs tombent. Vous pouvez alors, par exemple, essayer de pulvériser les baies qui viennent de se former avec une fine couche d’argile calcinée (kaolinite). L’argile irrite la mouche et décourage la ponte. Ou vaporisez avec du savon insecticide, du neem ou du pyrèthre.

Autres ravageurs

On a répertorié plus de 30 arthropodes prédateurs des groseilliers, dont différents pucerons, cochenilles, perceuses, mineuses et tétranyques. L’insecte ravageur le plus récent est la drosophile à ailes tachetées ou moucheron asiatique (Drosophila suzukii), originaire d’Asie du Sud-Ouest, mais qui envahit actuellement les plantations de groseilliers et d’autres petits fruits un peu partout en Europe et en Amérique du Nord. Et il y a aussi les oiseaux, les écureuils et autres petites bestioles qui vident les buissons des fruits avant ou dès qu’ils sont murs.

Oh, ai-je oublié de mentionner qu’il y a aussi des maladies? Taches foliaires, rouille, anthracnose, blanc, mildiou, etc.

À vous de choisir si vous voulez cultiver vos propres groseilles, gadelles et cassis, mais lorsque des ravageurs apparaîtront, et ils le feront, ne dites pas que je ne vous ai pas prévenus!

12 réflexions sur “Les ravageurs des groseilliers, gadelliers et cassissiers

  1. Guylaine

    J’ai un gadelier dans mon potager, je n’ai jamais eu de bibittes ou de maladies depuis plus de 10 ans. A l’automne ou au printemps tot, j’enlève quelques vieilles branches pour lui donner de la force, malgré tout, les baies ont toujours été minuscules… Est-ce possible d’avoir de belles grosses baies comme en supermarché de façon naturelle ? Merci beaucoup

    • Benoit

      Pour avoir de belle grosse baie, il faut que l’arbuste soit bien ensoleillé et avoir beaucoup de fertilisation. Par contre, plus on fertilise la plante, et plus les ravageurs sont attirés. Je ne fertilise plus mes plants depuis au moins 10 ans, et je n’ai plus de ravageur comme autrefois quand je fertilisais à chaque printemps.

  2. Pierre

    Et c’est sans parler de la coulure (avortement de fleurs) du cassis ! Chaque printemps les plants sont pleins de fleurs mais pratiquement pas de fruits par la suite ! Des idées pour y palier.

    Merci

  3. Francine Coallier

    oh! HORREUR! je me souviens des années où j’ai essayé de vaincre ravageurs et maladies dans mes plants de gadelles et de groseilles. 😱 j’ai abandonné la partie depuis longtemps. la seule exception ce sont mes plants de cassis vieux de plus de 50 ans qui ne connaissent ni ravageurs ni maladies (pourquoi?) et qui fournissent assez de baies pour faire du jus et de la gelée pour ma famille. Ce printemps, j’en ai transplanté quelques plants chez nos voisins et je me demande s’ils bénéficieront de la même immunité.

  4. Monique

    Pour ma part, j’ai un camerisier qui a donné de beaux fruits pendant 2 ans. Je l’ai taillé l’an passé, et cette année, je n’ai presque pas eu de fruits. Je crois que ce sont les oiseaux qui se sont régalés, ou peut-être un ravageur que je ne connais pas. Qu’est-ce que vous suggérez comme arbre fruitier?

    • En taillant, est-ce vous avez raccourci les branches? Car si oui, cela aurait éliminé la plupart des fleurs et donc les fruits. Normalement, on taille le camerisier en supprimant les vieilles branches de 4 ou 5 ans et plus, les coupant à la base.

  5. Arnaud Lerecouvreux

    Moi, j’ai décidé cette année de laisser à l’abandon mes groseilliers, non pas à cause des ravageurs (ils n’en ont aucun chez moi), mais à cause du réchauffement climatique. J’habite le sud de la France, et mes groseilliers sont une espèce tardive, se récoltant vers la mi-août.
    Depuis une dizaine d’années mes récolte sont allées en diminuant. Malgré un arrosage forcené, la plupart des baies arrêtent de grossir à la mi-juin, ne murissent plus et se déssèchent . Il est vrai qu’avec des températures qui dépassent en permanence les 35° à l’ombre, et même parfois les 40°, ce n’est plus vraiment leur climat d’origine.
    J’ai donc décidé de me ravitailler dorénavant en supermarché, malgré les prix astronomiques cette année (plus de 30 € le kg).

    • Bravo! (Pour vous, pas pour l’environnement!) Mon attitude est « cultivez les plantes qui s’adaptent bien à vos conditions et laissez les autres aux gens qui peuvent les réussir! » Mais quelle horreur, tant de chaleur!

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