La plante de la résurrection: plus morte que vivante

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La plante de la résurrection passe d’une boule brune et asséchée à une rosette apparemment vivante en seulement quelques heures. Photo: Bas L, YouTube.ca.

À l’approche de Pâques, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant de discuter de la soi-disant plante de la résurrection (Selaginella lepidophylla), également appelée fausse rose de Jéricho (la vraie «rose de Jéricho» est Anastatica hierochuntica, une plante non apparentée) ou plante dinosaure (peut-être parce qu’elle est écailleuse?).

C’est le genre d’annonce qui m’avait fait essayer cette plante dans mon enfance. Photo: helpfulgardener.com

Mes expériences

Quand j’étais enfant, on trouvait des publicités pour cette «plante miracle» dans les revues d’horticulture de mon père. L’idée est que vous aviez simplement à arroser ce qui semblait être une plante morte et qu’elle reprendrait vie. Puis, vous la laissiez sécher de nouveau et, après un autre arrosage, la voilà qui revenait encore à la vie. Aucune lumière n’était nécessaire. Aucun empotage. Et on faisait miroiter une croissance «jolie et luxuriante»! Une plante jolie et luxuriante qui n’a pas besoin de lumière: voilà un vrai miracle! 

Plante de la résurrection à l’achat. Photo: zulily.com

Évidemment, je n’ai pas pu résister à la tentation d’essayer et j’ai fait venir une plante. Mais quelle déception! Elle n’avait pas l’air d’une plante, mais d’une boule de tiges mortes, même craquantes. D’accord, placée dans un bol d’eau, la boule s’ouvrait en rosette, mais une rosette brune et, franchement, laide. Très laide. Il n’y avait aucune explication de comment la planter ou l’entretenir, alors je l’ai laissée dans le bol d’eau. Elle s’est rapidement couverte de moisissure blanche et j’ai dû la jeter.

Selaginella lepidophylla s’ouvrant sous l’effet de l’humidité. Ce spécimen, comme la plupart de ceux offerts sur le marché, est déjà mort. Photo: Wikimedia Commons

Et puis, j’ai essayé de nouveau l’an dernier, adulte… cette fois-ci en la plantant dans du terreau en espérant la faire enraciner, mais le résultat a été le même: aucun signe de croissance véritable. Et éventuellement, des moisissures l’ont gagnée. Encore un échec.

Mais évidemment, il y a différentes façons de mesurer le succès. Oui, mes deux spécimens sont bel et bien sortis de leur boule, s’ouvrant en rosette, mais jamais ils n’ont repris vie. Et c’est ce qui comptait pour moi, maniaque de jardinage que je suis. Une plante morte qui ouvre et qui se ferme ne m’impressionne pas du tout. Les fleurs d’immortelle (Xerochrysum bracteatum), bien mortes, ouvrent et ferment selon l’humidité ambiante: il n’y a rien de nouveau là. Et au moins les immortelles sont belles!

Qu’est-ce que la plante de la résurrection?

Selaginella lepidophylla à l’état sauvage dans le désert de Chihuahua. Photo: Loughmiller, Campbell and Lynn, http://www.wildflower.org

La plante derrière le nom «plante de la résurrection» est généralement Selaginella lepidophylla. Ce n’est en fait qu’une des nombreuses «plantes de la résurrection» ou plantes poikilohydriques qui ont la capacité de survivre à une déshydratation extrême, même pendant des années, mais de quand même revenir à la vie lorsqu’elles sont exposées à l’humidité. Dans la nature, cette plante pousse dans les zones sèches d’Amérique centrale, d’Amérique du Sud et du sud de l’Amérique du Nord, notamment dans le désert de Chihuahua le long de la frontière entre le Mexique et le Texas où la plupart des plantes vendues sont récoltées.

C’est une sélaginelle (Selaginella), genre végétal primitif de quelque 700 espèces qui, sur l’échelle de l’évolution, se situe quelque part entre une mousse et une fougère. Comme les autres plantes primitives, les sélaginelles ne produisent pas de fleurs, mais se multiplient par spores.

Selaginella lepidophylla n’est pas la seule sélaginelle à avoir des capacités de résurrection: S. pilifera (du Mexique, du Texas et du Nouveau-Mexique) et S. tamariscina (d’Asie) sont parmi d’autres espèces résistantes à la sécheresse et partageant la même capacité de se régénérer complètement en peu de temps. Toutes les trois sont parfois vendues comme primeurs. 

Dans la nature, face à la sécheresse, S. lepidophylla peut entrer dans un état de dormance profonde, et y rester des années si nécessaire (mais pas les 50 ans annoncés par certains fournisseurs), puis elle récupère en seulement quelques heures lorsque les pluies reviennent. Et cette plante a même une autre stratégie de survie: confrontée à une sécheresse vraiment durable, elle peut se détacher de ses racines et se mettre à rouler, se déplaçant sous l’effet du vent. Cela l’aide à répandre ses minuscules spores sur un vaste territoire.

Vos résultats

Parfois la plante est encore en vie et le montre par sa coloration verte. Mais elle ne vivra pas longtemps. Photo: Kristian Peters, Wikimedia Commons

Lorsque vous achetez une plante de la résurrection, elle a l’air complètement morte: une boule de feuilles mortes enroulées, mais — miracle! — quand vous la placez dans un bol d’eau, la boule s’ouvre en une sorte de rosette aplatie de feuilles écailleuses en seulement quelques heures. Si vous avez de la chance et que votre plante est vivante, les feuilles au centre seront déjà vertes ou prendront lentement cette couleur. Vous l’aurez vraiment ramenée à la vie! Pendant un certain temps, du moins.

Cela dit, une très bonne partie des plantes de la résurrection vendues en jardinerie et sur Internet sont déjà mortes. Même les rosettes mortes s’enroulent et se déroulent sous une humidité changeante, ce qui donne l’impression que la plante est en vie.

Même si votre plante semble montrer des feuilles centrales vertes et saines après la réhydratation, le problème est que presque personne ne réussit à la faire vraiment survivre à long terme à la maison.

Si on nous la vendait en pot avec un système racinaire intact, cela pourrait être possible, mais la plante que vous obtenez a été arrachée du sol dans la nature (ne vous inquiétez pas, cependant, S. lepidophylla n’est pas une espèce menacée) par des cueilleurs payés à la pièce qui n’ont aucun intérêt à s’assurer de prélever un système racinaire fonctionnel, ce qui la laisse avec peu ou pas de racines. Elle ne peut pas survivre si on la laisse tremper dans un bol d’eau, non plus, car elle est loin d’être une plante semi-aquatique (pourtant le vendeur insiste sur le fait qu’elle «n’a pas besoin de terre»), mais même si vous l’empotez et la traitez très attentivement, sans le système racinaire nécessaire à sa survie, elle finit presque toujours par pourrir.

La meilleure chose à faire avec une plante de la résurrection (à part la laisser dans le magasin) est de vous amuser à la regarder s’ouvrir et même de répéter l’expérience si cela vous tente, la laissant sécher et s’enrouler en boule de nouveau avant de la réhumidifier. Même morte, elle continuera de réagir à l’abondance et à l’absence d’humidité. Quand faire ouvrir et fermer une plante morte ne vous intéressera plus, jetez-la au compost, tout simplement.

La survie par le bouturage?

Certaines personnes rapportent avoir réussi à sauver leur plante de la résurrection en la démarrant à partir de boutures. Lorsque la vôtre est «ressuscitée», coupez quelques tiges vertes du centre de la rosette et faites-les tremper quelques minutes dans une solution fongicide (nécessaire pour prévenir la pourriture). Placez maintenant les boutures à plat sur un pot de terreau humide et couvrez d’un dôme en plastique transparent pour assurer une culture à l’étouffée. Offrez une lumière modérée pour l’instant et une température normale d’intérieur. Et patientez.

Certaines personnes réussissent à produire
de nouvelles plantes par bouturage.
Photo: Natanda, houzz.com.

Souvent, les boutures pourrissent malgré le traitement fongicide. Parfois, cependant, après 6 semaines environ, vous les verrez s’enraciner. Alors, elles produiront de petites rosettes de feuilles vertes: des plantes indépendantes.

Mais même quand vous réussissez à produire une nouvelle rosette, la maintenir en vie est un défi. Vous devez d’abord retirer le dôme progressivement pour acclimater la plante aux conditions ambiantes. La plante aime la lumière vive et un sol légèrement humide, mais aussi une ambiance plutôt sèche et surtout une bonne circulation d’air. Le meilleur choix serait sans doute de la placer à l’extérieur pour l’été. À l’automne, rentrez-la à l’intérieur pour l’hiver, la laissant sécher complètement. (Elle ne tolère pas l’humidité pendant l’hiver, qui serait normalement la saison sèche dans son milieu d’origine.)

En général, cette technique d’enracinement de boutures donne un taux de succès faible (toujours pour la même raison: la pourriture s’installe!)… mais certaines personnes ont du succès. Le truc semble être de maintenir le terreau à peine humide pendant les mois d’été tout en maintenant une atmosphère sèche. Plus votre climat local est aride et donc proche des conditions dans son milieu d’origine, plus vos chances de réussite sont grandes.

Bonne chance avec ça, mais moi, j’abandonne. Je m’en tiendrai aux plantes plus faciles… et plus jolies!

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