Plantes d'intérieur Rempotage

Quand le pot comprime les racines

Les racines de cette asperge d’intérieur ont tellement compacté le sol que le terreau ne retient presque plus d’eau et que la pauvre plante est constamment en état de stress hydrique! Photo: ChaserGuy, Reddit

À force de croître longtemps dans le même pot, les plantes d’intérieur deviennent «à l’étroit dans leur pot», selon la seule expression française que je connaisse pour cet état. (Je trouve d’ailleurs que le terme anglais, «pot-bound» — restreint par son pot —, exprime beaucoup mieux la situation.) Les racines ont envahi toute la masse du terreau, le comprimant et ne laissant aucune place pour une croissance ultérieure. Souvent, elles sortent en masse des trous de drainage du pot, comme à la recherche de nouveaux territoires. Une plante dans cette situation se trouve alors comme étouffée dans son développement et sa croissance en est affectée. 

Vous pouvez rapidement savoir si une plante est trop comprimée dans son pot en la retournant à l’envers pour étudier le fond du pot. Si des racines sortent des trous de drainage, elle est probablement trop à l’étroit.

Un pot bien rempli de racines n’est pas toujours nuisible: certaines plantes (hoyas, clivias, etc.) ont la réputation de fleurir plus abondamment lorsque leurs racines sont un peu à l’étroit, mais lorsque les racines sont si nombreuses que vous pouvez à peine voir le terreau ou encore, qu’elles tournent en rond, encerclant la motte de racines comme un python, c’est vraiment trop. Il est temps de penser à faire une certaine taille des racines.

Bien sûr, vous auriez pu tout simplement rempoter la plante aux racines comprimées dans un plus gros pot, remplissant avec un terreau frais tout autour de la motte de racines enserrées et oui, une nouvelle génération de racines se serait formé assez rapidement dans ce nouvel espace de culture. Mais, à force de rempoter la plante encore et encore dans des pots de plus en plus volumineux, vous arrivez à un point où trop c’est trop. Vous ne voulez plus la rempoter dans un pot encore plus vaste: le pot actuel est déjà d’une taille suffisante, merci! 

Dans un tel cas, il est temps de penser sérieusement à réduire la masse de racines afin de pouvoir garder la plante dans un pot de la même taille. Et pour cela, il faut parfois supprimer quelques racines.

L’élimination d’un nombre limité de vieilles racines ne nuira pas à la plante. Bien au contraire, cela la revitalise souvent, car la taille stimule la production de nouvelles racines plus performantes. N’en enlevez pas trop à la fois, cependant. Une bonne règle à suivre est de n’élaguer pas plus qu’un tiers des anciennes racines à la fois.

Les plantes aux racines naturellement foisonnantes

Certaines plantes sont plus sujettes à produire trop de racines que d’autres.

La plante-araignée est célèbre pour la production de racines en quantité, souvent tellement denses qu’elles font éclater le pot. Photo: Keith Williamson, Wikimedia Commons

La plante-araignée (Chlorophyum comosum) et l’asperge d’intérieur (Asparagus aethiopicus ‘Sprengeri’ [anciennement A. densiflorus ‘Sprengeri’] et les espèces similaires) produisent des racines tellement denses et nombreuses qu’elles compactent sérieusement le terreau dans lequel elles poussent, réduisant ainsi leur capacité de rétention d’eau et les laissant constamment dans un état de stress hydrique. (Et vous vous demandiez pourquoi la pointe des feuilles de votre plante-araignée était brune et sèche: c’est que la pauvre plante manquait constamment d’eau!) Il est sage de rempoter ces plantes annuellement… en réduisant par la taille leur masse de racines chaque fois.

Ce dracéna a produit tellement de racines que ces dernières ont soulevé la plante hors du pot, laissant le haut de sa motte de racines exposée à l’air! Photo: http://www.ourhouseplants.com

Les dracénas (Dracaena marginata et autres espèces) et d’autres arbres d’intérieur similaires produisent de longues racines d’ancrage. Dans la nature, ces racines sont utiles, car elles fixent la plante solidement au sol et lui permettent de survivre aux vents et aux orages, mais dans un pot, elles ne sont pas très performantes, car elles n’absorbent presque pas d’eau ni de minéraux. À la place, elles se contentent de tourner en rond dans le pot. N’hésitez pas alors à supprimer ces racines désormais inutiles!

Quand rempoter

Idéalement, vous rempoteriez votre plante lorsqu’elle est en croissance ou sur le point de lancer une nouvelle saison de croissance, car elle récupérera alors plus rapidement. Donc, le printemps et l’été sont de bons moments pour le faire, bien qu’il soit préférable d’éviter le rempotage, surtout si la taille des racines sera importante, lorsque la plante est en boutons ou en fleurs. 

Pour les jardiniers de l’hémisphère Nord, la meilleure période pour un rempotage avec taille des racines est la fin de février et le mois de mars, juste au moment où la plupart des plantes d’intérieur commencent à se réveiller après des mois de léthargie hivernale.

Passons à l’acte

Commencez par couper toutes les racines qui traversent les trous de drainage. Photo: inhabituelseeds.net

D’abord, coupez au sécateur toute racine qui sort des trous de drainage et envahit la soucoupe. Non seulement a-t-elle prouvé par sa fuite du pot qu’elle est tout à fait inutile, mais elle retiendrait la plante dans le pot, vous empêchant d’aller plus loin.

Maintenant, sortez la plante de son pot. Vous constaterez probablement que sa motte est complètement dominée par des racines. Que faire?

* Ce jeune croton (Codiaeum variegatum) n’est pas encore à l’étroit dans son pot, mais le sera sous peu, car ses racines inférieures commencent à encercler la motte. C’est le moment idéal pour les supprimer. Photo: Mike Kincaid

Parfois, surtout lorsque le reste de la motte montre plus de terreau que de racines, il suffit de tirer sur les racines encerclantes au fond du pot, puis de les sectionner à la source avec un sécateur. Problème réglé… du moins, pour l’année en cours.




Si la motte est entièrement recouverte de racines, découpez des tranches de racine de tous les côtés de la motte ainsi qu’au fond. Ill.: Houseplants for Dummies, auteur Larry Hodgson






Si les racines sont partout, par contre, un traitement plus draconien s’impose. Prenez un couteau bien aiguisé et coupez environ 2 à 3 cm de racines tout autour de la plante, y compris en dessous. J’utilise pour cela une scie d’élagage: oui, une conçue pour élaguer des branches d’arbres. Elle travaille vite et bien!

Enlever une mince couche de racines est valable si vous avez l’intention de rempoter la plante dans un pot plus gros, mais si elle retournera dans un pot de la même taille (le cas, par exemple d’un arbre d’intérieur que vous ne voulez plus voir grandir), coupez encore plus: 5 cm, 10 cm… tout dépend des dimensions de la motte. Comme mentionné, vous pouvez tailler jusqu’à un tiers des racines de la plupart des plantes sans leur faire de tort.

Avec vos doigts ou un outil, faites tomber une bonne partie du vieux terreau. Photo: http://www.nicheplantshop.com

Cette taille faite, vous feriez aussi bien d’éliminer une partie de l’ancien terreau aussi, car il est probablement contaminé par des sels minéraux en excès si la plante n’a pas été rempotée depuis 2 ou 3 ans. Passez à travers les racines avec vos doigts, un piquet, un crayon ou une baguette pour faire tomber environ un tiers du vieux terreau.

Maintenant, rempotez en utilisant du terreau frais, centrant bien sûr la plante dans son nouveau domicile et faisant pénétrer le nouveau terreau à travers les racines qui restent. Puis, arrosez bien. Si le terreau se tasse un peu après l’arrosage, rajoutez-en. 

Si possible, gardez la plante à l’ombre partielle pendant une semaine ou deux, le temps qu’elle récupère du choc, puis rapportez-la à son emplacement d’origine. Travail accompli!

Journaliste et blogueur horticole, auteur de plus de 60 livres de jardinage, conférencier très en demande et jardinier passionné, le jardinier paresseux, Larry Hodgson, vit et jardine à Québec. Le blogue le jardinier paresseux offre plus de 2 000 billets aux amateurs de jardinage, toujours dans le but de démystifier le jardinage et le rendre plus facile aux participants. Si vous avez une question sur le jardinage, entrez-la dans Recherche: la réponse s’y trouve probablement déjà.

11 comments on “Quand le pot comprime les racines

  1. Caroline Fréchette

    Bonjour, merci pour tous les conseils. J’étais un peu désespérée à l’idée d’acheter de nouveaux pots plus grands et d’avoir plusieurs plantes trop grandes. Simple question : est-ce qu’il est mieux d’attendre le printemps où est-ce qu’on peut faire une coupe de racines n’importe quand ? Merci !

  2. Bonjour Le Paresseux,

    J’apprends tellement à vous lire ! Jusqu’à présent, j’achetais des sujets tout petit dans des pots de 4cm de diamètre, puis une fois qu’ils étaient trop gros pour chez moi, je les offrais. J’aurais jamais osé couper la racine d’un tiers.

    Merci donc de ces informations,
    Willy

  3. Ping : Quand le pot comprime les racines — Jardinier paresseux – Titre du site bloginfogealia

  4. Bonjour, Je découvre votre blog que je trouve très instructif, merci pour ce partage de connaissances 🙂
    Concernant ce sujet des plantes restées trop longtemps en pot j’aurais voulu votre avis sur le cas des arbres.
    Nous avons récupérés des Lilas laissés en pots de ±40cm de Ø depuis une bonne quizaine d’années.
    Ces Lilas ont donné plusieurs ‘pousses’ de ±60 cm de haut, leur croissance semble figée, leurs feuilles sont plus petites (un peu comme des bonzaïs) et ils ne fleurissent plus depuis plusieurs années…

    Ma question est la suivante :
    Si nous les replantons en pleine terre, reprendront-ils une croissance normale jusqu’à devenir un arbre de 2-3 mètres de haut, ou resteront-ils dans cet état végétatif ?

    D’avance merci pour vos lumières sur ce sujet 😉
    GP

    • D’abord, il faut penser que ces lilas sont peut-être des lilas nains et, si oui, seront naturellement petits. Cela dit, être trop à l’étroit dans un pot aura aussi un effet sur un lilas de taille normale aussi.

      Oui, un lilas standard reprendra sa forme normale, mais peut-être assez lentement, car ces racines seront encore en bonne partie prisonnières de dense motte formée pendant tant d’années de compression.

      Il serait alors sage, lors de la transplantation, de trancher verticalement dans les racines extérieures sur 2 ou 3 cm de profondeur à 4 ou 5 endroits. Cela stimulera, après la plantation, une reprise du développement des racines et alors une croissance supérieure plus rapide.

  5. Super site! Bravo, j’ai trouvé toutes les réponses aux questions que je me posais. Merci!

  6. Ping : Une métamorphose beauté pour plantes d’intérieur – Jardinier paresseux

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