Des plantes d’amour

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Ne-m’oubliez pas (Myosotis sylvatica). Photo: seedcorner.com

En cette journée de la Saint-Valentin, la fête des amoureux, j’ai pensé qu’il serait amusant de consacrer cette chronique aux plantes dont le nom évoque l’amour… et il y en a plusieurs.

Ne-m’oubliez-pas: c’est le nom commun du Myosotis sylvatica, cette petite plante bisannuelle aux fleurs printanières bleu ciel à œil blanc.

La légende derrière le nom est des plus charmantes. C’était un chevalier français qui se promenait le long d’une rivière avec sa dame. Il se pencha pour lui cueillir une jolie petite fleur bleue, mais perdit l’équilibre à cause de son armure et tomba dans le courant. Avant de sombrer pour toujours, il lança la fleur vers sa dame en criant «Ne m’oubliez pas!» et ce nom est resté pour toujours accolé à la plante. D’ailleurs, même si le nom est d’origine française, il fut adopté dans d’autres langues: Forget-me-not en anglais, Vergissmeinnicht en allemand, no-me-olvides en espagnol, etc.

Il y a d’ailleurs une autre légende qui explique ce nom original, une légende moins romantique, mais amusante quand même. On dit que Dieu avait assemblé toutes les fleurs pour donner à chacune un nom, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une. Lorsque Dieu s’est tourné comme pour partir, la petite plante a crié «ne m’oubliez pas!». «Ainsi sera ton nom», décida alors Dieu.

En plus des bleus, on peut trouver des ne-m’oubliez-pas roses et blancs. Photo: Thompson & Morgan

Le ne-m’oubliez-pas le plus couramment cultivé est celui des forêts (Myosotis sylvatica), d’origine européenne, mais bien établi en tant que plante adventice un peu partout dans le monde. Il pousse facilement dans les jardins de climat tempéré (zones de rusticité 3 à 8), se resemant abondamment, ce qui fait en sorte qu’une seule plante puisse en devenir assez rapidement des dizaines. Il pousse mieux dans les emplacements humides, au soleil ou à la mi-ombre. 

Il existe environ 75 autres espèces de ne-m’oubliez-pas, à la fois des variétés de climats tempérés et de climats tropicaux, donc, peu importe où vous résidez, il y a probablement une espèce adaptée à vos conditions, du moins, si vous profitez d’un emplacement au sol plutôt humide.

Cœur-saignant (Laprocapnos spectabilis). Photo: Wuzur, Wikimedia Commons

Cœur-saignant (Dicentra spectabilis, maintenant Laprocapnos spectabilis): cette grande vivace — aussi appelée cœur-de-Marie ou cœur-de-Jeannette — est bien connue des jardiniers — et des amoureux! — pour sa fleur qui fait une jolie réplique d’un cœur, avec ses deux lobes supérieurs arrondis. Ses fleurs sont suspendues d’un mince pédicelle à partir d’une tige arquée pour un effet des plus remarquables. La forme normale porte des fleurs roses, mais on peut aussi trouver ‘Alba’, à fleurs blanches, et ‘Valentine’, à fleurs rouges, ainsi que ‘Goldheart’, à fleurs roses, mais à feuillage doré. Parfaitement adapté aux climats tempérés humides, le cœur-saignant est une vivace de longue vie que nos grands-parents connaissaient bien. Par contre, il fleurit plutôt à la fin du printemps, pas à la Saint-Valentin. Zones de rusticité 3 à 9.

Collier de cœurs (Ceropegia woodii). Photo: amazon.com

Collier de cœurs (Ceropegia woodii): il s’agit d’une plante d’intérieur produisant de longues tiges retombantes et portant de petites feuilles succulentes en forme de cœur. Les feuilles sont très décoratives, pourpres au revers et vertes aux nervures argentées sur le dessus. Plante succulente, elle pousse avec peu de soins autres qu’un arrosage occasionnel, mais nécessite un emplacement ensoleillé. 

Amour-en-cage (Physalis alkekengi). Photo: Wikimedia Commons

Amour-en-cage (Physalis alkekengi): cette plante envahissante à capsule papyracée orange a une profusion de noms communs: lanterne chinoise, coqueret, alkékenge et bien d’autres. C’est une fleur séchée populaire, utilisée dans beaucoup de bouquets. Aussi, la plante pousse à profusion dans nos jardins, au point de devenir une mauvaise herbe. Le nom «amour-en-cage» vient du fait que, si on ne récolte pas la branche pour la faire sécher, la capsule orange perd peu à peu son parchemin extérieur, ne laissant que des filets minces comme les barreaux d’une cage à travers lesquels on peut voir le petit fruit rouge, «l’amour» du nom amour-en-cage. Zones de rusticité 3 à 9. 

Cerisier de l’Amour ( Prunus maackii). Photo: http://www.vdberk.com

Cerisier de l’Amour*quel joli sobriquet pour le petit arbre Prunus maackii, n’est-ce pas? Sûrement qu’il y a une belle légende derrière le nom! Mais non. L’Amour est tout simplement le nom d’un grand fleuve asiatique qui sépare notamment la Sibérie de la Chine. Cet arbre pousse dans le secteur, d’où le nom «cerisier de l’Amour», tout simplement. C’est la même situation pour l’érable de l’Amour (Acer tatarica ginnala) et le phellodendron de l’Amour (Phellodendron amurensis). Tous sont des arbres adaptés aux climats tempérés frais à froids: zones de rusticité 3 ou 4 à 8.

*N’écrivez pas «cerisier de l’Amur», une appellation qu’on voit pourtant couramment: c’est un anglicisme! Le fleuve en question s’écrit Amur en anglais, mais bien Amour en français.

Pomme d’amour (Lycopersicum esculentum). Photo: http://www.sparklinghill.com

Pomme d’amour: c’est le vieux nom pour la tomate (Lycopersicum esculentum). La légende veut qu’un galant rapportât des îles Caraïbes les premières graines de tomate pour les offrir à sa belle, d’où le nom. Une autre croyance veut toutefois que le nom «pomme d’amour» vienne des pouvoirs aphrodisiaques du fruit, et d’ailleurs, l’Église catholique a essayé de faire bannir ce fruit de peur que sa consommation provoque la débauche. Mais il est probable que le nom «pomme d’amour» soit en fait dû à une erreur de compréhension. Les Italiens appelaient la tomate pomo d’Mori (pomme des Maures), car elle venait d’un pays lointain. Un Français, entendant cette utilisation, aurait compris non pas pomo d’Mori, mais «pomo de amor» ou pomme d’amour. Ainsi, le nom fut adopté comme tel en France.

Pommier d’amour (Solanum pseudocapsicum). Photo: bidi bule, pinterest.ca

Pommier d’amour: c’est l’un des noms communs de Solanum pseudocapsicum, aussi appelé cerisier de Jérusalem et cerisier d’amour. Cette plante tropicale n’est pourtant ni un cerisier ni un pommier, mais une proche parente de la tomate. On l’appelle pommier d’amour justement parce que son fruit pommiforme rouge rappelle la tomate, autrefois appelée la pomme d’amour (voir la description précédente). Toutefois, n’offrez pas des fruits du pommier d’amour à votre dulcinée: ils sont toxiques. Pas mortels, mais assez puissants pour donner des maux gastriques très désagréables. C’est une plante tropicale (zones de rusticité 9 à 12), cultivée souvent comme plante d’intérieur.

Tiarelle feuille-en-cœur (Tiarella cordifolia). Photo: nhgardensolutions.wordpress.com

Tiarelle feuille-en-cœur (Tiarella cordifolia): rien de très romantique ici, car le surnom est tout simplement descriptif. La feuille de cette vivace des sous-bois de l’est de l’Amérique du Nord, dont du Québec, est en forme de cœur, voilà tout. Zones de rusticité: 3 à 9. D’ailleurs, cordifolia veut dire «à feuille en forme de cœur», tout comme cordata, un autre nom botanique souvent rencontré. Plusieurs autres plantes partagent des noms semblables, comme l’aulne feuille-en-cœur (Alnus cordata), le tilleul à feuilles en cœur (Tilia cordata), etc. 

Fleur de la passion (Passiflora spp.)

Passiflore bleue (Passiflora caerulea). Photo: eBay.com

Bien que les noms fleur de la passion et passiflore puissent sembler évoquer la passion de l’amour romantique, en réalité, le nom «fleur de la passion» vient de la passion du Christ. Aux XVe et XVIe siècles, les missionnaires catholiques espagnols établis en Amérique du Sud et centrale ont utilisé la fleur de cette plante indigène de la région pour enseigner la crucifixion de Jésus aux populations locales. 

Les 10 pétales et sépales représenteraient les 10 apôtres fidèles (moins Pierre, qui a renié Christ, et Judas, qui l’a trahi), les filaments symbolisent la couronne d’épines, l’ovaire évoque un marteau et les 3 stigmates sont les trois clous, tandis que les feuilles pointues sont des lances et des vrilles jouant le rôle des fouets qui ont flagellé le Christ. Même les anthères sont comptées: il y en a 5 pour les 5 blessures que Jésus a reçues.

Malgré cette origine strictement religieuse, le nom «fleur de la passion» est très évocateur et en est ainsi venu à symboliser l’amour passionné dans de nombreuses cultures. Et le fruit de cette plante, appelé, bien sûr, fruit de la passion, est depuis longtemps considéré comme aphrodisiaque.

Il existe plus de 500 espèces de passiflore, généralement des grimpantes. La plupart sont strictement tropicales, mais vous pouvez les cultiver dans des climats tempérés comme plantes d’intérieur ou annuelles. Il existe cependant quelques variétés assez rustiques, comme la passiflore officinale (Passiflora incarnata) et P. ‘Encens’, adaptées aux zones de rusticité USDA 6 à 10, et qu’on peut alors cultiver un peu partout en Europe centrale, mais pas au Québec.

Hoya d’amour (Hoya kerrii). Photo: homebyfaith.ca
Feuille de hoya d’amour enracinée. Photo: alleideen.com

Hoya d’amour (Hoya kerrii): c’est une plante grimpante tropicale cultivée comme plante d’intérieur dont les feuilles épaisses et coriaces sont en forme de cœur. La plante est facile à cultiver, du moins si vous disposez d’une fenêtre relativement bien éclairée, mais sa croissance est très lente. Certains marchands vendent même des feuilles de l’hoya d’amour en pot comme cadeau de la Saint-Valentin. Ces feuilles s’enracinent, mais sont «borgnes» et ne donneront jamais une plante (ou si rarement!). Elles meurent après quelques années sans avoir montré le moindre signe de vie. Triste fin pour une feuille d’amour!

Ill.: http://www.askideas.com

Bonne Saint-Valentin à tous les amoureux!

13 réflexions sur “Des plantes d’amour

  1. Sophie Lassonde

    Merci beaucoup pour votre chronique Valentine, comme quoi l’amour n’est pas juste un sentiment, ça peu être végétal!

    Bonne St-Valentin M. Le Jardinier 💙

  2. valérie

    Très belle énumération de plante d’Amour. Une amie a un Hoya d’amour qui se comporte en effet comme une grimpante et lui fait plein de  » petits ». Je suis verte de jalousie, la mienne que j’ai depuis des années ne bouge pas du tout.
    )^-^(

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