Le stévia: les jardiniers aiment le vrai

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Le stévia: si facile à cultiver. http://www.Splenda.com

J’ai récemment vu une publicité très amusante au sujet du stévia à la télévision américaine. L’annonce se moquait gentiment des jardiniers amateurs et de leur enthousiasme naïf à tout vouloir cultiver eux-mêmes. N’est-il pas plus facile, suggèrait l’annonce, d’ouvrir un sachet d’édulcorant sans calories Splenda Stevia et d’avoir des résultats instantanément plutôt que de devoir cultiver la plante vous-même? 

Vidéo: http://www.splenda.com

Je vous suggère de la regarder, en espérant que vous comprenez l’anglais.

Je me suis vu tout le long dans cette annonce. Mon zèle pour la moindre chose qui pousse, ma conviction que tous mes projets horticoles vont réussir, mes rêves de produire ceci et cela et d’impressionner tout le monde, c’est tellement moi! Il y a seulement la section sur l’ado attardé — le Tanguy — qui dit «Je vais en cultiver dans ma garde-robe et il n’y a rien que vous — ni même ma maman! — pouvez faire pour m’en empêcher!» qui ne me colle pas à la peau. Cela ne me ressemble pas du tout, mais plutôt à mon fils!

La prémisse de l’annonce est que vous pourriez bien sûr cultiver du stévia vous-même, de façon illicite, comme une culture de marijuana, mais pourquoi le faire, puisque le stévia concentré de leur marque, en poudre, est déjà disponible et si facile à utiliser. Mais c’est mal connaître les jardiniers. Nous sommes probablement les gens les moins intéressés au monde par les produits tout prêts. Nous aimons le défi de cultiver des plantes nous-mêmes. Des tomates maison qui goûtent vraiment la tomate plutôt que les tomates de supermarché au goût de carton, etc. Donc, plutôt que de me donner envie d’acheter du Splenda Stevia, cette annonce a plutôt renouvelé mon d’intérêt pour la plante… d’où cet article!

Et de toute façon, je cultive déjà du stévia depuis une décennie, et ce, à l’année. Alors, aller chercher quelques feuilles pour agrémenter une boisson ou un repas me paraît moins compliqué que de devoir me déplacer au supermarché à la recherche de sachets de stévia en poudre.

Qu’est-ce que le stévia?

Le stévia (Stevia rebaudiana). Photo: goodwitcheshomestead.com

Le stévia est peut-être désormais un édulcorant commercial, mais c’était à l’origine une plante: Stevia rebaudiana, de la famille des Astéracées. Son nom honore Pedro Jaime Esteve (1500–1556), un médecin et botaniste espagnol, tandis que l’épithète rebaudiana honore Dr Ovid Rebaudi, le chimiste paraguayen du XIXe siècle qui fut le premier à extraire des composants au goût sucré de la plante.

Le stévia est originaire d’Amérique du Sud où il est utilisé depuis environ 1500 ans par les Guarani du Brésil et du Paraguay qui l’appellent «ka’a he’ẽ» («herbe douce»). Ils l’utilisent pour édulcorer les aliments et les médicaments amers et aussi comme collation. Son goût sucré vient des glycosides que ses feuilles contiennent, comme le stévioside et le rébaudioside. Curieusement, ces composés chimiques servaient à l’origine à repousser les insectes qui, eux, n’apprécient pas leur goût. Mais, pour l’humain, le stévia frais goûte 10 fois plus sucré que le sucre. (Le concentré commercial peut être jusqu’à 300 fois plus sucré que le sucre!) Or, si nous apprécions la douceur de la plante, nous ne pouvons pas digérer ces glycosides. C’est pourquoi le stévia est un produit souvent jugé intéressant par les personnes désirant réduire leur consommation de calories. 

La plante forme un sous-arbrisseau d’environ 30 à 80 cm de hauteur portant des feuilles opposées oblongues, vert moyen, légèrement duveteuses avec des nervures proéminentes, une marge dentée et un pétiole très court, parfois absent. Les jeunes tiges sont vertes, mais elles se lignifient et deviennent brunes avec le temps. Les tiges sont dressées au début, mais tendent à plier si on ne les taille pas à l’occasion. 

Fleurs de stévia. Photo: Forest and Kim Starr, Wikimedia Commons

De petits bouquets de minuscules fleurs blanches sont produits à la fin de l’automne, car c’est une plante de jours courts. Les fleurs ne sont pas particulièrement attrayantes et il est probablement préférable de les supprimer.

La culture du stévia

En dépit de son origine subtropicale, le stévia se cultive facilement en plein air dans les climats tempérés, du moins comme plante annuelle. Ou à l’intérieur comme plante d’intérieur comestible. Et il n’est pas plus compliqué à cultiver que toute autre plante courante.

En plein air

Le stévia se cultive facilement au potager. Photo: http://www.westcoastseeds.com

On le repique au jardin au même moment où l’on plante les tomates et les poivrons: quand à la fois le sol et l’air se sont bien réchauffés (évitez les températures inférieures à 10 °C).

Plantez le stévia en plein soleil dans presque dans toute bonne terre de jardin: bien drainée, uniformément humide, avec un pH allant d’acide à alcalin (5 à 8), bien qu’une plage de 6,7 à 7,2 lui convienne mieux. Autrement dit, vous n’avez pas à vous plier à ses caprices: il sera probablement très heureux dans le potager ou la plate-bande que vous avez déjà.

Espacez les plantes d’environ 20 à 25 cm et gardez-les uniformément humides. Un bon paillis peut être utile pour assurer une humidité constante. Vous aurez probablement besoin de les arroser pendant les périodes de sécheresse. Les plantes en pot sèchent plus rapidement que les plantes de jardin, alors il faut les garder à l’œil.

Quel que soit le fertilisant ou le compost que vous appliquez à vos autres plantes de jardin, le stévia s’en accommodera très bien. Il n’est d’ailleurs pas utile de le fertiliser trop abondamment: comme pour la plupart des herbes condimentaires, son goût est plus concentré lorsque la plante est un peu sous-fertilisée.

Le stévia ne tolère pas le gel et il faut alors penser rentrer les plantes ou des boutures à l’automne. Dans les régions au climat modéré, il arrive parfois à survivre: le feuillage sera tué par le moindre gel, mais il peut alors repousser à partir de ses racines. Un gel prolongé, cependant, le tuera.

Dans la maison

Le stévia s’étiole souvent l’hiver, mais est autrement assez facile à cultiver à l’intérieur. Photo: countrylivinginacariboovalley.com

Le stévia pousse bien à l’intérieur à condition de lui offrir un éclairage assez intense. Un rebord de fenêtre ensoleillé ou un emplacement sous des lampes de culture fluorescentes ou DEL lui conviendront à merveille. Comme l’annonce l’infère, il aime les mêmes conditions que la marijuana!

À la lumière naturelle, il s’étiolera probablement un peu pendant les journées courtes et grises de l’hiver, mais vous pourrez alors le rabattre et il repoussera assez prestement. Sa croissance sera plus dense et robuste pendant le printemps et l’été.

Arrosez-le comme presque n’importe quelle plante d’intérieur: lorsque son terreau est sec au toucher, inondez sa motte de racines d’eau tiède. La fréquence d’arrosage dépendra de ses conditions de culture ainsi que de la taille du pot (les plantes dans de petits pots auront besoin d’un arrosage plus fréquent).

Le stévia ne tolère pas les sols secs et flétrit rapidement quand l’eau manque. Heureusement, il récupérera rapidement si vous l’arrosez sans trop tarder. Mais le laisser sécher n’est pas une bonne idée et si vous répétez l’expérience trop souvent, vous finirez par le perdre. 

La température ambiante de nos demeures lui convient parfaitement et il tolère, mais n’apprécie pas, l’air sec, souvent un problème l’hiver. Si vous pouvez augmenter l’humidité au moyen d’un plateau humidifiant ou d’un humidificateur, il l’appréciera. 

Quant à la fertilisation, n’importe quel engrais fera l’affaire. Appliquez-le au printemps et en été.

Rempotez votre stévia annuellement, car la plante produit des rejets et remplira éventuellement son pot. Lorsque vous remarquez qu’il a besoin d’arrosage plus d’une fois par semaine, vous pouvez être sûr que votre plante manque sérieusement d’espace pour ses racines et qu’un rempotage est dû.

Enfin, il semble très résistant aux insectes et aux maladies. Ses «principaux ennemis» quand on le cultive dans la maison sont un éclairage trop faible et un arrosage insuffisant.

La multiplication

Le stévia est une plante de relativement courte vie. Après deux ou trois ans, il sera donc temps d’en démarrer d’autres.

On peut facilement multiplier le stévia par bouturage. Photo: Stephen Nellas

Il est facile à bouturer. Vous pouvez le bouturer à n’importe quelle saison, mais la plupart des jardiniers le feront probablement au début de l’automne dans le but de rentrer un plant ou deux pour l’hiver. Appliquez un peu d’hormone d’enracinement sur la tige coupée et insérez-la dans un pot de terreau légèrement humide. Ensuite, cultivez-la à l’étouffée. Vous pouvez également la faire enraciner dans l’eau, mais le taux de succès est beaucoup plus faible. 

Une autre façon pour multiplier le stévia est de diviser la plante, car la plante mère est toujours entourée de bébés faciles à repiquer.

Quant à sa multiplication par semences, c’est plus compliqué. 

D’abord, sachez que vous ne pourrez probablement pas obtenir des semences viables à partir de votre propre plante de stévia. Elle est autostérile: il faut une pollinisation croisée pour que les fleurs produisent des graines. Or, dans une région donnée, presque toutes les plantes vendues en pépinière sont des clones et, sans deux plants différents, la fécondation n’est pas possible. De plus, dans la plupart des climats, vos plantes seront à l’intérieur au moment de la floraison (elle a généralement lieu en octobre et novembre), de sorte que les insectes pollinisateurs ne pourront pas les atteindre. Donc, il faut chercher des semences viables ailleurs.

Des semences de stévia sont offertes dans certains catalogues, mais le taux de germination est faible. Photo: http://www.exportersindia.com

Quant aux semences produites commercialement, elles sont parfois offertes, mais très compliquées à faire germer. D’ailleurs, le stévia est probablement l’une des herbes les plus difficiles à cultiver à partir de semences. Essayez de semer les graines à la surface d’un terreau à semis stérile légèrement humide, sans les recouvrir de terreau. Couvrez le plateau avec un dôme en plastique transparent pour assurer une culture à l’étouffée. Le terreau doit nécessairement être assez chaud, ainsi un tapis chauffant, offert en jardinerie ou sur Internet, est presque obligatoire. De plus, les semis ont besoin de lumière pour germer.

Même dans les meilleures conditions, le taux de germination dépasse rarement 25%.

Récolte

On peut récolter le stévia en toute saison. Photo: http://www.healthyfoodhouse.com

Vous pouvez récolter et utiliser des feuilles fraîches à tout moment de l’année, mais sachez que le goût est plus concentré à la fin de l’automne, juste avant la floraison. Alors, si vous cultivez du stévia avec l’intention de le faire sécher (ce qui concentre le goût tout en assurant une bonne durée de conservation), l’automne serait la saison la plus logique pour le faire.

La façon la plus simple pour récolter le stévia est de couper quelques tiges à environ 10 cm du sol (pour qu’elles puissent se régénérer), puis d’arracher les feuilles des tiges ainsi cueillies. Sachez que l’extrémité supérieure de la tige, où les tissus sont encore tendres, est aussi parfaitement comestible.

Utilisation du stévia

Le stévia s’emploie de multiples façons en cuisine. Photo: Lilgrandma likes, pinterest.ca

Je suis plus jardinier que cuisinier, ne faisant alors qu’un usage assez limité des feuilles de stévia, et un seul plant me suffit donc. Le plus souvent, je mange les feuilles fraîches comme collation, en passant à côté de la plante. Quand mes petits-enfants me visitent, ils font toujours une razzia des «feuilles sucrées», comme ils l’appellent.

Bien sûr, le stévia a beaucoup d’autres utilisations. Sans doute, on le connaît surtout comme édulcorant pour les boissons: thé, café, limonade, etc. Une feuille de stévia frais équivaut à environ 5 ml de sucre. On peut aussi le saupoudrer sur des céréales chaudes ou froides ou l’ajouter à des smoothies et des yaourts. Il est également utilisé dans la cuisson de toutes sortes: gâteaux, biscuits, etc., mais il faut alors modifier la recette, car s’il ajoute un goût sucré intense, il n’a pas la masse du sucre. Par exemple, 5 ml de feuilles de stévia séchées et broyées ont environ le même pouvoir édulcorant que 250 ml de sucre.

Notez que les feuilles de stévia ont aussi un léger arrière-goût de réglisse, ce qui plaît à certaines personnes et moins à d’autres. Cette saveur a été retirée des concentrés commerciaux, mais est présente dans les feuilles fraîches et séchées. Si ce goût vous dérange, sachez que certains cultivars, comme ‘Sweetie Star’, ont un arrière-goût nettement réduit.


Je remercie Splenda pour son annonce qui m’a bien fait rire, mais je préfère toujours la plante au produit commercial et je recommande à mes lecteurs aussi d’essayer sa culture!

7 réflexions sur “Le stévia: les jardiniers aiment le vrai

  1. Carmen

    Un problème avec le stevia que nous cultivons, c’est que réduit en poudre et ajouté aux aliments pour les sucrer, il les teinte en vert. Du yogourt verdâtre, par exemple, ce n’est pas tellement ragoûtant…

  2. Anne-Marie Simard

    Allo, j’ai acheté des bulbes de renoncules… nous sommes fin janvier, que dois-je faire ?

    Les mettre au frais ? Les partir à l’intérieur?

    Merci

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