La plus facile des plantes d’intérieur?

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Philodendron grimpant (Philodendron hederaceum). Photo: http://www.crocus.co.uk

Quelle plante d’intérieur est la plus facile à cultiver? Il est fort probable que ce soit le philodendron grimpant (Philodendron hederaceum).

Cette plante de la famille des Aracées est largement répandue dans les tropiques du Nouveau Monde. Elle fut introduite à la culture par le capitaine William Bligh (les férus d’histoire se souviendront de lui en tant que survivant d’une mutinerie célèbre) qui rapporta un spécimen des Caraïbes au Jardin botanique Kew de Londres en 1793. Mais c’est en 1936 que le philodendron grimpant connut son introduction au grand public quand le magasin Woolworth’s commença à vendre des philodendrons aux États-Unis à 5¢… et lança ainsi la mode des plantes d’intérieur. 

Si le nom botanique de cette plante (P. hederaceum) paraît nouveau, c’est qu’il y a beaucoup de confusion au sujet du nom véritable de cette plante. Pendant longtemps, elle a été vendue sous les noms P. oxycardiumP. scandensP. cordatum et P. micans. Cependant, P. hederaceum est le premier nom donné (1829) et a donc priorité, une situation qui a été officiellement confirmée en 2012.

Une liane

À l’état sauvage, le philodendron grimpant se fixe sur les troncs d’arbre par ses racines aériennes. Photo: Alex Popovkin, Wikimedia Commons

Il s’agit d’une plante grimpante dans la nature: une liane. Ses longues tiges portent, à chaque nœud, une feuille vert foncé en forme de cœur et de petites racines aériennes adhésives qui permettent à la plante de monter au sommet des arbres. D’ailleurs, vous comprendrez le sens de son nom: philo, qui aime, et dendron, les arbres, car notre sujet aime bien les arbres. D’ailleurs, tout le nom est évocateur: hederaceum veut dire «comme un lierre», encore une référence à sa nature grimpante.

Philodendron grimpant en chute libre. Photo: plantify.co.za

Dans nos maisons, comme les arbres sont rares, on l’utilise plutôt en panier suspendu, le laissant retomber, parfois jusqu’au plancher. Par contre, si vous placez votre philodendron près d’un mur, il finira par s’y fixer grâce à ses racines aériennes et montera par la suite jusqu’au plafond. 

Si vous laissez retomber votre philodendron, vous remarquerez que ses feuilles rapetisseront. Si vous le faites grimper, par contre (on peut, par exemple, le laisser se fixer sur un tuteur recouvert de mousse), les feuilles grossiront. 

C’est aussi le cas dans la nature — les feuilles deviennent parfois gigantesques quand elles arrivent au sommet des arbres: jusqu’à 50 cm de long et 35 cm de large! C’est seulement alors que le philodendron grimpant fleurit, avec des inflorescences verdâtres qui ressemblent à des fleurs de petit prêcheur (Arisaema triphyllum). Pour autant que je sache, faute d’arbre de 30 m sur lequel se hisser, le philodendron grimpant n’a jamais fleuri en appartement. 

Un grand succès: deux raisons

Le philodendron grimpant fait certes une plante relativement belle, mais n’est pas la plus jolie des plantes d’intérieur. Comment alors expliquer que cette plante fut longtemps la plante d’intérieur la plus cultivée de la planète et qu’elle demeure encore sur la liste des 10 plus populaires?

Le philodendron grimpant survit même aux négligences les plus sévères. Photo: alchetron.com

D’abord, le philodendron grimpant est incroyablement facile à cultiver. Placez-le à l’ombre ou au soleil, arrosez-le beaucoup ou presque pas, ajoutez de l’engrais souvent ou jamais et toujours il réussira. En deux mots, il est increvable. Je ne connais que 2 façons de le tuer: le mettre dehors l’hiver sous un climat froid (d’origine tropicale, il ne tolère aucunement le gel) et le chauffer au four micro-ondes. 

L’autre raison est qu’il est si facile à multiplier. Prélevez n’importe quelle section de tige ayant au moins 2 nœuds (points d’attache de feuilles) et enfoncez son extrémité dans un terreau humide. En moins d’un mois, elle sera enracinée et en train de pousser. Ainsi, il se partage facilement avec parents et amis. 

Une culture raisonnée

Même s’il tolère l’ombre et les arrosages irréguliers, en fait le philodendron préfère recevoir un bon éclairage — au moins quelques heures de soleil indirect par jour — et un arrosage en profondeur quand son terreau est sec au toucher. Maintenez des températures normales d’intérieur en tout temps: 16-24 °C. À 15 °C et moins, surtout si cette température persiste longtemps, il commence à dépérir. Et encore, même s’il tolère la faible humidité qui règne dans nos demeures pendant l’hiver, il est plus beau quand on lui assure une humidité atmosphérique de 50% ou plus. 

Tout terreau pour plante d’intérieur conviendra parfaitement, mais si cela vous chante, vous pourriez aussi le cultiver dans un terreau pour orchidées. Un rempotage aux 3 ou 4 ans lui est bénéfique. 

On peut le fertiliser ou pas. Si on le fertilise (avec l’engrais de votre choix, pendant sa période de croissance, soit du printemps au début de l’automne), il poussera plus rapidement. Si vous voulez ralentir sa croissance, arrêtez de le fertiliser.

Pincez-le de temps à autres pour obtenir une croissance plus dense. S’il devient trop gros, n’hésitez pas à le tailler plus sévèrement. Si vous ne le pincez ou ne le taillez jamais, la tige s’allongera… presque à l’infini! Un spécimen cultivé à Amhurst, Massachusetts, États-Unis mesurait 339,55 m de long après 33 ans de culture, faisant de nombreuses fois le tour de la pièce où il était cultivé… mais un tel spécimen n’est pas très élégant: les vieilles feuilles tombent éventuellement, laissant de longues tiges presque nues avec seulement des feuilles à l’extrémité. Mieux vaut le tailler pour obtenir une apparence attrayante.

En échange d’un entretien adéquat, le philodendron grimpant est un excellent dépollueur d’air et il absorbe la poussière comme pas un (il s’en nourrit, d’ailleurs!). 

Un bémol?

Il faut savoir que le philodendron grimpant, comme la majorité des Aracées, a longtemps été réputé toxique, mais que cette toxicité est maintenant mise en doute. Aucun cas d’empoisonnement n’est connu chez les humains et il semblerait que les rapports de toxicité chez les félins ont été exagérés ou mal interprétés. Il paraît que son goût est tellement désagréable que la victime le crache plutôt que de l’avaler, évitant tout empoisonnement. Malgré tout, il serait quand même sage de le placer hors de la portée des enfants et des animaux domestiques.

Variétés

Ce philodendron est très variable dans la nature et a donné aussi, par mutation, plusieurs formes horticoles.

P. hederaceum oxycardium est la forme usuelle, aux feuilles vert foncé en forme de cœur. 

Philodendron hederaceum ‘Micans’. Photo: http://www.cultivatepropagate.com

P. hederaceum ‘Micans’ (P. micans) est une forme juvénile aux feuilles veloutées sur le dessus et rougeâtres au revers. Si on le cultive longtemps, il perd sa coloration juvénile pour devenir entièrement vert. Pour maintenir son apparence juvénile, taillez-le de temps en temps.

Philodendron hederaceum ‘Brasil’. Photo: zimmerpflanzen-faq.de

P. hederaceum ‘Brasil’ porte une macule jaune irrégulière au centre d’une feuille vert foncé. C’est une variété très populaire. 

Philodendron hederaceum ‘Aureum’. Photo: archiwum.allegro.pl

P. hederaceum ‘Aureum’ produit des feuilles jaune chartreuse et des tiges de la même couleur. Les nouvelles feuilles sont orangées. 

Philodendron hederaceum ‘Variegatum’. Photo: http://www.glasshouseworks.com

P. hederaceum ‘Variegatum’ donne des feuilles striées de vert et de crème. Il faut maintenir des températures fraîches (16-20 °C), sinon il redevient vert.

Un sosie

Philodendron grimpant (Philodendron hederaceum) à gauche et pothos (Epipremnum aureum) à droite. Quand on les voit côte à côte, les différences sont plus évidentes. Photo: pinterest.com

Notez que le philodendron grimpant est souvent confondu avec un cousin, le pothos (Epipremnum aureum), une liane originaire de l’île Moorea de la Polynésie française, mais que le pothos a des feuilles moins nettement cordiformes et des tiges plus épaisses. Ses feuilles sont souvent striées de jaune ou de blanc.


En cultivant un philodendron, vous perpétuez une tradition presque centenaire. Partagez une bouture du vôtre avec un ami dès aujourd’hui!

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