Connaissez-vous le fruit miracle?

Par défaut

Le fruit miracle: Synsepalum dulciferum. Hamale Lyman, Wikimedia Commons

Je n’ai pas l’habitude d’abuser du mot «miracle», mais la baie de la plante appelée fruit miracle ou fruit miraculeux (Synsepalum dulciferum) a vraiment quelque chose de très spécial. Le petit fruit rouge oviforme n’est pas particulièrement sucré en soi, bien qu’il soit tout à fait comestible. Ce qui est surprenant est ce qui se passe après son ingestion. C’est que le fruit contient une glycoprotéine appelée miraculine (oui, c’est bien son nom!) qui se lie à vos papilles gustatives. Alors, si par la suite vous mangez quelque chose de sûr ou d’amer, cela active les récepteurs sucrés, ce qui donne l’impression d’un goût sucré.

Fruits miracles. Photo: MiracleFruitFarm

Une fois, j’ai apporté des baies à une conférence que je donnais sur des plantes d’intérieur inhabituelles et j’ai fait mâcher le fruit à quelques volontaires (je n’avais que 7 baies mûres à partager). Après, je les ai fait mordre dans une tranche de citron. Vous auriez dû voir le regard d’étonnement sur leurs visages! J’aurais pu leur faire essayer, de la même façon, des radis, des cornichons sûrs, des piments forts, de la moutarde, des tranches de pamplemousse ou de la bière. (Pour moi, la bière qu’on boit après avoir mâché un fruit miracle a un goût près de celui du champagne!)

Les fraises pour lesquelles vous avez payé une fortune, mais qui ne sont pas assez sucrées? Mâchez un fruit miracle et elles seront divines! Ou glissez un fruit miracle dans votre poche avant de vous rendre chez votre belle-mère dont la cuisine est tout simplement abominable. Ou faites mâcher une baie à un enfant (enlevez d’abord le pépin pour éviter tout risque d’étouffement) avant de lui administrer un médicament amer.

L’effet de la miraculine dure environ 20 à 60 minutes, soit le temps nécessaire pour que votre salive élimine la protéine.

Histoire

Distribution du fruit miracle à l’état naturel. Photo: florawww.eeb.uconn.edu.

Le fruit miracle n’a rien de nouveau: son effet est connu depuis des siècles. Il est originaire d’Afrique de l’Ouest où l’on cueille et mâche traditionnellement le fruit avant le repas. Le Chevalier des Marchais, cartographe et capitaine de navire négrier, a écrit un texte à son sujet dès 1724. En général, les efforts de commercialisation du fruit ont échoué, ainsi vous ne le trouverez pas en épicerie, mais il est néanmoins possible d’acheter des tablettes à base de fruits miracles sur Internet. 

Apparence 

Fruit miracle cultivé en plein air aux Philippines. Photo: http://www.galleon.ph

Le fruit miracle est un arbuste à feuilles persistantes mesurant environ 1,8 à 4,5 m de haut à l’extérieur, mais rarement plus de 1,5 m à l’intérieur, avec des feuilles elliptiques denses, vertes, lisses et allongées groupées en verticilles aux extrémités des branches. Les grappes de petites fleurs tubulaires brunes à blanches de 6 mm apparaissent sporadiquement tout au long de l’année, mais ne sont pas très remarquables. Les baies rouges de 2 à 3 cm, cependant, sont assez frappantes, ressemblant beaucoup aux cerises de caféier et avec un pépin de taille similaire à l’intérieur (que vous pouvez cracher discrètement), bien que les deux plantes ne soient pas apparentées. (Coffea arabica appartient à la famille des Rubiacées, le fruit miracle à celle des Sapotacées.)

Cultiver votre propre fruit miracle

Fruit miracle cultivé en tant que plante d’intérieur. Photo: http://www.logees.com

Le fruit miracle est un arbuste tropical. Dans les climats tempérés, il faut le cultiver à l’intérieur, du moins de l’automne au printemps. Il aime les sols acides (un pH 4,5 à 5,8), alors mélangez 50% de tourbe horticole («peat moss») ou d’un autre substrat acide à votre terreau pour plantes d’intérieur habituel. Pour les heureux lecteurs qui vivent sous les tropiques, là aussi il faut normalement amender le sol pour qu’il soit suffisamment acide.

Au début, j’ai eu du mal avec cette plante: elle semblait avoir besoin d’une très forte humidité et souffrait l’hiver sous les conditions de ma maison où je peine à maintenir une humidité relative de 50 %. J’ai donc appris à l’enfermer dans un grand sac de plastique transparent pour l’hiver, en utilisant des tuteurs pour que le plastique n’appuie pas sur les feuilles. Dans cette serre personnelle où le taux d’humidité approche les 100%, la plante passe l’hiver en parfait état, se croyant probablement de retour chez elle en Afrique de l’Ouest!

À l’état sauvage, le fruit miracle pousse à l’ombre partielle. À l’intérieur, loin des tropiques, où l’intensité du soleil est sérieusement diminuée, je suggère de lui donner le plus de soleil que vous pouvez tout en évitant les emplacements extrêmement chauds. Le fruit miracle préfère quand même les températures tropicales toute l’année. Évitez donc les températures inférieures à 15 °C si vous en avez la possibilité. On dit que les plantes établies peuvent tolérer un gel léger… mais elles ne l’aimeront pas!

Offrez-lui un arrosage «normal». Autrement dit, laissez le sol sécher légèrement, puis arrosez abondamment, et ce, à l’année. J’utilise pour l’arrosage l’eau municipale directement du robinet. (Non, je ne perds pas mon temps à laisser l’eau reposer 24 heures avant de l’utiliser.) Pour maintenir le pH bas, je fertilise du printemps au début de l’automne avec un engrais soluble acidifiant (essayez un engrais pour rhododendrons ou pour conifères) à un huitième du taux recommandé.

Les fleurs sont très bien cachées. Photo: Paulina Daruk, Twitter

Théoriquement, les fleurs du fruit miracle s’autopollinisent, mais pour être sûr, je pollinise quand même les fleurs avec un pinceau d’artiste si la plante est à l’intérieur au moment de la floraison. Si elle est en plein air (et presque toutes mes plantes d’intérieur passent l’été en plein air), je laisse les insectes s’en charger. 

En général, seulement un ou deux fruits par grappe mûrissent, rarement trois, du moins sous mes conditions. Habituellement, il y a 2 récoltes par année chez moi, s’étalant sur environ 45 à 60 jours, mais d’autres jardiniers en signalent 3 ou 4. Et je ne parle pas de paniers pleins de fruits: plutôt une poignée ou deux à la fois. J’ai vu cette plante en climat tropical à plusieurs reprises et même là, la production semble être plutôt clairsemée.

Le fruit miracle n’est pas immun aux insectes: faites attention aux cochenilles farineuses, aux cochenilles à carapace et, si l’air est sec, aux tétranyques (araignées rouges). Et la pourriture guette la plante dont le sol demeure trop humide ou qui est placée trop à l’ombre.

Quant à sa multiplication, on peut bouturer cet arbuste assez facilement. Faites-le à l’étouffée (sous plastique) dans un terreau humide et utilisez une hormone d’enracinement. On peut aussi semer les graines fraîches. Cependant, les plantes cultivées par semences ne produiront probablement pas de fruits avant de nombreuses années.

Où le trouver?

Parfois, on trouve des plantes de fruit miracle en jardinerie. Si vous en voyez une, achetez-la sans délai: c’est un événement assez rare!

J’ai obtenu ma plante par la poste de Flora Exotica (Canada). En Europe, essayez AlsaGarden. Aux États-Unis, vous pouvez commander une plante d’Amazon.com.

Mais ne faites pas venir cette plante frileuse en plein hiver: attendez la belle saison!

10 réflexions sur “Connaissez-vous le fruit miracle?

  1. Jaxx

    Depuis que j’ai vu un reportage sur le fruit de cette plante il y a plusieurs années, celui-ci me fascine énormément.
    L’industrie du sucre (que l’on peut comparer à une mafia), a tous fait pour interdire le fruit à la commercialisation, de peur de voir la suprématie du sucre s’effondrer. Des gens sont même mort…
    Bref, j’ai toujours voulu le tester, je vais essayer d’en faire pousser chez moi !

      • Olivier

        Je l’ai reçu ainsi il y a un mois et demi. L’arrosage et l’humidité sont correct et pour l’engrais, si j’ai bien compris c’est 1/8 de celui pour conifères ? La terre est peut-être trop peu acide ?

      • Ma suggestion: ne faites rien spécial pour l’instant. Si les plantes étaient comme cela à l’achat, le problème était ailleurs, pas chez vous. Vu que c’est un arbuste à croissance assez lente, mieux vaut laisser la plante s’acclimater à vos conditions avant de tirer quelque conclusions que ce soit. Si les nouvelles feuilles continuent de brunir, il peut être nécessaire de repenser les conditions de la plante.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.