Les fourmis: à la fois amies et ennemies

Par défaut

Si vous jardinez, il est certain vous rencontrez des fourmis. Elles sont partout! Différentes espèces sont présentes sur tous les continents (sauf l’Antarctique) et dans tous les environnements terrestres. Si certaines personnes sont horrifiées par leur présence et veulent les éliminer à tout prix, le jardinier sage apprendra à les tolérer et même à les accepter, réagissant seulement quand elles causent un véritable problème. 

En effet, il est important de comprendre que les fourmis sont à la fois bénéfiques et nuisibles… et que pour la plupart, c’est le côté bénéfique qui prime.

Leurs bons côtés

Prédatrices d’autres insectes

Peu de jardiniers se doutent de l’effet majeur que les fourmis peuvent avoir sur d’autres parasites du jardin. Très souvent, ce sont les fourmis qui les gardent sous contrôle. Les fourmis limitent le développement de nombreux indésirables — altises, perce-oreilles, limaces, etc. Les fourmis chassent activement de petits ravageurs et mangent aussi leurs œufs. Certaines plantes (la pivoine est la plus connue de ce groupe) offrent même du nectar et d’autres ressources aux fourmis, car leur présence rebute les insectes qui peuvent leur nuire. D’ailleurs, autrefois les agriculteurs encourageaient la présence de fourmilières dans leurs champs comme protection contre les vrais ravageurs.

Les fourmis servent de nourriture aux animaux bénéfiques

Le pic flamboyant (Colaptes auratus) est particulièrement friand de fourmis. Video: Pets, Animals, Travel, Docs, & Rare Musical Stuff, www.youtube.com

Contre leur gré, bien sûr, les fourmis nourrissent beaucoup d’animaux utiles. Toutes sortes d’oiseaux insectivores, dont les pics, les gélinottes et les trogolodytes, se nourrissent en partie de fourmis. C’est aussi le cas de nombreux autres animaux : crapauds, lézards, musaraignes, etc. Ces insectivores mangent aussi les insectes nuisibles et normalement vous voudrez donc encourager leur présence. Une façon de le faire est de tolérer la présence de fourmis sur votre terrain. 

Détritivores

Si vous prenez la peine d’observer les fourmis, vous les verrez transporter toutes sortes de déchets vers leurs nids: pétales de fleurs tombés, insectes et animaux morts, etc. En fait, elles nettoient nos jardins, comme autant de mini aspirateurs! Les fourmis charpentières vont encore plus loin et font décomposer le bois mort (souches, racines, etc.), non seulement en y creusant des tunnels, mais aussi en transportant des champignons et des bactéries qui continuent la dégradation du vieux bois, libérant l’espace pour d’autres cultures. 

Des aérateurs hors pair

En creusant leurs tunnels, les fourmis aèrent le sol. Photo: colleen721, DeviantArt

En dessous des fourmilières que vous voyez, il y a toute une série de tunnels et de galeries que vous ne voyez pas, mais qui sont utiles aux plantes. Votre terrain en est sans doute miné! Ces tunnels permettent la circulation d’air au niveau des racines et aussi la pénétration de l’eau et sont donc utiles à vos plantations.

Après les fleurs, le pot

Oui, les fourmis sont très utiles dans nos jardins, mais elles nous causent aussi parfois des ennuis.

À l’intérieur

Personne ne veut de fourmis dans sa maison. Photo: http://www.consumerreports.org

D’abord, tirons les choses au clair: si les fourmis peuvent être bénéfiques en plein air, elles ne le sont pas dans nos demeures. Si des fourmis pénètrent chez vous, vous avez tout à fait raison de vouloir les en chasser. Surtout s’il s’agit de fourmis charpentières. Elles sont une vraie peste dans la maison, car elles ne voient pas la différence entre une vieille souche à décomposer et le bois qui tient votre maison debout. Là, un exterminateur peut être nécessaire.

Fourmis éleveuses de pucerons

Certaines fourmis élèvent et entretiennent les pucerons. Photo: http://www.planetnatural.com

Aussi, si les fourmis protègent nos plantes contre certains insectes, parfois elles en protègent et même en élèvent d’autres. C’est le cas des insectes suceurs comme les pucerons et les cochenilles. Ces insectes sécrètent un liquide sucré appelé miellat que les fourmis adorent. Elles vont jusqu’à masser les insectes suceurs pour stimuler une plus grande production de miellat. Elles défendent ces insectes contre leurs prédateurs (coccinelles, chrysopes, larves de syrphes, etc.) et peuvent même les transporter d’une plante à une autre pour commencer une nouvelle colonie.

Curieusement, si les fourmis protègent certains pucerons et cochenilles, elles n’hésitent pas à en consommer d’autres. 

Il y a au moins un avantage relié à cet élevage: la présence de fourmis peut vous indiquer qu’il y a un problème. Si vous voyez une procession de fourmis qui montent dans un arbre ou un arbuste, ne tuez pas les fourmis: elles ne sont pas le problème! Mais cette action indique la présence d’insectes suceurs que vous aurez peut-être besoin de contrôler. 

Fourmis piqueuses

Notez le dard à extrémité de l’abdomen de cette fourmi du feu. Photo: http://www.npr.org

Et il y a aussi le cas des fourmis piqueuses, espèces que vous ne voudriez surtout pas avoir dans vos jardins, à cause de leur nature agressive et de leur piqûre douloureuse. Oui, contrairement à la plupart des fourmis, elles disposent d’un dard et n’hésitent pas à s’en servir sur les humains comme sur les animaux domestiques. Tondre la pelouse, désherber le potager ou étendre le linge près d’un de leurs nids devient chose presque impossible et on ne peut pas non plus laisser les enfants jouer à proximité.

Fourmi rouge d’Europe… mais photographiée à Vancouver, Canada, où elle est maintenant bien établie. Photo: Sean McCann, http://www.flickr.com

La fourmi piqueuse la plus connue est la fourmi rouge (Myrmica rubra), courante presque partout en Europe, dont en France, en Belgique et en Suisse. Et elle est maintenant solidement établie en Amérique du Nord aussi, notamment en Nouvelle-Écosse, apportée accidentellement au Nouveau Monde il y a plus de 50 ans. Elle est désormais présente, mais très localisée, au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Colombie-Britannique et en Ontario ainsi que dans 15 états américains. Sa piqûre est douloureuse, mais pas toxique.

La fourmi du feu est minuscule, mais très agressive et dangereuse. Photo: Scott Bauer, Wikimedia Commons

Mais on ne peut pas en dire autant de la fourmi du feu (Solenopsis invicta). Sa piqûre est tellement douloureuse qu’elle fut utilisée autrefois par certaines tribus d’Amérique du Sud pour torturer à mort leurs ennemis. Elle est très agressive envers les humains et quand elle pique, elle injecte un venin irritant provoquant des rougeurs cutanée et une sensation de brûlure intense… d’où, d’ailleurs, le nom fourmi du feu. Parfois, les personnes atteintes finissent à l’hôpital et celles qui y sont allergiques peuvent même en mourir.

La fourmi du feu devient peu à peu un fléau planétaire. Ill.:: James Wetterer, Wikimedia Commons

Cette fourmi sud-américaine a été introduite par accident aux États-Unis dans les années 1930 et s’étend rapidement dans le sud de ce pays, mais est limitée dans son expansion vers le nord par une intolérance aux hivers froids, heureusement pour les jardiniers canadiens. On la trouve maintenant aussi en Asie (Hong Kong est aux prises avec une infestation majeure), en Australie et dans les Caraïbes, apparemment introduite à partir des États-Unis. On considère la fourmi du feu comme une des pires espèces envahissantes de la planète.

À cause de leur dangerosité, ces deux fourmis piqueuses n’ont pas leur place dans nos jardins. Les deux font toutefois souvent des nids multiples et couvrent alors de vastes superficies, donc vous aurez plusieurs nids à contrôler. Dans ces cas, le meilleur traitement consiste à utiliser les services d’un exterminateur.

Contrôler des fourmis de tous les jours 

Mettant de côté les fourmis piqueuses et les fourmis charpentières qui se trouvent dans la maison, deux cas où les services d’un exterminateur sont souvent nécessaires, il vaut mieux apprendre à accepter les fourmis communes que vous trouvez sur votre terrain. Comme vous avez vu au début du texte, elles sont plus souvent bénéfiques que nuisibles. Vivre et laisser vivre, voilà l’attitude à adopter. 

Dans les rares cas où les fourmis vous posent vraiment des problèmes et qu’il vous faut éliminer une fourmilière, sachez que vous trouverez dans toute quincaillerie plusieurs produits anti-fourmis que vous pouvez utiliser. La plupart sont à base de bore, un élément naturel qui est toxique seulement à fortes doses. Or, les appâts à base de bore ne contiennent qu’une faible dose. Ainsi, la fourmi travailleuse qui ramasse l’appât contenant le bore n’est pas empoisonnée. Mais à force d’être nourrie par ce poison faible qui lui est apporté, la reine finit par succomber à une dose mortelle et alors la colonie disparaît. 

Le borax ressemble au sucre à glacer et les fourmis ne voient pas la différence. Photo: http://www.indiamart.com

Si vous préférez une recette maison, mélangez 5 ml de borax (produit nettoyant vendu dans les supermarchés et grandes surfaces) ou d’acide borique (aseptisant vendu en pharmacie) à une quantité égale de sucre à glacer. Versez le mélange dans un contenant afin que l’appât soit à l’abri de la pluie (une canette de soda ou de bière vide, par exemple) et placez-le près du nid à éliminer. Les fourmis trouveront le sucre et le rapporteront à leur reine sans remarquer la présence de bore.

Ces traitements au bore prennent trois à quatre semaines pour venir à bout d’une colonie, donc il faut s’armer de patience. 


Les fourmis: parfois des amies, parfois des ennemies, mais rarement a-t-on besoin de les contrôler.

Publicités

5 réflexions sur “Les fourmis: à la fois amies et ennemies

  1. Steve G.

    J’ai remarqué que le miel attire fortement les fourmis et lorsqu’elles entrent dans la maison, je cache le pot dans le frigo et elles ne viennent plus. Ça m’a fait penser de mélanger le borax avec du miel et de le mettre en appât dehors.

  2. Mon terrain sablonneux abritait un vrai royaume de fourmis, surtout à côté de ma boîte de compost, qui leur servait d’autoroute!
    Tous les jours je noyais leur palais, d’environ un mètre de diamètre, avec le boyau d’arrosage, et ils le reconstruisaient systématiquement au même endroit!
    Je n’ai pas lâché et elles ont fini par déménager. Je n’ai pas encore trouvé leur nouvelle résidence!
    Ceci dit, c’est fascinant de les voir travailler sans cesse!

  3. Richard Faubert

    Fascinantes photos et éclairantes explications!!!

    Me semble qu’il y en a moins cette année à Québec (je suis dans St-So). Je rêve ou le printemps froid et mouillé y est pour quelque chose?

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s