Les annuelles de grand-maman

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Si vous pouviez remonter au temps de votre grand-mère ou de votre arrière-grand-mère, vous seriez probablement surpris de ce qu’elle cultivait dans sa plate-bande.

Les plantes annuelles étaient les plantes les plus populaires dans les jardins domestiques pendant plus de 100 ans, des années 1830 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, mais vous n’auriez pas vu les impatiens ou les bégonias que nous connaissons aujourd’hui dans ses plates-bandes. Oui, grand-maman cultivait l’impatiens (Impatiens walleriana), qu’elle appelait impatiens du sultan ou balsamine, mais plutôt comme plante d’intérieur: elle n’aurait pas osé planter en plein air cette plante réputée si frileuse. Quant au bégonia des plates-bandes (Begoniasempervirens-cultorum), introduit en 1878, il était populaire dans les parcs publics de l’époque, mais peu de maisons avaient la serre chauffée nécessaire pour cultiver cette plante qu’il fallait démarrer à l’intérieur en plein hiver à partir de semences. 

D’ailleurs, grand-maman devait cultiver toutes ses annuelles à partir de semences ou de plantes qu’elle rentrait l’hiver, car les jardineries n’existaient pas à l’époque et personne n’avait encore pensé de vendre de jeunes annuelles en caissette en pépinière.

Les grands mufliers parfumés (Antirrhinum majus) étaient un classique des plates-bandes d’avant la Seconde Guerre mondiale. Photo: http://www.crocus.co.uk

Par contre, elle cultivait sans doute des mufliers ou gueules de loup (Antirrhinum majus) et des tabacs d’ornement (Nicotiana spp.), mais pas les variétés naines sans odeur que nous trouvons en jardinerie aujourd’hui, mais plutôt des variétés de grande taille au parfum intense. Ses pélargoniums, qu’elle appelait géraniums des jardins (Pelargoniumhortorum), n’étaient pas les plantes de bordure compactes que nous connaissons, mais des arbustes de bonne taille qu’elle hivernait dans sa chambre froide. Et les pensées (Violawittrockiana) qu’elle cultivait portaient de petites fleurs, pas de grandes fleurs comme aujourd’hui.

Cosmos ‘Sensation’ (Cosmos bipinnatus‘Sensation’), encore largement disponible, a remporté un prix Sélections All-America en 1936! Photo: silverfallsseed.com.

Bien sûr, il y a certaines annuelles que nous cultivons aujourd’hui qu’elle reconnaîtrait en un instant. Les cosmos (Cosmos bipinnatus), les capucines (Tropaeolum majus), les zinnias (Zinnia spp.), les œillets d’Inde (Tagetes patula) et les roses d’Inde (T. erecta) de son époque ne fleurissaient peut-être pas avec autant d’abondance ni aussi longtemps que les variétés d’aujourd’hui, mais leur apparence n’a pas vraiment changé beaucoup. Et les pétunias (Petuniaatkinsiana) de toutes tailles et formes étaient déjà largement disponibles à partir du début des années 1900. Elle les nommait saint-josephs, car on les semait à la Saint Joseph (19 mars). 

Le parfum comptait pour beaucoup

Si les efforts d’hybridation des annuelles après la Deuxième Guerre mondiale se sont concentrés sur des fleurs plus grandes et des plantes plus courtes, à l’époque de grand-maman, le parfum de fleurs était encore roi.

Les pois de senteur à l’ancienne (Lathyrus odoratus) étaient des grimpantes aux fleurs intensément parfumées. Photo: http://www.beansandherbs.co.uk

Nous avons presque tous oublié que le pois de senteur (Lathyrus odoratus) tire son nom de son parfum délicieux, car la plupart des pois de senteur modernes n’ont aucune fragrance. Du temps de grand-maman, cependant, son parfum exquis était considéré comme son attrait principal et toutes les variétés offertes étaient très odorantes. Leurs fleurs étaient plus petites que celles d’aujourd’hui, mais la gamme de couleurs était presque aussi vaste: rouge, rose, blanc, violet et bien plus encore. À l’époque, il n’y avait pas encore de pois de senteur nains, tous étaient des plantes grimpantes, utilisant des vrilles pour monter sur un treillis.

Et grand-mère cultivait les pois de senteur différemment de ce que nous faisons de nos jours. Le conseil général à l’époque était de les semer en pleine terre à l’automne pour une floraison précoce au printemps, puis de les rabattre sévèrement après leur première floraison afin de stimuler une seconde floraison à la fin de l’été.

Avec l’héliotrope (Heliotropium arborescens), plus la couleur est insipide, plus le parfum est intense! Photo: Stan Shebs, Wikimedia Commons

L’héliotrope (Heliotropium arborescens) était très populaire à l’époque de grand-maman. Son parfum était connu de tous et reste encore aujourd’hui l’odeur qu’on donne à la poudre pour bébé. Certes, l’héliotrope n’était pas la plus jolie des annuelles, avec ses grappes de fleurs bleu lavande insipides, mais quel parfum! Comme il était difficile à démarrer à partir de semences, grand-mère hivernait une ou deux plantes dans une pièce à peine chauffée, puis prenait des boutures au printemps pour parfumer son jardin d’été. Les cultivars modernes sont plus compacts et présentent de jolies fleurs pourpre foncé, mais n’ont pratiquement aucune odeur, même si la description qui les accompagne prétend le contraire! 

La mignonnette (Reseda odorata) non plus n’offre quasiment aucun impact visuel, mais quel parfum puissant… si vous pouvez trouver un clone à l’ancienne! Photo: http://www.impecta.se

La mignonnette (Reseda odorata) avait des fleurs verdâtres ou rosâtres insignifiantes, mais était incroyablement parfumée: une plante ou deux suffisait pour parfumer tout le parterre! Malheureusement, la plupart des cultivars modernes, aux couleurs nettement plus intenses, n’ont que peu ou pas de parfum. 

Des noms qui font sourire

Le monte-au-ciel (Persicaria orientale) est un géant du jardin des annuelles. Photo: http://www.frozenseeds.com

Grand-maman ne connaissait sûrement pas les noms botaniques de ses fleurs, mais des noms communs des plus farfelus étaient chose courante. Qui aujourd’hui connaît le monte-au-ciel, aussi appelé bâton de Saint Jean. En anglais, on l’appelait « kiss me over the garden gate » (embrasse-moi par-dessus la porte du jardin!)! Aujourd’hui, on l’appelle tout simplement renouée orientale (Persicaria orientale, anc. Polygonum orientale), un nom nettement plus terre à terre qui colle au nom botanique. Nous sommes peut-être devenus trop pratiques! Cette annuelle géante, de 1,5 à 3 m de haut, porte des épis retombants de fleurs rose vif. On le sème en pleine terre à l’automne pour une floraison l’été suivant (les graines nécessitent un hiver froid pour bien germer). Mais encore faut-il pouvoir trouver des graines de cette plante malheureusement passée de mode.

Le feuillage léger de la nigelle de Damas (Nigella damascena) crée un effet de mousse verte autour de ses fleurs. Photo: Wildfeuer, Wikimedia Commons

On connaît encore la nigelle de Damas (Nigella damascea) comme plante annuelle à croissance rapide, mais son nom commun est — soyons honnêtes! – un peu ordinaire. Grand-maman l’appelait cheveux de Vénus, un nom bien plus évocateur! Elle présente des fleurs bleues, roses ou blanches dans un «brouillard» de fines feuilles filiformes, comme des cheveux verts. Après sa floraison, elle produit une capsule de graines gonflée qui peut être incluse dans les arrangements séchés.

Les longs cordons de fleurs rouge violacé de l’amarante queue-de-renard (Amaranthus caudatus) retombent parfois jusqu’au sol. Photo: Tubifex, Wikimedia Commons

La queue-de-renard ou amarante queue-de-renard (Amaranthus caudatus) est une grande annuelle d’apparence arbustive qui produit de longues cordes de fleurs rouge violacé qui pendent pratiquement jusqu’au sol. Grand-maman connaissait bien le secret de sa culture: démarrez-la à l’intérieur 3 à 4 semaines avant la plantation seulement. Cela donne un jeune plant prêt à pousser en toute vitesse une fois qu’il est planté dans la plate-bande.

Les fleurs du quatre heures (Jalapa mirabilis) s’ouvrent seulement en fin d’après-midi. Photo: C T Johansson, Wikimedia Commons

Le quatre heures (Mirabilis jalapa) tire son premier nom commun de ses fleurs qui s’ouvrent assez rapidement vers 16 heures (17 heures en heure avancée) et son deuxième, belle-de-nuit, du fait qu’elles restent épanouies toute la nuit, se fermant avant midi le lendemain matin. Les fleurs en forme de trompette, blanches, rouge-magenta ou jaunes, souvent éclaboussées d’une couleur secondaire, sont très parfumées. 

On sent que quelqu’un se sentait un peu frustré avec la durée de la floraison d’Hibiscus trionum. Sinon, pourquoi lui avoir affligé avec le sobriquet «fleur d’une heure»? Photo: plants-animals-northeast-colorado.com

La fleur d’une heure (Hibiscus trionum), autre belle d’autrefois, est un hibiscus annuel aux fleurs peu durables, mais qui persistent quand même toute une journée, pas seulement une heure! Les fleurs très voyantes sont blanches à jaune pâle avec un cœur pourpre. Et une fois la floraison amorcée, il y a des fleurs tous les jours pendant une bonne partie de l’été.

Le souci (Calendula officinalis) est à la fois ornemental et comestible. Photo: theherbarium.wordpress.com

Le souci ou souci des jardins (Calendula officinalis) n’est pas ainsi appelé parce qu’il vous causera des soucis. Au contraire, c’est une plante très facile à réussir. Le nom dérive du latin solsequia (qui suit le soleil), car les fleurs ouvrent quand le soleil est présent et ferment quand il ne l’est plus.

Grand-mère cultivait cette plante pour deux raisons. Pour ses fleurs ornementales, bien sûr, mais aussi parce qu’elle pouvait ajouter les pétales (rayons) aux soupes et autres recettes pour remplacer le safran. C’est une annuelle qui pousse très rapidement à partir de graines semées en pleine terre.

Une fleur narcotique!

Pavot somnifère (Papaver somniferum) produit de belles fleurs, des graines comestibles et des capsules attrayantes. Photo: worldoffloweringplants.com

Je suis sûr que grand-maman ne savait pas que les gros pavots annuels qu’elle aimait faire pousser étaient la source de l’opium, du laudanum, de l’héroïne et tant d’autres drogues. De plus, elle adorait saupoudrer les gâteaux et les biscuits des graines du magnifique «pavot des jardins», comme elle l’appelait, ou pavot somnifère (Papaver somniferum) et, ma foi, on se sentait si bien, détendu et somnolent après les avoir mangés!

Mais ce pavot est aussi le pavot à opium. Évidemment, il faut de vastes champs de cette plante pour produire la moindre drogue, donc la production d’opium et de ses dérivés n’est pas à la portée des gens comme vous et moi. 

Pavots somnifères doubles (Papaver somniferum). Photo: http://www.amazon.ca

C’est une très jolie plante, avec de grosses fleurs simples ou doubles dans une vaste gamme de couleurs. Les formes doubles sont souvent vendues sous le nom de P. paeoniflorum; celles à fleurs découpées sous le nom de P. laciniatum, mais ce ne sont que des variantes du pavot somnifère (P. somniferum).

Semez ce pavot en pleine terre (il n’aime pas le repiquage). En général, il ressème et alors revient année après année à partir de semences tombées au sol. Sa capsule de graines est parfaite pour les arrangements séchés aussi.

Et beaucoup d’autres encore

La centaurée bleuet (Centaurea cyanus) est très facile à cultiver. Il suffit de râteler légèrement le sol, de lancer les graines par terre et d’arroser une seule fois: dame Nature fera le reste! Photo: silverfallsseed.com

Bien sûr, il y a beaucoup d’autres annuelles à l’ancienne, y compris la balsamine des jardins (Impatiens balsamina), le chrysanthème tricolore (Chrysanthemum carinatum, maintenant Ismelia carinata), l’amarante tricolore (Amaranthus tricolor), l’œillet des poètes (Dianthus barbatus), la centaurée bleuet ou bleuet (Centaurea cyanus), la fleur-araignée (Cleome hassleriana), la scabieuse pourpre (Scabiosa atropurpurea) et la centaurée musquée (Centaurea moschata, maintenant Amberboa moschata). Bien qu’il soit rare de voir ces fleurs en jardinerie de notre ère, elles sont toutes disponibles par commande postale auprès des divers semenciers… et d’ailleurs, c’est de cette façon que grand-mère les commandait à son époque! (Ce qui montre bien que certaines choses ne changent pas!)

Pourquoi ne pas faire un petit retour dans le temps cet été et cultiver quelques annuelles à l’ancienne? Grand-maman en aurait été ravie!

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7 réflexions sur “Les annuelles de grand-maman

  1. Madeleine côté

    Quel souvenir?
    Ma grand mère faisait venir ses semences dans le catalogue La semence supérieure.
    A partir de 6 ans elle m’a donné le droit de choisir une sorte de semence dans le catalogue évidemment c’était des fleurs et je choisissais une sorte que je voulais connaître
    C’est grâce à mes grands parents si j’ai suivi mon cours en horticulture et que j’ai mon jardin ,ils m’ont donné la passion et l’amour de la nature

  2. Judit

    Parlant de pavot… en Hongrie (je suis hongroise), mais également chez les Russes, Polonais, Tshèques, Jugoslaves et Autrichiens, le pavot se mange par kilos, dans les plats, et dans les gâteaux. Pas d’effet du tout.
    Le pavot dont vous parlez est une autre chose. Tout comme chez le cannabis, le taux de je-ne-sais-pas-quoi se diffère, donc les champs de pavot en Afghanistan n’est sont pas les mêmes qu’en Hongrie.
    Ma belle-mère plante chaque année une parcelle pleine de pavot, cela lui donne 4-5 kilos. Tout le monde le mangent, et c’est depuis l’âge de l’enfance, sans problème.

  3. Gilles Brunet

    Il ne faut pas oublier que le quatre heure peu ce conserver comme les dahlia. Les tubercules ce conservent et deviennent de plus en plus gros d’année en année.Le plant peu atteindre 60cm de hauteur et et plus de 60cm de largeur.

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