L’analyse du sol: pour tirer les choses au clair!

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On n’insistera jamais assez sur l’importance de bien connaître la qualité de son sol… et pour cela, quand vous commencez une nouvelle plate-bande ou installez un potager, faites toujours analyser le sol. L’analyse vous dira si le pH de votre sol est trop élevé ou trop bas (autrement dit, si le sol est trop alcalin ou trop acide) et s’il manque ou non des minéraux. En corrigeant les défauts avant même de commencer à jardiner, vous obtiendrez des résultats nettement meilleurs.

Et même si vous ne corrigez rien, mais décidez de vivre avec le sol que dame Nature vous a fourni (ou, plus probablement, avec ce que l’entrepreneur qui a volé la bonne terre de votre terrain lors de la construction vous a laissé), au moins vous saurez à quoi vous en tenir et pourrez alors choisir des plantes qui aiment ces conditions.

Que vérifie-t-on lors d’une analyse en laboratoire?

En général, une analyse de sol comprend les éléments suivants:

On teste le sol pour sa granulométrie. Photo: backyardorganics.net

1. Type de sol (granulométrie): le sol est-il argileux, sablonneux ou limoneux? Contient-il assez de matière organique (5% est généralement recommandé)? Ces détails influencent à la fois la culture et les traitements recommandés. 

Le pH idéal est juste un peu à gauche de neutre: de 6 à 6,9. Ill.: Claire Tourigny, tirée du livre Les 1500 trucs du jardinier paresseux

2. Acidité/alcalinité: on mesure le pH du sol pour déterminer son acidité ou son alcalinité. L’échelle de pH des sols de jardin varie de 4 (très acide) à 8 ou un peu plus (très alcalin), le chiffre 7 marquant la neutralité. En général, les cultures réussissent mieux quand le sol est légèrement acide, soit lorsque le pH est de 6,0 à 6,9, mais les plantes acidophiles (rhododendrons, bleuetiers, etc.) préfèrent un sol nettement acide (4,5 à 6,0). Vous verrez peut-être aussi la valeur du pH tampon: elle vous renseignera sur la quantité de chaux à ajouter pour corriger l’acidité du sol et atteindre le pH voulu.

3. Teneur en phosphore (P): l’analyse permet de mesurer la quantité d’acide phosphorique présent dans le sol. Le phosphore est nécessaire pour la croissance générale des plantes.

4. Teneur en potassium (K): l’analyse indique la quantité de potassium disponible dans le sol. Le potassium est également nécessaire pour la bonne croissance des plantes.

5. Teneur en éléments secondaires et oligoéléments: l’analyse indique la quantité de certains éléments dont les plantes ont besoin pour bien croître, mais en quantités plus limitées que le NPK, tels que le calcium, le magnésium et le fer. Même s’il n’en faut pas beaucoup pour obtenir une belle croissance, la présence de ces minéraux est essentielle pour la santé des plantes.

L’azote: absent de l’analyse
Il peut paraître curieux que l’analyse en laboratoire ne vérifie pas la teneur en azote (N) du sol. Pourtant, c’est l’élément le plus important pour la croissance des végétaux! Mais l’azote est aussi l’élément le plus volatil: sa teneur monte et descend selon une foule de facteurs et même selon la température. Faire une analyse de l’azote ne vaut presque que pour le moment de l’analyse et sous les conditions où l’analyse a été faite. Dans presque tout les résultats d’analyse, on présumera donc que le sol a besoin d’un ajout d’azote: presque tous les sols en manquent de toute façon!

Où faire faire l’analyse?

Le service d’analyse de sol est disponible dans les jardineries les plus importantes ainsi que dans plusieurs grandes surfaces… mais pas de façon très visible. Il n’y a pas un petit laboratoire au cœur du magasin à la vue de tous. Il faut demander la trousse. En général, on vous remet un sac ou un pot dans lequel mettre votre échantillon ainsi qu’un formulaire à remplir, formulaire qui indique notamment au laboratoire ce que vous voulez cultiver dans le jardin où la terre a été prélevée.

Il suffit alors de rapporter la trousse à la maison, de prélever des échantillons de terre et de les ramener au magasin. 

Que penser des trousses d’analyse?

Vaut-il la peine d’économiser sur le coût d’une analyse de sol en laboratoire en faisant vos propres analyses grâce à une trousse d’analyse de sol, facilement disponible en jardinerie? Probablement pas. C’est que ce genre d’analyse de sol est difficile à interprêter et, de plus, vous indique qu’il y a un problème, mais pas comment y remédier. Si, par exemple, la trousse indique que votre sol est trop acide, elle ne vous dira pas quel produit ajouter pour corriger le problème ni à quel taux ni à quelle fréquence il faudra le faire.

Or, changer le pH du sol trop rapidement est plus nuisible aux plantes que de ne pas le changer! Une analyse de sol en laboratoire vous indiquera exactement quelle quantité de quel produit il faut appliquer et suggérera même la fréquence des applications (i.e. tant de chaux par année pendant 2 ans ou 3 ans, etc.) pour corriger un pH lentement afin de ne pas nuire à la flore microbienne du sol. 

Quand prendre un échantillon?

Il n’y a pas de saison attitrée pour les analyses de sol. On peut faire des prélèvements à tout moment quand le sol n’est pas gelé. Par contre, la plupart des jardiniers préfèrent faire faire l’analyse au printemps, avant de débuter la saison de jardinage. Donc, dès que le sol est dégelé.

Si vous avez chaulé votre terrain depuis ou fait des applications d’engrais ou de compost dans les dernières semaines, il vaut mieux attendre que le sol retrouve son équilibre avant de faire faire l’analyse, soit attendre au moins cinq à six mois dans le cas d’un chaulage et quatre semaines après une application d’engrais ou de compost.

Préparer son échantillon

Chaque analyse ne doit concerner qu’un seul secteur de votre terrain à la fois: potager, pelouse, plate-bande, etc. Souvent, les jardiniers font faire une analyse par année, chaque fois dans un secteur différent, en commençant par le secteur le plus urgent (une pelouse mal en point, par exemple) pour étaler les coûts de l’analyse et du traitement sur plusieurs années.

On peut faire le prélèvement avec un transplantoir. Photo: http://www.baertschi.com

Avant de commencer, lavez bien votre outil de prélèvement (les professionnels utilisent une carotteuse, mais un transplantoir [truelle de jardin] suffit), le rinçant bien pour en éliminer toute trace de savon. Prenez l’équivalent de quelques grosses cuillérées à soupe de terre à environ 15 à 30 cm de profondeur, soit dans la zone des racines. N’utilisez pas la terre de surface, qui contient souvent des éléments qui peuvent faire fausser les résultats. Versez cette terre dans le sac ou le contenant et prenez d’autres prélèvements à différents endroits du même potager, de la même pelouse, de la même plate-bande, etc. pour un total d’environ six prélèvements (plus si le jardin est très vaste), cela assurera un portrait plus global du secteur qu’un seul échantillon.

S’il le faut, enlevez les pierres, les bouts de bois, etc. avec des gants (il ne faut pas toucher la terre avec vos mains, car elles peuvent contaminer le sol et fausser les résultats) et mélangez bien le tout. Il faut environ 250 ml de terre pour l’analyse; si vous avez beaucoup trop de terre, enlevez le surplus.

Bien remplir le formulaire. Photo: http://www.colwood.ca

Il est très important aussi de remplir le formulaire qui vient avec la trousse. D’abord, pour bien vous identifier de façon à ce que les résultats vous parviennent, mais aussi pour que le laboratoire sache ce que vous voulez faire du jardin. C’est qu’on ne fera pas les mêmes recommandations pour une pelouse, une plate-bande ou un potager ni même pour un espace qui sera consacré à un groupe de plantes très spécifique.

Apportez ensuite l’échantillon au marchand. Normalement, il vous contactera deux semaines plus tard avec les résultats. Le coût? Environ 25$ au Canada. Peut-être qu’un lecteur pourrait m’informer sur le prix en Europe?

Les résultats de l’analyse

Si le résultat indique un sol trop acide, on peut corriger ce dernier en appliquant de la chaux avec un épandeur. Photo: http://www.hicksnurseries.com

Attendez-vous à des résultats très détaillés comme, «appliquez tel produit à tel taux et à telle fréquence». Si votre sol est plutôt acide (généralement la situation dans l’est du Canada et le nord de la France ainsi qu’en Belgique), il pourrait y avoir de la chaux à appliquer et aussi des engrais, des amendements organiques comme du compost, etc. Et ne soyez pas surpris de découvrir que le traitement recommandé pour votre pelouse n’est pas le même que pour la plate-bande ou le potager, car chacun de ces milieux demande une qualité de sol différente.

Fréquence

Tout jardinier devrait prendre l’habitude de faire analyser son sol en laboratoire tous les 4 ou 5 ans. Ainsi, si le sol s’acidifiait peu à peu, un problème commun notamment quand on fertilise beaucoup ou quand le sol d’origine était plutôt acide (tout sol tend à retourner peu à peu à son pH d’origine), vous le sauriez avant que les plantes commencent à en souffrir. Et si votre sol devenait un peu trop pauvre en minéraux, vous le sauriez aussi.

Pour le potager, faites faire l’analyse aux 2 ou 3 ans, car les légumes, on les veut de toute première qualité!


Si vous voulez des résultats au jardin, il vous faut un sol de qualité et alors, des analyses occasionnelles sont de mise!

N.D.L.R. Billet originalement publié le 11 avril 2015

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