Vaporisation printanière pour contrôler les ennemis des fruitiers

Par défaut

L’huile d’hiver (aussi appelée huile au stade dormant, huile de dormance, huile pour traitement d’hiver, etc.) est une huile biologique épaisse appliquée normalement au printemps, à la fonte des neiges, mais qu’on peut aussi utiliser à l’automne, après la chute des feuilles. On l’applique sur les végétaux ligneux: arbres, arbustes, conifères, plantes grimpantes (notamment la vigne à raisin)… en fait, toute plante à feuilles caduques qui survit à l’hiver hors du sol. C’est le traitement insecticide favori des amateurs de fruitiers à feuilles caduques, notamment, car les fruitiers (pommiers, cerisiers, abricotiers, groseilliers, etc.) ont plus que leur part d’ennemis. Il est aussi utilisé pour contrôler les cochenilles sur les magnolias.

Selon la région où l’on habite, on l’applique entre le début de mars et la mi-mai… même dès janvier dans les climats vraiment modérés.

L’huile d’hiver étouffera les insectes hivernant sur les branches et les troncs comme ces cochenilles à carapace. Photo: Growingsmallfarms.ces.ncsu.edu

Cette huile agit sur les insectes et acariens qui hivernent sur les branches et les écorces, que ce soit sous forme d’adulte, de pupe ou d’œuf: pucerons, acariens, psyllides, cicadelles, cochenilles, etc. En recouvrant l’insecte d’huile, on vient boucher ses pores, ce qui l’empêche de respirer. Aussi, cette huile fait fondre la couche cireuse qui protège certains insectes (notamment les cochenilles), exposant leur corps fragile à l’air sec.

L’huile d’hiver aura peu ou pas d’impact sur les insectes bénéfiques, comme les abeilles, car la plupart ne sont tout simplement pas présents au moment du traitement. Malheureusement, elle peut nuire à certains insectes prédateurs qui aident à lutter contre les cochenilles et qui hivernent sur l’arbre-hôte. À vous de décider alors si le jeu en vaut la chandelle.

Trousse combinant bouillie soufrée et huile d’hiver. Photo: http://www.produitssuperieur.com

Même si l’huile d’hiver est surtout utilisée pour contrôler les insectes, elle aurait aussi un certain effet sur les maladies fongiques (blanc, tache noire, moucheture, etc.), pouvant détruire les spores hivernant sur les arbres et arbustes traités. Mais, pour un effet plus efficace contre les maladies, généralement on la combine à de la chaux soufrée (bouillie soufrée), un fongicide biologique. Ces deux produits sont compatibles et d’ailleurs souvent vendus ensemble. Ou encore, on peut utiliser certains fongicides à base de cuivre pour obtenir le même effet. Ils peuvent être appliqués dans une même vaporisation, mais attention: ils ne restent pas en solution longtemps. Il faut donc agiter régulièrement le réservoir de l’applicateur lors de la vaporisation. (Ou, pour être plus paresseux, engager un arboriculteur pour l’appliquer à votre place.)

L’huile d’hiver est non toxique; son action est strictement physique. Elle est donc inoffensive pour les humains, les mammifères, les oiseaux et les poissons quand on l’utilise correctement. Pour qu’elle soit efficace contre les insectes, elle doit toutefois les toucher: elle ne sera pas efficace contre les insectes qui hivernent sur les racines, dans le sol ou dans la litière forestière comme la mouche de la pomme, les vers blancs ou certains acariens, seulement contre ceux élisant domicile sur les parties aériennes des végétaux. Aussi, son effet résiduel est minime: elle se dégrade après quelques jours et disparait. 

Application

Application d’huile d’hiver. Photo: Farmer Pat, http://www.youtube.com.

Pour appliquer une huile d’hiver, il faut attendre une journée sèche et peu venteuse quand la température se situe entre 4 et 27°C et quand les branches et troncs sont secs (pas de pluie la veille). De plus, il faut qu’il n’y ait pas de risque de gel ni de pluie pendant au moins 24 heures et, de préférence, 48 heures. Il vaut mieux aussi l’appliquer en matinée, dès que la rosée s’est évaporée, pour qu’elle ait le temps de sécher avant la prochaine rosée!

Il est très important que les bourgeons ne soient pas encore éclos au moment du traitement, car cette huile est suffisamment épaisse pour endommager les jeunes feuilles. Idéalement, les bourgeons seront gonflés, mais sans montrer de vert.

L’application se fait par vaporisation après avoir mélangé le produit avec de l’eau selon les proportions indiquées sur le contenant. On l’applique avec un pulvérisateur assez puissant pour atteindre tout l’arbre, offert normalement en quincaillerie. Ne mélangez que ce dont vous aurez besoin: vous ne pouvez pas stocker le produit dilué pour une utilisation ultérieure.

Restrictions

Logiquement, il faut utiliser ce produit très localement, seulement en cas de besoin et alors directement sur la plante affectée. S’il y a des plantes déjà en croissance au pied de la plante à traiter, recouvrez-les d’une bâche ou d’une feuille de plastique. (Si elles sont dormantes, cette étape n’est pas nécessaire.) 

Certains végétaux sont sensibles à l’huile d’hiver, même lorsqu’ils sont en dormance, et il vaut mieux éviter de leur en appliquer: arbre à perruque (Cotinus spp.), caryer (Carya), chêne rouge (Quercus rubra), érable à sucre (Acer saccharum), érable du Japon (A. palmatum), érable rouge (A. rubrum), érable de l’Amour (A. tataricum ginnala), hêtre (Fagus spp.), houx à feuillage persistant (Ilex spp.), if (Taxus spp.), noyer (Juglans spp.), pin blanc (Pinus strobus), sapin de Douglas (Pseudotsuga mensiesii) et thuya (Thuja spp.). Et, bien que l’huile d’hiver soit spécifiquement conçue pour les fruitiers, l’écorce de certains pommiers, notamment ‘Empire’, ‘Mutsu’ et ‘Red Delicious’, y est sensible.

L’huile d’hiver peut tuer les lichens, malheureusement. Photo: justfruitsandexotics.com

Malheureusement, l’huile d’hiver risque de tuer les mousses et lichens présents sur les arbres. Ceux-ci sont inoffensifs et même utiles (les colibris, notamment, fabriquent des nids à partir de lichens). En temps normal, donc, on les laisserait pousser, mais pour avoir de beaux fruits, il faut parfois les sacrifier.

Enfin, notez que l’huile fait fondre la cire blanche qui donne la couleur bleutée aux conifères et est donc à éviter, si vous voulez conserver leur coloration, sur les épinettes (Picea spp.) et les genévriers bleus (Juniperus spp.).

N.D.L.R. : billet originalement publié le 31 mars 2015.

Publicités

9 réflexions sur “Vaporisation printanière pour contrôler les ennemis des fruitiers

  1. Bettina Van Hassel

    Pensez-vous qu’il serait aussi efficace de vaporiser de l huile de margousier? Elle est insecticide mais à l a fois nutritive pour les plantes. Que pensez-vous de ce produit naturel?

    • Larry Hodgson

      L’huile de margousier (neem) est plus efficace sur les insectes actifs que les insectes dormants, donc davantage à utiliser plus tard dans la saison, d’autant plus qu’elle n’endommage pas le feuillage de la plupart des plantes. Elle a aussi un certain effet fongicide. C’est un très bon produit naturel.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.