Luther Burbank, le magicien des plantes

Par défaut

Ce sont ses compatriotes qui ont nommé Luther Burbank le Plant Wizard (magicien des plantes), car il semblait produire des miracles. Mais le miracle se cachait plutôt dans la capacité de ce génie de l’hybridation de savoir quelle plante croiser avec quelle autre et dans le fait d’être assez entêté pour poursuivre un projet pendant des décennies si nécessaire. En effet, au fil de ses centaines de milliers de croisements, il a fini par lancer non moins de 800 variétés — fruits, fleurs, céréales, herbes, arbres, légumes, etc. — dont plusieurs changèrent à jamais la face de l’horticulture. Et même s’il est mort depuis presque un siècle, il est toujours considéré comme l’hybrideur le plus connu du monde entier.

Burbank a gagné son renom de son vivant et était fort estimé de plusieurs personnes d’influence dont Thomas Edison et l’industriel Andrew Carnegie. Par contre, il n’était pas nécessairement apprécié des botanistes de son époque, qui lui reprochaient son manque de rigueur scientifique. Souvent, il n’avait qu’un souvenir très approximatif des parents exacts de ses créations, car il ne prenait pas de notes fiables. Plusieurs de ses hybrides furent d’ailleurs si hors des normes du moment qu’il fut traité de menteur et d’escroc à plus d’une reprise. Pourtant, la plupart de ses «croisements impossibles» furent éventuellement confirmés. 

Sa vie

Luther Burbank. Photo: theroadstraveled.com

Burbank est né le 7 mars 1849 à Lancaster, dans le Massachusetts, aux États-Unis, treizième enfant d’une famille de dix-huit. Il n’a jamais fait d’études poussées ni n’a étudié en horticulture. Il a plutôt appris les bases de sa future carrière dans le jardin de sa mère où il se passionnait surtout pour le greffage des fruitiers et l’hybridation des légumes.

À la mort de son père, alors qu’il n’avait que 18 ans, il utilisa son héritage pour acheter une ferme à Lunenburg, dans le Massachusetts. Il y développa son premier hybride, et d’ailleurs celui qui connaîtra le plus de succès mondial, soit la pomme de terre ‘Burbank’. Issue de semences récoltées d’un fruit de la variété ‘Early Rose’, la pomme de terre ‘Burbank’ produisait une abondance de gros tubercules à chair blanche, mais ce qui a surtout intéressé son hybrideur était qu’elle était résistante au mildiou de la pomme de terre (Phytophthora infestans), la maladie qui avait provoqué la Grande famine irlandaise (1845–1849) en anéantissant la récolte du populaire tubercule. Lancée en 1873, la pomme de terre ‘Burbank’ connut un succès rapide et permit au jeune homme (il n’avait que 24 ans) de commencer à se créer une réputation d’excellence dans l’hybridation.

La ‘Russet Burbank’ est probablement la pomme de terre la plus cultivée au monde. Photo: http://www.specialtyproduce.com

Plus tard, ‘Burbank’ allait donner naissance, par mutation spontanée, à un clone de couleur rousse appelé ‘Russet Burbank’. Ce clone demeure la pomme de terre la plus populaire aux États-Unis et est toujours cultivé à travers le monde. La plupart des frites de McDonald’s sont à base de pommes de terre ‘Russet Burbank’.

Burbank vendit les droits sur la pomme de terre ‘Burbank’ pour 150 dollars et utilisa cet argent pour s’établir à Santa Rosa, Californie, en 1875. Il y installa une ferme expérimentale dotée de serres et d’une pépinière. Inspiré par le livre de Charles Darwin, De la variation des animaux et des plantes sous l’action de la domestication, il commença à faire des croisements à grande échelle dont certains allaient donner des résultats fort intéressants, mais d’autres, être voués à l’échec, par exemple sa tentative de croiser un pétunia avec un plant de tabac, tous deux de la famille des Solanacées, mais seulement des parents très éloignés. Il n’en a résulté que des plantes faibles, peu productives, sans feuilles intéressantes à fumer ni fleurs assez ornementales pour la plate-bande.

Burbank se maria deux fois, mais n’eut jamais d’enfants. Il était souvent dans une situation financière difficile: il était peut-être un magicien avec les plantes, mais il ne pouvait certainement pas équilibrer un budget! Finalement, un groupe d’amis forma la Luther Burbank Society pour gérer ses affaires afin qu’il puisse se concentrer uniquement sur son dada, l’hybridation.

Luther Burbank est décédé d’une insuffisance cardiaque le 11 avril 1926, à l’âge de 77 ans. Le célèbre horticulteur a été enterré dans une tombe non identifiée au Luther Burbank Home and Gardensà Santa Rosa, en Californie. Ce site historique existe toujours et vaut la visite si vous êtes en Californie. Il est ouvert tous les jours, gratuitement.

Quelques-unes de ses réalisations

Grande marguerite

La populaire grande marguerite (Leucanthemum vulgare), ici le cultivar ‘Alaska’ . Photo: http://www.amazon.com

Burbank adorait les marguerites (Leucanthemum vulgare), mais trouvait leurs fleurs trop petites et leur floraison trop brève. Alors, il s’est mis à essayer d’améliorer la situation. Il y travailla pendant presque 20 ans, faisant des croisements multiples qui, finalement, ont impliqué quatre espèces de Leucanthemum différentes, avant de réaliser son rêve. Ainsi, en 1901, il lançait ce qu’il appela en anglais le «Shasta daisy», pour le mont Shasta, une montagne couverte de neige du nord de la Californie. Ce nom n’a jamais pris racine en français et on l’appelle plutôt grande marguerite. La plante a maintenant son propre nom botanique: Leucanthemum × superbum. La grande marguerite demeure l’une des vivaces les plus largement cultivées dans le monde. La variété ‘Alaska’, que Burbank créa lui-même, est toujours cultivée de nos jours.

Pruniers

Prunier japonais ‘Santa Rosa’ (Prunus salicina). Photo: http://www.bowerandbranch.com

Burbank a toujours été très intéressé par les fruitiers et considérait son travail sur les pruniers comme son plus grand accomplissement. À son époque était surtout cultivé le prunier européen (Prunus domestica), mais il introduisit d’Asie le prunier japonais (P. salicina) et d’autres espèces peu connues. Finalement, il lança plus de 30 cultivars de prunier, parfois des pruniers japonais purs, parfois des hybrides, dont au moins trois, ‘Santa Rosa’, ‘Burbank’ et ‘Wickson’, sont encore cultivés.

Il travailla également avec d’autres fruits à noyau dont la pêche, la nectarine, l’abricot et la cerise, produisant entre autres le pêcher ‘July Elba’ et le nectarinier ‘Flaming Gold’, tous deux toujours cultivés de nos jours.

Prunier sans noyau

Prunier sans noyau. Photo: Cooking Up a Story, http://www.youtube.com

À partir d’un prunier européen (Prunus domestica) appelé ‘Sans Noyau’, qui avait bien, malgré son nom, un noyau, mais un de seulement environ la moitié de la taille de celui des autres prunes, Burbank s’est efforcé pendant plusieurs années de développer une prune sans noyau du tout, donc que l’on pourrait simplement lancer dans la bouche et manger sans avoir un noyau à cracher. Il a connu un certain succès, mais les résultats n’étaient pas toujours fiables: parfois, il y avait un restant de noyau au centre du fruit. De toute façon, la prune sans noyau n’a jamais connu de succès commercial. C’est que, à l’époque, les producteurs de prunes étaient payés au poids et que les prunes sans noyau étaient beaucoup plus légères que celles à noyau. Il fallait donc en cueillir plus pour gagner le même montant d’argent, ce qui ne leur a, bien sûr, jamais plu.

On a longtemps pensé le prunier sans noyau de Burbank perdu, mais un clone a récemment été redécouvert et maintenant d’autres chercheurs travaillent à l’améliorer. Qui sait, peut-être la prune du futur, basée sur les travaux d’hybridation de Luther Burbank, sera-t-elle sans noyau?

Abricot-prune

Pluot ‘Burbank’ (Prunus salicina × Prunus armeniaca). Photo: http://www.treesofantiquity.com

Il s’agit d’un croisement entre un prunier japonais (P. salicina) ou autre prunier asiatique et un abricotier (P. armeniaca), ce qui donne un fruit avec l’aspect et la chair d’une prune, mais le goût d’un abricot. Lorsque Burbank introduisit l’abricotier-prune (maintenant appelé pluot) pour la première fois au début des années 1900, il fut vilipendé par certains autres hybrideurs, convaincus que ce croisement était impossible et qu’il avait menti. Mais presque un siècle plus tard, d’autres ont pu répéter son croisement et l’ont même amélioré (les pluots de Burbank étaient 50% prune et 50% abricot; les pluots modernes sont 75% prune et 25% abricot, ce qui donne un fruit de qualité supérieure). Ainsi, on peut assez facilement trouver des pluots sur le marché, du moins dans certaines régions.

Mûre blanche

Mûre ‘Iceberg’ (Rubus×). Photo: http://www.homedepot.com

Burbank était très fier de cette création, même si elle n’a jamais connu de succès commercial au cours de sa vie. Il a commencé avec une mûre sauvage de couleur pâle trouvée dans le New Jersey et appelée ‘Crystal White’ qu’il a ensuite croisée avec d’autres mûres pâles. Il lui a fallu plus de 65 000 croisements infructueux pour finalement aboutir à une variété à fruits blancs purs de grande qualité, ‘Iceberg’, souvent vendue sous le nom Snowbank. Il l’a lancée en 1894, mais encore une fois, le fruit n’a pas plu au public. 

Ce cultivar existe encore et refait surface de temps en temps, habituellement en tant que «nouveauté» même s’il est plus que centenaire!

Cactus sans épines

Cactus sans épines ‘Burbank Spineless’ (Opuntia×). Photo: Picssr, Flickr

Burbank a introduit plus de 60 variétés de cactus sans épines entre 1907 et 1925. Son idée était que les cactus sans épines pourraient changer des déserts en pâturages verdoyants où le bétail pourrait brouter des cactus sans se remplir la bouche d’épines et où, grâce à leurs fruits et leurs raquettes comestibles, les cactus pourraient également nourrir l’humanité. La plupart sont des croisements entre le figuier de Barbarie (Opuntia ficus-indica) et le nopal (O. tuna). 

Encore, Burbank n’a eu aucun succès commercial avec ces plantes de son vivant, mais certaines lignées sont maintenant cultivées à grande échelle, notamment au Mexique.

Autres créations

Voici quelques-unes des créations de Burbank. Malheureusement, la plupart ont aujourd’hui disparu:

Légumes

  • Maïs ‘Rainbow’ (1911)
  • Pois ‘Burbank Admiral’ (1908)
  • Pomme de terre ‘Burbank’ (1873)
  • Rhubarbe ‘Crimson Winter’ (1900)
  • Tomate ‘New Burbank Early’ (1915)

Fruits

  • Cerisier ‘Black Giant’ (1911)
  • Cognassier ‘Van Deman’ (1893)
  • Fraisier ‘Robusta’ (1920)
  • Mûre sans épines ‘Sebastopol’ (1920)

Fleurs

Pavot de Californie ‘Burbank Crimson’. Ill.: Mihran Kevork, California State Library
  • Amarante ‘Molten Fire’ (1922)
  • Amaryllis ‘Burbank’s Giant Hybrid’ (1906)
  • Calla ‘Lemon Giant’ (1893)
  • Hémérocalle ‘Surprise’ (1917)
  • Pavot de Californie ‘Burbank Crimson’ (1904)
  • Rosier ‘Burbank’(1899)
  • Verveine ‘Mayflower’ (1901)

Arbres

  • Noyer ‘Paradox’ (1893)

Le 7 mars

L’anniversaire de la naissance de Luther Burbank, le 7 mars, est maintenant célébré en Californie en tant que Journée de l’arbre. D’ailleurs, depuis 2011, on appelle l’événement la Semaine de l’arbre et elle s’étend du 7 au 14 mars.

Ailleurs, mars est probablement trop tôt pour planter un arbre en souvenir de Luther Burbank, mais peut-être pourriez-vous au moins croquer quelques frites McDonald en l’honneur de cet homme qui a changé pour toujours la face de l’horticulture?

Publicités

Une réflexion sur “Luther Burbank, le magicien des plantes

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s