Des épines-vinettes non envahissantes… et non disponibles!

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L’épinette-vinette de Thunberg (Berberis thunbergii) est un arbuste ornemental très utilisé dans nos aménagements. Originaire du Japon, il offre de belles petites feuilles luisantes (souvent rouges, pourpres, dorées ou bicolores chez les cultivars les plus populaires), des tiges très épineuses qui en font une excellente haie-barrière et souvent une croissance dense et attrayante. Donc, l’arbuste parfait, non?

Pas tout à fait!

Forêt envahie d’épines-vinettes de Thunberg. Photo: Leslie_J. Mehrhoff, University of Connecticut, Bugwood.org

Sous certaines conditions, cet arbuste ornemental au comportement autrement modèle s’est avéré très envahissant à cause de ses semis spontanés déposés çà et là par les oiseaux. En effet, les oiseaux mangent goulûment ses fruits et répandent ses graines dans leurs fientes. C’est notamment le cas dans le nord-est et le centre des États-Unis où le climat semble particulièrement propice à sa dispersion. Parfois, on voit des sous-bois entièrement dominés par un tapis d’épines-vinettes échappées, cela au détriment de la flore indigène. Le problème est tellement sérieux que les états du Massachusetts et de New York ont banni l’épinette-vinette de Thunberg et que d’autres états songent à les imiter. 

Par contre, l’état de New York, qui avait banni l’épinette-vinette de Thunberg en 2015, recule déjà. Dans l’intérêt de l’environnement, il permet maintenant la vente et la culture des variétés stériles d’épinette-vinette de Thunberg, et ce, depuis 2018. Sans graines, ces cultivars restent sagement là où on les plante et ne sont donc nullement envahissants.

L’hybrideur des épines-vinettes stériles

Fruits d’épine-vinette fertiles, à gauche, et stériles, à droite. Remarquez les graines avortées dans le deuxième cas. Aucune germination n’est possible. Photo: Dr Mark Brand

Le chercheur Dr Mark Brand, de l’Université du Connecticut, travaille depuis plus de 15 ans au développement d’épines-vinettes stériles. Il croise et recroise des variétés déjà peu fertiles jusqu’à ce qu’il arrive à des variétés totalement stériles: la plante produit des fruits de façon normale et peut donc toujours nourrir les oiseaux, mais la graine à l’intérieur avorte au début de son développement. Ces plantes doivent quand même été testées dans divers environnements pour s’assurer de leur stérilité totale. Puis, il sélectionne parmi les plantes stériles celles qui créent le meilleur effet ornemental.

Jusqu’ici, seulement deux cultivars ont été lancés de la série WorryFree™ («sans souci»), bien que d’autres soient à l’étude. 

Épine-vinette WorryFree Crimson Cutie. Photo: SynRG, LLC

Il y a actuellement Crimson Cutie™ (‘UCONNBTCP4N’), une variété naine au port plutôt étalé de 45 à 60 cm de hauteur et de 90 à 110 cm de diamètre aux feuilles pourpre foncé; essentiellement une réplique stérile de ‘Crimson Pygmy’. Ce cultivar est déjà largement distribué aux États-Unis.

Épine-vinette WorryFree Lemon Glow. Photo: SynRG, LLC

Le cultivar Lemon Glow™ (‘UCONNBTB048’), au feuillage jaune chartreuse, sera lancé à grande échelle au printemps 2019. Plus arrondi que son cousin, il mesure environ 90 cm par 90 cm.

Les deux se cultivent au plein soleil ou à la mi-ombre (mais leur feuillage est plus coloré au soleil) dans tout sol bien drainé. Ils sont rustiques en zone 3.

Une bonne nouvelle, mais…

Pour l’instant, les épines-vinettes WorryFree ne sont offertes qu’aux États-Unis. Il n’y aura pas de restriction pour importer les nouvelles épines-vinettes WorryFree en France ou ailleurs en Europe. C’est juste une question de temps. Mais, au Canada, c’est une autre histoire. Car, théoriquement, au Canada, les épines-vinettes sont bannies.

Il faut remonter à 1966 pour comprendre la situation. 

La rouille, qui peut être dévastatrice pour le blé, passe une partie de son cycle de vie sur l’épine-vinette commune (Berberis vulgaris). Photo: http://www.ars.usda.gov

Cette année-là, Agriculture Canada interdit la vente et la distribution de toutes les épines-vinettes (Berberis spp.) pour protéger ses cultures de blé. En effet, la rouille noire du blé (Puccinia graminis) utilise certaines épines-vinettes à feuillage caduque comme hôtes secondaires. Autrement dit, elle passe une partie de son cycle de vie sur le blé et une partie sur une épine-vinette. 

D’ailleurs, plusieurs autres pays, dont la France, ont instauré des règlements similaires, d’ailleurs avant même le Canada, bannissant les épines-vinettes ou, du moins, leur culture près des champs de blé.

Cependant, il s’est rapidement avéré que l’hôte secondaire de la maladie est l’épine-vinette commune (B. vulgaris), pas l’épinette-vinette de Thunberg (B. thunbergii). Cette dernière est complètement inoffensive à cet égard. Donc, les interdictions frappant l’épine-vinette de Thunberg ont été levées ailleurs dans le monde, sauf au Canada, où elles demeurent en vigueur.

Cependant, après 35 ans de pressions exercées par les pépinières productrices d’arbustes, Agriculture Canada a finalement cédé en 2001 et a permis la vente de 11 cultivars d’épine-vinette de Thunberg qui ont été testés individuellement et qui se sont révélés exempts de rouille. Ils sont d’ailleurs maintenant parmi les arbustes les plus vendus au Canada.

Les épines-vinettes de Thunberg colonnaires, comme ‘Helmond Pillar’ et Sunjoy Gold Pillar™, ne peuvent pas être vendues au Canada même si elles ne sont pas porteuses de la rouille du blé, cela à cause d’un règlement mal conçu. Photo: springmeadownursery.com

Depuis 2001, plusieurs nouveaux cultivars d’épine-vinette fort intéressants ont été introduits dans d’autres pays, dont les magnifiques variétés au port colonnaire ‘Helmond Pillar’, à feuilles pourpres, et Sunjoy Gold Pillar™ (‘Maria’), aux feuilles dorées, mais leur vente demeure toujours illégale au Canada. D’après ce que j’entends dire, Agriculture Canada n’a pas la moindre intention de lever la restriction sur les épines-vinettes non porteuses de maladies tout simplement pour accommoder les consommateurs qui s’y intéressent. 

Maintenant qu’il y a un enjeu environnemental à considérer, cependant, et qu’il y a donc la possibilité d’offrir aux jardiniers des cultivars qui ne sont pas nuisibles à nos écosystèmes, j’ose espérer voir Agriculture Canada se réveiller.

Aurons-nous un jour des épines-vinettes WorryFree au Canada? J’espère que oui… et d’ailleurs bientôt!

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4 réflexions sur “Des épines-vinettes non envahissantes… et non disponibles!

  1. Christiane Gagnon

    Très intéressant monsieur Larry. Comme vous je souhaite avoir un jour cette belle épinette jaune en colonne. On continue d’espérer…Christiane Gagnon des Petits jardins. Merci !

  2. Madeleine côté

    J’e ai deux le arlequin et le jaune qui est arbuste,l’inconvénient ils sont piquants et il y a des chenilles qui mangent les feuilles

  3. Pascal

    En 2006, quand j’ai refait le terrassement autour de la maison que j’habitais alors à Rimouski, j’ai planté 2 épines-vinettes de Thunberg ‘Concorde’, achetées localement. Je ne savais pas que c’était interdit, et le fournisseur non plus…

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