2019: l’année du muflier

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Muflier ‘Grand Tetra en Mélange’. Source: http://www.australianseed.com

Chaque année, le National Garden Bureau, un organisme à but non lucratif qui fait la promotion des plaisirs du jardinage, sélectionne une annuelle, une vivace, une plante comestible et un bulbe à mettre en vedette dans son programme L’année de. C’est une excellente façon de découvrir une plante que vous ne connaissez pas ou pour en apprendre un peu plus sur une plante que vous cultivez déjà.

Regardons alors le gagnant pour l’annuelle 2019, le muflier.

Introduction

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Le muflier sauvage, ici en Grèce, semble bien aimer pousser dans les pierres. Source: Haplochromis, Wikimedia Commons, Thasos

Le muflier ou grand muflier (Antirrhinus majus), de la famille des Plantaginacées, est natif du pourtour de la mer Méditerranéenne, mais est désormais établi dans plusieurs pays à travers le monde en tant qu’échappé de jardin. Il peut se ressemer modestement dans votre propre plate-bande aussi, mais rarement assez pour devenir véritablement envahissant.

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Les enfants s’amusent à jouer avec les fleurs de muflier, les faisant ouvrir et fermer. Source: kingsseeds.co.nz

Ce sont ses fleurs curieuses qui lui donnent à la fois ses noms botanique et commun. Anti (comme) et rhin (mufle) viennent du grec et font référence à la fleur qui ressemble à un mufle (museau) d’animal. On l’appelle aussi gueule de loup pour la même raison. En anglais, on l’appelle «snapdragon» (dragon qui mord), en espagnol, «boca de dragon» (bouche de dragon) et en allemand, «Löwenmaul» (gueule de lion). Comme de nombreux enfants l’ont découvert, la fleur bilabiée s’ouvre comme une gueule d’animal lorsque vous appuyez légèrement sur ses côtés, puis se referme lorsqu’elle est relâchée. Quand j’étais petit, on faisait des «batailles de loup» avec les fleurs de muflier, chaque enfant ouvrant et fermant sa fleur en émettant de féroces grognements. Je me souviens aussi d’avoir effrayé mon petit frère en lui disant que s’il mettait son petit doigt à l’intérieur, la fleur le couperait… probablement quelque chose qu’un enfant plus âgé m’avait dit.

Quant à majus, il signifie «grand», l’espèce originale étant une plante bien verticale atteignant jusque 120 cm de hauteur.

Vidéo montant un bourdon qui visite une fleur de muflier. Source: tubelessrim, youtube.com

La forme curieuse de la fleur est conçue pour garantir l’exclusivité d’accès à son principal pollinisateur, le bourdon (Bombax spp.). Les abeilles domestiques et la plupart des autres insectes sont trop légers pour ouvrir la fleur, mais le bourdon, plus lourd, n’a qu’à se poser sur la lèvre inférieure de la fleur et à pousser et pop! Elle s’ouvre aussitôt. Ensuite, l’insecte s’enfonce dans la fleur à la recherche du nectar et la «bouche» se referme sur lui. Ne vous inquiétez pas, toutefois, le bourdon n’en est pas le moindrement dérangé et ressort bientôt de la fleur, recouvert de pollen. Quand il visite une autre fleur de muflier, il transfère accidentellement le pollen à la nouvelle fleur et voilà que la pollinisation a lieu.

Les sphinx, ces papillons à longue trompe, et, dans le Nouveau Monde, les colibris, avec leur bec encore plus long, réussissent également à profiter du nectar abondant des fleurs du muflier.

Notez que les fleurs de muflier sont parfumées, mais que cela se remarque surtout de près ou lorsqu’il y a des plantations denses.

Une longue histoire

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Les capsules de graines de muflier s’ouvrent lorsqu’elles sèchent, révélant ainsi ce que certains voient comme un mignon petit visage inoffensif, mais d’autres, comme une tête de mort! Source: kath_bar, flickr.com

Le muflier est cultivé depuis fort longtemps. Les Grecs de l’Antiquité le connaissaient, du moins en tant que plante médicinale, tandis que les Romains le cultivaient comme fleur coupée. En Russie, ses graines pressées servaient à produire une huile comestible. On sait que le président américain Thomas Jefferson cultivait des mufliers dans son jardin à la fin des années 1770 et que Charles Darwin en étudia l’hybridation environ un siècle plus tard.

À partir de la Belle Époque, le muflier est devenu une plante à massif, populaire dans les jardins publics et privés, et cette utilisation persiste encore de nos jours. Son époque de gloire fut probablement au milieu du XXe siècle, alors qu’il était la deuxième annuelle en popularité après le pétunia. D’ailleurs, beaucoup de jardiniers d’aujourd’hui se souviennent du muflier comme l’une des plantes préférées de Grand-maman.

Que de variété!

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Muflier ‘Brighton Rock’. Source: amazon.com

Le muflier sauvage porte des fleurs roses à violettes, avec la lèvre inférieure marquée d’orange ou de jaune, sur une plante aux feuilles assez étroites vert foncé brillant. Les fleurs de la base de l’épi s’ouvrent en premier et ensuite la floraison remonte peu à peu jusqu’au sommet.

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Les mufliers à fleurs ouvertes (péloriques), ici ‘Chantilly Cream Yellow’, ressemblent à de minis roses trémières. Source: taki.com.

En culture, toutefois, toutes sortes de variétés ont été développées dans une gamme presque complète de couleurs — rouge, orange, rose, blanc, violet, etc. (seul le bleu est absent!) —, avec des variétés à fleurs péloriques (à face ouverte), presque comme des mini roses trémières, ainsi qu’avec des fleurs doubles, dites «à fleurs d’azalée». Certaines lignées ont des feuilles pourpre foncé ou panachées ou des fleurs bi- ou tricolores.

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Muflier nain ‘Crack and Pop’ en mélange. Source: FloraNova, National Garden Bureau

Et si le muflier sauvage était une grande plante, c’est moins le cas des variétés cultivées. Trois tailles sont généralement offertes : naine (15–25 cm de hauteur, 25–30 cm de diamètre), moyenne (40–60 cm de hauteur, 30–45 cm de diamètre) et haute (60–75 cm de hauteur, 35–45 cm de diamètre). Les variétés naines sont actuellement les plus populaires et sont utilisées comme plantes de bac et de balconnière ainsi qu’en bordure de plate-bande. Les variétés plus hautes sont principalement utilisées comme fleurs coupées, surtout en serre à des fins commerciales, mais également dans les jardins extérieurs. Il existe même depuis peu des variétés rampantes, comme ‘Candyshowers’, intéressantes en suspension.

La culture du muflier

Il faut d’abord comprendre que le muflier n’est pas une véritable annuelle. Dans les régions au climat modéré, notamment les zones de rusticité 7 à 10, il se comporte comme une plante vivace, mais n’est pas très pérenne, ne vivant que quelques années. Malgré ce fait, il est presque universellement cultivé comme fleur annuelle et arraché une fois que sa floraison de l’année est terminée.

Dans les régions septentrionales, on cultive le muflier comme annuelle d’été. On le sème à l’intérieur à la fin de l’hiver et le repique au jardin assez tôt au printemps, avant la plupart des autres annuelles, car il profite beaucoup d’un printemps au frais et tolère bien les gels légers. Sa floraison peut parfois diminuer sous l’effet de la chaleur estivale, mais elle reprendra alors à l’automne.

Dans les climats où les étés sont torrides, mais où les hivers sont relativement doux, comme au Maroc et en Floride, le muflier ne fait pas une bonne annuelle d’été, car les semaines de chaleur sans fin au cœur de l’été peuvent l’affaiblir et même le tuer. Habituellement, on le sème plutôt à la fin de l’automne en vue d’une floraison à la fin de l’hiver et au printemps.

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Les semences de muflier sont faciles à trouver et faciles à semer. Source: mckenzieseeds.com

Il est facile de produire des mufliers par semences et on trouve facilement des sachets de graines en magasin et dans les catalogues de semences. Semez les graines dans des plateaux environ 8 semaines avant la date du dernier gel, sans les recouvrir de terreau, car elles ont besoin de lumière pour germer. Vous n’avez même pas besoin de conditions particulièrement chaudes pour la germination: une température de 15 à 21 °C est tout à fait adéquate. Il suffit de maintenir le terreau au moins légèrement humide.

Les graines germent en environ 10 à 20 jours. Pincez les semis quand ils ont six vraies feuilles pour stimuler une meilleure ramification.

Si vous n’êtes pas du genre «je sème tout moi-même», sachez qu’il est facile de trouver des caissettes de mufliers en pépinière à la fin du printemps, bien que le choix soit nettement moindre qu’avec les semences.

Plantez vos jeunes mufliers à l’extérieur au plein soleil ou à la mi-ombre (la mi-ombre est préférable dans les régions aux étés chauds) dans un sol riche et bien drainé, légèrement acide. Arrosez soigneusement, en humidifiant le sol mais pas les feuilles ni les fleurs, cela aidera à prévenir les maladies. Les variétés plus hautes peuvent nécessiter un tuteur.

Supprimez les épis vieillissants quand ils ne leur reste plus que quelques fleurs à l’extrémité supérieure: cela aidera beaucoup à renouveler la floraison. Par contre, il peut être sage de laisser au moins une plante monter en graine pour obtenir des semences (gratuites!) pour l’année suivante.

Problèmes

Là où les mufliers sont heureux, ils ont rarement des problèmes d’insectes et de maladies et ne sont généralement pas gênés par les cerfs ou les lapins. Il y a toutefois une maladie qu’il faut surveiller davantage : la rouille du muflier (Puccinia antirrhini).

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Rouille du muflier. Source: gardening.which.co.uk

C’est un champignon qui provoque de petites taches jaunes sur le dessus des feuilles (elles seront brunes en dessous) et éventuellement le dépérissement de la plante atteinte. Mais les spores de la rouille n’hivernent que sur les feuilles, jamais sur les semences, ce qui donne une solution facile : enlevez les mufliers à la fin de leur saison de floraison et mettez les feuilles au compost. Maintenant, faites pousser de nouvelles plantes par semences à chaque printemps. Ainsi, il y aura peu de chance que la maladie réapparaisse. Par contre, si jamais vous voulez prendre des boutures (ce qui est possible), faites très attention de n’utiliser que des spécimens sans symptômes.

D’ailleurs, il existe des souches de muflier résistantes à la rouille, surtout utilisées dans les serres de fleurs coupées, mais un bon entretien suffit généralement pour prévenir la rouille dans la plate-bande familiale.


Le muflier: beaucoup plus que la fleur coupée préférée de Grand-maman. Essayez-le cet été et vous verrez!

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Une réflexion sur “2019: l’année du muflier

  1. Francine Banville

    Bonjour M. Hodgson! Je vous souhaite une très Bonne Année 2019…. continuez à partager vos connaissances, c’est très enrichissant et cela nous fait aimer davantage notre passion de l’horticulture….. j’aurai sûrement des mufliers dans mes plates-bandes cet été. Mes préférés sont les jaunes……

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