Cultivez un piège collant vivant!

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Les grassettes (ici Pinguicula gigantea) sont des pièges collants vivants! Source: Noah Elhardt, Wikimedia Commons

Des pièges collants jaunes existent depuis plus d’un siècle (le ruban anti-mouche a été breveté aux États-Unis en 1910) et les jardiniers les connaissent bien. Vous les placez près des plantes susceptibles d’infestation par des insectes volants et, presto, les petites créatures agaçantes se trouvent collées au piège plutôt qu’en train de manger vos plantes.

Cependant, le concept est en fait encore beaucoup plus ancien. Dame Nature fabrique des pièges collants depuis des millions d’années sous la forme de plantes à feuillage gluant. Il y a d’ailleurs plus de plantes qu’on ne le pense qui capturent les insectes de cette façon: on appelle les plus efficaces «plantes carnivores» ou, plus correctement, «plantes insectivores».

Ne serait-il pas merveilleux de simplement placer un piège collant vivant parmi vos plantes de maison et de regarder les insectes nuisibles s’y faire prendre? Eh bien, vous pouvez le faire. Mais pas avec n’importe quelle plante insectivore.

Je suggère d’utiliser une grassette.

Qu’est-ce une grassette?

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Les grassettes (ici Pinguicula moranensis) ressemblent à de petites violettes africaines. Source: worldofsucculents.com

Les grassettes sont des plantes du genre Pinguicula. Il y a environ 80 espèces trouvées principalement dans l’hémisphère Nord, mais aussi en Amérique du Sud, où elles poussent de l’Arctique aux tropiques, et du niveau de la mer jusqu’au-delà de la limite des arbres. À moins que vous ne viviez en Afrique, en Océanie ou en Asie tropicale, il y a probablement des grassettes sauvages qui poussent non loin de chez vous.

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Les feuilles des grassettes sont couvertes de gouttelettes collantes. Source: Barry Rice, http://www.sarracenia.com

Le nom Pinguicula signifie «petit graisseux», car ce sont de très petites plantes (la plupart mesurent moins de 20 cm de diamètre à maturité) avec des feuilles vert pâle lisses qui semblent être recouvertes d’une mince couche de graisse. Elles s’appellent grassettes pour la même raison. Si vous regardez attentivement, vous verrez toutefois que les feuilles ne sont pas aussi lisses qu’elles en ont l’air (en fait, elles sont couvertes de poils minuscules) et qu’elles ne sont pas graisseuses non plus. Ce n’est pas une couche de «graisse» qui recouvre les feuilles, mais plutôt de nombreuses fines gouttelettes de mucilage transparent.

Pour la culture à l’intérieur, préférez l’une des espèces tropicales originaires du Mexique (P. moranenis, P. esseriana, P. gigantea, etc.), ainsi que diverses hybrides, car elles sont adaptées à des conditions très similaires à celles trouvées dans nos maisons. La plupart forment une rosette dense composée de feuilles sessiles (sans pétiole) en forme de cuillère. Je trouve que la plante ressemble un peu à une petite violette africaine (Streptocarpus sect. Saintpaulia).

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Les fleurs ressemblent à celles des violettes. Source: Noah Elhardt, Wikimedia Commons

Même les fleurs, généralement pourpres, blanches ou roses, plus rarement rouges ou jaunes, ressemblent aux fleurs des violettes africaines botaniques avec leurs cinq pétales (deux supérieurs, trois inférieurs), mais elles sont portées sur des tiges plus hautes et plus minces. Beaucoup de variétés fleurissent sporadiquement une bonne partie de l’année… encore une fois, un peu comme une violette africaine.

Cependant, en dépit de ces similitudes, les grassettes ne sont nullement apparentées aux violettes africaines: ces dernières appartiennent à la famille des Gesnériacées, tandis que les grassettes appartiennent à la famille des Lentibulariacées (famille des utriculaires).

Comment les grassettes attrapent-elles les insectes?

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La capacité des grassettes d’attraper les insectes volants est assez phénoménale. Source: www.in-the-garden.org

Au fil des années, j’ai cultivé de nombreuses plantes insectivores comme plantes d’intérieur — des dionées attrape-mouche, des népenthès, des rossolis tropicaux, etc. — et si jamais elles ont pu goûter à des insectes, c’est uniquement parce que je leur en avais donné. C’est qu’elles n’étaient pas très efficaces dans le piégeage des insectes, du moins, pas à l’intérieur de ma demeure. Mais ce n’est pas le cas des grassettes.

S’il y a de petits insectes volants dans la maison, vous les trouverez bientôt collés sur les feuilles de votre grassette. Les sciarides ou mouches du terreau, notamment, semblent attirées fatalement par cette plante. Je n’ai plus eu de véritable infestation de sciarides depuis que je cultive des grassettes: toute sciaride qui réussit à se frayer un chemin jusqu’à ma collection de plantes est vite prise sur les pièges feuillus des grassettes! Je ne vois plus voler de sciarides, mais seulement leurs petits corps collés sur les feuilles de grassette.

D’ailleurs, je ne suis pas le seul qui utilise les grassettes en tant que pièges collants. Certaines pépinières d’orchidées les utilisent également de la même façon.

Pourquoi les feuilles des grassettes sont-elles si attirantes pour les petits insectes? La théorie principale est que l’aspect chatoyant de la feuille suggère la présence d’eau, ce qui attire l’insecte. Ma propre théorie est que c’est la couleur vert lime des feuilles de grassette qui est le facteur principal. Ce vert est très près du jaune et l’on sait que beaucoup d’insectes indésirables sont attirés par le jaune (si la plupart des pièges collants commerciaux sont de couleur jaune, ce n’est pas pour rien!). Et il est possible que les feuilles aussi dégagent une odeur quelconque qui attire certains insectes.

Quelle que soit la raison, quand l’insecte atterrit sur la feuille, il s’y trouve pris. La glu ne veut pas le relâcher et plus il s’agite, plus la plante en produit, jusqu’à ce que le mucilage le recouvre et l’étouffe. Ensuite, la feuille produit des enzymes digestives qui font se décomposer l’insecte, le réduisant à un genre de «jus d’insecte» que la feuille peut absorber. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que la marge de la feuille de beaucoup d’espèces s’enroule vers le haut: c’est pour empêcher les liquides nutritifs issus des insectes piégés de s’en égoutter.

Notez que les grassettes obtiennent tous les minéraux nécessaires à leur croissance à partir d’insectes piégés: leurs racines n’absorbent que de l’eau.

Fait curieux

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On prépare le tätmjölk en ajoutant des feuilles de grassette au lait. Source: Kristofer2, Wikimedia Commons

Les feuilles de grassette font cailler le lait, ce qui donne un produit laitier fermenté consommé en Scandinavie. On l’appelle tätmjölk en suédois.

De culture relativement facile

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On peut cultiver une grassette sur le rebord d’une fenêtre comme presque n’importe quelle autre petite plante d’intérieur. Source: http://www.flytrapcare.com

Les grassettes tropicales ne sont pas difficiles à cultiver à la maison… mais elles ont quand même certaines exigences particulières.

Je cultive les miennes avec mes violettes africaines, car les deux plantes ont des besoins similaires. Il faut donner aux deux un éclairage assez intense avec quelques heures de soleil direct, de préférence matinal, comme on en trouve près d’une fenêtre orientée à l’est, ou encore, les cultiver sous une lampe de culture. Les deux apprécient une humidité atmosphérique raisonnable (environ 40 à 50%), des températures intérieures normales, etc. Jusque là, c’est du pareil au même.

Là où il y a une différence, c’est avec l’arrosage. Comme la plupart des plantes insectivores, les grassettes viennent d’un milieu très pauvre en minéraux. Comme mentionné ci-dessus, leurs racines n’ont même pas la capacité d’absorber les minéraux: ce sont plutôt leurs feuilles qui absorbent les minéraux nécessaires à leur croissance à partir des insectes qu’elles attrapent. Ainsi, les grassettes ont horreur de l’eau du robinet, trop minéralisée, surtout si l’eau que vous utilisez est très dure. Il vaut mieux les arroser avec de l’eau de pluie ou de l’eau distillée. L’eau de déshumidificateur aussi leur convient très bien.

Une croissance saisonnière

Maintenez le substrat de culture uniformément humide pendant la saison de croissance, qui va du printemps au début de l’hiver, ne le laissant jamais sécher, car la grassette a un système racinaire très limité qui ne tolère tout simplement pas le terreau trop sec. Certaines personnes arrosent leurs grassettes au moyen d’une mèche qui trempe constamment dans un réservoir d’eau ou laissent les pots se reposer en permanence dans une mince couche d’eau. Cela dit, vous pouvez aussi les arroser comme n’importe quelle autre plante, en versant de l’eau sur la surface du terreau, tant que vous le gardez humide en tout temps.

N’appliquez jamais d’engrais: les minéraux nécessaires aux grassettes, comme nous l’avons vu, viennent des insectes qu’elles attrapent. Appliquer un engrais peut les tuer!

Évitez aussi de les vaporiser de pesticides (fongicides ou insecticides), car ces derniers ont tendance à endommager les feuilles. Si vous avez besoin de traiter vos autres plantes, placez vos grassettes ailleurs pendant le traitement.

Dormance: oui ou non?

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Ce Pinguicula esseriana produit des feuilles d’hiver non collantes au centre de sa rosette alors que les feuilles normales commencent à dépérir, signe qu’il entre en dormance. Source: http://www.thecarnivoregirl.com

Dans la nature, la plupart des grassettes ont une période de dormance hivernale très nette. Les variétés tropicales sont rarement totalement dormantes toutefois (les tempérées, cependant, oui), mais plusieurs commencent plutôt à produire une rosette plus compacte composée de «feuilles d’hiver» plus petites et plus épaisses qui ne sont pas insectivores (elles ne sont pas collantes), indiquant que la dormance est commencée.

Au cours de cette période, qui se produit normalement entre septembre/octobre et mars/avril dans l’hémisphère Nord, vous pouvez baisser la température, même jusqu’à 5 °C, bien que ce ne soit pas strictement nécessaire. Surtout, il est très important de laisser sécher davantage le terreau de ces plantes semi-dormantes, soit presque complètement, avant d’arroser de nouveau. C’est quand même un changement assez radical par rapport aux arrosages abondants de l’été! Lorsque de nouvelles feuilles d’été commencent à apparaître, recommencez à arroser davantage, assez pour maintenir le terreau humide, comme auparavant.

Cela dit, il arrive que certaines grassettes demeurent en croissance toute l’année, notamment quand on les cultive sous un éclairage artificiel. Tant que la production de feuilles d’été persiste, continuez de les arroser abondamment, tout simplement.

Rempotage

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Rempotage d’une grassette dans un mélange de terreau maison. Source: PlantzNThings, YouTube

Les grassettes sont de petites plantes qui peuvent passer toute leur vie dans des pots de taille relativement modeste (10 à 15 cm) et il est rarement nécessaire de les rempoter, sauf après 4 ou 5 ans quand le terreau commence à se compacter.

Il est préférable d’éviter les terreaux d’empotage commerciaux habituels lors du rempotage, car ils contiennent de l’engrais. Il existe des terreaux commerciaux pour «plantes carnivores», mais ils ne sont pas offerts partout. Vous pouvez faire votre propre terreau en mélangeant 50% de tourbe horticole («peat moss») à 50% de perlite ou de vermiculite, ou encore 50% de mousse de sphaigne et 50% de perlite ou de vermiculite. Certains jardiniers aiment bien ajouter une pincée de chaux au mélange, mais cela ne semble pas essentiel.

En dépit de ce qui précède, certaines personnes utilisent un mélange de terreau d’empotage tout à fait classique et prétendent en obtenir des résultats merveilleux.

Multiplication

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On peut multiplier les grassettes par boutures de feuille. Source: happybuddyperson, YouTube

Vous pouvez essayer de multiplier les grassettes par boutures de feuilles ou semences alors que, commercialement, on les reproduit plutôt par culture in vitro. Cependant, la méthode la plus facile à la maison est de séparer les rejets (votre plante mère en produira plusieurs avec le temps) que vous pouvez ensuite empoter en pots individuels, idéalement à la fin de la période de dormance.

Choix local limité

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Habituellement, les grassettes sont vendues en jardinerie à travers d’autres plantes insectivores dans de mini-terrariums de transport. Source: www.boomanfloral.com

Les grassettes ne sont pas très largement distribuées. En jardinerie, on les trouve surtout quand arrive un lot de «plantes carnivores». Elles sont alors mélangées à travers d’autres espèces, notamment la très populaire dionée attrape-mouche. Les grassettes ainsi vendues sont rarement identifiées par un nom d’espèce ou de cultivar. Ce sont généralement des hybrides d’origine impossible à vérifier. Les acheter constitue néanmoins la façon la plus économique pour débuter avec les grassettes.

Notez que, même si ces plantes sont vendues dans un contenant transparent plastifié pouvant faire penser à un terrarium, il n’est conçu que pour servir d’abri pendant le transport et pour maintenir temporairement la plante dans un état acceptable. Quand elle arrive chez vous, enlevez-le, car les grassettes ont besoin d’une bonne circulation d’air pour bien survivre.

Si vous souhaitez profiter d’un choix plus large de variétés, d’une plante de meilleure qualité ou d’une identification appropriée, la solution est de commander auprès d’une pépinière spécialisée en plantes insectivores.

Voici deux pépinières qui vendent des grassettes par correspondance:

Carnivorous Plant Store (Canada)
Exotik.fr (France)


Cultiver vos propres pièges collants? Pourquoi pas!

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8 réflexions sur “Cultivez un piège collant vivant!

  1. Fay Cotton

    Merveilleux article. Le vendeur canadien est en rupture de stock. Y a-t-il d’autres vendeurs SVP?Peut-on vraiment en commander à partir de la France? Douanes, et gel me semble poser des problèmes. Ah, je vois le commentaire ci-haut de la dame qui habite en France….. Merci

    • France H.

      Je pense que la réponse à votre question se trouve dans ce paragraphe:

      Quelle que soit la raison, quand l’insecte atterrit sur la feuille, il s’y trouve pris. La glu ne veut pas le relâcher et plus il s’agite, plus la plante en produit, jusqu’à ce que le mucilage le recouvre et l’étouffe. Ensuite, la feuille produit des enzymes digestives qui font se décomposer l’insecte, le réduisant à un genre de «jus d’insecte» que la feuille peut absorber. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que la marge de la feuille de beaucoup d’espèces s’enroule vers le haut: c’est pour empêcher les liquides nutritifs issus des insectes piégés de s’en égoutter.

      Si je comprends bien, l’insecte se décompose. À raison du contraire, monsieur Hodgson pourra expliquer davantage.

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