Plantes à fourmis dans votre salon!

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La présence de fourmis dans les plantes est souvent une bonne chose! Source: The Cliparts

Saviez-vous que certaines plantes d’intérieur, peut-être même des plantes que vous cultivez déjà, sont, dans la nature, des «plantes à fourmis»? Des myrmécophytes, pour utiliser le nom scientifique. Le mot myrmécophyte vient du grec myrmex (fourmis) et phuton (plante).

Ces plantes vivent en symbiose avec les fourmis, une forme de mutualisme où chaque espèce aide l’autre. Il y a d’ailleurs plus de plantes myrmécophytes qu’on ne le pense: des milliers d’espèces dans plus de 100 familles de plantes.

Les myrmécophytes fournissent généralement soit gîte soit nourriture aux fourmis et, en retour, les fourmis offrent certains services:

  • elles les protègent contre leurs ennemis (insectes, mammifères, etc.);
  • elles les protègent contre les plantes envahissantes;
  • elles nettoient la plante de champignons néfastes;
  • elles les nourrissent (souvent de leurs excréments);
  • elles distribuent leurs semences (parfois);
  • elles pollinisent leurs fleurs (très rare).

Des maisons à fourmis

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Une coupe transversale d’un tubercule de Myrmecodia tuberosa montre les espaces conçus pour les fourmis. Source: thephytophi8e.blogspot.ca

Les myrmécophytes qui offrent le gîte aux fourmis sont les plus faciles à reconnaître. Généralement, ils ont un organe bien visible qui est anormalement enflé et creux ou qui contient des passages vides. Parfois, il y a même une ou des ouvertures pour donner accès aux fourmis, ou encore, une section où l’épiderme est très mince et par laquelle elles peuvent alors facilement pénétrer. L’organe qui les accueille peut être une tige, un tubercule, un rhizome, une feuille ou une épine. Les fourmis pénètrent dans l’organe enflé déjà existant et y élisent résidence. On appelle ces résidences des domaties ou, pour être plus spécifique, des myrmécodomaties. Ou maisons à fourmis! Ce sont ces plantes aux excroissances bizarres qui fascinent le plus les jardiniers.

Des organes qui nourrissent

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Des nectaires extrafloraux sous les feuilles de Prunus laurocerasus. Ils sont conçus pour attirer les fourmis qui alors protègent et nettoient la plante. Source: Luis Fernández García, Wikimedia Commons

C’est un mutualisme plus subtil qu’on découvre surtout en analysant le comportement des fourmis. Ainsi, il existe sûrement des plantes myrmécophytes que personne n’a encore remarquées. Le nectar que la plupart des plantes produisent se trouve uniquement au centre de leurs fleurs et est produit dans le but d’attirer les pollinisateurs. Par contre, les plantes myrmécophytes ont souvent des nectaires riches en sucres, appelés nectaires extrafloraux, situés ailleurs sur la plante, souvent sur les feuilles ou les tiges. On peut en déduire qu’ils ne sont pas utilisés pour assurer la pollinisation, mais pour d’autres fins… généralement pour attirer les fourmis.

La plante myrmécophyte la plus connue des jardiniers est d’ailleurs la pivoine (Paeonia lactiflora), qui attire les fourmis à ses boutons floraux encore fermés pour les protéger des prédateurs.

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Corps beltiens sur des foliotes d’acacia: ils servent à nourrir les fourmis. Source: botit.botany.wisc.edu

Certains myrmécophytes vont encore plus loin et produisent sur leur feuillage de petites excroissances riches en lipides, sucres et protéines appelées corps beltiens que les fourmis peuvent ramasser pour rapporter à leur nid.

En l’absence de fourmis

Souvent, cette myrmécophylie est facultative, surtout quand il s’agit de nectaires extrafloraux: la plante et la fourmi peuvent très bien survivre l’une sans l’autre. D’ailleurs ces plantes attirent généralement des fourmis d’espèces différentes: il n’y a pas de mutualisme spécifique.

Par contre, dans d’autres cas, le mutualisme est obligatoire, du moins, dans la nature. Si la bonne fourmi n’est pas présente, la plante ne peut pas se reproduire ou se fait bouffer par ses ennemis. Et l’espèce de fourmi en question dépend obligatoirement de sa plante-hôte. On ne la trouve jamais ailleurs.

En culture, toutefois, il est possible de cultiver au moins la plante sans fourmis sinon le contraire. D’ailleurs, même si vous cultivez des plantes myrmécophytes, ne pensez pas que des fourmis vont venir les habiter, car chaque myrmécophyte est habituellement hôte d’une fourmi qui lui est entièrement spécifique ou sinon, de quelques espèces très apparentées: pas des «fourmis de tous les jours». À moins que vous ne viviez sous les tropiques dans une région où la plante myrmécophyte est indigène, il n’y a aucun risque que des fourmis locales ne l’adoptent!

Plantes d’intérieur myrmécophytes

Voici quelques plantes myrmécophytes qui peuvent être cultivées comme plantes d’intérieur. Toutes ces plantes auront besoin d’un bon éclairage, de températures d’intérieur normales, d’une bonne humidité ambiante et d’arrosages en suivant la règle d’or.

Tillandsia

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Dans la nature, la base enflée du Tillandisa bulbosa abrite des fourmis. Source: fr.aliexpress.com

Les tillandsias ou filles de l’air (Tillandsia), de la famille des Broméliacées, viennent d’Amérique du Sud et centrale où ils poussent en épiphyte sur les branches d’arbres. Seulement quelques espèces, comme T. bulbosa et T. caput-medusae, sont myrmécophytes. Il s’agit des tillandsias qui produisent des feuilles à l’extrémité inférieure enflée et qui forment ainsi un genre de bulbe à la base de la plante. Dans la nature, des fourmis percent un trou dans ces feuilles et y habitent.

Notez qu’il faut arroser ces plantes, qui n’ont pas de racines absorbantes, en les plongeant dans l’eau ou en les vaporisant. Lisez Succès avec les filles de l’air pour plus d’information à leur sujet.

Myrmécode

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Le curieux tubercule myrmécophyte de Myrmecodia echinata. Source:  Michael Wolf, Wikimedia Commons

Le genre Myrmecodia, de la famille des Rubiacées, contient environ 30 espèces, toutes myrmécophytes, comme leur nom le suggère d’ailleurs. Il s’agit de plantes épiphytes originaires des jungles de l’Asie et de l’Océanie qui produisent, à leur base, un gros tubercule (caudex) enflé et épineux, muni de trous et de passages dans lesquels vivent des fourmis qui protègent la plante et la nourrissent de leurs déchets. On cultive certains myrémycodes comme plantes d’intérieur pour leur forme bizarre… et non, il n’est pas nécessaire d’importer des fourmis pour les rendre heureux.

Cultivez cette plante comme si elle était une orchidée, soit fixée sur une plaque ou dans un terreau pour orchidées et sous une forte humidité.

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Hydnophytum formicarum. Source: Bernard Dupon, Wikimedia Commons

Le genre Hydnophytum, un proche parent, produit des caudex similaires, mais sans épines, et fait aussi une bonne plante d’intérieur si on le traite comme une orchidée.

Codonanthe

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Codonanthe carnosa pousse presque toujours à partir d’une fourmilière arboricole. Source: jardinierparesseux.com

Le genre Codonanthe, de la famille des Gesnériacées, est une petite plante épiphyte retombante d’Amérique du Sud et centrale qui produit des graines qui rappellent, par leur forme, des œufs de fourmis. Ainsi, les fourmis les récoltent et les ramènent dans leur nid, un milieu riche en matière organique où la plante peut prospérer. Le codonanthe produit aussi sous ses feuilles des nectaires extrafloraux pour nourrir les fourmis et nourrit aussi les fourmis de ses fruits juteux.

Dischidia

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Dischidia vidalii produit des feuilles photosynthétiques normales, mais aussi (voir flèche) des feuilles enflées qui servent d’abri aux fourmis. Source: Mokkie, Wikimedia Commons

Le genre asiatique de plantes épiphytes grimpantes Dischidia contient un certain nombre de plantes myrmécophytes, dont D. vidalii (anc. D. pectenoides), qu’on vend parfois comme petite plante grimpante ou retombante. Cette plante produit surtout de petites feuilles cordiformes qui n’offrent rien aux fourmis, mais, de temps en temps, des feuilles beaucoup plus grosses et en forme de poche qui leur servent d’abri. La plante produit aussi de petites fleurs roses ou rouges.

Il faut une bonne humidité atmosphérique pour maintenir cette plante l’hiver. Cultivez-le dans un terreau pour orchidées.

D. major (anc. D. rafflesiana) est similaire, mais porte de plus grosses «maisons de fourmis» et en plus grand nombre. Sa culture est toutefois plus délicate.

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Les curieuses feuilles bosselées de Dischidia astephana servent de logis aux fourmis. Source: Clivid, flickr

Il existe aussi d’autres dischidias, comme D. astephana, qui forment des abris pour fourmis sous leurs feuilles quand elles se collent contre un tronc ou une branche. En culture, il faut fixer ces espèces sur un morceau de bois ou d’écorce pour que les feuilles-abris renflées et bosselées se forment. Les feuilles poussant librement seront normales, tout simplement.

Fougères myrmécophytes

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Lecanopteris pumila. Source: wistuba.com.

Il existe plusieurs fougères myrmécophytes, notamment dans les genres Lecanopteris, de l’Asie et de l’Océanie, et Solanopteris, des Amériques. Épiphytes, elles ont des rhizomes curieusement enflés qui abritent des fourmis à l’état sauvage. On cultive souvent ces fougères assez délicates sur des morceaux d’écorce, à la manière de certaines orchidées. Il leur faut un drainage parfait, mais une forte humidité relative en tout temps.

Acacia

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L’acacia corne de bœuf (Vachellia cornigera) abrite les fourmis dans ses épines et les nourrit avec des corps beltiens (visibles dans cette photo) à l’extrémité des folioles. Source: Stan Shebs, Wikimedia Commons

Dans son sens le plus large, ce vaste genre d’arbres et d’arbustes légumineuses, généralement de climat aride, comprend plus de 1300 espèces distribuées partout dans les régions tropicales et subtropicales du monde. Cependant, le groupe qui nous intéresse a été récemment reclassifié sous le nom Vachellia. C’est ce nouveau genre qui contient quelques espèces myrmécophytes, dont la plus connue est l’acacia corne de bœuf (V. cornigera, anc. A. cornigera).

Il s’agit d’un petit arbre d’Amérique centrale à feuilles bipennées portant à sa base deux grosses épines en forme, justement, de cornes de bœuf. L’épine est creuse et habitée de fourmis particulièrement féroces (Pseudomyrmex ferruginea) qui protègent non seulement la plante de ses ennemis, mais qui nettoient même le sol autour de l’arbre des mauvaises herbes, éliminant ainsi toute concurrence. En plus d’offrir le gîte aux fourmis, la plante produit des nectaires sur ses tiges et des corps beltiens à l’extrémité des folioles, deux façons de nourrir les fourmis. Les fourmis hôtes n’ont même pas à aller s’alimenter ailleurs: l’acacia leur fournit toute leur nourriture!

On peut cultiver cette plante comme plante d’intérieur à partir de semences.

Cecropia

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Si vous tapez sur un tronc de cecropia (ici Cecropia obtusifolia) dans la nature, les fourmis aztèques sortent rapidement, prêtes à le défendre. Source: Dick Culbert, Wikimedia Commons

Il y a environ 20 espèces de Cecropia (maintenant dans la famille Urticaées, bien que ce placement soit contesté par plusieurs taxonomistes) dans les tropiques américains et la plupart sont hôtes de fourmis aztèques qui habitent leur tronc creux. Non seulement ces petites fourmis très agressives les protègent des herbivores, mais elles suppriment aussi les grimpantes et les épiphytes qui essaient de s’y fixer. De plus, les cecropias produisent des corps beltiens sur leurs feuilles et ainsi nourrissent les fourmis.

Les cecropias se décorent de grandes feuilles palmées rappelant un peu celles du schefflera (Schefflera actinophylla) et font des plantes d’intérieur intéressantes… pour ceux qui ont beaucoup d’espace!

Autres espèces

Si vous cherchez, vous trouverez d’autres plantes d’intérieur myrmécophytes, comme Aechmea brevicollis, Hoya imbricata, Macaranga spp., Nepenthes bicalcarata, Pachycentra glauca, Platycerium madagascariense, Tetrastigma voinierianum, sans parler de certaines orchidées comme Myrmecophila et Caularthron.


Amusez-vous à découvrir ces curieuses «plantes à fourmis»!20171125B The Cliparts

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