La vérité au sujet des gourmands de tomate

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Ce soit-disant gourmand est en fait une tige secondaire.

Chaque fois que j’ose expliquer ce qui se passe réellement avec les «gourmands» des tomates, ceux que tout le monde nous dit de supprimer, cela suscite un tel tollé que j’en ai pour des semaines de courriels haineux de la part des jardiniers choqués. On dirait qu’ils ne veulent pas entendre la vérité sur la situation, que le concept de «gourmand» leur est si précieux qu’ils y tiennent précieusement.

Mais parfois, il vaut la peine d’entendre la réalité.

Et la réalité est que les tomates ne produisent pas de gourmands. Et l’on ne peut pas supprimer quelque chose qui n’existe pas!

Le mot juste

Un gourmand est, par définition, une tige qui ne produit pas. Or les soi-disant gourmands des tomates (si on les laisse pousser, bien sûr) produiront fleurs et fruits. Ces «gourmands», qui poussent à l’aisselle des feuilles, ne sont pas autre chose que des tiges secondaires. Les laisser pousser peut même presque doubler la récolte de tomates si les conditions sont bonnes.

Un gourmand sape l’énergie, une tige feuillue en donne

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Le mot gourmand est péjoratif. Illus. Digo Paul

Le mot «gourmand» est lourd de sens et est nettement péjoratif. Quand on l’entend, on imagine que le gourmand sape l’énergie de la plante. Au contraire, le mot «tige», le vrai terme, n’est ni négatif ni positif.

Peut-on au moins, avant de continuer la conversation, appeler les choses par leur nom et donner aux pousses qui paraissent à l’aisselle des feuilles leur vrai nom, soit tige (ou branche, si vous préférez), avant d’aller plus loin?

Car les tiges secondaires qui poussent sur les tomates ne sapent pas l’énergie de la plante. Bien au contraire, elles lui fournissent de l’énergie.

On se rappelle que toute l’énergie des végétaux vient de la photosynthèse et que la photosynthèse est faite par les parties vertes de la plante. Et ces tiges secondaires sont non seulement vertes, mais portent des feuilles, beaucoup de feuilles. Plus une plante de tomate a de feuilles, plus elle aura de l’énergie. C’est aussi simple que cela.

Pourquoi alors supprime-t-on les tiges secondaires?

Des générations de jardinier ont appris à supprimer les tiges secondaires. Même mon père a toujours insisté sur le fait que cette taille était importante. D’ailleurs, la pratique est aujourd’hui si bien ancrée qu’on oublie pourquoi on l’applique. Voici la raison:

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Quand on fixe une tomate sur un tuteur unique, on n’a presque pas d’autre choix que de supprimer les tiges secondaires. Photo: tomatodirt.com

Quand on tuteure une plante de tomate pour l’élever du sol, il y a une limite au nombre de tiges qu’on peut fixer au support. Nos ancêtres ont pris la décision de supprimer les tiges secondaires de façon à mieux pouvoir monter la plante sur son support, puis de planter plus serré pour essayer de compenser. Quand on utilise un seul tuteur, habituellement on ne conserve qu’une tige, la principale, et l’on supprime les autres. Quand on utilise deux tuteurs, on laisse pousser une deuxième tige et l’on supprime les autres.

Donc, la suppression des tiges secondaires était à l’origine strictement une question de technique de  tuteurage.

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Avec une cage à tomate de la bonne taille, la suppression es tiges secondaires n’est plus nécessaire. Image tirée du livre Les 1500 trucs du jardiner paresseux de Larry Hodgson.

L’arrivée des cages de tomate dans la deuxième moitié du 20e siècle a changé la donne. Comme elles supportent la plante de tous les côtés, il n’était plus nécessaire de supprimer les tiges secondaires. Dès qu’une tige sort de la cage, on la repousse à l’intérieur, tout simplement. Sauf que la plupart des jardiniers continuent de les supprimer, par tradition, sans même se demander pourquoi ils le font.

Évidemment, les petites cages à tomate courantes sont conçues pour les tomates déterminées, soit les plantes relativement petites. Pour supporter une tomate indéterminée, comme la populaire et très vigoureuse tomate cerise ‘Sweet 100’, une énorme plante aux tiges multiples, il faut une grande cage à tomate. Elles sont moins courantes, mais on peut quand même en trouver sur le marché ou encore s’en fabriquer.

Si vous utilisez une cage à tomates de taille appropriée, il n’est plus nécessaire de supprimer les tiges secondaires.

L’avantage de la suppression des tiges secondaires

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Pour obtenir une tomate géante, cultivez une variété à gros fruits et supprimez tous les fruits sauf un. Photo: onlytomatoseeds.com

Il y a quand même un avantage à supprimer les tiges secondaires. Comme la plante produit moins de fruits, elle mettra un peu plus d’énergie dans sa récolte réduite et les fruits seront légèrement plus gros.

Les avantages de ne pas supprimer les tiges secondaires

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Quand les conditions sont bonnes, les tomates non taillées donnent presque deux fois plus de tomates que les tomates taillées, mais elles sont légèrement plus petites. (Cette illustration est un montage pour souligner la différence entre les deux techniques, mais ne montre pas les résultats d’une expérience actuelle.)  Photo adaptée de: simplyfreshdinners

Si vous ne supprimez pas les tiges secondaires, vous obtiendrez environ 2 fois plus de tomates (quand les conditions sont bonnes, 1½ plus sous des conditions moyennes), mais elles seront d’une taille légèrement inférieure aux tomates produites par une plante taillée. Par contre, elles ont souvent meilleur goût, car la plante a plus de feuilles et donc plus d’énergie… et la plante convertit l’énergie solaire en sucre.

Évidemment, le plus grand avantage de ne pas supprimer les tiges secondaires est que cela vous demande moins d’efforts. Vive la paresse dans le jardinage!

Fausses croyances

La croyance que laisser pousser toutes les branches ralentira la récolte est fausse. Une tomate non taillée produira aussi rapidement qu’une tomate taillée. Après tout, elle a plus d’énergie pour le faire.

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Insolation  causée par une exposition subite au soleil. Photo: Scot Nelson, Flickr

Oui, diront certains, mais les fruits doivent être exposés au soleil pour mûrir et donc une plante taillée, qui a nettement moins de feuillage pour cacher les fruits, verra ses fruits mûrir plus vite. Mais en fait, ce n’est pas le cas: même les fruits complètement cachés par le feuillage mûrissent parfaitement bien. C’est le feuillage qui doit être exposé au soleil, pas les fruits. D’ailleurs, les fruits subitement exposés directement au soleil à la suite d’une taille peuvent prendre une insolation (coup de soleil), comme dans la photo.

Les jardiniers des régions froides qui prétendent que, à cause de leur saison de croissance courte, il leur faut supprimer les branches secondaires pour accélérer le mûrissement, se trompent aussi. D’accord, en fin de saison, supprimer les fleurs et les fruits qui n’auront pas le temps de mûrir et donc qui utilisent inutilement l’énergie de la plante, peut être utile pour améliorer le goût des tomates restantes, mais si possible, laissez le feuillage intact. Je répète, plus la tomate a de feuilles vertes, plus elle disposera d’énergie… un grand avantage quand votre saison de croissance est courte.

Une taille à faire

Peu importe votre façon de cultiver les tomates, il est toujours important de supprimer les feuilles jaunies. Elles ne contribuent plus à la croissance de la plante et peuvent abriter des maladies.

Alors, on taille ou on ne taille pas?

Maintenant que vous savez un peu plus sur la situation, c’est à vous de décider si vous supprimez ou non les tiges secondaires. Mais moi, je ne taille pas.

Et maintenant, défoulez-vous!

Je vous l’avais dit, certains jardiniers deviennent fous de rage quand je suggère qu’il est parfaitement acceptable de ne pas supprimer les tiges secondaires (ils tiennent au terme «gourmand») des tomates. Ajoutez alors vos commentaires ci-dessous.20170708A

265 réflexions sur “La vérité au sujet des gourmands de tomate

  1. Mortz Richard

    Et si je vous disais que je n’arrose pas mes tomates vous me prenez également pour un fou, mais mes plants sont bien plus verts et se développent mieux que ceux de ma voisine qui les arrose tous les 2 jours. Dans le trou où j’installe mon plan de tomate je hache une bonne poignée de feuilles de consoude et j’arrose copieusement après je vais juste pulvériser 2 ou 3 fois du purin de consoude dilué sur les feuilles.

    • Barbara

      Exactement!
      Avec la consoude j’ajoute pour moitié des feuilles d’ortie.. et je prend soins de planter les pieds 20 à 30 cm plus bas quand je les met en place: j’obtiens des plans bien costauds, qui résistent aux maladies et aux intempéries et j’ai de belles récoltes!
      Je « plante » aussi un tuyau de cuivre au «centre » de la plante (juste à côté de la tige principale)

      • Il est déconseillé de déposer quelques végétaux non décomposés dans le trou du plan de tomate car la décomposition produit du méthane, qui est mauvaise pour le jeune plant
        J’utilisais aussi un tuyau de cuivre comme tuteur mais j’ai arrêté car le cuivre laisse pas mal de traces dans le sol

  2. redg85

    Bonjour, merci pour ces précisions, c’est clair et instructif. Je vais arrêter de les ôter, je vais gagner du temps aussi. Bonne journée 😉

  3. Julie Hémond

    J’enlève seulement elle du bas depuis un bon bout car je trouve qu’une fois chargé ce genre de gourmand casse le tronc mais à part ça je ne supprime plus les gourmands. Mon père de la vieille école devient fou 🤪 quand je lui montre mes plants mais j’ai pas le choix des attachés car ici il vente beaucoup. Cela n’est pas juste pour le tuteur mais une question de survie et de permettre au tronc de devenir fort avant de casser. Je laisse pousser aussi beaucoup la tête avant de limiter sa croissance c’est trop gros pour plusieurs mais géniale pour la production.

  4. Ruom Wald

    Je suis tout à fait d’accord avec l’article et les commentaires précédents! J’applique d’ailleurs bon nombre de ces principes: 1) Peu voire pas d’arrosage une fois que la plante produit de nouvelles feuilles, 2) pas de tuteurage mais pousse en cage, 3) pas de taille du tout. Il faut vraiment « chercher » les tomates au jardin mais la production est abondante et délicieuse, les plants survivent aux fortes chaleurs alsaciennes, les fruits ne sont pas affectés par le cul noir du stress hydrique. CQFD.
    Mes voisins qui jardinent « à l’ancienne » ou devraient-ont dire de manière conventionnelle ont de magnifiques jardins bien propres et le mien est très fouillis à côté, mais ça ne vaut pas le temps qu’ils y passent en arrosage et traitement divers… pendant que les vers et la nature travaillent pour moi dans mon potager d’inspiration permaculturelle!
    Le potager naturel permet d’accéder à des produits d’une qualité incomparable et surtout d’une valeur inestimable car ils sont introuvables sur le marché; il y a du bon à savoir ce qu’on a dans l’assiette et donne à notre corps…
    J’étends mon commentaire à d’autres cultures: chez moi les PdT, ail, oignons, fèves, fraises, framboises, cucurbitacées ne nécessitent AUCUN travail autre que la plantation, le paillage et la récolte: ni arrosage, ni traitement, ni RIEN! Il faut tout de même accepter de nourrir quelques habitants du jardin comme les limaces et les pucerons, mais le jardin du paresseux en vaut la chandelle!
    Dubitatifs? Essayer c’est l’adopter!

  5. Brigitte

    Merci pour l’information, mon papa m’a toujours dit de les couper et je le fais pas habitude. Je vais changer mon habitude. En plus le plant de tomate de donne démangeaison. Donc je règle deux problèmes….. merci!

  6. Catocho

    Cela fait plusieurs années que je ne supprime pas les « gourmands », et les tomates ne s’en portent pas plus mal. Et pourtant, je ne suis pas aidée avec un sol composé de cailloux (je pourrais presque ouvrir une carrière) et d’un peu de terre. Le sol ne gardant pas l’eau, le peu d’arrosages que je fait doit être utile. Je fais donc des tranchées et je plante tomates et autres légumes dedans puis je paille. Ainsi, quand j’arrose, l’eau reste dans la tranchée au lieu de se répandre partout. Fil de suivre : j’avais entendu parlé de cette méthode pour lutter contre les maladies. J’ai laissé tomber car cela n’a jamais fonctionné.

  7. J’applique cette façon de faire depuis très longtemps surtout que maintenant le soleil brûle plus facilement en période de canicule enfant d agriculteur on coupé les « gourmand ». j’ai de super tomate des récoltes qui dépasse largement le poid attendu ,je les arrose quand même je suis dans le luberon .cette année on a inventé une forme de cage avec des cannes trop bien pas eu besoin de les attaché pour le moment

  8. Jax84

    J’ai commencé à ôter les gourmands et après 1 semaine de vacances, les gourmands ont bien profité de mon absence. Je les ai enlevés et replanter pour voir. Et au bout de 2 mois ils fleurissent et commencent à donner des fruits. Le problème de place devient plus compliqué alors l’année prochaine je ne les taillerai plus. Je ferai le même système que pour mes concombres à savoir une structure en Cannes serrées

  9. Doris Tremblay

    Merci pour cet article. Je n’ai jamais enlevé les gourmands et mes sœurs qui le font se demandent pourquoi mes récoltes sont si abondantes. Je leur ai souvent dit que les gourmands produisent aussi des fruits. Contente de voir que je n’étais pas dans le champ. Et je continuerai de défendre mon point de vue.

  10. Martine Thiessard

    YES ! Je suis contente de ces explications claires. J’avais décidé, disons intuitivement, que je n’enlèverais pas les soit disant  »gourmands » et en effet j’ai toujours eu des fruits sur ces tiges… mais je suis contente d’avoir appris pourquoi cela avait commencé. MERCI
    P.S. Je remarque qu »il n’y a aucun commentaire contre 🙂

  11. Martine Pelletier

    Bien contente de lire une explication aussi claire! En même temps ça me permet de répondre à ceux/celles qui me posent la question en voyant mes plants. Moi ca fait mon affaire!

    une jardinière paresseuse…

  12. Sarah

    Et bien je suis ravie de tomber sur un article Cômme le votre… Des pousses de pieds de tomates ont apparus par magie dans mes pots sur un balcon et en voyant à quel point ils se développaient j’ai voulu les rempoter pour pouvoir observer un peu l’évolution. Actuellement ils font presque 1m50 et fleurissent et j’attends avec impatience de voir si des tomates vont sortir le bout de leur nez! En tout cas je suis plutôt du genre rustique c’est à dire de laisser faire la nature et j’ai laisser un gourmand assez bas ce qui me fait deux bonnes tiges de fleurs sur chaque pieds. J’avais peur d’avoir fait une connerie mais je me sens pour l’heure rassurée et moins bete de vous avoir lu! Le temps maintenant me dira si nous avions raison 😉 cordialement

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