Mythe horticole: la toxicité des feuilles de chêne

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Feuilles de chênes: pas aussi nuisibles qu’on le dit.

On entend souvent le conseil de ne pas mettre des feuilles de chêne (Quercus spp.) dans le compost, car elles seraient toxiques… ou trop acides (les diffuseurs de cette fausse information ne semblent pas toujours pouvoir s’entendre sur l’explication) et ne doivent pas servir de paillis non plus. Mais c’est essentiellement faux… avec un brin de vérité, comme c’est souvent le cas des mythes horticoles.

C’est vrai que les feuilles de chêne contiennent beaucoup de tanins, des substances phénoliques qui seraient toxiques aux humains si on en mangeant trop… mais personne ne consomme des feuilles de chêne. Les tanins en trop forte concentration sont toxiques aussi à certains herbivores (chevaux, vaches, etc.)… qui éviteront de manger les feuilles de chêne s’ils ont d’autres possibilités, car elles sont très amères au goût.

Notez aussi que les mêmes tanins sont présents dans beaucoup d’autres feuilles aussi, pas seulement dans celles des chênes. En fait, les tanins sont très abondants dans la nature. Par exemple, ce sont les tanins qui donnent à l’eau de tant de rivières des régions forestières leur coloration brun foncé — même quand il n’y a pas de chênes dans le secteur — et cela ne dérange pas les poissons qui y vivent ni ne rend l’eau toxique pour autant.

D’ailleurs, nous consommons régulièrement des tanins sans que ça semble nous nuire. La couleur brune du thé vient de tanins, tout comme le goût un peu astringent des vins rouges. Et si l’on fait vieillir le whiskey dans des barils de chêne, c’est pour que les tanins viennent enrichir leur goût.

20170515B colin grice, WC

Les feuilles de chêne fraîches sont acides… mais perdent leur acidité en se décomposant. Photo: colin grice, Wikimedia Commons

Quant à l’acidité, oui, les feuilles de chêne fraîchement tombées sont acides (comme presque toutes les feuilles d’ailleurs), mais elles le deviennent de moins en moins à mesure qu’elles se décomposent. À la fin du processus, elles sont même un peu alcalines! Ainsi, l’acidité des feuilles de chêne ne nuit pas aux plantes quand on s’en sert comme paillis, ni ne rend le sol plus acide, au grand déplaisir des amateurs de rhododendrons, qui cherchent des moyens pour acidifier leur sol.

En fait, si vous analysez le sol sous de grands chênes où leurs propres feuilles se décomposent depuis des décennies, vous trouverez… des sols acides, neutres ou alcalins, selon le pH (niveau d’acidité) de la roche mère. Même après 100 ans de couches superposées de feuilles de chêne, elles n’ont presque pas d’influence sur l’acidité du sol.

Défauts des feuilles de chêne

Non pas que les feuilles de chêne n’ont pas leurs défauts quand on les utilise dans le compost ou comme paillis.

D’abord, elles sont très lentes à se décomposer (la présence de tanins ralentit sérieusement la décomposition), ce qui ne plaît pas toujours au jardinier.

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Paillis de feuilles de chêne.

Ainsi, les feuilles de chêne entières font un minable paillis, car elles sont coriaces et tendent à s’imbriquer les unes dans les autres pour former une couche presque impénétrable qui ne laisse pas passer les vivaces et couvre-sols prisonniers sous le paillis.

D’où l’intérêt de réduire les feuilles de chêne en miettes avant de les utiliser. Passez-les sous la tondeuse, aspirez-les avec un souffleur à feuilles (il déchiquettera les feuilles en passant), versez-en dans une poubelle et déchiquetez-les avec une tondeuse à fil. À vous de choisir la méthode, mais quand vous réduisez les feuilles de chêne en petits morceaux, les tanins s’en drainent sous les premières pluies, toute soi-disant toxicité diminue rapidement et la décomposition commence. Dans plusieurs grands jardins du monde, les feuilles de chêne déchiquetées sont même le paillis de préférence!

Donc, ne craignez pas d’utiliser les feuilles de chêne dans votre compost ou comme ingrédient de votre paillis: elles sont essentiellement inoffensives et peuvent-même être des plus utiles. Il suffit de les déchiqueter auparavant, voilà tout!20170515A

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6 réflexions sur “Mythe horticole: la toxicité des feuilles de chêne

  1. Suzanne Poulin

    Bonjour, peut-on faire du paillis avec une haie de chèvre feuille? Et des branches d’arbres de lilas que l’on taille? Je louerais une déchiqueteuse quand nous feront les tailles si c’est possible 😉 Merci de vos bons conseils!

  2. nonette

    bonjour, j’utilise les feuilles de chenes sans modération comme paillis sur mes dalhias , fushias et autres plantes..et j’en suis très satisfaite. Merci pour ces informations,

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