Le camérisier: un petit fruit à découvrir

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Camérisier (Lonicera caerulea) en fruits. Photo: karen_hines, Flickr

Le camérisier (Lonicera caerulea, anciennement L. edulis) est un arbuste fruitier qui est offert en pépinière depuis plus de 20 ans, mais qui demeure encore relativement inconnu auprès des jardiniers. Pourtant, il est de culture facile et très productif. Voici quelques détails à son sujet.

Le mot camérisier résulte de la contraction des mots chamae (au ras du sol) et merisier (rappelant que ses fruits sont portés près du sol, sur un arbuste, comparativement à ceux du merisier [Prunus avium], un arbre). On appelle le fruit qu’il produit camerise. En anglais, on l’appelle souvent par son nom japonais, haskap, ou par le nom honeyberry.

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Fleurs de camérisier. Photo: WildBoar, Wikimedia Commons

L’arbuste d’environ 1,5 à 2 m de hauteur et de 1 m de diamètre fleurit tôt au printemps, produisant des paires de fleurs blanc crème suivies de fruits allongés. Comme les bleuets, ils sont en fait de couleur pourpre foncée, mais la pruine blanche qui les recouvre leur donne un effet bleuté.

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Produits dérivés de camerises. Photo: Camerises Mistouk

Les fruits au goût à la fois sucré et suret rappellent un mélange de bleuets et de framboises et sont riches en vitamines A et C et en antioxydants. On peut les utiliser essentiellement à toutes les fins: consommation fraîche, gelées, tartes, smoothies, yoghourts, glaces, vins et beaucoup plus encore.

Ces fruits allongés bleus ne ressemblent nullement aux fruits des chèvrefeuilles plus connus, comme le chèvrefeuille de Tatarie (L. tatarica), dont les fruits ronds sont rouges ou orange. Curieusement, alors que les fruits de la plupart des chèvrefeuilles sont légèrement toxiques pour les humains, il n’y a aucun risque à manger ceux du camérisier.

Ses origines

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Récolte de camerises.

Le camérisier est un chèvrefeuille arbustif, aussi appelé chèvrefeuille bleu à cause de la couleur de ses fruits. Si l’on prend la définition botanique la plus large, L. caerulea a une distribution circumboréale, présent dans presque toutes les régions froides des pays d’Eurasie et d’Amérique du Nord. Les variétés horticoles ont cependant été développées à partir trois sous-espèces à distribution asiatique, L. caerulea edulis, L. caerulea emphyllocalyx et L. caerulea kamtschatica, originaires de la Sibérie, du nord Japon et du nord de la Chine.

Les premiers camérisiers furent importés du Japon il y a plus de 60 ans, mais n’avaient jamais pris leur élan comme petits fruits, car on jugeait leur goût trop amer. Mais les Russes travaillent à améliorer cette plante depuis plus de 50 ans pour développer des lignées au goût plus sucré et sans l’amertume des formes sauvages. C’est le chercheur Bob Bors de l’Université de la Saskatchewan qui a pris la relève en Amérique du Nord. Les plantes offertes aujourd’hui aux jardiniers proviennent surtout de ces deux sources et les fruits sont désormais suffisamment sucrés qu’on peut facilement les manger crus.

Avec ses abondantes fleurs blanc crème et ses fruits colorés, on peut aussi utiliser le camérisier comme arbuste ornemental, notamment en haie. Remarquez toutefois qu’il n’offre aucune coloration intéressante à l’automne.

Les fruits

20170510C.jpgLes camerises mûrissent très tôt, au début ou à la mi-juin, bien avant tout autre fruit local, et le plant fleurit très tôt aussi, en avril ou en mai, selon la région. Étant donné qu’il y a souvent risque de gel à cette période, on pourrait logiquement craindre des dommages causés par le gel, mais cette plante provient d’un climat boréal et sait composer avec le froid. Ainsi, les fleurs épanouies résistent bien aux gels jusqu’à -7°C.

Récoltez les fruits quand leur extérieur est bien bleu et que leur intérieur est entièrement rouge pourpre, sans trace de vert. On peut les congeler ou les utiliser frais. Attention: les fruits frais, un peu comme les framboises, ne se conservent que quelques jours, même au réfrigérateur. La plante commence à produire dès la deuxième année et peut continuer à produire pendant 30 ans et plus.

Une culture facile

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Production commerciale de camerises.

Il n’y a rien de très compliqué dans la culture des camérisiers: il faut un emplacement au soleil (ou, à la rigueur, à la mi-ombre) et relativement riche. Ils tolèrent bien les sols au pH très variable, de très acide à alcalin (pH de 4,5 à 8). Leur résistance au froid est légendaire: ils peuvent survivre à environ -47°C pendant l’hiver. Ainsi on peut les cultiver en zone 2, voire en zone 1b, soit la zone la plus froide où l’on peut raisonnablement cultiver quoi que ce soit.

Les camérisiers poussent bien dans les sols riches en humus et aussi les sols glaiseux ou même détrempés (ils peuvent pousser dans les tourbières, notamment), mais sont moins adaptés aux sols sablonneux. Une application annuelle de compost suffit comme fertilisation. Espacez les plants de 1 m pour utilisation en haie, mais de 1,3 m pour pouvoir distinguer entre les arbustes individuels.

Arrosez bien les trois premières années, le temps que le système racinaire s’installe correctement. Après, les camérisiers se montrent relativement résistants à la sécheresse, bien que la production de fruits risque d’être plus abondante dans un site où les plants sont arrosés en période de sécheresse. Une taille aux 3 ou 4 ans pour éliminer les vieilles branches moins productrices peut être utile.

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Il faut au moins 2 cultivars pour assurer une bonne pollinisation.

Les camérisiers sont autostériles: il faut le pollen d’un autre cultivar pour assurer leur fécondation, sinon il n’y aura pas de fruits. Il est recommandé de planter au moins deux variétés à proximité pour assurer une pollinisation adéquate. Différentes espèces d’abeilles — importées et indigènes — assurent la pollinisation: évitez alors d’appliquer des pesticides toxiques lorsque les abeilles sont dans le secteur.

Les camérisiers sont résistants aux insectes nuisibles, mais peuvent occasionnellement être affectés par le blanc à la fin de la saison. Cette maladie foliaire est tout au plus un problème esthétique et ne nuit pas à la santé du plant ni à sa productivité. Les cultivars modernes sont plus résistants au blanc que les premières introductions.

Les oiseaux frugivores sont le problème principal pour le jardinier: ils peuvent vider un arbuste de ses fruits en moins de 24 heures! Il peut donc être nécessaire d’installer un filet anti-oiseaux pour empêcher leur venue.

Une culture surtout nordique

Le camérisier est une plante de climat nordique qui exige un hiver froid (au moins 750 à 1000 heures de froid).

Il préfère aussi un été relativement frais. Là où les températures dépassent 30°C pendant plus d’une semaine, l’arbuste a tendance à entrer en dormance prématurément, peu après la récolte. Les feuilles qui jaunissent et brunissent peuvent faire croire que la plante manque d’eau ou souffre d’une maladie quelconque, mais c’est plutôt sa façon de réagir à la canicule. Le meilleur conseil dans ce cas est tout simplement laisser votre camérisier se reposer. Tant qu’il reçoit ses heures de froid hivernal, il sera de retour au printemps suivant avec une nouvelle charge de fruits!

Cultivars recommandés

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Les gros fruits de ‘Boreal Blzzard’. Photo: U of Sask Fruit Program

Votre choix de variétés sera sans doute limité par ce qui est offert localement, mais la plupart des autorités reconnaissent que les cultivars issus du programme de l’Université de la Saskatchewan, comme ‘Aurora’, ‘Borealis’, ‘Tundra’ et la série ‘Indigo’ (‘Indigo Gem’, ‘Indigo Treat’, ‘Indigo Yum’), sont les plus productifs et offrent un meilleur goût. Les deux cultivars les plus récemment issus du programme, ‘Boreal Blizzard’ et ‘Boreal Beauty’, aux fruits beaucoup plus gros et abondants que les cultivars plus anciens, attirent beaucoup d’attention de la part des spécialistes en camérisiers, mais risquent d’être difficiles à trouver sur le marché pendant quelques années.

Les variétés russes, comme ‘Honeybee’, ‘Cinderella’, ‘Blue Belle’ et ‘Berry Blue’, produisent des fruits plus petits et moins sucrés, mais sont parfois plus faciles à trouver en pépinière. Aussi, ce sont d’excellents pollinisateurs pour les variétés saskatchewanaises et sont souvent utilisés à cette fin.

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Fruits de Yezzberry® Solo™. Photo: Prove Winners Color Choice

Les variétés japonaises sont moins rustiques que les camérisiers canadiens et russes (zone 4 environ) et fleurissent et fructifient plus tardivement, mais les fruits sont souvent plus sucrés. On les utilise surtout dans les régions où le climat local est insuffisamment froid pour les cultivars d’origine nordique. Yezberry® Maxie™ et Yezberry® Solo™ sont des nouveautés japonaises qui semblent gagner de la popularité.

On peut trouver certains camérisiers dans les jardineries locales, sinon essayez des pépinières qui livrent par la poste comme, au Canada, la Pépinière ancestrale et Vesey’s. En Europe, essayez Happy Berry ou Wallogreen.

Pour plus de renseignements, il y a une publication électronique intitulée Productions en émergence au Québec: Camerisier, disponible du CRAAQ au coût de 9,99$. Elle serait d’une grande utilité à ceux qui pensent cultiver le camérisier commercialement.

Bonne récolte!20170510A

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