Quand le pic maculé attaque

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Pic maculé mâle. Photo: dominic sherony, Wikimedia Commons

Les jardiniers nord-américains devront voir ces jours-ci le retour de jolis oiseaux… qui font des dégâts aux arbres: les pics du genre Sphyrapicus. Au Québec et ailleurs dans l’Est de l’Amérique du Nord, il s’agit du pic maculé (Sphyrapicus varius). Dans l’Ouest, il y a d’autres espèces assez similaires.

C’est un pic de taille moyenne (20 à 23 cm), noir et blanc avec une couronne rouge et, chez le pic maculé, souvent du jaune pâle sur la poitrine. Le mâle a de plus une gorge rouge.

Ces pics uniques sont strictement nord-américains: ils n’ont pas leur équivalent ailleurs au monde. Ils diffèrent de tout autre pic en ce qu’ils ne font pas des trous dans les arbres à la recherche de larves d’insectes, mais de sève. Et ils ne s’attaquent qu’aux arbres vivants alors que les autres pics s’en prennent d’habitude aux arbres morts ou mourants.

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Bouleau à papier troué par un pic maculé. Photo: Cephas, Wikimedia Commons

Typiquement, ils font des rangées horizontales de trous ovales ou carrés peu profonds et également espacés, perçant l’écorce jusqu’à l’aubier. L’arbre réagit à cette intrusion en produisant de la sève de façon à boucher les trous. Le pic vient y boire la sève avec sa langue en forme de brosse, ce qui rouvre la blessure, faisant couler encore plus de sève. Certains experts croient même qu’il injecte une substance dans les trous qui empêche la sève de solidifier, prolongeant leur utilité.

La sève qui s’écoule attire aussi des insectes… que le pic consomme en passant. Quand la sève arrête enfin de couler dans une rangée de trous donnée, il en perce une autre et recommence. Habituellement aussi, il revient au même arbre pendant 2 ou 3 ans, même plus. Souvent, l’arbre est cerné de rangées trous sur 30 cm et plus! La sève qui s’écoule décolore souvent l’écorce environnante.

L’arbre récupère… ou meurt

Un arbre en santé qui n’est que légèrement troué peut récupérer éventuellement et avec le temps l’écorce recouvrira les trous. Mais si le tronc est entièrement entouré de trous, cela peut sérieusement réduire le mouvement de sève dans l’arbre et ainsi l’affaiblir.

De plus, le pic semble avoir une prédilection pour les arbres déjà affaiblis, moins capable de supporter l’intrusion. Aussi, des insectes ou des champignons pathogènes peuvent pénétrer l’arbre par les trous et provoquer des dommages secondaires. Donc, souvent les arbres atteints meurent quelques années plus tard.

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Pic maculé mâle sur un pin. Photo: Ltshears, Wikimedia Commons

Le pic maculé migre vers les régions plus chaudes du continent nord-américain l’hiver et vient passer ses étés dans le nord, jusqu’à la limite des arbres. Il a ses préférences quant aux arbres qu’il attaque, notamment les arbres réputés pour leur sève sucré ou leur écorce mince, comme les bouleaux, les faux-trembles et les érables, mais en fait, s’installera aussi dans plus de 1000 espèces d’arbres, indigènes ou importés, incluant les conifères (il semble adorer le pin sylvestre, notamment).

Notez qu’il ne s’attaque pas à tous les arbres du secteur. Il choisit un arbre çà et là, sans raison apparente, et le fréquente assidûment tout l’été et souvent plusieurs années de suite.

Le pic maculé niche dans les arbres morts ou mourants, y creusant un trou à la manière des autres espèces de pics. Il n’y a qu’une nichée de 4 à 6 œufs par année.

Un rôle à jouer

Dans la nature, le pic maculé est en fait assez inoffensif. Il s’en prend surtout aux arbres faibles ou en fin de vie (exemple: un arbre pionnier comme un bouleau dans une forêt qui prend de la maturité) et leur mort laisse la place aux plus forts. Donc, il joue un rôle dans le maintien de la forêt.

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Colibri à gorge rubis femelle qui se nourrit à partir des trous percés par un pic maculé. Photo: Fyn Kynd, Flickr

De plus, les colibris aussi visitent les trous qui «saignent» à la recherche de sève sucrée, tout comme d’autres oiseaux (sittelles, parulines, etc.) et certains animaux (porcs-épics, écureuils, etc.).

Par contre, il est moins apprécié sur nos terrains quand il s’attaque à un arbre qu’on a planté et qu’on tient à préserver.

Comme du tonnerre
En plus de trouer les arbres, le pic maculé mâle aime tambouriner, frappant son bec contre un objet pour faire du bruit. Non seulement cela attire-t-il les femelles en début de saison, mais il avertit les autres mâles que c’est son territoire. Parfois, il choisit de taper sur des surfaces métalliques — un toit de tôle, un solin de cheminée en métal ou même un panneau d’arrêt! –, ce qui amplifie non seulement le bruit, mais aussi la frustration de celui que le bruit réveille tôt le matin. Frapper contre du métal ne semble nullement nuire à sa santé.

Éloigner un pic maculé

Le pic maculé est protégé sur tout son territoire par la Loi sur la Convention des oiseaux migrateurs: on ne peut pas le tuer ou le capturer ni détruire ses œufs. Et il est très difficile de dissuader un pic maculé de quitter son arbre-mangeoire.

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Colle Tanglefoot

Vous pouvez essayer de couvrir la partie du tronc affecté avec du Tanglefoot, un produit collant vendu surtout comme barrière pour empêcher les insectes de monter dans un arbre. (Attendez une journée assez chaude, car il est difficile à appliquer par temps froid.) Non, le pic ne restera pas pris, mais il ne semble pas apprécier la sensation d’avoir pattes engluées et risque alors d’abandonner.

D’autres personnes ont du succès en entourant les rangées de trous avec une bande de tissu ou de ruban adhésif pendant l’été, l’enlevant à l’automne.

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En début de saison, suspendre des répulsifs visuels — des objets qui bougent au vent (moreaux d’étoffe, languettes de papier d’aluminium, ballons effaroucheurs [avec un œil dessiné dessus]) — des branches de l’arbre peut aider, mais une fois son habitude bien ancrée, le pic maculé est difficile à déloger.

Traitement de paresseux

Je suggère de laisser faire. C’est un joli oiseau, bruyant toutefois, et fascinant à observer, qui ajoute de l’intérêt à votre cour. D’accord, vous sacrifierez probablement un arbre, mais vous pouvez plus tard en planter un autre. De toute façon, il choisit habituellement sa «victime» dans une zone forestière: alors vous avez déjà sans doute des remplaçants.

S’il tambourine sur votre maison, par contre, tentez l’un des traitements recommandés ci-dessus: il y a une limite à se laisser imposer par un oiseau, aussi mignon soit-il.20170504.jpg dominci herony, WC

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