Vers une récolte responsable des plantes sauvages

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La récolte du riz sauvage (Zizania sp.) est soutenable, car on ne récolte qu’une partie des graines et, de plus,  laisse la plante mère intacte. Illustration: S. Eastman, The American Aboriginal Portfolio

Aller cueillir des plantes sauvages redevient très à la mode. C’est même très chic chez les cuisinomanes (foodies). Mais attention, si vous voulez récolter ou consommer des plantes sauvages, il faut savoir le faire en respectant l’environnement. La triste vérité est que, dans le passé, cela a souvent mené à des désastres écologiques. Pourrait-on les éviter cette fois-ci?

Un exemple: la quasi-disparition de l’ail des bois

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L’ail des bois (Allium tricoccum) est beaucoup moins courant qu’autrefois. Photo: Hardyplants, English Wikipedia

Il y a plus 50 ans, l’ail des bois (Allium tricoccum) était très abondant dans les sous-bois de la vallée du Saint-Laurent. Il est maintenant rare ou même complètement extirpé dans bien des forêts et se bat pour se maintenir dans d’autres où pourtant il était autrefois abondant.

Que s’est-il passé?

Comme avec tant de plantes sauvages, l’ail sauvage est devenu la proie de la convoitise humaine. Quelques articles sur l’ail sauvage sont apparus dans les journaux, on a parlé de ce délicieux légume indigène à la radio et à la télé, et boum! Cette plante est devenue subitement une denrée très recherchée. Des familles au complet partaient le cueillir, en se rappelant vaguement que «grand-maman la récoltait dans sa jeunesse», ce qui semblait légitimer la récolte. Mais on oublie que la population a plus que quadruplé depuis l’époque de grand-maman et cet afflux de cueilleurs, arrachant tout sur leur passage, a eu un effet désastreux sur la population de l’ail des bois.

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Dans certains états américains, la vente commerciale de l’ail des bois est encore permise. Photo: victorgrigas, Wikimedia Commons

De plus, des commerçants, souvent que des familles désireuses d’augmenter leurs revenus, se sont mises à vendre des bulbes frais et marinés, dans les marchés publics, même dans les supermarchés.

Or cette plante ne récupère que très lentement d’une récolte intensive. Une graine d’ail des bois prend souvent 2 ou 3 ans avant de germer et 7 et 10 ans avant de fleurir pour la première fois. De nombreux lieux ont littéralement été vidés de toute plante d’ail des bois.

Le gouvernement québécois est intervenu juste à temps, en passant une loi interdisant le commerce de l’ail des bois et limitant la récolte par les individus à 50 bulbes par personne par année. Reste que même avec ses limitations, l’ail des bois peine à se reconstituer et certaines colonies continuent à décliner.

Pas la première fois

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Le ginseng à cinq folioles (Panax quinquefolius) est presque disparu à l’état sauvage. Photo: Pittillo, Dan J., Wikimedia Commons

Malheureusement, il n’y a rien de nouveau dans cette histoire. Chaque fois qu’une plante indigène devient populaire comme plante comestible, médicinale ou utile, les humains se l’arrachent. Dans le passé, l’intérêt pour la plante n’est tombé que quand elle avait été presque éliminée. Le ginseng à cinq folioles ou ginseng américain (Panax quinquefolius), plante médicinale indigène réputée presque une panacée et autrefois abondante dans l’est de l’Amérique du Nord, a subi une récolte à outrance au 18e siècle et n’a jamais récupéré.

Le ginseng demeure très rare aujourd’hui, malgré une protection gouvernementale complète. La consigne parmi les botanistes qui savent où se trouve la moindre colonie est de garder le silence, sinon des cueilleurs sans scrupules risquent de tout prendre.

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Le gingembre sauvage (Asarum canadense) a aussi failli disparaître. Photo: Chris S. Packard, Wikimedia Commons

Le gingembre sauvage ou asaret du Canada(Asarum canadense), plante médicinale et comestible, est autre plante qui fut presque anéantie par une récolte excessive dans le passé. Il récupère mieux que le ginseng… mais demeure néanmoins protégé au Québec aujourd’hui, avec une limite de 5 plantes par année par personne, afin de prévenir toute résurgence de sa commercialisation.

La situation en 2017

La récolte de plantes sauvages pour la cuisine et les traitements médicinaux revient à la mode sporadiquement et connaît justement une nouvelle vague de popularité de nos jours.

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La forêt boréale et ses tourbières sont riches en plantes médicinales et comestibles… mais il ne faut pas les exploiter à outrance. Photo: Colocho, Wikimedia Commons

Cette fois-ci, c’est la forêt boréale qui semble être davantage visée (dans le passé, c’étaient plutôt les forêts caduque et mixte qui étaient dans la mire des cueilleurs), une forêt très vaste, mais qui récupère très lentement des intrusions. Plusieurs livres sur la cueillette de plantes sauvages dans la forêt boréale ont été lancés récemment, des cours et des conférences sur la cueillette dans cette zone sont offerts partout et des compagnies engagent des équipes de cueilleurs qui parcourent la forêt et ses tourbières à la recherche des plantes les plus intéressantes pour la mise en marché. Et j’ai très peur du résultat.

D’ailleurs, j’ai même hésité à aborder le sujet dans ce blogue de peur d’attiser un intérêt excessif, mais j’ai décidé de le faire quand même afin d’essayer d’au moins vous encourager à respecter certaines limites.

Je souligne que je ne suis pas contre leur récolte de plantes sauvages, mais considère qu’il est vital de le faire en respectant l’environnement.

Consignes pour une récolte soutenable

Voici quelques consignes:

  1. Vérifiez et respectez les lois de protection en vigueur.

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    On ne peut pas cueillir sans permission. Photo: Wouter Hagens, Wikimedia Commons

  2. Respectez la propriété. Il faut toujours demander la permission du propriétaire avant de faire la cueillette. Notez que toute cueillette est défendue, même pour les plantes non menacées, dans les parcs et réserves naturels.
  3. Apprenez à correctement identifier les plantes qui peuvent être récoltées: suivez un cours, allez dans la nature avec un botaniste ou apportez un livre d’identification lorsque vous partez à la cueillette. En plus de vous aider à cueillir la bonne plante, cela vous évitera le risque d’empoisonnement, car certaines plantes comestibles ou médicinales ont des sosies fort dangereux.
  4. Ne récoltez que des plantes qui sont abondantes dans une région donnée.
  5. Récoltez sans vous gêner les plantes qui sont considérées de mauvaises herbes, comme le pissenlit, l’oseille, l’alliaire ou l’ortie.

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    On peut récolter sans nuire les fruits des arbustes si on laisse au moins 10% des fruits sur la plante. Photo: ruby fenn, Flickr

  6. Récoltez les fruits ou semences d’une plante pérenne (vivace, arbuste, arbre, etc.) est rarement très nuisible, tant vous laissez au moins 10% des fruits ou semences sur place. Ainsi il n’y a pas à se gêner pour récolter les bleuets (myrtilles), des amélanches ou des mûres.
  7. Pour les plantes annuelles aux fleurs, fruits ou graines utiles, évitez de récolter plus d’une plante sur trois, car elles doivent se renouveler annuellement par leurs semences.

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    Ne récolter que les feuilles inférieures du thé de Labrador (Rhododendron groenlandicum) aide à préserver la plante pour les générations futures.

  8. Si c’est le feuillage que vous récoltez, rappelez-vous que toute l’énergie que la plante peut emmagasiner pour sa survie vient de ses feuilles et modérez votre récolte en conséquence. Par exemple, ne récoltez que 3 crosses (têtes de violon) par fougère à l’autruche (Matteuccia struthiopteris) par année. Chez le thé du Labrador (Rhododendron groenlandicum, anc. Ledum groenlandicum et autres espèces similaires), les cueilleurs professionnels récoltent souvent les nouvelles pousses de l’année, car elles sont plus accessibles et la récolte va plus rapidement, mais s’ils répètent cela trop souvent, ils peuvent tuer la plante. Pour assurer la survie de cette plante et d’autres végétaux à croissance très lente, mieux vaudrait ne cueillir que les feuilles inférieures, qui sont à la veille de tomber de toute façon.
  9. Il faut limiter encore davantage la cueillette quand il s’agit d’une plante qu’on récolte tout entière ou dont la partie désirable est la racine, le bulbe ou le rhizome, car c’est certain alors que cela tuera la plante. Mieux vaut ne récolter au maximum qu’une plante sur cinq, même quand la plante est abondante.
  10. Si vous vous apprêtez à acheter des plantes indigènes ou des produits dérivés de plantes indigènes, posez si possible des questions au vendeur pour voir s’il semble avoir appliqué des pratiques respectueuses de l’environnement.

Il n’y a rien de mal de profiter la générosité de dame Nature, mais il faut se limiter à piger dans ses surplus, pas dans ses réserves.

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9 réflexions sur “Vers une récolte responsable des plantes sauvages

  1. Sylvie

    Bravo et merci pour votre texte. J’ai moi-même un petit lopin de terre que je m’efforce a revitaliser en y plantant différentes plantes indigènes que vous avez nommé plus haut. J’étais fière de dire ce que je fesais et savez vous quoi! Mon boissé a été pillé…….j’ai recommencé mais en silence……..Il faut informer les gens leur faire comprendre le cycle long des plantes indigènes, peut-être qu’elle auront une chance ainsi.

  2. Isabelle Meunier

    Bonjour,
    J’aimerais ajouter un élément aux propos de M. Hodgson concernant la cueillette de la fougère à l’autruche: récolter 3 crosses par plant et par année semble correct, à condition toutefois, que les fougères en question poussent sur notre terrain, ( ou sur un terrain où l’on est certain que personne ne fait de récoltes ), car alors, dans le cas contraire, nous ne sommes pas en mesure de contrôler le nombre de crosses qui seront cueillies après notre passage ou encore, qui l’ont été avant. Cette approche peut aussi s’appliquer à d’autres plantes sauvages et menacées.

  3. Isabelle Meunier

    re-bonjour,

    «Récoltez sans vous gêner les plantes qui sont considérées de mauvaises herbes, comme le pissenlit, l’oseille, l’alliaire ou l’ortie.»
    Je ne suis pas du tout d’accord avec cette recommandation, car, là aussi un excès pourrait amener, à moyen ou long terme, à la raréfaction puis à la disparition des espèces visées. C’est toujours comme ça que ça commence: on est sûr et certain que la ressource est inépuisable, car elle est très abondante, et en plus il arrive qu’elle dérange les plans de l’humain, mais si tout le monde se met à vouloir croquer le pissenlit ou l’ortie (imaginez un ou deux articles scientifiques plus un marketing puissant qui pousse les humains à croire que ces plantes vont les faire maigrir ou les empêcher de vieillir, ahahahaha) et à les récolter de manière démesurée, ces plantes finiront comme les autres plantes actuellement en voie d’extinction. À mon avis, le pillage n’est jamais une bonne idée, quel que soit l’objet visé.
    Bien que ces plantes, appelées «mauvaises herbes»
    par certains et «adventices» par d’autres, dérangent de nombreux adorateurs de pelouses propres, propres, propres, elles restent néanmoins des éléments à part entière et utiles à l’écosystème (et à ceux des humains qui connaissent leurs bienfaits) et, en tant que telles, elles méritent d’être traitées et cueillies avec le même respect que les autres plantes, plus «glamour». Pour finir, il n’y a pas de «bonnes» plantes et de «mauvaises» plantes, ou alors c’est une vue purement anthropocentriste de la vie sur Terre qui guide vos croyances. Bon dimanche à tous et bonnes cueillettes raisonnables !

  4. celine charette

    Bonjour! Est-ce que les boutures enracinées qu’on achete.il faut les mettre en quarantaine??
    Moi je les lavent au End-All et je les rempote,une couple de jours peut-il etre suffisant??
    Merci!

    • Il a toujours un risque qu’elles contiennent des insectes cachés ou des spores de maladies. Votre traitement est une excellente idée, mais il serait sage de ne pas les mélanger aux plantes d’intérieure permanentes.

  5. Daniel Boyer

    On observe le même risque avec les bonsaistes qui récolte des spécimens en nature. Ce phénomène est en augmentation quoique plus limité.

  6. La meilleure façon de protéger les plantes indigènes comestibles est de les cultiver en pépinière. On pourrait même facilement régénérer les populations menacées en milieu naturel. Hélas le ministère de l’environnement refuse encore de comprendre.

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