Bien réussir les plantes succulentes

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Exposition de cactus et d’autres succulentes. Photo: Stephen Boisvert

Les plantes succulentes sont des plantes charnues généralement adaptées pour survivre dans les milieux arides. Leur caractéristique principale est leur capacité d’emmagasiner de l’eau dans leurs feuilles, leurs tiges ou leurs racines sous forme de sève (suc). D’ailleurs, le terme «succulent» veut dire «plein de suc».

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Les feuilles ou les tiges des succulentes sont pleines de suc. Ici, un aloès. Photo: Raul654, Wikimedia Commons

On appelle aussi ces végétaux «plantes grasses» à cause de leurs tiges ou feuilles épaisses qui leur donne une allure obèse, mais les botanistes préfèrent le terme «succulentes», car en fait, elles ne contiennent pas de graisse.

Cactus ou succulente?

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Les cactus (ici un Rebutia) sont tous des succulentes. On les reconnaît par leurs épines, leur tige dodue, l’absence de feuilles (à quelques exceptions près) et surtout, par leur aréole, la petite pointe de croissance poilue d’où partent les épines et les fleurs.

On dit couramment «cactus et succulentes», mais en fait, cette utilisation est redondante. Les cactus sont des succulentes, apparentant tous à l’une des rares familles végétales dont tous les membres sont des succulentes, les Cactacées. Donc, tous les cactus sont des succulentes… mais toutes les succulentes ne sont pas des cactus!

Une réaction évolutive à la sécheresse

La succulence a évolué indépendamment maintes fois dans la nature. D’ailleurs, on trouve des succulentes dans plus de 65 familles de plantes, allant des Bégoniacées aux orchidées!

En réaction à un climat qui devient de plus en plus sec, les plantes les plus capables de tolérer la sècheresse survivent et se multiplient alors que les plantes moins tolérantes sont graduellement éliminées. Quand ce processus se répète pendant des générations, éventuellement une plante mieux adaptée à la sécheresse évolue.

Évidemment, il y a plus d’une façon pour survivre à la sécheresse. Certaines plantes apprennent en entrer en dormance quand l’eau est rare, d’autres réduisent la taille de leurs feuilles (une bonne partie de l’eau que les plantes absorbent est perdue par évapotranspiration à partir des feuilles), encore d’autres adoptent une mode de vie annuelle et croissent et fleurissent après une pluie pour mourir seulement quelques semaines plus tard, etc. Stocker des réserves d’eau dans ses tiges ou ses feuilles est toutefois la façon la plus visible pour faire face à un climat aride.

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Euphorbia obesa est un exemple d’une succulente qui a abandonné ses feuilles et qui fait sa photosynthèse à partir de sa tige gonflée. Photo: Petar43, Wikimedia Commons

Plusieurs plantes succulentes, et notamment les cactées, ont abandonné leurs feuilles en cours de route. Ces plantes ont appris à faire la photosynthèse uniquement par leur tige verte. Ainsi les feuilles, qui peuvent perdre plus d’eau qu’une tige à cause du plus grand nombre de stomates qu’elles portent, ont été mises à l’écart. Dans le cas des cactus, les feuilles sont devenues des épines.

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Le feuillage succulent de l’Echeveria ‘Perle Von Nürnberg’ est tellement couvert de pruine qu’il paraît plus bleu que vert! Photo: Leonora Enking, Flickr

D’autres plantes, et notamment les nombreuses Crassulacées (crassulas, kalanchoés, sédums, etc.), ont conservé leurs feuilles, mais le nombre de stomates est réduit ou encore, les feuilles sont couvertes de cire blanche (pruine) ou de poils denses pour réduire la perte d’eau en reflétant les rayons intenses du soleil plombant.

L’évolution des succulentes a aussi mené à un type de photosynthèse assez surprenant, soit ce qu’on appelle un métabolisme acide crassuléen ou CAM.

La plupart des végétaux ouvrent grands leurs stomates le jour pour absorber le dioxyde de carbone (CO2) et font alors leur photosynthèse le jour à partir du gaz en circulation libre. Pour ne pas perdre trop d’eau à l’évapotranspiration, ils ferment leurs stomates la nuit, quand il n’y a pas de photosynthèse en cours.

Les plantes CAM, par contre, retardent leur respiration, n’ouvrant leurs stomates que la nuit quand la température est plus fraîche, ce qui réduit l’évapotranspiration. Pendant leur respiration nocturne, elles convertissent le C02 en acide malique et l’emmagasinent en attendant le retour du soleil. Puis elles la libèrent de nouveau le jour pour faire la photosynthèse en présence du soleil, alors que leurs stomates sont solidement fermés. C’est comme si la plante retenant son souffle pendant toute la journée!

Encore, le CAM a évolué indépendamment dans différentes familles de plantes.

Entretien des succulentes

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Opuntia polyacantha à l’état sauvage dans la très froide province de l’Alberta (zone 3), une belle preuve que certains cactus tolèrent bien les hivers froids.

Il existe des succulentes adaptées aux climats froids, notamment parmi les sédums (Sedum spp.) et les joubarbes (Sempervivum spp.). Il y a même des cactus rustiques (certaines Opuntia notamment)! Mais la majorité des succulentes sont des plantes tropicales ou subtropicales qu’on cultive, dans les régions froides, comme plantes d’intérieur.

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Il n’est pas du tout logique de cultiver des succulentes, qui préfèrent un milieu aride, dans un terrarium, où l’air est très humide… ce qui n’empêche pas aux stylistes d’en préparer pour la vente.

Les succulentes sont présentement très populaires auprès du grand public et on les voit utilisé à toutes les sauces, même dans des milieux où ils ne peuvent pas survivre, comme dans les intérieurs ombragés et les terrariums. Elles ont l’avantage, pour les stylistes (je fais une distinction entre les stylistes, qui sont des «placeurs de plantes» sans aucune connaissance des besoins des succulentes et les vrais horticulteurs qui, eux, savent comment les cultiver), de croître lentement et donc de mourir lentement. Même quand on les maltraite, elles peuvent souvent survivre pendant des mois.

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Succulentes couvertes de peinture: un crime contra la nature!

Certains énergumènes vont jusqu’à vaporiser de la peinture sur les succulentes avant de les vendre pour les rendre plus accrocheurs. Certains vendeurs prétendent même que cela ne nuit pas à leur santé. C’est évidemment faux. La peinture réduit la capacité des succulentes de faire de la photosynthèse et la photosynthèse est à la base-même de la survie de toute plante. Les vendeurs de plantes peintes comptent sur la capacité des succulentes de survivre longtemps malgré les mauvais traitements qu’on leur inflige, voilà tout. Un tel traitement relève davantage de l’horreurculture que de l’horticulture!

(Éventuellement, les succulentes peintes produiront des feuilles normales dans un effort de survivre au mauvais traitement, mais plusieurs meurent du traumatisme avant de récupérer complètement.)

En tant que jardinier, je tiens à traiter les plantes que je cultive avec respect et j’espère que c’est aussi votre intention. Voici alors quelques conseils :

Éclairage

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Tristes succulentes: la store coupe leur lumière et elles sont plantées dans des pots sans trous de drainage. Il est peu probable qu’elles survivent longtemps.

Pour la vaste majorité des succulentes, le plein soleil, donc une fenêtre exposée au sud, est idéal. Par contre, elles s’accommoderont quand même assez bien d’un éclairage moyen (près d’une fenêtre à l’est ou à l’ouest, par exemple), tant qu’elles reçoivent quelques heures de soleil direct chaque jour. La plupart souffrent, par contre, quand on les éloigne de plus d’un mètre de la fenêtre. L’hiver, surtout, quand la lumière est si faible, l’idéal est de les placer tout près d’une fenêtre orientée au sud.

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Cactus sérieusement étiolé par un manque chronique de lumière

Une succulente qui manque de lumière ne montre pas toujours clairement sa détresse, mais si sa tige s’allonge excessivement, si ses branches deviennent retombantes plutôt que dressées et si ses feuilles sont plus petites qu’elles ne l’étaient à l’achat, la plante essaie de vous dire que ça ne va pas. Certaines succulentes arrêtent tout simplement de pousser quand la lumière est insuffisante. Si la vôtre ne croît pas du tout, surtout l’été, ce n’est pas bon signe!

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Les feuilles de ce crassula ou plante jade (Crassula ovata) sont ourlées de rouge pendant l’été, un signe qu’il reçoit assez de lumière.

Un signe que la plante reçoit un éclairage adéquat est quand le feuillage devient ourlé de rouge pendant les mois d’été. Cela démontre qu’elles reçoivent vraiment l’éclairage qu’elles préfèrent. On voit notamment ce phénomène chez les crassulas et les echeverias.

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Haworthia fasciata tolère relativement bien une certaine ombre.

Il existe toutefois quelques succulentes qui tolèrent l’ombre (mais il doit quand même y avoir un peu de soleil quotidien!), notamment certains haworthias (Haworthia spp.), surtout les variétés à feuilles vert foncé, gasterias (Gasteria spp.) et sansevières (Sansevieria spp.). Si vous devez placez une succulente loin du soleil direct ou devant une fenêtre faisant face au nord, ce sont de bons choix. Notez que même ces succulentes préfèrent un bon éclairage (la sansevière, notamment, ne fleurira que lorsqu’elle est placée au soleil), mais elles «tolèrent» bien moins que l’idéale.

Arrosage

La vaste majorité des succulentes ont une croissance nettement saisonnière. Elles croissent au printemps et à l’été et entrent en dormance (ou presque) à la fin de l’automne et à l’hiver. Donc, il faut arroser davantage entre mars et octobre et moins l’hiver.

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Arrosez bien les succulentes, puis laissez le terreau s’assécher complètement.

Si vos succulentes poussent dans un pot avec des trous de drainage, l’arrosage est facile. Pendant l’été, arrosez-les comme n’importe quelque plante d’intérieur, humidifiant complètement la motte de racines à chaque fois, mais jetant tout surplus d’eau qui s’accumule dans la soucoupe. Touchez au terreau pour être certain qu’il est sec avant d’arroser nouveau, mais normalement, un arrosage par semaine conviendrait.

Pendant l’hiver, vaut mieux laisser le terreau s’assécher avantage. Il est plus difficile de juger leur besoin en arrosage à cette période, mais souvent un arrosage aux deux semaines suffit. Et si vous gardez la température très fraîche l’hiver (5 à 10˚C), peut-être même qu’aux 2 mois!

Si la succulente pousse dans un pot sans trou de drainage, en terrarium ou dans un montage décoratif quelconque, l’arrosage est beaucoup plus compliqué. Juste un peu trop d’eau et la pourriture s’installe. Donc, habituellement il faut plutôt compter sur la capacité des succulentes de tolérer les mauvais traitements et les arroser moins que ce qu’elles n’auraient préféré. Elles peuvent vivre pendant des mois, même pendant des années, dans un état de stress hydrique sans que cela ne paraisse trop. Essayez de leur donner quelques cuillerées d’eau à la fois, mais seulement quand leur terreau est bien sec.

Température

La plupart du temps, la température de nos demeures est adéquate pour la culture des succulentes: elles tolèrent à la fois la chaleur de l’été et la fraîcheur relative de l’hiver. Les cactus désertiques et les agaves, pour la plupart, préfèrent toutefois une température carrément froide l’hiver (combinée avec des arrosages très espacés): 5 à 10˚C. Dans le cas des cactus désertiques, cela aide à stimuler la floraison qui suivra au printemps ou à l’été.

Humidité

On n’a pas rarement de prendre en considération l’humidité ambiante quand on culture des succulentes. Elles s’accommodent autant de l’air sec que de l’air moyennement humide (l’humidité dans nos maisons dépasse rarement 50%). Attention toutefois: quand l’air est très humide, plus de 60%, comme dans un terrarium, les besoins en arrosage deviennent minimaux et les risques de pourriture augmentent sérieusement.

Terreau

Ces plantes à croissance lente peuvent passer dans années dans le même pot. Quand on les rempote, on peut utiliser un terreau à cactus ou même un terreau ordinaire.

Beaucoup de gens aiment bien couvrir leur terreau avec une couche de pierres décoratives. Ça fait chic, mais attention: il faut tasser les pierres et toucher au véritable terreau pour juger si la plante a besoin d’arrosage.

Engrais

Donnez-en parcimonieusement, à pas plus que 1/8e de la dose recommandée, et seulement de mars à octobre. N’importe quel engrais conviendra. D’ailleurs, si jamais vous n’appliquez d’engrais, elles vont quand même très bien pousser!

Multiplication

Chaque succulente offre des possibilités de multiplication différentes: boutures de tiges, boutures de feuille, division, semis, greffage, etc. Consultez une fiche sur la plante en question avant de procéder.

Insectes et maladies

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Cochenilles farineuses sur un Opuntia. Photo: Ann Verga, Flickr

Les trois insectes nuisibles les plus répandus chez les succulentes sont les cochenilles farineuses, les cochenilles de la racine et les cochenilles à carapace. Tous arrivent sur les plantes infestées, donc isoler les nouvelles plantes pendant 40 jours et les inspecter attentivement avant de les présenter à votre collection. Ils peuvent être difficiles à éliminer et il peut être nécessaire d’éliminer la plante infestée.

La pourriture des racines et la pourriture de la tige, causées par toute une gamme d’espèces de champignons, sont les maladies les plus courantes. Pour les prévenir, évitez de maintenir le terreau trop humide et assurez une bonne aération. Une fois que la pourriture est présente, la seule chose à faire est d’essayer de prendre des boutures à partir d’une section de plante non infectée.

Un été en plein air

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Les succulentes préfèrent passer l’été en plein air… tant que leur pot contient des trous de drainage, du moins.

La plupart des succulentes apprécient beaucoup un été en plein air, mais ne sortez pas les succulentes cultivées dans un pot sans trou de drainage: comme il n’y a aucune possibilité d’évacuer les surplus d’eau, la moindre pluie pourrait leur être fatale.

Il faut quand même acclimater graduellement les succulentes au soleil à leur sortie, en les plaçant quelques jours à l’ombre et ensuite quelques jours à la mi-ombre avant de les exposer à sa pleine intensité du soleil direct.

Et voilà! Un rapide survol des succulentes: à vous maintenant de les découvrir!20170322AStephen Boisvert

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3 réflexions sur “Bien réussir les plantes succulentes

  1. Gagnon

    Je viens de terminer la lecture de votre article sur les succulentes. Très intéressant! Merci beaucoup, j’apprécie grandement votre travail et vos livres.

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