Fruitiers Truc du jour

Un bleuetier, deux récoltes!

20170317A.jpg

Bleuetier remontant ‘Perpetua’. Photo: Chad Finn

Qui n’aime pas les bleuets (myrtilles)? Ce petit fruit sucré, pourpre foncé mais couvert d’une pruine blanche, ce qui lui donne une couleur bleutée, est un mets fort populaire en Amérique et gagne maintenant du galon en Europe et ailleurs où on le cultive de plus en plus. Mais jusqu’ici, il n’y avait qu’une saison de récolte: la mi-été. Plus maintenant, car un nouveau bleuetier, ‘Perpetua’ offre un trait unique: la possibilité d’une deuxième récolte à la fin de l’été et à l’automne. Il est présentement offert sous le nom Bushel and Berry™ Perpetua®, Bushel and Berry étant le nom d’une série de fruitiers développée pour le jardin domestique.

Bleuet ou myrtille?

Le nom bleuet est courant en Amérique du Nord francophone pour désigner les espèces indigènes de ce continent, comme Vaccinium angustifolium et V. corymbosum. Leurs fruits sont nettement plus bleutés que leurs proches parents les myrtilles (V. myrtillus et V. ulignosum) d’Europe et d’Asie dont les fruits sont noirs ou pourpre foncé. Les myrtilles sont rarement cultivées; on les récolte plutôt à l’état sauvage. Les bleuets, bien que populairement récoltés dans la nature aussi, sont désormais abondamment cultivés à travers le monde: Canada, États-Unis, Pologne, Allemagne, Suède, Pérou, Chili, Australie, Nouvelle-Zélande, etc.

En effet, Perpetua produit une nouvelle série de fleurs sur les pousses nouvelles qui suivent la première floraison, fleurs qui deviennent des fruits à leur tour, ce qui permet une deuxième récolte en septembre ou octobre au Canada; aussitôt qu’en août ailleurs.

Son histoire

En 1963, un botaniste remarqua un bleuetier sauvage encore plein de fruits en octobre à Monmouth, dans l’état de Maine aux États-Unis. Comme une fructification si tardive est très inhabituelle, il récolta des boutures qui furent repiquées au USDA-ARS National Clone Germoplasm Repository à Corvallis dans l’état d’Oregon. Depuis la plante a fidèlement produit 2 récoltes, une au milieu de l’été, une à la fin de l’été et l’automne. Aucun traitement au froid n’est nécessaire pour obtenir cette deuxième récolte.

Puisque cette plante, au nom de CVAC 45, était de taille intermédiaire entre un bleuet en corymbe (V. corymbosum) et un bleuet nain (V. angustifolia), que ses fruits aussi étaient de taille intermédiaire et comme, de plus, les deux espèces poussent à l’état sauvage dans la même région, on présume depuis sa découverte que CVAC 45 est un hybride naturel entre les deux espèces: ce qu’on appelle un bleuetier semi-nain.

20170317G.jpg
L’hybrideur Chad Finn. Photo fournie par Chad Finn

Chad E. Finn, chercheur en génétique et hybrideur de petits fruits de l’Unité de recherche sur l’horticulture à Corvallis (Oregon), s’est intéressé à CVAC 45 et, en 2000, a récolté et semé des graines résultant de la pollinisation libre de cette plante, ce qui a donné lieu à un large éventail de plantes. Au bout de 5 ans de comparaisons, il a fait une sélection: une plante spécialement productive et fiable, qu’il a nommé ‘Perpetua’ pour le Cap Perpetua d’Oregon… et pour sa production presque sans arrêt de fleurs et de fruits. Le bleuetier ‘Perpetua’ a été lancé en 2015 sous le nom BrazzleBerry™ Perpetua® aux États-Unis et est maintenant disponible au Canada sous le nouveau nom Bushel and Berry™ Perpetua® (Bushel and Berry™ est le nouveau nom pour la série de petits fruits connue sous le nom Brazzleberry™ jusqu’à la fin de 2016).

Une description

20170317J.jpg
‘Perpetua’ forme un joli arbuste qui pourrait facilement servir de haie. Photo: Pépinière Abbotsford

‘Perpetua’ atteint environ 75 cm de hauteur et 60 de largeur, avec un port évasé. Ses jeunes tiges sont jaunes, devenant rouges l’hiver. Les feuilles vert foncé luisantes, un peu tordues au printemps, mais de forme normale l’été, deviennent rouge foncé à l’automne, pendant la deuxième récolte. La plante est auto-féconde… heureusement, car il n’y aura pas d’autres bleuetiers en fleurs au bon moment pour assurer la pollinisation croisée de ses fleurs lors de la deuxième floraison.

‘Perpetua’ est considéré rustique en zone de rusticité 4, mais serait à essayer en zone 3b, car la plupart des bleuetiers semi-nains réussissent bien dans cette zone. Comme le bleutier nain a besoin d’un long hiver à température basse, il est difficile à cultiver dans les régions aux hivers doux, donc dans les zones 9 et plus.

Le bon sol

20170317K.jpg
La coloration automnale de ‘Perpetua’ est remarquable. Photo: Pépinière Abbotsford

Le grand secret de la culture du bleuetier est de lui offrir un sol meuble et acide, soit un pH de 4,2 à 5,2. La plupart des sols de jardin ne sont pas assez acides à son goût, donc il serait nécessaire de mélanger à la terre prélevée chez vous environ 50% de tourbe horticole («peat moss»), un amendement acidifiant. Et non, mélanger des aiguilles de pin ou des feuilles de chêne au sol, même si on entend ce conseil parfois, n’aide nullement: ces produits ne sont pas assez acides pour être utiles. Les Européens pourraient cultiver cette plante directement dans de la terre de bruyère, une terre sablonneuse naturellement acide qui est abondamment disponible en jardinerie sur ce continent. Ce produit n’est pas offert en Amérique du Nord.

Si le sol chez vous est sablonneux ou meuble, creusez un trou 3 fois plus large que la motte de racines, la plaçant 5 à 7 cm plus profondément qu’à l’origine pour encourager la plante de produire des racines sur la partie enterrée, et comblez avec la terre mélangée à la tourbe ou avec de la terre de bruyère.

20170317I.jpg
Les fleurs blanches en forme d’urne constituent un autre attrait. Photo: Chad Finn

Par contre, le bleuetier tolère difficilement les sols glaiseux et lourds. Si votre sol est de cette catégorie, mieux vaut le planter sur une butte surélevée en utilisant une terre rapportée plutôt que d’enfoncer ses racines fragiles dans un sol très compact. Achetez alors une terre à jardin en y mélangeant 50% de tourbe horticole (ou utilisez une terre à bruyère), puis placez la motte sur la surface du sol (oui, sans creuser de trou!) et couvrez la motte avec le mélange de terre et de tourbe. La butte devrait donc mesurer environ 1 m de largeur et être assez haute pour couvrir les 5 à 7 cm inférieurs de la tige. Vous pouvez aussi mélanger un engrais tout usage à dégagement lent au sol lors de la plantation. Évitez les engrais dits «de démarrage» ou «transplanteurs»: ils nuisent grandement à l’enracinement.

20170317E.jpgIl n’est pas utile d’ajouter les mycorhizes couramment vendues au sol lors de la plantation: les bleuetiers ne font pas de symbiose avec ces mycorhizes. Il existe toutefois des sélections de mycorhizes spécifiquement conçues pour les Éricacées (plantes de la famille du rhododendron, comme le bleuetier), comme Rhodovit®, mais ce type de produit n’est présentement pas offert en Amérique du Nord.

Les autres éléments de la culture

Habituellement on plante les bleuetiers au début du printemps quand la température commence à se réchauffer, mais on peut aussi les planter en été ou à l’automne.

Même si le bleuetier peut pousser à la mi-ombre, il y produira moins de fleurs et donc moins de fruits. Préférez alors le plein soleil. Un emplacement à l’abri du vent, où la neige s’accumule, est aussi préférable. Espacez les plantes d’environ 1 m pour leur donner assez d’espace pour se développer.

Arrosez bien à la plantation et gardez la terre toujours un peu humide par la suite. Couvrez toujours le sol d’environ 5 à 10 cm de paillis. Non seulement aidera-t-il à garder le sol un peu humide, ce que le bleuetier aime, mais aussi sa présence vous rappellera de ne pas sarcler. En effet, le bleuetier ne tolère pas qu’on vienne jouer dans ses racines.

Tout paillis conviendra. Encore, l’idée que les aiguilles de pin ou des feuilles de chênes déchiquetées seraient supérieures aux autres paillis pour les plantes acidophiles come le bleuetier est un mythe.

20170317F.jpg
Vous obtiendrez 2 récoltes prolifiques de fruits à tous les ans avec ‘Perpetua’. Photo: Chad Finn

Supprimez toute fleur qui paraît pendant les deux premières années, le temps que votre plante s’enracine adéquatement. Par la suite, laissez la plante fleurir… et commencez à déguster la manne!

Après quelques années, supprimez à la fin de l’hiver les branches les plus longues qui seront devenues moins productives, et cela, pour laisser la place aux jeunes branches plus fructifères. Fertilisez annuellement avec un engrais acidifiant.

Où trouver le bleuetier ‘Perpetua’?

Souvent la difficulté avec les nouveautés est de les trouver… mais j’ai peut-être une solution facile dans ce cas précis. Le site web www.bushelandberry.com, présentement en construction, aura d’ici quelques semaines une liste des pépinières au Canada qui offrent leurs plantes! Autre possibilité: c’est la Pépinière Abbotsford, située à Saint-Paul-d’Abbotsford, Québec, qui est responsable de la distribution au Québec, donc si vous voulez aller directement à la source…

Quant à mes lecteurs européens, il vous faudrait sans doute attendre un an ou deux avant que cette nouveauté américaine n’aboutisse dans une pépinière près de chez vous.


Un bleuetier, deux récoltes? Pourquoi pas?!

21 comments on “Un bleuetier, deux récoltes!

  1. Conny RN

    Article très complet! 😊 Merci pour comment planter et entretenir les bleuets ainsi que les explications scientifiques. J’apprécie beaucoup la référence où trouver les plantes car en région il peut être difficile de trouver ce qu’on veux!

  2. Le cultiver en pot est il envisageable? Si oui, en hiver faut il le laisser dans leur pot à l’extérieur sans protection?

    Merci

    • La lignée de fruitiers Bush and Berry est vendue pour la culture en contenant, donc théoriquement oui. Ce qui m’inquiète alors est la rusticité, souvent moindre en pot. Si vous résidez en zone 5, il y a de bonnes chances que ça réussisse; en zone 4, une protection serait peut-être nécessaire. C’est un cas d’expérimentation, dans le fond.

  3. Mylène

    C’est tu vrai qu’il y a un risque pour une plantation de bleuetier à proximité d’un sapin ou épinette sur le même terrain ?

    • Il y a une maladie (rouille-balai de sorcière du bleuetier, un champignon appelé Pucciniastrum goeppertianum, qui passe des sapins aux bleuets et il est donc sage d’éviter de planter des sapins près des bleuetiers. Par contre, je ne connais pas de contre-indication pour la plantation d’épinettes près des bleuetiers.

      • Mylène

        Ok,, merci pour la réponse, on ne sait pas la distance qui est a risque.
        je vais en planter un à 200 pieds voir … si ça passe ou ça casse. 🙂

    • Lorraine beaulieu

      Pourquoi mes bleuets sont sûrs, non sucres, ?

      • Souvent les jeunes bleuetiers pas encore bien enracinés donnent des fruits sûrs. Théoriquement, on ne les laisse pas produire avant le 3e année. Aussi, si on les récolte trop rapidement, les fruits seront sûrs. Les laisser 5 à 7 jours plus peut faire toute une différence! Et si l’arbuste produit beaucoup de fruits, plus que la normale, c’est un autre facteur. On peut aussi supprimer une partie de la production pour laisser les autres mûrir normalement.

  4. Merci pour votre article très complet. Ça m’a permis de voir la différence entre la myrtille et le bleuet.

    • Ouhgo Saint-Pierre

      Vous laissez pas charmer, Amine, il a glissé sur le Saskatoon Berry… proche parent!

  5. marthe lessard

    Bonjour
    J’ai une dizaine de bleuets dans un petit coin de terrain, et chaque plant de bleuet sont espacés à environ 1 mètre de distance. J’ai pensé d’ajouter des bleuets sauvages au pieds de ces derniers. Serait-ce une bonne idée ou si au contraire il n’y aurait pas assez d’espace pour tous ce monde

    • Larry Hodgson

      Le bleuetiers sauvages sont des plantes couvre-sol. Il est donc dans leur nature de pousser au pied d’autres plantes. Donc, pourquoi pas?

  6. Philippe

    Qu’est-ce qui se passe si on enlève pas les fleurs les 2 premières années? Ça me fait mal au coeur de les enlever, j’avais hâte d’avoir des bleuets… J’ai planté Bluecrop Patriot et Liberty. Si c’est juste qu’ils seront sûrs, ce n’est pas si grave. Il y a d’autres conséquences pour le plant?

    • Cela ne fait que réduire la production maximale encore quelque temps. Ce n’est pas si grave. Mais faites attention de bien arroser, car le bleuetier produit moins de racines quand il portent des fruits.

      • Philippe

        D’accord merci. J’ai aussi une autre crainte. Nous avons une terre plutot argileuse et je n’avais pas vu votre technique de faire un monticule quand j’ai planté il y a quelques semaines. Je n’ai pas tellement de place au soleil pour faire un monticule, mais j’avais creusé un trou assez gros (50cm de diametre et 30 cm de profondeur) rempli de terre pour acidophiles.

        J’ai un emplacement ou je pourrais faire un monticule, mais c’est plus à l’ombre partielle ou presque totale. Est-ce que ça vaut le coût de les déplacer pour corriger le tir ou je pourrait faire autre chose à leur emplacement actuel, peut-etre mettre plus de bonne terre autour du trou que j’ai fait en creusant une peu autour du trou que j’ai fait et remettant le couvre sol?

        Merci pour vos bons conseils 🙂 On adore votre site

      • Tout dépend de votre sol d’origine, car s’il est mal drainé (souvent mais pas toujours le cas des terre argileuse), le trou creusé se remplira d’eau, ce qui sera mortel pour votre bleuetier.

        Et peut-être que vous n’avez tout simplement les conditions qu’il faut pour cultiver des bleuetiers. Dans le jardinage, il faut parfois accepter ses limites.

      • Philippe

        J’aurai peut-etre un aménagement tenant compte de tout ça pour donner une chance. On verra bien ce que ça donne. J’ai les bleuetiers, je vais quand même essayer d’en tirer parti du mieux que je peux 🙂

        Merci pour les réponses rapides, ça me permettra d’ajuster le tir dès cette fin de semaine.

  7. Audrey Labelle

    Nous venons d’acheter 2 plans. Ils ont environ 1 pied de hauteur. Ils sont déjà plein de petits beuets. Vous dites qu’on doit éliminer les fleurs et empêcher les bleuets de sortir les deux premières années, mais il est un peu tard pour ça. Est-ce qu’il serait préférable que j’élimine tout de même les prochaines fleurs? Merci.

    • C’est une question de ne pas épuiser la plante quand elle est jeune et ainsi risquer de la perdre. Mieux vaut les éliminer, peu importe le stade, pour lui donner une chance de bien s’établir.

  8. Josée Lapierre

    Merci pour cet article très intéressant.
    J’ai 3 bleueties, 2 patriot et un Chippewa. Ils sont présentement dans dans pots mais je cherche l’endroit idéal pour les planter définitivement. Est ce que je peux les planter contre mon garage a un mètre de distance?
    Merci

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :