La patate douce prouve la découverte de l’Amérique par les Polynésiens

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Les Polynésiens étaient des navigateurs hors pair… mais ont-ils pu traverser l’océan Pacifique jusqu’au Nouveau-Monde?

Depuis longtemps, les anthropologues se demandaient s’il y a eu des contacts entre les Polynésiens – ces habitants des îles du Pacifique comme Hawaï, Tahiti, l’Île de Pâques, etc. – à l’époque pré-colombienne, c’est-à-dire avant la découverte du Nouveau-Monde par les Européens. Même, à une certaine époque, on se demandait si les Polynésiens n’étaient pas originaires de l’Amérique du Sud, qu’ils seraient partis du Nouveau-Monde pour conquérir leurs diverses îles.

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Les Polynésiens ont gagné leurs îles par vagues successives à partir de l’île de Taïwan.

Aujourd’hui les études génétiques des populations humaines prouvent hors doute qu’ils sont arrivés à leurs îles éloignées par vagues successives à partir de l’île de Taïwan et on ne trouve pas non plus de trace d’eux dans a génétique des peuples amérindiennes… mais cela n’exclut pas la possibilité que les Polynésiens auraient pu traverser les 4000 km entre la Polynésie et l’Amérique du Sud sans y avoir laisser une descendance.

De fausses pistes

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Les noix de coco furent une fausse piste.

Pendant un certain temps, on croyait trouver une preuve de ces échanges dans la présence de cocotiers (Cocos nucifera), une espèce transportée de l’océan Indien à la Polynésie par les Polynésiens, à l’île Cocos au large du Costa Rica, mais il n’est pas assez certain que les palmiers qui ont donné l’île son nom dataient vraiment d’avant la découverte du Nouveau-Monde par des Européens. Ni que les cocotiers n’aurait pas pu atteindre la côte en flottant.

Tout récemment (en 2014), on a pu réfuté une autre théorie à ce sujet, que les Polynésiens auraient introduit les poulets en Amérique du Sud. C’est la génétique qui a parlé: les poulets sud-américains sont d’une souche très différente des poulets de la Polynésie.

Mais il restait une piste à vérifier… et le résultat fut tout autre.

La patate douce voyageuse

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La patate douce est un cultigène: on ne la retrouve pas à l’état sauvage.

De nos jours, la patate douce (Ipomoea batatas) est cultivée à travers le monde, mais elle vient à l’origine de l’Amérique du Sud et centrale: c’est là qu’elle est cultivée depuis le plus longtemps (au moins 5000 ans, peut-être même 8000 ans) et là aussi qu’on trouve ses ancêtres. (La patate douce est un cultigène – une plante créée par l’humain par sélections répétées à partir d’une ou de plusieurs espèces sauvages – et alors qui n’existe pas à l’état sauvage),

La patate douce n’est donc pas originaire des îles polynésiennes et pourtant, quand le Capitaine James Cook a visité les Îles polynésiennes pendant ses différents voyages entre 1768 et 1779, les indigènes cultivaient déjà la patate douce. D’ailleurs, il en a collecté des spécimens qui sont conservés dans des herbiers européens.

La question est alors: comment la patate douce sud-américaine a-t-elle pu traverser la moitié du Pacifique (au moins 4000 km!) à une époque aussi reculée, sinon grâce au contact avec les Polynésiens?

Différentes théories

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Les tubercules de patate douce pourrissent rapidement au contact avec l’eau de mer.

Certains prétendaient que les graines ou les tubercules de patate douce  auraient pu traverser l’océan à la flotte. D’ailleurs, on sait que certaines plantes sont effectivement passées de l’Amérique à la Polynésie de cette façon. Mais seulement des graines capables de flotter pendant de longs mois tout en restant viables ont pu faire ce transit. Des tests ont révélé, sans grande surprise d’ailleurs (qu’une plante sauvage ait pu faire une telle traversée est une chose, mais une plante domestiquée?), que ni les tubercules ni les graines de patate douce n’ont cette capacité.

D’autres croyaient que la patate douce aurait pu avoir été transportée et distribuée en Asie par les Espagnols et les Portugais au 16e siècle et qu’elle aurait graduellement atteint les Îles du Pacifique via des échanges interinsulaires. Autrement dit, d’après cette théorie, ce que Cook avait découvert était un légume d’introduction assez récente.

Mais des études récentes prouvent que cela est impossible. L’analyse de l’ADN des spécimens récoltés par Cook indique qu’elles sont de la lignée kumara, originaire de l’ouest de l’Amérique du Sud, non pas des lignées que les Européens ont disséminées à travers l’Afrique et l’Asie, soit une lignée originaire de l’ouest du Mexique (la lignée camote) et une autre des Îles des Caraïbes (la lignée batata).

De plus, on a trouvé des restes de patates douces dans les Îles polynésiennes qui datent d’au moins l’an 1000 (beaucoup de chercheurs suggèrent d’ailleurs une introduction de la patate douce aux îles polynésiennes encore plus tôt, vers l’an 700 ou même 300). Donc, la patate douce était déjà présente dans les îles du Pacifique au moins 700 ans avant la visite de James Cook et au moins 600 ans avant la diffusion en Asie de certaines lignées de patate douce par les Européens. De plus, il est désormais prouvé que la patate douce des anciens Polynésiens vient de la côte ouest de l’Amérique du Sud (Équateur, Pérou, etc.) et pas d’ailleurs au Nouveau-Monde.

Contacts précolombiens

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Patate douce ornementale.

De là, la seule conclusion à tirer est que la patate douce a dû être transportée aux îles polynésiennes bien avant que les Européens aient découvert le Nouveau Monde. Mais comment?

Le consensus aujourd’hui est que ce sont les Polynésiens, déjà réputés pour leur capacité de traverser des vastes distances en pirogue (c’est d’ailleurs comme cela qu’ils en sont venus à habiter les îles polynésiennes!), qui auraient visité la côte ouest d’Amérique du Sud et qui auraient ramené la patate douces dans leurs îles.

Il est aussi possible que des Sud-américains anciens aient été plus navigateurs qu’on ne le pense et qu’ils sont partis de leur continent avec des tubercules à bord de leurs bateaux, en laissant sur les iles de la Polynésie. (C’est essentiellement une théorie émise juste pour la forme: de nos jours, personne ne croît réellement à cette possibilité.)

Peu importe la direction, toutefois, il est désormais considéré comme acquis qu’il y a eu des échanges entre l’Amérique et la Polynésie bien avant l’arrivée des Européens… et c’est la patate douce qui en est la preuve.

Un nom en commun

Autre détail intrigant, le nom de la patate douce dans la langue quecha des habitants de la côte pacifique de l’Amérique du Sud est kumara et alors qu’il est kuumala dans les îles polynésiennes. C’est peut-être une autre indication de ce contact lointain… ou peut-être n’est-ce qu’une pure coïncidence.


La prochaine fois que vous mangez ou vous plantez des patates douces, donc, il peut être intéressant de se rappeler leur histoire fascinante.20161128a

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4 réflexions sur “La patate douce prouve la découverte de l’Amérique par les Polynésiens

  1. Marie-Claude Bélanger

    À propos de la migration de Sud-Américains vers l’ouest, lire « l’Expédition du Kon-Tiki » par Thor Heyerdahl. C’était très convaincant… Notamment, le nom du dieu Kon-Tiki, qui est aussi retrouvé dans les deux cultures. Comment les études génétiques ont-elles départagé le sens de la migration?

    • C’est un peu difficile. Il faut conserver le tubercule au frais (vers 15˚C), mais pas au froid, et au sec, dans de la tourbe ou emballé de papier journal. Il peut être à la noirceur, car il sera en dormance. Vers le mois de mars, placez le tubercule dans un verre avec un peu d’eau au fond et placez-le à la chaleur. Ce sont les pousses qui en ressortent que vous allez bouturer pour planter au jardin.

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