Le désespoir du singe

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Désespoir du singe (Araucaria araucana).

Ce conifère à l’allure bizarroïde rappelle la végétation connue à l’époque des dinosaures et effectivement, le désespoir du singe (Araucaria araucana) est un survivant du Mézozoïque. On croît même que ses feuilles épaisses et triangulaires, coriaces et à pointe très acérée, furent développées spécifiquement pour décourager les dinosaures herbivores de le consommer.

On le voit assez souvent dans les jardins sous les climats convenables, habituellement des climats où les étés sont frais et humides et les hivers froids mais sans gel profond et durable. Il reçoit une partie de sa précipitation sous forme de neige dans les régions montagneuses du Chile et de l’Argentine où il pousse à l’état sauvage.

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On dira la queue d’un dragon!

Le désespoir du singe peut pousser dans la zone de rusticité 7 (et même, avec un peu de protection, en zone 6b) et tolère jusqu’à -20˚C, mais seulement là où de tels froids ne sont que passagers. Ainsi on le voit cultivé en Colombie-britannique et en France, notamment dans les régions côtières, et même jusqu’en Norvège (sur l’île de Smøla qui, malgré son emplacement au 63e parallèle nord, soit au même niveau que l’Île de Baffin, est baignée par les eaux tièdes du Gulf Stream), mais rarement au centre des continents européens ou américains où le froid tend à persister. On le cultive aussi avec succès dans les régions fraîches de l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Un port presque monstrueux

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Désespoirs du singe dans le Parque Nacional Conguillio du Chili. Notez comme les spécimens matures perdent leurs branches inférieures.

C’est son port curieux qui nous étonne. Les branches poussent en verticille et sont peu nombreuses et bien espacées. Elles sont fortement couvertes d’aiguilles vert foncé en forme d’écaille, donnant à l’arbre une allure réptilienne. Avec le temps, les branches inférieures tombent, donnant aux vieux spécimens l’apparence d’un gros champignon vert. Dans son pays d’origine, il vit jusqu’à 2000 ans et atteint parfois 40 m de hauteur.

Il n’a jamais rencontré un singe

Quant à son nom commun, désespoir du singe, il vient du commentaire de l’avocat britannique Charles Austin au milieu du 19e siècle qui, en voyant cet arbre, une grande nouveauté dans les jardins de l’époque, commenta «It would puzzle a monkey to climb that.» (Ce serait un casse-tête pour un singe de grimper dedans.) Ainsi son nom est devenu «monkey puzzle» en anglais et désespoir du singe en français.

En réalité, les singes ne rencontrent jamais cet arbre, car il n’en existe aucun dans les régions d’Amérique du Sud où le désespoir du singe croît naturellement.

Une plante comestible

Le gros pignon du désespoir du singe est comestible et d’ailleurs les deux parties de son nom botanique (Araucaria araucana) font référence aux Araucaniens, un peuple du Chili pour lequel le pignon était un aliment de base. On a déjà songé à faire la culture de cet arbre en Écosse, où il pousse bien, pour ses pignons, mais le fait qu’il faille attendre environ 40 ans avant que la production commence véritablement a découragé les promoteurs et l’expérience en fut jamais tentée.

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Le cône femelle peut contenir jusqu’à 200 gros pignons.

Les spécimens femelles matures (la plante est généralement dioïque, avec des plants uniquement mâles et des plants uniquement femelles) produisent un gros cône de jusqu’à 20 cm de diamètre qui se désagrège à maturité pour laisser tomber les pignons. Dans la nature, les oiseaux et les rongeurs se chargent de les disperser pour assurer la continuïté de l’espèce.

Le bois fut longtemps utilisé comme combustible et matériau de construction au Chile, mais l’espèce est protégée dans ce pays depuis 1979, des coupes et brûlis ayant fait beaucoup diminué la population naturelle.

Cultiver un désespoir du singe

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En Europe, on vend souvent des désespoirs du singe en pépinière.

La plupart des lecteurs de cette chronique vivent au Québec où la culture de cet arbre en pleine terre est impossible à cause des hivers au froid persistant. (En fait, un spécimen produit par semences a déjà survécu à un hiver chez moi en zone 4, mais est mort peu après, sans doute des séquelles de l’hiver trop sévère.) Par contre, il est possible de le cultiver comme plante d’intérieur, à condition de pouvoir lui offrir un hiver frais à atmosphère humide. D’ailleurs, il réussit mieux quand il passe l’été et l’automne en plein air et l’hiver à l’intérieur.

Mais petit arbre deviendra grand et que ferez-vous avec ce monstre dans 10 ans, quand il atteindra 2,5 m de hauteur et 1,5 m de diamètre, avec ses aiguilles si acérées qu’elles peuvent déchirer les vêtements?

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Sapin de Norfolk (Araucaria heterophylla).

Mieux vaut cultiver son cousin beaucoup moins piquant, le sapin de Norfolk (A. heterophylla), couramment disponible en jardinerie un peu partout.

Si vous tenez à en cultiver un, la pépinière Fraser’s Thimble Farms, de la Colombie-britannique, en vend aux jardiniers canadiens par la poste.

En Europe, les possibilités de réussir un désespoir du singe en pleine terre sont nettement meilleures, notamment dans les régions côtières où les étés ne sont pas trop chauds. L’arbre est relativement facile à trouver en pépinière dans les régions où il pousse bien. Il s’adapte à presque tous les sols bien drainés au moins un peu humides et peut pousser tant à la mi-ombre qu’au soleil.

Le désespoir du singe: une curiosité végétale à connaître, mais qui risque de devenir le désespoir du jardinier pour bien des lecteurs de cette chronique.20161108a

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2 réflexions sur “Le désespoir du singe

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