Le nerprun cathartique: un envahisseur à contrôler

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Nerprun cathartique (Rhamnus cathartica)

Le nerprun cathartique (Rhamnus cathartica), aussi appelé nerprun purgatif, est un grand arbuste ou petit arbre d’environ 2 à 5 m de hauteur. Il est indigène de l’Europe, de l’ouest de l’Asie et du nord de l’Afrique et dans ces régions il n’est pas considéré excessivement envahissant. Mais en Amérique du Nord, où il a été introduit dans les années 1800 comme plante ornementale et médicinale, il n’a pas de prédateurs naturels et cause de gros ennuis à l’environnement. Dans bien des régions, il est devenu l’espèce principale de la strate arbustive de la forêt à feuilles caduques, évinçant la flore locale: un véritable catastrophe pour la biodiversité!

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Distribution nord-américaine du nerprun cathartique.  (Source: Environnement Canada)

Les agriculteurs ne l’aiment pas non plus, car il est l’hôte alternant de la rouille couronnée de l’avoine (Puccinia coronata) et le refuge hivernal du puceron du soya (Aphis glycines).

Une description

Même s’il est d’une autre famille, soit les Rhamnacées, le nerprun ressemble beaucoup à un prunier (Prunus spp.), de la famille des Rosacées, à la fois par son feuillage, par ses fruits et par son port général.

Les deux sont environ de la même taille, avec un port arrondi similaire (quand ils poussent au soleil; à l’ombre la croissance des deux est plus irrégulière) et peuvent être épineux (notamment le cas des pruniers sauvages; les pruniers cultivés ont rarement des épines).

Nerprun cathartique                                       Prunier

Les deux ont aussi des feuilles vert foncé elliptiques ou ovales, qui peuvent être alternes ou opposées et qui sont d’environ la même longueur (3 à 10 cm pour le nerprun, 5 à 10 cm pour le prunier). Pour les distinguer, notez que les nervures des feuilles de nerprun sont courbées, contrairement aux nervures droites des pruniers. Aussi, les feuilles des nerpruns persistent très tard à l’automne et tombent sans changer de couleur, alors que les feuilles des pruniers deviennent jaunes au début de l’automne et chutent rapidement.

Les fruits du nerprun, qui passent de vert à jaune rougeâtre à noir à maturité, sont nettement plus petits, de 6–10 mm et contiennent 2 à 4 graines alors qu’une prune n’a qu’un seul noyau et est deux à quatre fois plus gros.

Les fleurs sont très différentes, toutefois: vertes et peu visibles chez le nerprun alors que le prunier produit des fleurs blanches très voyantes.

Toxicité

Les fruits du nerprun cathartique sont légèrement toxiques pour les mammifères, dont les humains, provoquant des crampes et ayant un effet purgatif (le sens du nom «cathartique»). À tous les ans, de nombreux gens s’empoisonnent en prenant les fruits pour des prunes ou des cerises sauvages. Non, on n’en meurt pas… mais l’effet est très désagréable. Les oiseaux, par contre, les peuvent manger les fruits mûrs avec impunité.

Le problème

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Fruits qui commencent à prendre leur coloration finale. Photo: Isabelle Bergeron

Les oiseaux se délectent des fruits et distribuent les graines au loin, les laissant tomber dans leurs fientes, souvent au pied des arbres ou le long des clôtures ou des fils électriques. Elles germent au soleil ou à l’ombre dans tout sol bien drainé, voire sec, et affectionnent particulièrement les sous-bois, car le nerprun catharique est très tolérant de l’ombre.

Les feuilles et fruits (et même les branches et l’écorce) qui tombent au sol sont allélopathiques: toxiques à la plupart des autres végétaux et notamment aux plantes indigènes nord-américaines qui n’ont pas développées de résistance aux toxines dégagées (notamment l’émodine).

Aussi, le nerprun est le premier arbre/arbuste à feuiller au printemps, créant de l’ombre à une saison où, habituellement, le soleil pénètre jusqu’au sol dans la forêt décidue et cette ombre dense prive les plantes de sous-bois de leur unique source énergie.

Avec le temps, les sous-bois se remplissent de nerpruns et se vident des plantes de sous-bois indigènes. Même les arbres indigènes n’arrivent plus à y germer.

Que faire?

Idéalement les propriétaires nord-américains détruiraient tout nerprun cathartique trouvé sur leur terrain. Les municipalités devraient faire la même chose et d’ailleurs, plusieurs ont adopté des programmes pour éliminer le nerprun de leurs parcs.

Malheureusement, il n’est pas facile d’éliminer cet arbuste. On peut arracher assez facilement les jeunes semis, mais une fois que la plante est bien enracinée, elle ne lâche pas facilement prise. Si on coupe l’arbuste au sol, il repousse facilement des racines, même après des coupes répétées.

20160728ELe traitement le plus efficace est de peindre un herbicide comme le glyphosate sur la blessure laissée sur les tiges fraichement coupées. L’herbicide, étant systémique, descendra dans les racines pour les tuer et alors, on élimine les repousses. Il n’est pas recommander de vaporiser l’arbuste d’herbicide, car cela risque de détruire aussi les plantes indigènes environnantes.

Il faut combiner toute forme de suppression des nerpruns matures avec l’arrachage des semis. Notez que les graines tombées au sol peuvent rester viables pendant au moins 2 ans et parfois jusqu’à 6 ans.


Un truc: il est plus facile de réprimer le nerprun tard à l’automne, car il garde son feuillage vert plus longtemps que les plantes indigènes et est donc plus facile à reconnaître.


Cette plante très nocive peut être présente sur votre terrain, et ce, que vous vivez en ville, en banlieue ou à la campagne. Soyez aux aguets et prêt à agir si vous en trouvez chez vous. Et n’hésitez pas à aviser des voisins si vous en voyez de leur côté de la clôture. Il faut parfois l’implication de tout le voisinage pour éliminer ce peste.

 

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2 réflexions sur “Le nerprun cathartique: un envahisseur à contrôler

  1. monique bourbeau

    Le traitement le plus efficace est de peindre un herbicide comme le glyphosate sur la blessure laissée sur les tiges fraichement coupées. L’herbicide, étant systémique, descendra dans les racines pour les tuer et alors, on élimine les repousses. Il n’est pas recommander de vaporiser l’arbuste d’herbicide, car cela risque de détruire aussi les plantes indigènes environnantes.

    Cette ligne de votre texte m’a paru très intéressante.

    Question: quelqu’un qui aurait une plante envahissante dont elle voudrait se débarrasser, par exemple une pétasite, pourrait-elle utiliser cette technique soit en peinturant les tiges de la feuille ou encore les feuilles avec l’herbicide sans nuire aux plantes environnantes????

    Monique Bourbeau

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