Les liserons: de jolis envahisseurs

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Liseron des haies (Calystegia sepium): un joli envahisseur. Photo: Derek Harper, Creative Commons

Le nom liseron désigne une plante grimpante (ou rampante là où elle ne trouve pas de support) de la famille des Convolvulacées (famille de la gloire du matin). Il y a plusieurs espèces dans différents genres, mais les deux les plus souvent vues dans les jardins sont le liseron des haies (Calystegia sepium, anciennement Colvolvulus sepium) et le liseron des champs (Convolvulus arvensis). Les deux se ressemblent, avec des fleurs blanches ou rose pâle en entonnoir et des feuilles en forme de flèche, mais le liseron des haies donnent des fleurs beaucoup plus grandes (5 à 6 cm de diamètre comparativement à 1,5 à 2 cm pour le liseron des champs) et ses feuilles aussi sont de plus grande taille. Les fleurs ouvrent tôt le matin et ferment généralement vers midi… comme les gloires du matin ornementaux (Ipomoea nil et autres).

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Le liseron des champs (Convolvulus arvensis) est similaire au liseron des haies, mais de plus petite taille.

Les deux espèces d’origine eurasiatiques sont considérées des mauvaises herbes. Elles sont très envahissantes, étouffant les plantes voisines avec leurs tiges volubiles qui peuvent atteindre 6 m ou plus de hauteur (pour le liseron des haies; moins [2 m environ] pour le liseron des champs) et leur feuillage dense qui coupe la lumière aux végétaux envahis. Ils peuvent même monter sur et écraser par leur poids les arbustes et les jeunes arbres. De plus, ils s’étendent rapidement, sur jusqu’à 6 m de diamètre, via des racines et des rhizomes souterrains et peuvent alors envahir les plantations voisines. Ils se multiplient aussi par semis.

L’arrachage: une perte de temps

Les rhizomes tendent à pousser latéralement, près de la surface du sol, mais les racines peuvent descendre jusqu’à 3 m dans le sol, ce qui rend l’arrachage irréaliste.

D’ailleurs sarcler ou, pire encore, passer un motoculteur, ne font qu’empirer le problème, car les deux techniques tendent à trancher les racines et les rhizomes et chaque segment de l’un ou l’autre laissé dans le sol donnera une nouvelle plante. Autrement dit, elles empirent la situation!

Deux traitements lents, mais efficaces

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Pour tuer le liseron, il faut supprimer son feuillage à partir du sol.

Le traitement le plus «logique» serait de couper toutes les tiges à la base, là où elles émergent du sol… et de répéter cette taille chaque fois qu’elles repoussent. Ainsi vous priverez la plante de sa source d’énergie. Toute l’énergie d’une plante vient du soleil via ses feuilles et si vous supprimez continuellement les feuilles, la plante s’affaiblira nécessairement.

Toutefois il faut généralement répéter cette taille aux 2 ou 3 semaines, et ce, pendant 2 ans, surtout si la plante est bien établie, car elle peut avoir d’importantes réserves d’énergie stockées sous le sol.

Même après 2 ans, il peut avoir une certaine repousse, car la plante porte sur ses racines de petits bourgeons (quasiment comme un petit bulbe) qui peuvent rester  en dormance pendant jusqu’à 5 ans pour ressortir juste quand vous pensiez avoir réglé la situation. Il faut bien sûr éliminer immédiatement ces repousses dès que vous les voyez.

Attention: faucher les tiges à la tondeuse ne fonctionnera pas nécessairement pas non plus. Le liseron des champs, surtout, a une croissance tellement basse qu’il peut souvent passer sous la tondeuse sans dommages. Il faut couper les tiges au sol, pas à 7 cm au-dessus du sol comme une tondeuse le fait.

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Couvrir le sol avec une bâche opaque tuera le liseron.

L’autre possibilité est le bâchage avec une toile opaque. D’ailleurs, c’est aussi la méthode la plus paresseuse.

Au printemps, appliquez une toile noire en polyéthylène (ou un vieux tapis!) sur toute la surface et retenez-la en place avec des pierres, des briques, des potées de plantes ou du paillis. La toile doit couvrir plus large que la zone où la plante se trouve, sinon elle aura vite fait expédier ses rhizomes au-delà de la zone d’exclusion.

Il faut laisser la toile en place pendant 2 ans. À la noirceur sous la toile, privée de lumière, la plante ne pourra plus s’approvisionner en lumière solaire et s’épuisera.

Même après 2 ans, il est quand même possible qu’il y ait un peu de repousse à partir de bourgeons dormants (mentionnés ci-dessus), mais si vous coupez ces tiges au sol dès qu’elles ressortent, vous les éliminerez: elles n’ont plus les réserves nécessaires pour repousser de multiples fois.

Herbicides en dernier recours

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On peut appliquer un herbicide au pinceau.

Je ne suis pas un fervent des herbicides, mais si vous êtes rendus au point où vous y songez, évitez à tout le moins de vaporiser ces produits, car inévitablement vous tuerez des végétaux que vous auriez aimé conserver. Le secret d’une utilisation relativement rationnelle d’un herbicide toxique est de le peindre sur le feuillage de la plante indésirable: oui, avec un petit pinceau. Ainsi, seulement la plante à éliminer en absorbera.

Le meilleur moment pour l’appliquer sur le liseron est quand il est en fleurs, car c’est la saison à laquelle la plante commence à amasser des réserves et où elle dirige alors beaucoup de sève vers ses racines et ses rhizomes. Or ce sont justement les racines et les rhizomes que vous voulez éliminer.

Les herbicides à base de savon, d’acide citrique ou d’acide acétique (vinaigre) ne sont pas systémiques: ils ne voyageront pas dans la sève de la plante et ne tueront alors que le feuillage. Ainsi la plante aura tendance à repousser. Il faut alors les appliquer à répétition, probablement pendant 2 ans, tout comme pour les méthodes où l’on exclut la lumière.

Les herbicides systémiques, par contre, comme le glyphosate, circulent dans la sève, tuant les racines et les rhzomes. Ainsi ils élimineront la plante au complet après seulement un traitement ou deux si vous les appliquez correctement.

Continuez de surveiller

Même si vous pensez avoir gagné la guerre contre le liseron, sachez que ses graines peuvent rester dormantes pendant 50 ans ou plus. Heureusement les jeunes semis n’auront pas encore eu le temps de faire des réserves et même un sarclage rapide les tuera.

De plus, les graines doivent être exposées au soleil pour germer. Elles ne germeront pas dans un jardin densément planté, ni sous un épais paillis.

Un faux liseron

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La renouée liseron (Fallopia convolvulus) ressemble à un liseron par son feuillage, mais pas par ses fleurs.

La renouée liseron (Fallopia convolvulus, anciennement Polygonum convolvulus) est une annuelle originaire de l’Eurasie et de l’Afrique, mais maintenant une mauvaise herbe de distribution mondiale, qu’il est facile de confondre avec les vrais liserons (Calystegia et Convolvulus). C’est qu’il produit lui aussi des feuilles en tête de flèche sur des tiges rampantes ou grimpantes. Ses petites fleurs verdâtres, blanchâtres ou rosâtres, réunies en petites grappes peu denses, ne ressemblent toutefois nullement aux fleurs en entonnoir typiques des liserons et sont le preuve que c’est une plante différente.

Quand vous trouvez cette plante dans vos jardins, arrachez-la ou coupez-la selon votre méthode de désherbage préférée. Ainsi vous la contrôlerez pour l’année en cours.

Par la suite, cependant, il faut se rappeler que la renouée liseron est une annuelle. Elle ne repoussera pas des racines de l’année précédente, mais doit germer à chaque printemps à partir de graines tombées au sol. De plus, ces graines exigent de la lumière pour germer. Aisni couvrir le sol au printemps d’au moins 5 cm de paillis empêchera les graines de germer.


Et voilà: les liserons ne sont pas faciles à contrôler, mais si vous y mettez un peu d’effort assidu, vous pourrez en venir à bout.20160728A Derek Harper, Creative Commons

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5 réflexions sur “Les liserons: de jolis envahisseurs

  1. Viviane Lachance

    Je suis envahie de liserons les grands en arrière et le petit en avant. S’il vous plaît pouvez vous nommer les bons herbicides au glyphosate? Je suis prête à m’y mettre , mais mon herbicide sent le vinaigre et n’a donner aucun résultat. Merci.

  2. Marie-Claude Cyr

    Un million de mercis pour ces informations! Je suis aux prises avec cet envahisseur et je le traitais avec un mélange de vinaigre et de sel….sans savoir que ça ne s’attaque qu’au feuillage! Je compte bien recourir à la toile et au paillis également. Vous m’avez redonné espoir!!!

  3. Merci pour ces mines d’infos. 5ans pour éradiquer ce liseron… Y’a du travail. Malheureusement mon père trouve ça décoratif. Néanmoins il s’est aperçu que les plants de tomates ne sont pas aussi productifs cette année.. Peut-être à cause du liseron qui fait de l’ombre… ?

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